Thèses et antithèses sur l’existence de Dieu

La question de l’existence de Dieu fait partie des interrogations fondamentales de la philosophie. La question a été posée par les plus grands esprits, Aristote, Cicéron, Augustin, Thomas d’Aquin, Descartes, Spinoza, Kant, Hegel et tant d’autres.

« J’ai toujours estimé que ces deux questions de Dieu et de l’âme étaient les principales de celles qui doivent plutôt être démontrées par les raisons de la Philosophie que de la théologie, car […] il ne semble pas possible de pouvoir jamais persuader aux Infidèles aucune Religion, ni quasi même aucune vertu morale, si on ne leur prouve ces deux choses par raison naturelle. » (René Descartes, Épître des Méditations métaphysiques, paragraphe 1)

Du caractère radicalement non scientifique des croyances religieuses, on ne peut conclure à leur irrationalité. Car à ce compte-là, c’est toute la philosophie qu’il faudra répudier. Auguste Comte n’a pas reculé devant cette hypothèse.

Cela dit de nombreux philosophes (Bertrand Russell) rejettent toute prétention à une quelconque justification rationnelle des croyances religieuses : « Tu crois cela sans bonnes raisons, donc tu ne le sais pas !  Car si tu le savais, tout le monde devrait le savoir aussi. Or, certains non seulement ne le savent pas, mais beaucoup de gens n’y croient pas et savent pourquoi elles n’y croient pas ».

Un problème mal posé : le défi sceptique

Mais poser ainsi le problème, c’est déjà présupposer une épistémologie bien particulière. Une conception ambitieuse de l’épistémologie qui est apparue avec Descartes, Hume et Kant. Elle consiste à tenir toute croyance pour injustifiée tant qu’elle n’a pas reçue une garantie épistémologique. Il faut donc procéder à l’examen interne de nos croyances. Cet examen interne doit permettre d’identifier des contenus mentaux – des « idées » pour parler comme Descartes ou comme Hume. Il reste à appliquer à ces contenus mentaux certaines règles épistémologiques pour vérifier leur légitimité.

Hume, dans son Enquête sur l’entendement humain, adopte un critère épistémologique jugé infaillible : la perception empirique. A la fin de l’ouvrage, il propose d’éradiquer du savoir toute proposition qui n’est pas empiriquement évident par elle-même. Pour lui, la métaphysique passe alors à la trappe et il propose de se débarrasser des ouvrages de ce domaine.

La démarche cartésienne, appliquée par les empiristes autant que par les rationalistes, consiste à douter d’une croyance, tant qu’elle n’a pas été justifiée. On peut appeler cette épistémologie « sceptique » en ce qu’elle doute a priori de la légitimité de nos croyance et exige une preuve.

Pour une épistémologie « faible »

On peut toutefois se demander s’il est nécessaire de relever ainsi le défi sceptique cartésien. Une autre conception de l’épistémologie, plus modeste, est possible. Elle consiste à partir du fait que nos croyances sont légitimes s’il n’existe pas de raisons d’en douter.

Ici il faut appliquer le principe de la légalité anglaise : une personne est innocente tant qu’on n’a pas prouvé sa culpabilité. On part du principe que ce qui n’est pas explicitement interdit est permis. Une croyance est rationnelle tant que son irrationalité n’est pas avérée

Si une croyance ne peut être rationnellement acceptée que si elle repose sur des évidences absolues ou des certitudes vérifiables, alors la majeure partie de ce que nous croyons est en fait irrationnel.

Popper donne raison aux sceptiques : il n’y a ni source sûre de connaissance, ni critère absolu du vrai. Pourtant il ne tire pas de ce constat d’incertitude les conséquences désastreuses et invivables des pyrrhoniens. Selon lui, c’est précisément la conviction que nous avons un besoin absolu de certitude qui constitue l’illusion commune dont sont victimes sceptiques, rationalistes et empiristes.

La foi n’est donc pas audible dans le cadre de l’épistémologie hypercritique qui caractérise la modernité post-kantienne.

Cette épistémologie est :

1° trop ambitieuse

2° en phase d’épuisement

Il est tout à fait possible que nos croyances soient garanties sans qu’elles soient justifiées, au sens où l’on pourrait présenter en leur faveur le type de raisons obligeant n’importe qui à avoir la même croyance. Ce qui garantit nos croyances, comme le montre Alvin Plantinga, c’est le fonctionnement correct de nos facultés cognitives, dirigées vers la vérité, quand elles fonctionnent correctement dans l’environnement pour lequel elles sont faites.

A suivre…

D’après Roger Pouivet, Sur la rationalité des croyances religieuses, ThéoRèmes, 2011

A lire : Méta-philosophie de la religion, par R. Pouivet

Voir ma page sur l’épistémologie et la question de la vérité

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Une Réponse

  1. Tout à fait d’accord avec vous… Pourtant beaucoup semblent ne pas l’avoir compris > http://questions.aleteia.org/articles/5/y-a-t-il-des-preuves-de-lexistence-de-dieu/

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