Thomas d’Aquin et la naissance de l’esprit laïque (2)

De Thomas d'Aquin à Locke, la réflexion sur les limites de l'EtatVoir ici la première partie

La morale et le droit

Selon Thomas d’Aquin, la fonction du droit positif est essentiellement d’incarner et de donner de la force aux principes de la loi naturelle. Mais, il enseigne également que le droit civil ne doit pas dicter directement aux citoyens l’exercice de toutes les vertus, ni interdire directement l’exercice de tous les vices. La véritable vertu morale consiste à utiliser sa raison et sa volonté en faisant des choix libres. Pour Thomas d’Aquin, le principal problème pratique de la vie morale d’un individu est de décider comment agir dans des circonstances toujours particulières à la lumière des principes généraux de la morale naturelle. C’est pourquoi il souligne que les autorités politiques doivent s’en tenir aux questions d’intérêt général plutôt qu’aux petits détails de la conduite individuelle, laissés au jugement et à la conscience de chacun. Lire la Suite →

Les conceptions de la vie des Anciens

hadotSi les sagesse antiques peuvent nous aider à mieux vivre, c’est parce qu’elles conduisent chacun d’entre nous à inventer son propre chemin. Dans Qu’est-ce que la philosophie antique ?, Pierre Hadot défend la thèse selon laquelle la philosophie serait, avant tout, genre de vie, c’est-à-dire une manière d’être et de se comporter déterminée par le désir de la connaissance, mais d’une connaissance qui transformerait celui qui la possède afin de lui permettre d’accéder à une plus grande perfection de soi. Rien n’illustre mieux d’ailleurs cette idée que l’une des formules placée en exergue d’un ouvrage de Simplicius : " Quelle place le philosophe tiendra-t-il dans la cité ? Ce sera celle d’un sculpteur d’homme. "

Dans un autre livre, Hadot écrit : « La philosophie ne consiste pas dans l’enseignement d’une théorie abstraite, encore moins dans une exégèse de textes, mais dans un art de vivre, dans une attitude concrète, dans un style de vie déterminé, qui engage toute l’existence. L’acte philosophique ne se situe pas seulement dans l’ordre de la connaissance, mais dans l’ordre du "soi" et de l’être : c’est un progrès qui nous fait plus être, qui nous rend meilleurs. C’est une conversion qui bouleverse toute la vie, qui change l’être de celui qui l’accomplit. Elle le fait passer d’un état de vie inauthentique, obscurci par l’inconscience, rongé par le souci, à un état de vie authentique, dans lequel l’homme atteint la conscience de soi, la vision exacte du monde, la paix et la liberté intérieures. » (Pierre Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique). Lire la Suite →

Thomas d’Aquin et la naissance de l’esprit laïque (1)

ea725-thomas-d-aquinSaint Thomas d’Aquin (1225-1274), est un théologien et philosophe, italien d’origine, ayant appartenu à l’ordre des Dominicains. Il est considéré comme l’un des principaux maîtres de la théologie catholique. Par ailleurs, toute son œuvre coïncide avec la redécouverte des œuvres d’Aristote par l’Occident médiéval. C’est pourquoi, si pour Thomas la philosophie reste servante de la théologie, elle est bien autonome dans sa méthode. Elle est toute entière fondée sur la rationalité, c’est-à-dire sur l’argumentation logique.

Surnommé par ses pairs le « docteur angélique », Thomas est né en 1227 en Sicile, au château de Rocca-Secca, de la famille des comtes d’Aquin. Devenu dominicain dès 1243, il est élève d’Albert le Grand à Paris de 1243 à 1248, puis à Cologne. De 1252 à 1259, il s’installe à l’Université de Paris, où il devient maître en 1257.  Lire la Suite →

Atlas Shrugged: part III

part IIICe week-end est sortie dans les salles aux USA la 3e partie d’Atlas Shrugged, le film.

Quel que soit le jugement que l’on porte sur la qualité du film, les producteurs ont tenu à rester au plus proche du roman et de son message philosophique. On ne peut que s’en réjouir.

Qui est John Galt ? Voici un très bon documentaire qui évoque les nombreux thèmes associés à cette question. Avec en prime quelques extraits du film : Lire la Suite →

Le marché et le triomphe de l’esprit humain

Steve_JobsPar Frédéric Sautet*

Il ne faut pas s’inquiéter de la disparition des ressources naturelles ou de la croissance de la population, expliquait l’économiste Julian Simon, car la richesse des nations se trouve dans les possibilités infinies ouvertes à l’homme. Chaque être humain est une intelligence capable de créer un nouveau monde autour de lui. Et cette capacité créative est démultipliée à travers la division de l’information et des connaissances qui prend place sur le marché.

Même si chaque personne peut en faire l’expérience dans la vie quotidienne, ce sont les entrepreneurs comme Steve Jobs qui démontrent le plus la vérité de cette proposition. Le dirigeant de la marque à la pomme était un personnage hors du commun. Entrepreneur infatigable, il cofonde Apple dans son garage avec SteveWozniak à l’âge de 20 ans avant d’en être renvoyé en 1985. Il met à profit cette situation pour entreprendre à nouveau avec NeXT et Pixar Animation Studios, pour finalement retourner chez Apple en 1996 et devenir le « chief executive » visionnaire que l’on sait. Lire la Suite →

« La liberté de penser », par Paul Janet

Paul JanetLes éditions Berg International republient un petit opuscule du philosophe Paul Janet (1823-1899). Ce dernier, brillant élève de Victor Cousin, fut également son secrétaire en 1845-1846 avant d’enseigner la philosophie morale à Bourges (1845-1848), à Strasbourg (1848-1857), puis la logique au lycée Louis-le-Grand à Paris (1857-1864). À partir de 1864, il occupe la chaire d’histoire de la philosophie à la Sorbonne et la même année, il est élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques. « Si un peu de philosophie, dit-il, mène au scepticisme, beaucoup de philosophie en éloigne et assoit l’esprit dans un dogmatisme limité, mais inébranlable. »  Lire la Suite →

Que s’est-il passé à Las Vegas pour la FreedomFest 2014 ?

Las-Vegas-Strip-7884-TS-S1Du 9 au 12 juillet avait lieu à Las Vegas, la FreedomFest, la convention nationale annuelle des libertariens et des conservateurs fiscaux américains. Après « Are weRome ? » (Sommes-nous Rome ?) en 2013, le thème retenu pour 2014 était : « Is BigBrother here? » (Big Brother est-il parmi nous ?).

La FreedomFest est une occasion unique de célébrer les grands livres, les grandes idées et les grands penseurs, dans la cadre d’un forum indépendant et non partisan où se succèdent les tables rondes, les conférences et les rencontres autour d’une centaine d’exposants issus de tous les horizons de la sphère libertarienne, dans le décor baroque d’un grand hôtel-casino du Strip : le Planet Hollywood. Lire la Suite →

Edmond About et la crise de la Grèce

Edmond AboutLa liberté suivi de la Grèce contemporaine (extrait)
Berg International, juin 2014
Postface de Damien Theillier

Edmond About est un romancier du XIXe siècle, connu pour son livre L’homme à l’oreille cassée qui inspira Hergé. Aujourd’hui tombé dans l’oubli, il est néanmoins revenu sur le devant de la scène avec les déboires de la Grèce en 2010.

En effet, en 1855, dans La Grèce contemporaine, qui est à la fois un récit de voyage et un redoutable pamphlet, il décrivait la Grèce comme un pays qui « vit en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance ». Et il ajoutait : « si la France et l’Angleterre se trouvaient seulement une année dans cette situation, on verrait des catastrophes terribles ».

Ces propos n’ont pas été complètement oubliés. En 2011, c’est un journal Allemand,Die Zeit, qui avait publié un chapitre de La Grèce contemporaine sur les finances, au moment où les instances bruxelloises tentaient de sauver la Grèce. Die Zeit expliquait que les plans de sauvetage et les réformes resteraient vains et inefficaces tant que la Grèce n’aurait pas adopté des institutions moderne et réduit le nombre de ses fonctionnaires. Lire la Suite →

Pourquoi la propriété est-elle le fondement d’un ordre social juste ?

cousin société idéaleVictor Cousin, La société idéale
Berg International, juin 2014
Postface de Damien Theillier

« La propriété est sacrée parce qu’elle représente le droit de la personne elle-même. »
Victor Cousin, La société idéale

La société idéale, est un petit livre admirable de Victor Cousin, qui vient d’être réédité par l’éditeur Berg International.

Victor Cousin est un philosophe et homme politique français, né à Paris le 28 novembre 1792 et mort à Cannes le 14 janvier 1867. Il est connu pour être le penseur de l’ « éclectisme », sa théorie des quatre systèmes élémentaires qui renferment l’histoire entière de la philosophie : le sensualisme, l’idéalisme, le scepticisme et le mysticisme. Chaque système, selon lui, renferme sa part de vérité. Lire la Suite →

Who is John Galt?

Atlas S. part IIILe festival du film libertarien Anthem, qui a lieu au cours de la FreedomFest à Las Vegas, m’a permis de visionner en avant-première la troisième partie du film Atlas Shrugged, sous-titrée « Qui est John Galt ? »

Le présentateur de Fox Business, John Stossel, a animé une série d’entretiens après la projection. Étaient présent : Kristopher Polaha, l’acteur qui interprète John Galt dans le film, ainsi que le producteur Harmon Kaslow, le producteur exécutif John Aglialoro et le conseiller David Kelley de la Fondation Atlas.

Ayn Rand est largement considérée comme l’un des auteurs les plus influents et les plus controversés du XXe siècle. L’opus magnum de Rand, Atlas Shrugged, a été publié en 1957[1]. Trente-cinq ans plus tard, une enquête de la bibliothèque du Congrès a révélé qu’Atlas Shrugged était le deuxième livre le plus influent jamais écrit – après la Bible.

Pendant des décennies, les livres d’Ayn Rand ont inspiré des millions de gens tout en suscitant des débats vigoureux sur la vie sociale et politique.

Ce qui a fait qu’Atlas Shrugged résiste à l’épreuve du temps et continue à se vendre chaque année, c’est que le message du livre rejoint ce que vivent les gens aujourd’hui. Étonnamment, il semble décrire notre XXIe siècle.

Atlas Shrugged raconte l’histoire fascinante d’un pays dont le système économique est sur le point de s’effondrer. Alors que l’économie passe de plus en plus sous le contrôle des bureaucrates, des hommes et des femmes brillants et intègres, des artistes, des savants, des industriels, disparaissent mystérieusement.

Après sa publication initiale, Ayn Rand aspirait à mettre en scène Atlas Shrugged dans un film. Par peur de l’échec ou par manque de courage, Hollywood n’a jamais été intéressé. Jusqu’en 2010, date à laquelle John Aglialoro et Harmon Kaslow ont commencé la production de la trilogie.

Ce troisième épisode du film reprend là où le deuxième épisode s’était arrêté, avec un plan sur le crash en avion de Dagny Taggart et l’arrivée imminente de John Galt pour lui porter secours. Le spectateur voit Dagny gisante sur le sol jouée par une troisième actrice. Le changement d’acteurs et d’actrices dans les trois films est un peu perturbant. Les producteurs ont tenté d’en atténuer l’impact en écrivant le nom et le rôle de chaque personnage sur l’écran, depuis le début de l’histoire.

Lorsqu’on a demandé à Aglialoro, pourquoi les acteurs avaient changé, il a tout simplement répondu qu’après avoir fait le premier film, il ne savait pas s’il y aurait un deuxième. De même, après le second, il ne savait pas s’il y en aurait un troisième.

Il était donc impossible de retrouver la même distribution pour les trois films, à la différence d’une série comme Le Seigneur des Anneaux, qui a été tournée en une seule fois. La bonne nouvelle est que Laura Regan, l’actrice qui joue Dagny Taggart est nettement plus jolie et joue mieux que l’actrice qui tenait le rôle dans le second épisode. Hank Rearden apparait au second plan. Il est supplanté par John Galt, joué par Kristoffer Polaha, qui crève littéralement l’écran dans cette dernière partie.

Aglialoro a personnellement financé une partie de ce troisième épisode. Le film a été également financé par une campagne Kickstarter qui a permis de lever 446.907 $ contre un objectif initial de 250.000 $. Alors que la série arrive au seuil de rentabilité, Aglialoro a précisé qu’il avait l’espoir de faire une série télévisée qui permettrait de raconter l’histoire plus en détail et serait susceptible de générer davantage de revenus.

David Kelley, philosophe et spécialiste d’Ayn Rand, a donné un aperçu du célèbre discours de John Galt. Dans le livre d’Ayn Rand, le discours fait 33 000 mots, de la taille d’un petit roman. Pour le film, il fallait le réduire à 600 mots.

Le public a aimé le nouveau film et en particulier l’acteur qui joue John Galt. Après la projection il y avait une longue file d’attente pour faire signer les affiches du film.

Alors finalement, qui est John Galt ? La sortie du film en salle est prévue pour le 12 septembre 2014 aux États-Unis. Il ne sortira pas en France mais sera disponible très vite à la vente en DVD. Patience donc… (publié sur 24hGold)

http://www.atlasshruggedmovie.com/

Autres articles :

Articles sur la partie I et II :

http://nicomaque.com/2011/04/13/atlas-shrugged-au-cinema-partie-i/

http://nicomaque.com/2012/10/13/atlas-shrugged-part-ii/

L’État policier en Amérique, mythe ou réalité ? par Damien Theillier

Le mythe de la maladie mentale. Par Thomas Szasz

SzaszTHOMAS SZASZ

Le mythe de la maladie mentale

Traduit de l’anglais par Denise Berger, PAYOT, PARIS, 1975

Préface à l’édition française

Le titre de cet ouvrage en exprime exactement la thèse : il dit que la maladie mentale est, en tant que concept, un mythe et que, en tant qu’événement particulier et concret, le phénomène qualifié de maladie mentale est une maladie métaphorique. En d’autres termes, la maladie mentale est un langage et non pas une lésion ; la pratique psychiatrique fait quelque chose avec ce langage ou à ce langage, elle fait quelque chose avec les gens qui utilisent ce langage (en abusent) ou à ces gens – elle n’opère ni diagnostic ni traitement d’une maladie.

Nous pourrions donc dire très simplement, et à mon avis à juste titre, que le malade mental s’exprime dans l’énigme du « symptôme psychiatrique », et que le psychiatre répond dans la contre-énigme du « diagnostic psychiatrique » et du « traitement psychiatrique ». Lire la Suite →

Contre l’économie d’État. Par Frédéric Bastiat

BASTIATContre l’économie d’État. Par Frédéric Bastiat, Paris, juin 2014, Berg International.

Postface de Damien Theillier

L’éditeur parisien Berg International vient de rééditer une série de textes de Frédéric Bastiat sous le titre : Contre l’économie d’État. Ces textes font partie d’un recueil de petits pamphlets de Bastiat intitulé : Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, datant de 1850 [1].

Frédéric Bastiat (1801-1850) est un économiste et homme politique français, fort méconnu en France, bien que reconnu comme un auteur de première importance dans de nombreux autres pays. Il fut le contemporain d’Alexis de Tocqueville, auprès de qui il siégea à l’Assemblée nationale. Lire la Suite →

La liberté de penser. Paul Janet (1866)

10467478_10152514646889784_1292853872_o (1)Paul Janet (1823-1899), brillant élève de Victor Cousin, fut également son secrétaire en 1845-1846 avant d’enseigner la philosophie morale. « La Liberté de penser » est un article paru en 1866 dans la Revue des Deux Mondes. L’auteur rend compte d’un ouvrage d Emile Beaussire, De la liberté intellectuelle et morale, paru la même année.

Beaussire est l’un des fondateurs, avec Émile Boutmy, de l’École libre des sciences politiques en 1871, l’ancêtre de l’Institut d’études politiques de Paris, dit familièrement Sciences Po. Paul Janet y donna lui-même une série de cours.

Dans cette recension, l’auteur se propose d’exposer les principes du droit naturel touchant la liberté de pen­ser et d’examiner les objections qu’elle peut soulever.

La liberté de penser ou d’écrire, dit Janet, a pour fondement ce principe de Descartes : « Ne reconnaître pour vrai que ce qui paraîtra évidemment être tel. » Puisque c’est un devoir pour l’esprit de ne se soumettre qu’à l’évidence, il faut que ce soit en même temps un droit ; car comment pourrions-nous obéir au devoir, si on nous refuse le droit ? Il découle de ceci que l’État n’est pas juge du vrai et du faux, et qu’il est seulement garant des droits de chacun. La liberté de penser n’est donc susceptible de répression qu’en tant qu’elle porte atteinte aux droits des individus.

On prétend que Paul Janet ne serait pas un philosophe original. C’est peut-être vrai mais c’est tout à son honneur. Il appartient à la catégorie des grands pédagogues de la philosophie. Comme son maître Victor Cousin, c’est un génie de la synthèse, de l’exposé clair et rigoureux, du style limpide et sans fioritures. On regrette de ne pas trouver d’équivalent au XXe siècle, comme si la capacité à penser dans un langage clair s’était perdue dans les brumes de la nouveauté, de l’originalité à tout prix. Disponible sur amazon.fr au prix de 5,7 euros

Mandeville : l’homme du diable ?

mandevilleL’éditeur Berg International réédite, dans sa petite collection, la célèbre Fables des abeilles de Bernard Mandeville, avec une postface de Damien Theillier. Présentation :

« Man Devil », tel fut le surnom donné ironiquement à cet écrivain d’origine française, né en 1670 à Rotterdam. Ses parents étaient huguenots et s’étaient réfugiés en Hollande, fuyant les persécutions religieuses. Par la suite, Mandeville s’installa comme médecin à Londres et y écrivit ses livres en anglais. Il traduisit d’abord les fables de La Fontaine en anglais. Et en 1705 il publia lui-même une fable, La Ruche mécontente, ou les coquins honnêtes gens. En 1714, la fable fut rééditée, mais accompagnée de vingt Remarques.

La page de titre de cette édition de 1714 est la suivante : « La Fable des Abeilles ou les vices privés font le bien public contenant plusieurs discours qui montrent que les défauts des hommes, dans l’humanité dépravée, peuvent être utilisés à l’avantage de la société civile, et qu’on peut leur faire tenir la place des vertus morales ». Lire la Suite →

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