Qu’est-ce que la philosophie ?

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Qu est ce que la Philosophie

Préparez la rentrée

un-cheminUne bonne façon de se préparer à la rentrée est de se plonger dans un bon livre de philo :

Un chemin de liberté. La philosophie de l’Antiquité à nos jours, est un livre d’initiation pour tout public :  aussi bien pour les lycéens en Terminale, que les étudiants en prépas ou en fac, ou encore pour tout actif ou retraité qui souhaite re-découvrir et étudier la philosophie. Il est fondé sur une approche chronologique, qui permet de découvrir tous les auteurs, époque par époque, et de saisir l’évolution de leur pensée, la manière dont ils construisent leur thèse par rapport aux précédentes. La conception de la démocratie, de la liberté ou de l’homme des Anciens aux Modernes, en passant par les apports du Moyen-Âge et des Lumières. Cette approche, nettement plus intuitive que l’apprentissage cloisonné par notions ou par thèmes, facilite beaucoup la découverte de la philosophie, et enrichit le lecteur d’un bagage de culture générale.

Le livre, préfacé par Henri Hude, est édité chez Berg International.

Il est disponible au prix de 15 euros depuis le 3 septembre 2013 sur Amazon, Fnac, Gibert et toutes les librairies.

En version numérique : prix réduit (7,99 euros), téléchargement immédiat :

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A voir également les Ressources entièrement gratuites tels que des extraits d’œuvres commentés, des sélections de vidéos de philo, des fiches de méthode et des citation expliquées (voir ici)

Téléchargez l’appli iphone et ipad avec des citations expliquées + des dissertations rédigées.

Vous pouvez de même consulter la section Communauté et ses articles gratuits Actualités et Philosophie.

L’auteur principal, Damien Theillier est professeur de Philosophie à Franklin et Stanislas, Paris.

Augustin Celier est un ancien élève de Sciences Po Paris.

Voici les grandes parties du sommaire : I. La Philosophie, II. Le Miracle Grec, III. Le Moyen Age : humanisme et religion, IV. Les Lumières : liberté et égalité, V. La modernité et ses critiques : individu et société; Récapitulatif par notions, Méthodologie, Eléments de dissertation, Supplément de Culture Générale.

Revue de presse :

la-tribuneExtrait d’un article du journaliste Robert Jules dans La Tribune.

La philosophie est à la mode depuis plusieurs années. Un public de plus en plus large souhaite avoir des réponses aux questions existentielles. Quelques stars occupent le terrain. D’autres ouvrages paraissent qui méritent le détour.

« Que puis-je savoir ? » « Que dois-je faire ? » « Que m’est-il permis d’espérer ? » Depuis quelques années, la philosophie à la cote à la Bourse des idées. On la trouve partout. Elle a ses festivals, ses magazines, ses cafés, ses universités populaires… et ses héros médiatiques (Michel Onfray, Luc Ferry, Alain Finkielkraut, André Comte-Sponville) qui vendent leurs livres par dizaines de milliers d’exemplaires.

Seul inconvénient de cette popularité actuelle de la philosophie est qu’elle favorise surtout les stars. Pourtant, d’autres philosophes méritent d’être distingués. Voici donc quelques exemples d’ouvrages de ces « oubliés » parus ces derniers mois. Un choix subjectif qui couvre une large palette de sujets.

Si de nombreux lecteurs potentiels de la philosophie sont impressionnés par ces Everest de la pensée que sont les grands auteurs et redoutent d’en entamer l’ascension, pourquoi alors ne pas commencer par… un manuel ? Si « Un chemin de liberté, la philosophie de l’Antiquité à nos jours » (Editions Berg International), signé par Damien Theillier et Augustin Celier, s’adresse en premier lieu aux élèves des classes terminales et préparatoires, il a toutes les qualités pour séduire un public de néophytes hors de la sphère scolaire, grâce à la clarté de son exposé vivant, sobre  et synthétique.

 Le choix de la chronologie

Cet ouvrage est d’abord le fruit d’une pratique de plusieurs années d’enseignement. Damien Theillier, professeur dans les lycées parisiens de Stanislas et de Franklin, et Augustin Celier, qui fut son élève, proposent un déroulé dont la méthode a été « testée » et améliorée auprès de dizaines d’élèves.

Ensuite, contrairement à la plupart des manuels actuels qui optent pour une présentation par notions, comme le veut le programme, les auteurs ont fait le choix de la chronologie. Une telle approche permet d’éviter certains anachronismes – historiques et conceptuels – mais aussi de comprendre comment les différents philosophes ont répondu, dans leurs contextes historiques, à des problèmes et des controverses posés par leurs prédécesseurs.

Pour autant, il ne s’agit pas d’une simple histoire de la philosophie, mais plutôt de comprendre le travail de la pensée à l’œuvre. Par exemple, dans sa polémique avec Emmanuel Kant sur le fait de savoir s’il est fondé de mentir pour le bien, Benjamin Constant pense une telle question à la lumière de la Terreur, ce moment de la Révolution française où a régné l’arbitraire.

Nous ne vivons pas dans le même monde que celui d’Aristote

Ainsi, la façon dont ont été conçues des notions comme la démocratie, la liberté ou l’homme se retrouve d’emblée problématisée sur un mode plus rigoureux parce que nous ne vivons pas dans le même monde que celui d’Aristote, de Descartes et de Hegel.

D’autant que le manuel propose, pour terminer, un chapitre conséquent fournissant des connaissances de « culture générale » qui permettent d’élargir la réflexion philosophique à d’autres domaines : les religions, les sciences dures et humaines, la technologie, l’État moderne et le droit, ou encore le sujet.

Le choix de la chronologie présente l’avantage didactique d’articuler plus logiquement tous les éléments afin de favoriser l’autonomie de la réflexion du lecteur pour qu’il puisse à son tour « penser par lui-même. »

Au final, ce manuel offre un solide socle pour pouvoir tracer son propre chemin selon ses goûts et ses désirs dans le corpus philosophique, et appréhender les questions de vérité et de liberté, fondatrices de la philosophie.

Sur mon livre

Acheter le livre :

En version ebook : Kindle Amazon ou epub/pdf sur Chapitre à 7,99 euros

En version papier à 15 euros

 

Jean-Marc Daniel corrige le bac d’économie

JM Daniel (1)Ce soir Jean-Marc Daniel sera mon invité pour présider la finale des joutes oratoires des classes prépas de Stan.

Pour Challenge, il répond à l’épreuve de dissertation sur laquelle les candidats au baccalauréat série sciences économiques et sociales ont planché, lundi 22 juin à partir de 8 heures.

C’est une réponse tout à fait académique bien sûr (c’est ce qu’on demande au bac) mais politiquement incorrecte en même temps. A vous de juger.

Les bacheliers devaient s’interroger sur la problématique: « Dans quelle mesure l’action des pouvoirs publics est-elle efficace pour lutter contre les inégalités? ».

Voici les éléments de réponse de Jean-Marc Daniel :

Introduction: L’actualité est marquée par le retour du problème des inégalités (rapport récent de l’OCDE, succès du livre de Thomas Piketty). La réduction des inégalités fait partie des trois missions de l’Etat définies par Richard Musgrave. Les pouvoirs publics doivent donc agir. Ils peuvent beaucoup mais ils ne peuvent pas tout.

Ils peuvent beaucoup

– sur le plan juridique: cf par exemple les lois sur la parité , les lois sur les discriminations… L’Etat peut même aller plus loin et assumer une forme d’inégalité juridique pour rétablir l’égalité des chances (cf la discrimination positive et les thèses de Rawls)

– sur le plan fiscal: en utilisant des fiscalités progressives, l’Etat réduit la fourchette des revenus. L’inconvénient est que la fiscalité réduit les inégalités en punissant les riches alors que l’objectif prioritaire devrait être plutôt d’aider les pauvres. Une fiscalité punitive n’a de sens que si elle ne brime pas la croissance et donc si elle réduit avant tout les rentes (la justification de l’impôt sur le capital chez Piketty tient à l’existence d’une rente historique de long terme dans la rémunération du capital)

– sur le plan social: cela passe par le développement de l’Etat providence. La mutualisation de certains risques (vieillesse, maladie) et la création de l’Etat providence ont réduit les inégalités dans la deuxième moitié du XXe siècle en améliorant le revenu des plus défavorisés et en leur permettant l’accès à certains services (la santé).

– par l’usage qu’ils font des dépenses publiques en fournissant des services de qualité aux plus défavorisés (cf l’effort en matière d’éducation).

Mais ils ne peuvent pas tout

certaines de leurs décisions se retournent contre leur intention initiale: cf le débat sur le salaire minimum qui améliore la situation des travailleurs peu qualifiés mais qui se retourne contre eux en augmentant leur chômage ; cf les fiscalités trop lourdes qui freinent la croissance et limitent les redistributions possibles ; cf la politique du logement accusée de maintenir des loyers élevés ; cf la politique scolaire accusée de faire baisser le niveau.

– il se heurte à l’appréciation différenciée que l’on peut faire de l’injustice constituée par les inégalités. On oppose souvent égalité et équité. Dès lors, quels objectifs doit se donner l’Etat notamment dans l’arbitrage entre inégalités des chances et inégalités des places ? Jusqu’où doit-il aller dans la réduction des inégalités?  A-t-il les moyens de trancher ?

Conclusion : les pouvoirs publics ont les outils  mais leur enjeu est d’établir au préalable un consensus politique sur l’usage que l’on doit en faire.

ET pour prolonger, voici une petite vidéo en anglais qui ne plaira pas du tout au correcteur (donc hors sujet du bac) mais qui fera réfléchir :

Retrouvez cette vidéo ici

Hayek

2 corrigés du bac de philo

bacBac 2015 : corrigé de « La politique échappe-t-elle à une exigence de vérité ? »

Bac 2015 : un corrigé possible pour le texte de Spinoza

Peut-on voter sur tout ? La démocratie et ses limites.

Comte_Sponville-3Seul le peuple, dans une République, est souverain. Mais il n’y a pas de souveraineté absolue. Le suffrage universel, s’il prétendait régner sur tout, ne serait qu’une tyrannie de l’opinion, qui le vouerait à sa perte.

La vérité n’obéit à personne, fût-ce au peuple souverain

Les limites théoriques de la démocratie sont simples : on ne vote pas sur le vrai et sur le faux. Sinon, ce n’est plus de la démocratie mais de la sophistique. D’ailleurs tout vote suppose qu’on compte les voix. Mais cela n’est possible que parce que l’arithmétique, elle, n’est pas soumise au vote ! Si tout se vote, on ne peut plus voter : c’est parce que l’arithmétique n’est pas soumise à la démocratie que la démocratie est possible. 

La vérité n’est pas démocratique : elle n’est pas soumise à la souveraineté du peuple. Le jour où un vote sera organisé pour savoir si la Terre tourne ou non autour du soleil, il s’agira moins de démocratie que de sophistique. De même si nous devions voter pour savoir s’il y a eu des chambres à gaz d’Auschwitz ou non. La loi Gayssot, qui punit le négationnisme, est une fausse bonne idée. Le négationnisme étant dépourvu de toute plausibilité historique, il était absurde — c’est ce que beaucoup d’historiens ont souligné — de voter une loi pour l’interdire.

Cela est vrai, également, d’un point de vue logique. Si tout se vote, on ne peut plus voter : la démocratie n’est possible que grâce à l’arithmétique, qui n’en dépend pas. Car enfin il faudra compter les bulletins. Et qui voudrait voter, avant de le faire, pour savoir si 1 + 1 font 2 ? Ce serait d’ailleurs impossible, puisque ce vote lui-même devrait faire l’objet d’un décompte, qui n’est possible qu’à la condition que l’arithmétique n’ait pas besoin, pour être vraie, de quelque vote que soit… On peut se tromper dans les calculs ? Certes. C’est pourquoi il est d’usage, lors de nos dépouillements, de compter deux fois les bulletins, et à plusieurs. Mais nul ne peut voter pour savoir si un décompte est juste ; on ne peut voter, le cas échéant, que pour décider si l’on comptera à nouveau. Les suffrages sont soumis à l’arithmétique, non l’arithmétique aux suffrages.

On ne vote pas non plus sur le bien et le mal. Qui voudrait mettre sa conscience aux voix ? Autant la vendre au plus offrant… Au demeurant, s’il fallait voter sur les valeurs qui sont les nôtres, au nom de quoi voterait-on ? C’est précisément parce qu’il y a des principes qui ne dépendent pas de la démocratie, ni de quelque régime que ce soit, qu’il y a un sens à dire que la démocratie vaut mieux, malgré ses imperfections, que les autres régimes. Par exemple, parce qu’elle est plus favorable aux droits de l’homme, à la liberté des individus, à la justice… Quand bien même le peuple français, un jour, renoncerait à ces valeurs-là, elles n’en cesseraient pas moins, pour tous les démocrates, de valoir. C’est dire qu’elles ne dépendent pas du suffrage universel ; mais le suffrage universel, sans elles, ne vaudrait rien.

Limites de la démocratie

La démocratie est le meilleur des régimes ; mais elle n’est légitime que dans son ordre, qui est celui du droit et de la politique. Vouloir en étendre le modèle à toute notre vie, c’est la desservir : la démocratie n’est possible que si tout n’est pas soumis à la démocratie. Elle n’est possible qu’à la condition d’accepter ses propres limites, sa propre finitude, sa propre incomplétude, comme diraient les logiciens. Sans quoi ce n’est plus démocratie, mais sophistique et nihilisme. Si tout se vote, rien n’est vrai et rien ne vaut. C’est au contraire parce qu’il y a des choses qui ne se votent pas – spécialement ce qui relève de la connaissance et de la morale – que l’on peut voter sur les autres, qui relèvent de la politique. La démocratie ne tient lieu ni de raison ni de conscience : elle ne vaut, et même elle n’est possible, qu’à la condition de le reconnaître. C’est ce qu’on appelle la laïcité, qui interdit au souverain – fût-il le peuple lui-même – de gouverner les esprits.

André Comte-Sponville, philosophe

Sujet pour le bac 2015 : La vérité rend-elle libre ?

voo-parapente-natal-rn-v4La vérité rend-elle libre ?

Introduction : la philosophie semble être, dès son origine, un chemin de vérité qui a pour but de nous libérer de nos peurs et de nos superstitions. Pour autant, la vérité peut aussi devenir une arme, aux mains de personnes qui s’en servent pour juger les autres, les condamner et les asservir. Enfin, la vérité n’est-elle pas également désillusion ou désenchantement du monde ? Elle nous éloignerait de la vie, de l’innocence, de la spontanéité et donc aussi de la liberté.

1° Il faut s’affranchir de la vérité pour être libre

Thèse des sceptiques : éloge du doute contre le dogmatisme. Ce dernier est source de conflits irréductibles qui troublent la paix de l’âme. Les sceptiques tirent argument des contradictions entre les opinions humaines qu’ils expliquent par leur relativité aux individus, aux groupes et aux époques qui les professent (cf. Protagoras : « L’homme est la mesure de toute chose »). L’esprit humain est faible, il ne peut rien prouver, car toute preuve ou s’appuie sur des postulats invérifiables ou encore tourne au cercle vicieux (les propositions se prouvant les unes par les autres).

Thèse de Nietzsche : éloge de l’erreur, du mensonge et de l’illusion. « Nous ne voyons pas dans la fausseté d’un jugement une objection contre ce jugement ; c’est là, peut-être, que notre nouveau langage paraîtra le plus déroutant. La question est de savoir dans quelle mesure un jugement est apte à promouvoir la vie, à la conserver, à conserver l’espèce, voire à l’améliorer » Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal, § 4

Nietzsche ne voit dans le désir du vrai qu’une expression masquée et dégradée de la volonté de puissance. Or, selon lui, la valeur suprême qui doit nous servir de guide et de critère dans l’existence n’est pas la vérité mais la vie, dont émane la volonté de puissance positive (la créativité, l’affirmation de soi). Dès lors, le mensonge, l’erreur et l’illusion sont préférables à la vérité car elles permettent d’étendre et d’enrichir nos possibilités de vie. Ce qui revient à dire que le besoin d’un sens à la vie est plus essentiel que le besoin de vérité. L’art, illusion positive, est plus essentiel à la vie que la science. « Nous avons l’art afin de ne pas périr de la vérité », dti-il. (Cf. textes en annexes plus bas)

2° Limites de l’opposition entre vérité et liberté

nietzscheL’ignorance est une des causes premières des malheurs humains. Pour vivre libre, l’homme doit se servir de sa raison.

  1. Le doute est certainement nécessaire à la recherche de la vérité. Il est une preuve de santé de l’esprit, en nous mettant à l’abri du dogmatisme et du fanatisme. Pour autant, en rester au doute ne se justifie pas. Le scepticisme tend lui-même à se contredire puisqu’il considère vraie la proposition selon laquelle il n’y a pas de vérité possible. En toute rigueur, il devrait s’en tenir à la question : que sais-je ? Il reconnaît ainsi lui-même qu’il existe en l’homme un besoin de vérité qui demande à être satisfait, même s’il doit par ailleurs être critiqué.
  1. Placer la vérité sur le même plan que l’erreur et l’illusion, faire de la volonté de puissance (même au sens où Nietzsche l’entend) et non pas de la vérité la mesure des discours et des pratiques, c’est créer les conditions de l’affrontement universel entre les hommes. Car chacun peut dès lors légitimement dire et faire ce que bon lui semble au mépris des règles de la rationalité logique et morale. L’avertissement de Platon vaut toujours : le choix fondamental est pour les hommes entre la vérité et la violence. En fait, la cause de la vérité et celle de la philosophie se confondent : refuser la recherche de la vérité, c’est refuser la philosophie.

3° La vérité, fondée sur un pluralisme critique, est source de liberté

Il faut envisager le rapport de la vérité à la liberté à un double niveau :

  1. popperDans le rapport à la nature : la vérité technico-scientifique contre l’illusion animiste (les mythes) et la servitude. Le miracle grec est le passage du muthos au logos. Cette révolution se prolonge dans le développement des sciences modernes et le pouvoir que l’homme acquiert sur la nature. Par là, l’homme se libère de sa servitude originelle, de la pauvreté et de la mort
  1. Dans le rapport aux autres et à nous-mêmes : l’humilité et le décentrement de soi contre l’illusion narcissique et la mythomanie. L’illusion narcissique procède du désir de toute-puissance. Ce désir infantile nous rend aveugles à nous-mêmes mais aussi à autrui, à ses qualités comme à sa fragilité. « Connais-toi toi-même » pour te respecter toi-même ainsi qu’autrui.

KARL POPPER et le rationalisme critique : Le passage de la société close à la société ouverte est une des plus grandes révolutions que l’humanité ait connue. « J’appelle société close la société magique ou tribale, et société ouverte, celle où les individus sont confrontés à des décisions personnelles. » Or la société ouverte présuppose le dialogue, la recherche de la vérité dans la discussion et la concurrence des opinions. Le pluralisme est la position selon laquelle, dans l’intérêt de la recherche de la vérité, toute théorie – et plus il y a de théories, mieux c’est – doit avoir accès à la concurrence entre les théories. Cette concurrence consiste en la controverse rationnelle entre les théories et en leur élimination par la réfutation. Popper appelle ceci le rationalisme critique :

« C’est l’idée que nous pouvons commettre des erreurs et les corriger nous-mêmes ou permettre aux autres de les corriger en acceptant leurs critiques. Elle admet que nul ne peut se juger lui-même, et que croire en la raison n’est pas seulement croire en la nôtre, mais aussi et peut-être surtout en celle d’autrui. Un rationaliste, même convaincu de sa supériorité intellectuelle, n’imposera jamais son autorité, car cette supériorité dépend, il le sait, de son aptitude à accepter la critique, à reconnaître ses erreurs, et à faire preuve de tolérance, tout au moins envers ceux qui la pratiquent eux-mêmes. Kant faisait, à juste titre, de la notion de raison la véritable « règle d’or ». Certes, la vérité d’une règle morale ne peut être ni prouvée ni défendue, comme le serait une règle scientifique ; mais si la morale n’a pas de base scientifique rationnelle, la science, elle, a une base morale. D’autre part, qui dit impartialité dit responsabilité pour ceux de nos actes qui peuvent affecter autrui. En définitive, le rationalisme suppose la création d’institutions destinées à protéger la liberté de pensée et de critique, c’est-à-dire la liberté tout court, et il en résulte l’obligation morale de défendre ces institutions. » Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis (1962-1966), tome 2, Hegel & Marx, tr. J. Bernard et P. Monod, Paris, Editions du Seuil, 1979, p. 158-161.

Conclusion : la liberté n’est pas un état mais un devenir. Elle n’est pas quelque chose de donné une fois pour toute mais le produit d’une conquête progressive, jamais achevée, ni certaine de ses résultats sur les multiples illusions qui pèsent sur les hommes, notamment les illusions du dogmatisme et du scepticisme. Il y a autant de libertés à conquérir que d’illusions à surmonter.

ANNEXES

F. Nietzsche :

1° Le mensonge. – Pourquoi, dans la vie de tous les jours, les hommes disent-ils la plupart du temps la vérité ? – Sûrement pas parce qu’un dieu a interdit le mensonge. Mais, premièrement, parce que c’est plus commode ; car le mensonge réclame invention, dissimulation et mémoire (raison qui fait dire à Swift : qui raconte un mensonge s’avise rarement du lourd fardeau dont il se charge ; il lui faudra en effet, pour soutenir un mensonge, en inventer vingt autres). Ensuite, parce qu’il est avantageux, quand tout se présente simplement, de parler sans détours : je veux ceci, j’ai fait cela, et ainsi de suite ; c’est-à-dire parce que les voies de la contrainte et de l’autorité sont plus sûres que celles de la ruse. – Mais s’il arrive qu’un enfant ait été élevé au milieu de complications familiales, il maniera le mensonge tout aussi naturellement et dira toujours involontairement ce qui répond à son intérêt ; sens de la vérité, répugnance pour le mensonge en tant que tel lui sont absolument étrangers, et ainsi donc il ment en toute innocence. Nietzsche, Humain, trop humain (1878)

2° Le menteur utilise les désignations valables, les mots, pour faire apparaître l’irréel comme réel ; il dit par exemple : « je suis riche » alors que « pauvre » serait pour son état la désignation correcte. Il maltraite les conventions établies par des substitutions arbitraires et même des inversions de noms. S’il fait cela par intérêt et en plus d’une façon nuisible, la société lui retirera sa confiance et du même coup l’exclura. Ici les hommes ne craignent pas tant le fait d’être trompés que le fait qu’on leur nuise par cette tromperie : à ce niveau-là aussi, ils ne haïssent pas au fond l’illusion, mais les conséquences pénibles et néfastes de certains genres d’illusions. Une restriction analogue vaut pour l’homme qui veut seulement la vérité : il désire les conséquences agréables de la vérité, celles qui conservent la vie ; face à la connaissance pure et sans conséquence il est indifférent, et à l’égard des vérités préjudiciables et destructrices il est même hostilement disposé. Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral

Religion et politique selon Marcel Gauchet, des Anciens aux Modernes

gauchetDans les sociétés modernes, explique Marcel Gauchet, la croyance religieuse a changé de figure. Cette transformation s’est opérée de manière analogue et parallèle dans la sphère politique. Philosophe, historien, directeur d’études au Centre Raymond Aron (EHESS, boulevard Raspail), Marcel Gauchet est l’auteur d’un livre important pour la compréhension du monde moderne et qui emprunte son titre à Max Weber : Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion, Gallimard, 1985, republié en « Folio » en 2005. Depuis la publication de ce livre, Marcel Gauchet développe une vaste analyse de la modernité comprise comme « sortie de la religion » et sortie de la société de la tradition. Il s’inscrit également dans le sillage d’Alexis de Tocqueville.

1° Les sociétés religieuses : le monde de l’hétéronomie

Pour Marcel Gauchet, la religion ne consiste par originellement à croire en Dieu, mais à estimer que la vie doit être gouvernée par une puissance supérieure transmise par les mythes : les ancêtres, le cosmos, les dieux. Lire la Suite →

Dans la revue « les dossiers de la philosophie » (n°2)

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John Stuart Mill (diapo)

Exposé fait par des élèves de TES dans le cadre de l’ECJS :

Qu’est-ce que le juste et l’injuste ? (Vidéo)

conférence SFLConférence donnée en septembre 2014 dans le cadre d’une réunion régionale de Students for Liberty Europe à Paris.

« Si on veut atteindre la liberté, c’est la justice, et non la règle molle de la seule utilité, qui doit constituer notre force motrice. » – Murray N. Rothbard, La stratégie de la liberté, in Ethique de la liberté.

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Machiavel sur la dépense publique

AVT_Nicolas-Machiavel_4782Par Jean-Marc Daniel.

Pour parvenir à une fiscalité légère mieux vaut avoir une dépense publique elle –même modérée. La question qui se pose en matière de dépense publiques est donc la suivante : comment bien dépenser et pour quoi ? Depuis l’origine, l’Etat défend son action en affirmant qu’il agit pour le bien de la collectivité. Cela a même un nom : le service public. Pourtant à chaque époque, le doute a existé sur la pertinence de ce genre de discours… Lire la Suite →

Éloge de la concurrence contre la connivence

daniel

Jean-Marc Daniel économiste français, est professeur d’économie à l’ESCP Europe. Il est également chroniqueur sur BFM Business et directeur de la revue intellectuelle Sociétal. Il travaille essentiellement sur la politique économique, dans ses dimensions théoriques et historiques.

« Soyons clairs, l’élite de la fin du XXe siècle était keynésienne, il faut que celle du XXIe siècle soit quesnaysienne », écrit-il dans l’État de connivence*, par référence au grand physiocrate François Quesnay (1694-1774). Lire la Suite →

Ayn Rand en 3 minutes chrono

  • Ayn-Rand-Famous-QuotesSi vous voulez vous faire votre propre jugement sur l’auteur.
  • Si vous n’avez pas le temps ni le courage de vous plonger dans les 1800 pages d’Atlas Shrugged en anglais ou de La Grève en français.
  • Si La vertu d’égoïsme vous donne mal au crâne et que rien que le titre vous donne des boutons.
  • Et si vous n’arrivez même pas à prononcer son nom (Hène Rand ? Aïne Rand ? Hène Wende ? ou Aïne Wend ?..)

RIEN N’EST PERDU ! Lire la Suite →

Averroès versus Al Gazhali : philosophie et mysticisme en islam.

averroesAu cours du Moyen-Âge, une controverse fondamentale a opposé les partisans du mysticisme et les partisans du rationalisme. Les uns, opposés à l’usage de la raison, les autres, cherchant à unir la philosophie et la théologie. Dans l’Europe chrétienne, cette querelle a d’abord opposé Abélard à Bernard de Clairvaux, puis Thomas d’Aquin aux partisans de l’interdiction d’Aristote.

 Or, cette querelle a eu lieu aussi dans l’islam. Mais à la différence du christianisme, c’est le mysticisme qui l’a emporté à la fin du Moyen-âge. À partir du XIVe siècle, on voit disparaître les philosophes au profit des juristes dont la fonction principale est de faire observer les préceptes du Coran, codifiés par leurs soins. On ne trouve quasiment plus de chercheurs, de savants, de penseurs. Un penseur perse fut à l’origine de cette tradition mystique, hostile à la philosphie : Al Ghazali. Il fut combattu vainement par Averroès (de son vrai nom : Abû-Walid Muhammad Ahmâd ibn Rushd (1126-1198). Lire la Suite →

Howard Zinn et son histoire populaire de l’Amérique

Zinn A people historyHoward Zinn (1922–2010), militant politique puis universitaire militant, a enseigné l’histoire et les sciences politiques à la Boston University. Militant de la première heure pour les droits civiques et contre les guerres, il a conçu son métier d’historien comme indissociable d’un engagement dans les luttes sociales et politiques de son temps. Son œuvre (une vingtaine d’ouvrages) est essentiellement consacrée aux minorités et à leur destin dans la société américaine. Lire la Suite →

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