Ce qui se voit et ce qui ne se voit pas

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Isaiah Berlin : Rousseau et la mythologie du moi véritable

3618« Rousseau n’a rien découvert, mais il a tout enflammé » Madame de Staël

Jean-Jacques Rousseau, le génie tourmenté dont les idées ont inspiré la Révolution française, aimait la liberté par-dessus tout. Pourtant, l’œuvre de Rousseau a servi à justifier certains des pires tyrans de l’histoire, de Robespierre à Staline en passant par Bonaparte. Les ennemis de la liberté ont-ils trahi Rousseau ou bien ce dernier était-il lui-même un ennemi de la liberté ?

La thèse d’Isaiah Berlin, le philosophe d’Oxford et grand historien des idéologies modernes, dans sa conférence de 1952, La liberté et ses traîtres, est que la faute de Jean-Jacques Rousseau est d’avoir trahi la cause qu’il défendait. Il fut, selon les mots de Berlin, « l’un des ennemis les plus sinistres et les plus redoutables de la liberté dans toute l’histoire de la pensée moderne ». Comment a-t-il pu, en partant de cette divinisation de l’idée de liberté absolue, en arriver progressivement à l’idée de despotisme absolu et finalement à la servitude ? Lire la Suite →

Pierre Le Pesant de Boisguilbert, sa vie, ses idées. Par Damien Theillier

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Pierre Le Pesant de Boisguilbert est mort le 10 octobre 1714, à l’âge de 68 ans, il y  a donc exactement trois siècles. Il offrit la première réflexion théorique en France sur les conditions de fonctionnement de l’activité économique. Il peut en outre être considéré comme le père fondateur de l’école française du libéralisme économique

Petit-neveu de Corneille, il fut d’abord magistrat, président du tribunal civil de Rouen. Il fut également l’élève de Pierre Nicole (1625-1695) qui constatait déjà que l’échange marchand « remplit les besoins humains d’une manière que l’on n’admire pas assez, et où la charité commune ne peut arriver ». Des jansénistes et des moralistes français, Boisguilbert retiendra l’idée qu’une société prospère peut naître de l’égoïsme et de l’amour-propre des êtres humains : « Dans le cadre des relations d’échange, les rapaces que sont les hommes sont obligés de se conduire de façon raisonnable ». Alors que la relation politique est source de conflits, la relation économique est favorable à la coopération et contribue à pacifier la société.

Chez Boisguilbert, l’économie n’est pas encore une science. Elle ne se distingue pas de la critique radicale d’un gouvernement arbitraire et autoritaire. Mais son principal objet est de remédier à la misère du pays en recherchant les sources du progrès économique et social.  Lire la Suite →

Tricentenaire de Pierre Lepesant de Boisguilbert, précurseur des économistes français

invitation_conference_CESE_07_10 (2)Les conférences auront lieu au Palais d’Iéna, siège du CESE (Conseil économique et social) de 9h à 12h30. J’y serai avec une de mes classes de philo.

Inscriptions en téléphonant au 02 35 34 70 81 ou 06 81 38 66 60.

« La route de la servitude » : autopsie d’un livre culte

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Il y a soixante-dix ans, Friedrich A. Hayek publiait son célèbre manifeste contre les totalitarismes. Un ouvrage toujours d’actualité.

Par MATHIEU LAINE*

Contre toute attente, 2014 pourrait bien être l’année Hayek. Nous célébrons en effet cette année les 70 ans de « La route de la servitude ». Un « livre politique », comme l’auteur l’annonce lui-même en ouverture de cet ouvrage culte, publié en 1944. Lire la Suite →

L’art de la controverse selon Arthur Schopenhauer

gravure_de_m._lammelDans son petit livre, L’art d’avoir toujours raison ou Dialectique éristique, publié en 1864 à Leipzig, Schopenhauer nous propose un véritable manuel d’auto-défense intellectuelle ou de communication de crise.

L’auteur commence par distinguer la logique et la dialectique. La logique est la science des principes de la démonstration. Lire la Suite →

Thomas d’Aquin et la naissance de l’esprit laïque (2)

De Thomas d'Aquin à Locke, la réflexion sur les limites de l'EtatVoir ici la première partie

La morale et le droit

Selon Thomas d’Aquin, la fonction du droit positif est essentiellement d’incarner et de donner de la force aux principes de la loi naturelle. Mais, il enseigne également que le droit civil ne doit pas dicter directement aux citoyens l’exercice de toutes les vertus, ni interdire directement l’exercice de tous les vices. La véritable vertu morale consiste à utiliser sa raison et sa volonté en faisant des choix libres. Pour Thomas d’Aquin, le principal problème pratique de la vie morale d’un individu est de décider comment agir dans des circonstances toujours particulières à la lumière des principes généraux de la morale naturelle. C’est pourquoi il souligne que les autorités politiques doivent s’en tenir aux questions d’intérêt général plutôt qu’aux petits détails de la conduite individuelle, laissés au jugement et à la conscience de chacun. Lire la Suite →

Les conceptions de la vie des Anciens

hadotSi les sagesse antiques peuvent nous aider à mieux vivre, c’est parce qu’elles conduisent chacun d’entre nous à inventer son propre chemin. Dans Qu’est-ce que la philosophie antique ?, Pierre Hadot défend la thèse selon laquelle la philosophie serait, avant tout, genre de vie, c’est-à-dire une manière d’être et de se comporter déterminée par le désir de la connaissance, mais d’une connaissance qui transformerait celui qui la possède afin de lui permettre d’accéder à une plus grande perfection de soi. Rien n’illustre mieux d’ailleurs cette idée que l’une des formules placée en exergue d’un ouvrage de Simplicius :  » Quelle place le philosophe tiendra-t-il dans la cité ? Ce sera celle d’un sculpteur d’homme. « 

Dans un autre livre, Hadot écrit : « La philosophie ne consiste pas dans l’enseignement d’une théorie abstraite, encore moins dans une exégèse de textes, mais dans un art de vivre, dans une attitude concrète, dans un style de vie déterminé, qui engage toute l’existence. L’acte philosophique ne se situe pas seulement dans l’ordre de la connaissance, mais dans l’ordre du « soi » et de l’être : c’est un progrès qui nous fait plus être, qui nous rend meilleurs. C’est une conversion qui bouleverse toute la vie, qui change l’être de celui qui l’accomplit. Elle le fait passer d’un état de vie inauthentique, obscurci par l’inconscience, rongé par le souci, à un état de vie authentique, dans lequel l’homme atteint la conscience de soi, la vision exacte du monde, la paix et la liberté intérieures. » (Pierre Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique). Lire la Suite →

Thomas d’Aquin et la naissance de l’esprit laïque (1)

ea725-thomas-d-aquinSaint Thomas d’Aquin (1225-1274), est un théologien et philosophe, italien d’origine, ayant appartenu à l’ordre des Dominicains. Il est considéré comme l’un des principaux maîtres de la théologie catholique. Par ailleurs, toute son œuvre coïncide avec la redécouverte des œuvres d’Aristote par l’Occident médiéval. C’est pourquoi, si pour Thomas la philosophie reste servante de la théologie, elle est bien autonome dans sa méthode. Elle est toute entière fondée sur la rationalité, c’est-à-dire sur l’argumentation logique.

Surnommé par ses pairs le « docteur angélique », Thomas est né en 1227 en Sicile, au château de Rocca-Secca, de la famille des comtes d’Aquin. Devenu dominicain dès 1243, il est élève d’Albert le Grand à Paris de 1243 à 1248, puis à Cologne. De 1252 à 1259, il s’installe à l’Université de Paris, où il devient maître en 1257.  Lire la Suite →

Atlas Shrugged: part III

part IIICe week-end est sortie dans les salles aux USA la 3e partie d’Atlas Shrugged, le film.

Quel que soit le jugement que l’on porte sur la qualité du film, les producteurs ont tenu à rester au plus proche du roman et de son message philosophique. On ne peut que s’en réjouir.

Qui est John Galt ? Voici un très bon documentaire qui évoque les nombreux thèmes associés à cette question. Avec en prime quelques extraits du film : Lire la Suite →

Le marché et le triomphe de l’esprit humain

Steve_JobsPar Frédéric Sautet*

Il ne faut pas s’inquiéter de la disparition des ressources naturelles ou de la croissance de la population, expliquait l’économiste Julian Simon, car la richesse des nations se trouve dans les possibilités infinies ouvertes à l’homme. Chaque être humain est une intelligence capable de créer un nouveau monde autour de lui. Et cette capacité créative est démultipliée à travers la division de l’information et des connaissances qui prend place sur le marché.

Même si chaque personne peut en faire l’expérience dans la vie quotidienne, ce sont les entrepreneurs comme Steve Jobs qui démontrent le plus la vérité de cette proposition. Le dirigeant de la marque à la pomme était un personnage hors du commun. Entrepreneur infatigable, il cofonde Apple dans son garage avec SteveWozniak à l’âge de 20 ans avant d’en être renvoyé en 1985. Il met à profit cette situation pour entreprendre à nouveau avec NeXT et Pixar Animation Studios, pour finalement retourner chez Apple en 1996 et devenir le « chief executive » visionnaire que l’on sait. Lire la Suite →

« La liberté de penser », par Paul Janet

Paul JanetLes éditions Berg International republient un petit opuscule du philosophe Paul Janet (1823-1899). Ce dernier, brillant élève de Victor Cousin, fut également son secrétaire en 1845-1846 avant d’enseigner la philosophie morale à Bourges (1845-1848), à Strasbourg (1848-1857), puis la logique au lycée Louis-le-Grand à Paris (1857-1864). À partir de 1864, il occupe la chaire d’histoire de la philosophie à la Sorbonne et la même année, il est élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques. « Si un peu de philosophie, dit-il, mène au scepticisme, beaucoup de philosophie en éloigne et assoit l’esprit dans un dogmatisme limité, mais inébranlable. »  Lire la Suite →

Que s’est-il passé à Las Vegas pour la FreedomFest 2014 ?

Las-Vegas-Strip-7884-TS-S1Du 9 au 12 juillet avait lieu à Las Vegas, la FreedomFest, la convention nationale annuelle des libertariens et des conservateurs fiscaux américains. Après « Are weRome ? » (Sommes-nous Rome ?) en 2013, le thème retenu pour 2014 était : « Is BigBrother here? » (Big Brother est-il parmi nous ?).

La FreedomFest est une occasion unique de célébrer les grands livres, les grandes idées et les grands penseurs, dans la cadre d’un forum indépendant et non partisan où se succèdent les tables rondes, les conférences et les rencontres autour d’une centaine d’exposants issus de tous les horizons de la sphère libertarienne, dans le décor baroque d’un grand hôtel-casino du Strip : le Planet Hollywood. Lire la Suite →

Edmond About et la crise de la Grèce

Edmond AboutLa liberté suivi de la Grèce contemporaine (extrait)
Berg International, juin 2014
Postface de Damien Theillier

Edmond About est un romancier du XIXe siècle, connu pour son livre L’homme à l’oreille cassée qui inspira Hergé. Aujourd’hui tombé dans l’oubli, il est néanmoins revenu sur le devant de la scène avec les déboires de la Grèce en 2010.

En effet, en 1855, dans La Grèce contemporaine, qui est à la fois un récit de voyage et un redoutable pamphlet, il décrivait la Grèce comme un pays qui « vit en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance ». Et il ajoutait : « si la France et l’Angleterre se trouvaient seulement une année dans cette situation, on verrait des catastrophes terribles ».

Ces propos n’ont pas été complètement oubliés. En 2011, c’est un journal Allemand,Die Zeit, qui avait publié un chapitre de La Grèce contemporaine sur les finances, au moment où les instances bruxelloises tentaient de sauver la Grèce. Die Zeit expliquait que les plans de sauvetage et les réformes resteraient vains et inefficaces tant que la Grèce n’aurait pas adopté des institutions moderne et réduit le nombre de ses fonctionnaires. Lire la Suite →

Pourquoi la propriété est-elle le fondement d’un ordre social juste ?

cousin société idéaleVictor Cousin, La société idéale
Berg International, juin 2014
Postface de Damien Theillier

« La propriété est sacrée parce qu’elle représente le droit de la personne elle-même. »
Victor Cousin, La société idéale

La société idéale, est un petit livre admirable de Victor Cousin, qui vient d’être réédité par l’éditeur Berg International.

Victor Cousin est un philosophe et homme politique français, né à Paris le 28 novembre 1792 et mort à Cannes le 14 janvier 1867. Il est connu pour être le penseur de l’ « éclectisme », sa théorie des quatre systèmes élémentaires qui renferment l’histoire entière de la philosophie : le sensualisme, l’idéalisme, le scepticisme et le mysticisme. Chaque système, selon lui, renferme sa part de vérité. Lire la Suite →

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