Esclandre à Stockholm. Quand Hayek recevait son prix Nobel il y a 40 ans.

Nobel prizeFriedrich Hayek et Gunnar Myrdal ont reçu leur prix Nobel d’économie en 1974, il y a tout juste 40 ans. Chez eux, tout s’opposait : leurs personnalités et leurs convictions.

Source : Jean-Philippe Bidault, Si l’argent m’était conté…, 2012.

A Stockholm, la nuit est descendue depuis plusieurs heures. Le personnel s’affaire encore dans la salle bleue de l’Hôtel de ville alors qu’arrivent les premiers invités.

Un homme à l’allure juvénile — on lui donne moins de trente ans — les accueille. Grand, droit, en habit, l’ordre du Séraphin en écharpe, et à la boutonnière celui de l’Etoile polaire, il s’apprête à serrer mille trois cents mains. Il se livre à l’exercice pour la deuxième fois. Un an plus tôt, sans entraînement, il lui avait fallu près d’une heure et demie. Cette fois, le chambellan lui a demandé d’essayer de tenir en une heure. Une poignée toutes les trois secondes. Pas facile, surtout avec ces femmes qui, se croyant à Londres, pensent bien faire en esquissant une révérence à leur façon. Mais Charles Gustave, sportif passionné, veut relever le défi.
Malgré le rythme soutenu, le jeune roi de Suède a un mot pour chacun. Avec certains, il s’attarde un peu plus. Soudain, au moment de passer devant sa Majesté, le ton monte, en anglais, entre deux femmes. Leurs maris ont beau essayer de les calmer, rien n’y fait. Perçant le brouhaha du Stadshus(1), des mots éclatent tels des pétards malvenus : me first, shame on you, fascist, socialist, Pinochet… Puis, de guerre lasse, une femme dit à l’autre : Go on, have another opportunity.

Le chef du protocole a vu l’incident. Il fera le nécessaire pour que la presse n’en parle pas (aujourd’hui encore, l’affaire reste inconnue hors du cercle de ceux qui ont l’observée). D’un simple geste, inaperçu mais efficace, le maître de la cérémonie interpelle l’un des deux cents étudiants en gants blancs qui aident au service. Après un bref conciliabule, le garçon se précipite dans la salle bleue où sont dressées les tables du dîner. En moins d’une minute, quatre étiquettes changent de place devant les couverts.

Nous sommes le 10 décembre 1974, en pleine cérémonie de remise des prix Nobel. En sciences économiques, il est décerné conjointement à deux personnalités : Gunnar Myrdal et Friedrich Hayek(4). Les deux femmes septuagénaires, l’une et l’autre encore belles, par qui le scandale est arrivé, sont leurs épouses. Alva Reimer Myrdal aura bien l’occasion de serrer une main royale. Huit ans plus tard, à Oslo, elle recevra d’Olav de Norvège sa propre distinction, le prix Nobel de la paix.

Jamais on n’a su pourquoi Helene Hayek(5) avait haussé le ton. Il se dit que cette épouse dominatrice voulait être la première à saluer le roi pour symboliser, aux yeux du monde, la supériorité des thèses de son mari sur celles de Myrdal. Car tout opposait, cette année-là, sur le plan théorique les deux lauréats.

*

Les couples Hayek et Myrdal étaient antisymétriques. Chez les Hayek, Friedrich était aussi conciliant que sa femme était agressive. Chez les Myrdal, Alva, diplomate de profession, l’était aussi dans sa vie privée tandis que son mari Gunnar méprisait volontiers qui ne pensait pas comme lui.
Le banquet qui suivit est resté célèbre. Mécontent de partager son prix avec un homme dont il déplorait la philosophie économique, Myrdal, bien qu’il fût chez lui, n’y prit pas la parole. Hayek, quant à lui, s’amusa à cultiver le paradoxe. Il déclara que, s’il n’avait tenu qu’à lui, jamais le prix Nobel d’économie n’aurait été créé, tant l’économie lui paraissait empirique et mal mériter le nom de science. « Mais le comité du Nobel a brillamment calmé mon inquiétude, plaisanta-t-il, en désignant à mon côté un homme tout aussi peu conventionnel que moi. »

A défaut d’être présente cette année-là en la personne des lauréats, la France était à l’honneur par ses vins. On servit d’abord un saumon fumé à chaud, sauce hollandaise, suivi d’un cuissot de chevreuil rôti, sauce genièvre et salade. Sorbet à l’orange en dessert. Krug Cuvée privée et Château Landereau 1970. Cognac Renault Carte Noire Extra. Liqueur Bénédictine.
Au moment de quitter l’Hôtel de ville, une main invisible plaça à nouveau côte à côte les Hayek et les Myrdal, sous le contrôle vigilant du professeur Erik Lundberg(6). Plus tôt dans la journée, il avait eu la délicate responsabilité de prononcer d’un même élan l’éloge des deux récipiendaires. Aucun ne l’en blâma et Lundberg estima s’être bien tiré de l’exercice. Profitant de la bonne humeur revenue au cours du dîner, le professeur aurait proposé, dit-on, à ses deux collègues un tour dans les tavernes du vieux Stockholm, cependant que sa femme raccompagnerait leurs épouses.

**

hayek_nobelOn ne peut que supposer ce que Friedrich Hayek et Gunnar Myrdal se dirent cette nuit-là,. Ni l’un ni l’autre n’y fit jamais allusion. Comme si un pacte les liait. Leurs interventions ultérieures et les commentaires de leurs épigones nous ont permis de reconstituer ce que dut être leur conversation.
- Malgré ma sympathie pour l’unification économique européenne, j’ai de sérieux doutes sur la possibilité d’y pat-venir en libérant la circulation de l’argent, lança Hayek, déjà informé des décisions du Sommet de Paris.
- Un objectif très lointain en effet, acquiesça Lundberg pour amorcer la conversation.
- Ne nous y trompons pas : au-delà de l’eau tiède de leur communiqué officiel, c’est vers une monnaie commune que vont s’orienter les Neuf et ceux qui les rejoindront ensuite. Avec, c’est sûr, un jour une autorité supra-nationale pour la contrôler. Demain l’Europe risque d’être un vaste Etat providence. Et après-demain, assurément, une terre de servitude(9).
- Pour ce qui de la servitude, vos amis chiliens en imposent, rétorqua Myrdal(10).
- Arrêtez, je vous prie, de caricaturer ma pensée, poursuivit Hayek. Moi qui ai dû renoncer à ma patrie devant l’hitlérisme, je n’ai pas de leçon de démocratie à recevoir, surtout venant d’un Suédois. On peut parler de la neutralité suédoise si vous insistez…
- Messieurs, messieurs, un peu de hauteur ! risqua Lundberg.
- Il est peu probable que les pays de la Communauté se mettent un jour d’accord sur la politique économique à mener. Mais, à supposer qu’ils y parviennent, rien ne dit qu’ils seront plus efficaces ensemble que séparément, enchaîna Hayek.
- Mais ils n’ont pas le choix. Les Etats ne sont pas responsables de la fin de ces marchés libres mythiques auxquels vous tenez tant, hasarda le Suédois.
- Non seulement une monnaie européenne unique ne serait pas mieux gérée que les monnaies nationales, mais à bien des égards elle serait même pire, insista l’ancien de l’École de Vienne. L’idéologie constructiviste de vos amis socialistes créera, c’est certain, une banque centrale européenne pour gérer son édifice. Et ce sera le début de la fin. Au lieu du socialisme, vous gagnerez le fascisme !
- Il faut bien un arbitre pour que nul ne puisse indûment exploiter les autres par sa position de pouvoir dans le marché. Cet arbitre, c’est l’Etat, ou la Banque centrale, se défendit Myrdal.
- Vous ne comprenez donc pas que les prix sont la meilleure représentation de l’information disponible sur les vrais coûts de production et la situation de la demande ! Seule une monnaie fluide, libre en somme, permet aux prix d’exprimer leur vérité. Si l’Etat s’en mêle, ou pire une Banque centrale, ils cessent de jouer ce rôle, décréta l’Autrichien. Laissez donc les monnaies nationales en concurrence. Peut-être une monnaie commune serait-elle utile en Europe, pour des raisons pratiques, mais une monnaie unique, assurément pas !
- Impossible de revenir à cette monnaie primitive que vous décrivez là ! A force d’éducation et d’information, les gens sont devenus plus rationnels, rappela Myrdal.
- Je n’ai rien contre l’amélioration du niveau culturel des peuples. Bien au contraire, cela me semble devoir être l’une des rares missions de l’Etat. Mais attention à ne pas faire jouer à l’argent un rôle qui dépasse sa fonction naturelle, mit en garde Hayek. L’argent doit rester un moyen et non devenir une marchandise. Il ne fait que permettre de classer la valeur des choses. Subjectivement. Rien de plus.
- Votre libéralisme vous aveugle. L’argent-roi, sans contrôle, c’est l’appauvrissement garanti.
- Et l’injection de monnaie dans le circuit économique à tout va ? Avec vos recettes keynésiennes surannées, vous perturbez la perception des prix qu’ont les acteurs. Continuez de confondre contrôle budgétaire et politique monétaire, vous obtiendrez l’effet inverse de celui que vous recherchez : inflation, dépression et chômage.
- N’insultez pas Keynes, je vous prie. D’ailleurs, il ne vous tenait pas en grande estime…
- Au moins, moi je l’ai rencontré !
- Allons, Messieurs, vous vous égarez à nouveau. Je ne retrouve plus ce soir ceux que la Banque de Suède a désignés cette année pour « leur travail de pionniers dans la théorie de la monnaie et les fluctuations économiques et pour leur analyse pénétrante de l’interdépendance des phénomènes économiques, sociaux et institutionnels », se sentit obligé de préciser le professeur Lundberg.
- Je ne comprends décidément pas pourquoi vous avez créé ce faux prix Nobel pour ces faux chercheurs que sont les économistes, répéta Hayek, comme il l’avait, avec moins de violence, déjà dit pendant le banquet.
- Quand je vois qu’on le donne à des gens comme vous, je dois dire que je regrette d’avoir soutenu sa création ! conclut Myrdal, à nouveau de fort méchante humeur.
Malgré les efforts de Lundberg, la tension ne retomba pas entre les deux hommes. Entre l’élève de von Mises(11), pour qui l’argent n’était qu’un mal nécessaire, et l’émule de Keynes qui voyait dans la monnaie le grain dont se nourrit l’économie réelle, aucun accord n’était possible.

* *
*

Mises-HayekL’école de Vienne
La capitale autrichienne n’a pas seulement donné au monde les racines du mouvement psychanalytique. La Vienne de la Belle Epoque est aussi le creuset d’une branche de la pensée économique dont on retrouve aujourd’hui encore les traces des deux côtés de l’Atlantique.
Les économistes allemands ont donné le nom d’Ecole autrichienne — ou de Vienne — à ce mouvement initié par Carl Menger (1840-1921) et poursuivi, d’abord en Autriche, puis après l’Anschluss en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, par Ludwig von Mises, Friedrich Hayek, et de nombreux autres.
L’Ecole de Vienne est aussi parfois dite « psychologique » ou « libérale ».

Psychologique, elle l’est par méthode. C’est dans les mécanismes intimes des choix individuels que les Autrichiens recherchent les fondements des lois économiques. Cette approche qu’on dirait aujourd’hui bottorn-up amène l’Ecole de Vienne à remettre en cause le regard néoclassique sur le rôle des prix, la fonction du marché et le statut de la monnaie. Là où la pensée néoclassique part à la recherche d’agrégats objectifs, les tenants de l’Ecole de Vienne se contentent d’étudier les comportements subjectifs de chacun des agents.

Récusant la distinction entre macro-économie et micro-économie, les héritiers de Menger estiment que le seul objectif, nécessaire et suffisant, de la politique économique doit être de préserver le libre choix des agents. Pour l’Ecole de Vienne, une intervention de l’Etat qui irait au-delà de cette limite compromettrait non seulement les décisions personnelles des acteurs économiques, mais à terme les libertés publiques elles-mêmes. L’Ecole de Vienne est dite aussi libérale, parce qu’elle défend l’idée qu’un marché fluide, où l’offre et la demande des individus se rencontrent le plus librement possible, se rapproche de l’optimum de satisfaction des agents.

L’Ecole de Vienne a inspiré les politiques de dérégulation des trente dernières années. Outre son mécanisme inégalitaire et son absence de projet de redistribution, les détracteurs de l’Ecole autrichienne lui reprochent l’instabilité du système économique qui découlerait de la mise en oeuvre des ses recommandations.
Les Autrichiens rétorquent que, dans leur dispositif, les équilibres se renouvellent régulièrement et automatiquement, alors qu’avec les politiques interventionnistes de type keynésien ils se rétablissent par des crises majeures, tant économiques que politiques.

Notes
1 Hôtel de ville
4 Friedrich Hayek est né Friedrich August von Hayek. Les Anglo-Saxons et les commentateurs de langue allemande utilisent son état-civil complet. En français, il est d’usage de se limiter à Friedrich Hayek.
5 Helene Bitterlich (1900-1996) a épousé en 1950 son cousin Friedrich Hayek (18991992), prix Nobel d’économie en 1974, aux côtés de Gunnar Myrdal. Helene et Friedrich se sont connus à Vienne vers 1920. Quoique amoureux, ils se sont mariés chacun de son côté. Au moment de l’Anschluss, Hayek se trouve en Grande-Bretagne et refuse de retourner en Autriche. Il devient citoyen britannique et se partage entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis. De passage en Autriche après la guerre, Friedrich retrouve Helene qui lui apprend son divorce. L’idylle se renoue. Hayek divorce à son tour, difficilement — il est contraint de partir divorcer dans l’Arkansas où les lois sont souples —, pour épouser Helene. Ses collègues de la London School of Economics lui reprocheront de s’être mal conduit avec sa première épouse. Selon les amis britanniques de l’économiste, au cours des quelque quarante années qu’elle passera aux côtés de son second mari, Helene Bitterlich imposera dans le couple un petticoat goveretment (gouvernement du jupon), expression utilisée par les Anglais pour dire que la femme porte la culotte.
6 Erik Filip Lundberg (1907-1987). Economiste suédois, membre du comité de sélection du prix Nobel d’économie.
7 D’après, notamment, le discours de Hayek à l’occasion de la remise de son prix Nobel, et celui de Myrdal, en l’honneur d’Alfred Nobel, un an après.
9 Dans La route de la servitude, son maitre-ouvrage paru en 1944, Friedrich Hayek, soutient que l’interventionnisme de l’Etat, en matière de redistribution sociale et de contrôle des marchés, empiète sur les libertés et conduit au totalitarisme.
10 Le coup d’Etat des militaires chiliens a eu lieu le 11 septembre 1973. Hayek ne le désapprouvera pas clairement et acceptera dans les années 80 de conseiller le gouvernement du général Pinochet en économie.
11 Ludwig von Mises (1881-1973), économiste autrichien puis américain, l’un des représentants les plus éminents de l’Ecole de Vienne (voir ci-dessus).

A lire :

Le discours (en anglais) de réception du Nobel par Hayek : http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/economic-sciences/laureates/1974/hayek-lecture.html

Traduction d’extraits dans un prochain article.

 

Alelxis de Tocqueville revisité

Tocqueville_AlexisPar Damien Theillier

« Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui. »

On ne le dira jamais assez, Alexis de Tocqueville est un de nos plus grands écrivains du XIXe siècle. Non seulement par le style mais aussi par l’extraordinaire clairvoyance de sa pensée.

I] Le despotisme doux selon Tocqueville, une nouvelle physionomie de la servitude

De la démocratie en Amérique se présente sous la forme deux livres :

- Le premier est consacré au principe de la souveraineté du peuple, son mode de fonctionnement. Tocqueville analyse les institutions politiques américaines, l’équilibre des pouvoirs, le suffrage universel, etc.

- Le second livre est consacré à la société démocratique, c’est-à-dire aux nouvelles manières de penser et d’être engendrées par l’égalisation des conditions. Il est question notamment de l’individualisme, de ses conséquences et des moyens de le combattre. Lire la suite →

Les réflexions de Madame de Staël sur le suicide

staelLa petite collection éditée chez Berg International vient de rééditer Les réflexions sur le suicide de Germaine de Staël avec une postface de Damien Theillier.

Face à un destin cruel, faut-il se résigner ou bien se révolter ? Peut-on moralement quitter la vie par un geste d’adieu définitif comme ce fut le cas récemment de l’historien Dominique Venner qui s’est tiré une balle devant l’autel à Notre Dame ?

En 1788, dans son premier livre, les Lettres sur les écrits et le caractère de J.-J. Rousseau, Madame de Staël se dit convaincue que Rousseau s’est suicidé à cause de sa solitude. Elle écrit : « Rousseau s’est peut-être permis le suicide sans remords, parce qu’il se trouvait trop seul dans l’immensité de l’univers […]. Un jour, dans ces sombres forêts, il s’est dit : “Je suis isolé sur la terre, je souffre, je suis malheureux, sans que mon existence serve à personne : je puis mourir” ». Lire la suite →

Benjamin Constant et Germaine de Staël, la vie et l’oeuvre

Les droits de l’homme : protection des libertés ou menace ?

BenjaminConstant-272x300Par Damien Theillier

Les droits de l’homme protègent-ils nos libertés ou au contraire les menacent-ils ? Une telle question peut paraître surprenante. Comment les droits de l’homme pourraient-il constituer une menace ? Ne trouve-t-on pas au contraire, dès l’article 2 de la Déclaration de 1789, cette idée que le but de toute association politique est la conservation des droits imprescriptibles de l’homme, dont le droit à la propriété ? Et ne lit-on pas également à l’article 17 que « la propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé » ?

Où est donc le problème ? C’est Benjamin Constant qui nous a appris à y voir plus clair, comme nous allons le montrer. Le problème, dit-il, est qu’il ne suffit pas de garantir les libertés individuelle conte les empiétements d’autrui. Il faut aussi les garantir contre les empiétements de la législation, c’est-à-dire des décisions collectives qui peuvent résulter d’un vote à la majorité. Or, quand on regarde de près la Déclaration de 1789, elle est truffée d’articles qui conditionnent le respect des libertés individuelles au bon vouloir de la loi. Lire la suite →

Le Groupe de Coppet : une aventure intellectuelle d’une quinzaine d’années

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« Quand même on aurait longtemps à souffrir de l’injustice, je ne conçois pas de meilleur asile contre elle que la méditation de la philosophie et l’émotion de l’éloquence. »

Mme de Staël, Dix années d’exil

 « Ce talent de conversation merveilleux, unique, ce talent que tous les pouvoirs qui ont médité l’injustice ont toujours redouté comme un adversaire et comme un juge, semblait alors n’avoir été donné à Mme de Staël que pour revêtir l’intimité d’une magie indéfinissable et pour remplacer, dans la retraite la plus uniforme, le mouvement vif et varié de la société la plus animée et la plus brillante. »

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Romancière, essayiste, philosophe, théoricienne politique, critique littéraire, Mme de Staël représente le dernier éclat de l’esprit encyclopédique des Lumières. Elle naît à Paris, fille unique de parents protestants genevois. En 1777, alors qu’elle a dix ans, son père Jacques Necker, l’un des banquiers les plus fortunés d’Europe, est nommé par Louis XVI contrôleur général des Finances de la France. Il prend l’initiative sans précédent en 1781 de rendre public le budget du pays, une nouveauté dans une monarchie absolue, où l’état des finances avait toujours été gardé secret.

Au cours de son adolescence, Germaine côtoie des personnalités célèbres comme Voltaire, Denis Diderot, Jean d’Alembert, Georges-Louis Leclerc de Buffon, Jean-François Marmontel, Edward Gibbon, l’abbé de Raynal ou Jean-François de La Harpe. En 1786, elle épouse l’ambassadeur de Suède, Erik Baron de Staël-Holstein, un noble désargenté dont elle se sépare très vite mais dont elle gardera toujours le nom : Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein. Lire la suite →

Le libéralisme est-il contre la communauté ? Par Douglas B. Rasmussen

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« Toutes les remarques des communautariens sur l’échec supposé du libéralisme à engendrer des concepts moraux assez forts pour guider la vie humaine sont simplement hors de propos. Elles présument – sans argumenter – que l’objectif de l’État est de créer une citoyenneté vertueuse. » Lire la suite →

La Grève, un roman philosophique (3). La recherche du profit est-elle immorale ?

Hank ReardenPoursuivons notre exploration philosophique du roman-fleuve d’Ayn Rand, La Grève. Un thème fondamental du livre est l’esprit humain comme moyen de création et de survie. (Voir les 2 articles précédents ici et ici)

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Deux prêtres jésuites s’opposent sur le capitalisme et le rôle de l’État

sirico giraudSolène Tadié, journaliste à Aleteia, une agence de presse catholique à Rome, vient de publier un article sur deux pères  jésuites dont l’un, le père Sirico, est l’auteur d’un livre que j’ai présenté sur mon blog il y a quelques semaines.

Si le père Gaël Giraud et le père Robert Sirico font tous deux les mêmes constats, les conclusions qu’ils en tirent sont pour le moins divergentes.

A lire ici :

http://www.aleteia.org/fr/economie/article/deux-pretres-jesuites-sopposent-sur-le-capitalisme-et-le-role-de-letat-5845544207384576

Citation du père Sirico :

« Les pauvres sont les plus vulnérables dans toute société. Le meilleur remède à la pauvreté est une économie en croissance. Une telle économie fournit des emplois, des rémunérations plus élevées, de meilleures possibilités de carrières ou de réussite personnelle. Or une économie ne peut être en croissance que si le marché peut fonctionner de façon suffisamment efficace.
[…] La solution n’est pas alors d’entraver ou de détruire les institutions qui sont à la source du développement économique, mais plutôt de favoriser une éthique où ceux qui possèdent devront se pencher sur le sort de ceux qui n’ont pu bénéficier de ce développement et les aider. »

La Grève, un roman philosophique (2). L’aristocratie du piston

francisco d'anconiaVoir le premier article : La Grève, un roman philosophique (1)

« Nous sommes à l’aube d’une ère nouvelle, déclara James Taggart, le nez dans sa coupe de champagne. Nous sommes en train de mettre fin à la dictature du pouvoir économique. Nous allons libérer les hommes de la tyrannie du dollar. Nous ne laisserons plus les puissances de l’argent étouffer nos ambitions spirituelles. Nous allons libérer notre culture des assoiffés du profit. Lire la suite →

Father Robert Sirico à propos de son livre "Defending the free market"

SiricoL’économie est trop importante pour être laissée aux économistes. La théorie économique est remplie d’hypothèses philosophiques et morales sur la nature humaine et sur la société. C’est pourquoi elle intéresse également le philosophe et le théologien moraliste.

Or si beaucoup de penseurs se contentent de préconiser la régulation étatique de la cupidité, le père Sirico insiste sur l’impératif moral du marché libre. Vous voulez aider les pauvres ? Démarrez une entreprise. Voilà en substance ce que nous dit le père Sirico, jésuite américain, auteur d’un livre sur ce sujet. (chapitre 1 en pdf). Le père Sirico est également co-fondateur et président de l’Institut Acton, qui comprend de nombreuses pages en français. Lire la suite →

La finalité de l’intelligence et le réalisme. R. Garrigou-Lagrange, 1932

garrigou réalisme principe finaliteLa finalité de l’intelligence et le réalisme

R. Garrigou-Lagrange

 Le réalisme du principe de finalité, Desclée de Brouwer, 1932

IIème partie, chapitre premier

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« Le principe de contradiction est peut-être nécessaire comme loi de la pensée, mais le réel n’y obéit pas forcément ». Tel est l’un des préjugés les mieux enracinés dans la pensée moderne. Mais si l’on met en doute les premiers principes de la raison, tout particulièrement le principe de contradiction, les mots, l’expression de la pensée, perdent toute signification. On aboutit à une confusion généralisée, aucun être n’a plus de nature, ou de manière d’être précise et concevable, la diversité des choses entre elles s’évanouit. Lire la suite →

Le primat de l’être sur le devenir. R. Garrigou-Lagrange, 1932

garrigou réalisme principe finaliteLe primat de l’être sur le devenir

R. Garrigou-Lagrange

Le réalisme du principe de finalité, Desclée de Brouwer, 1932

Ière partie. Chapitre premier

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La philosophie traditionnelle a trouvé sa formule la plus parfaite, parmi les anciens chez Aristote, au moyen-âge chez saint Thomas d’Aquin et ses successeurs. Elle s’élève au-dessus des systèmes extrêmes et d’un éclectisme sans caractère, pour mettre dans tout son relief la loi fondamentale de la pensée et de l’être, le principe d’identité ou de non-contradiction, loi réalisée dans tous les êtres, mais de la façon la plus haute et la plus pure dans l’Être premier, en qui l’essence et l’existence sont identiques. Lire la suite →

Le sens du mot liberté. Par Ludwig von Mises

394px-Ludwig_von_Mises_3Le sens du mot liberté

Ludwig von Mises

Extraits de L’Action humaine, ch. VIII, XV, XXVII, XXXVIII, 1949, PUF, 1985.

Les adversaires de la liberté au XIXe et au XXe siècle, ont eu recours à une révolution sémantique. Ils ont falsifié le sens du mot. Ils ont défini la liberté comme la faculté de faire ce qui est « légitime », et se sont arrogé le droit exclusif de déterminer ce qui l’est ou ne l’est pas. La liberté économique a ainsi été déclarée illégitime.

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Table des matières Lire la suite →

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