Foi et raison

FOI et RAISON

Il faut prendre soin de bien distinguer le domaine religieux du domaine strictement intellectuel qui est celui de la philosophie. Il n’y a pas de philosophie chrétienne comme il n’y a pas de géométrie chrétienne. Il y a la philosophie, c’est-à-dire l’ensemble des vérités que la raison seule (sans l’apport d’aucune Révélation) est capable de démontrer. Cependant toute religion comporte un certain nombre de présupposés philosophiques : la croyance en la réincarnation suppose l’affirmation d’un dualisme entre le corps et l’âme (le corps n’a pas de valeur et ne participe pas à la dignité de la personne.) Ou bien la croyance à la résurrection de la chair suppose au contraire l’unité indissociable du corps et de l’âme. Ces présupposés qui se donnent pour des vérités naturelles doivent être soumis à une critique philosophique rigoureuse car ils ne peuvent être l’objet d’un acte de foi.

La philosophie est une discipline rationnelle, c’est-à-dire qui se fonde sur la capacité de la raison à connaître le réel. Elle ne fait donc jamais appel à le foi. La raison peut aller jusqu’à connaître Dieu comme un être nécessaire et premier dans l’ordre de l’univers, mais jamais comme la Révélation nous le fait connaître par la foi, c’est-à-dire Dieu-incarné, Dieu-amour, Dieu-sauveur.

Croire et savoir

À quelque âge que ce soit, si un homme juge, c’est qu’il a vu des raisons. Nul ne peut adhérer à ce qu’il pense être absurde. Cela vaut dans le domaine des choses qui concernent la nature et l’histoire comme dans celles qui concernent la foi. La foi ne saurait contredire les lois de la raison – ou alors la foi se nie dans l’absurde. L’intelligibilité de l’objet en lequel un homme accorde sa foi n’est certes pas suffisante, mais elle est nécessaire pour se sentir disposé à croire.

D’un autre côté, la religion, et donc la foi, ne saurait se déduire de principes rationnels – ou alors la foi se nie dans la science. En effet, croire revient à juger, c’est-à-dire à produire un acte qui rapporte ce qui est pensé en soi à ce qui existe hors de soi, tout en prétendant à la conformité entre l’en soi et le hors de soi. Et, pour autant que « la vérité est adéquation entre l’intelligence et la chose même » – selon la définition scolastique –, l’acte de croire engage alors une parole de vérité, du moins une parole qui « tient pour vrai » ce qu’elle exprime, dans le risque, assumé ou non de se tromper.

Cette possibilité de se tromper, inhérente à l’acte de croire, signifie que croire et savoir ne sont pas la même chose, même s’il convient de savoir à quoi nous croyons pour exprimer ce que nous croyons. Un sujet qui sait, dit autant que sa raison peut en valider le jugement ; un sujet qui croit, dit plus que sa raison peut en valider le jugement. Un tel homme ne sait pas que ce qu’il dit est vrai, il tient pour vrai.

Il en est ainsi de la foi. Elle ne saurait relever ni de l’impossible (l’irrationnel) – ou ce serait folie d’y consentir – ni du nécessaire (le rationnel) – ou ce ne serait plus foi, mais science. La foi est et doit être raisonnable, entre l’impossible et le nécessaire, entre ce que nous ne pouvons penser et ce que nous ne pouvons pas ne pas penser. Et plus les probabilités d’être vraie augmentent, plus la foi est raisonnable, plus il est raisonnable d’y croire – sans qu’il soit pourtant jamais nécessaire de croire.

cette approche fait apparaître la situation médiane de la foi. Nous pouvons aisément remarquer que la foi participe déjà de la science par la fermeté de son adhésion et participe encore de l’opinion qui, ne disposant pas de la claire vision du vrai, maintient la cogitation. En possédant la qualité de la première et le défaut de la seconde, elle occupe ainsi une situation intermédiaire entre la science et l’opinion, entre ce que nous devons nommer un état intellectuel supérieur et un état intellectuel inférieur.

Nous pouvons distinguer, avec la tradition scolastique, les « préambules de la foi » (« preambula fidei ») et les « motifs de crédibilités » (« motiva credibilitatis »).

Par préambules de la foi, il faut entendre un certain nombre de vérités philosophiques qui sont logiquement antérieures à la foi comme l’existence de Dieu ou la capacité pour l’homme d’atteindre des certitudes par l’usage de sa raison. Avant d’être convaincu que Dieu existe ou même qu’il a parlé dans l’Histoire, qu’il s’est révélé aux hommes, nous ne pouvons croire à ce qu’il a dit, au contenu de la Révélation. Les préambules de la foi concernent donc un type de vérité commun à toutes les grandes religions, et spécialement les monothéismes et se ramènent, par l’observation du monde naturel, à la certitude que la transcendance d’un Dieu créateur n’est pas une fiction. En réalité, il arrive fréquemment que nous possédions la foi avant de connaître les préambules de la foi, ne serait-ce que parce que nous sommes nés ici et non ailleurs, que nous avons reçu une éducation religieuse, que nous sommes baptisés depuis la petite enfance. Dans pareil cas (antériorité logique n’est pas antériorité chronologique), il convient malgré tout d’étudier les préambules de la foi, dans la mesure de ses possibilités, c’est-à-dire se consacrer à de la philosophie, pour ne pas être ébranlé par des arguments qui pourraient être donnés contre la foi ou pour pouvoir aider des personnes qui n’ont pas la foi.

Les motifs de crédibilité, quant à eux, concernent non le préalable commun à toute confession de foi (comme « Dieu est ») mais le contenu d’une foi spécifique. Pour le christianisme, il faut nommer « tout ce qui appartient essentiellement à la foi : tels sont la Trinité des Personnes du Dieu tout puissant ou le mystère de l’incarnation du Christ » (saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, question 1, article 5). Chaque article de la foi est un mystère et, comme tel, il dépasse notre raison qui comprend être en présence d’une proposition qu’elle ne saurait ramener à ses principes logiques et à l’expérience qu’elle fait de la réalité.  Mais, si dans le détail, chaque article lui paraît inintelligible, rattaché au tout que constitue le corps général des vérités à croire – le Credo dans son ensemble – chaque article prend sens et acquiert une intelligibilité qui n’est pas négligeable. La partie reçoit du tout une crédibilité qui éclaire l’intelligence et lui permet de comprendre, si elle accepte de croire, qu’elle ne se saute pas dans l’absurde, qu’elle ne renonce pas à la rationalité. « Les choses qui tombent sous la foi peuvent être considérées de deux manières. Elles peuvent l’être en détail, et à cet égard elles ne peuvent pas être en même temps vues et crues. Mais, si elles sont considérées en général, c’est-à-dire sous l’aspect commun de la crédibilité, alors elles sont vues par celui qui croit : il ne croirait pas, en effet, s’ils ne voyaient pas que ces choses doivent être crues » écrit saint Thomas (Somme Théologique, IIa-IIae, question 1, article 4). Qui ne voit pas une certaine intelligibilité de la foi dans son ensemble, ne peut ni ne veut croire car si la raison autorise son dépassement, elle interdit la négation de ses principes logiques : sans cohérence, elle ne fera certainement pas le pas de la foi, même si, avec la cohérence, il est possible et non nécessaire qu’elle le fasse, car la foi est libre. Les motifs de crédibilité de sont pas des motifs de foi ; ils suffisent à montrer que le contenu de la foi est crédible (ou croyable), ils ne suffisent pas à faire que le contenu de la foi soit cru.

En résumé, il y a trois sortes de vérités :

a) vérités connues par la foi et non par la raison. Exemple : « Jésus est le Fils de Dieu. »

b) vérités qui peuvent être connues par la raison et par la foi. Exemple : l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme humaine, l’existence d’une loi morale objective.

c) vérités qui peuvent être connues par la raison, mais non par la foi. Exemple : le théorème de Pythagore.

Qu’est-ce que la foi ?

Commençons par dire ce qu’elle n’est pas :

I] La foi n’est pas et ne saurait être un saut dans l’absurde.

Le contenu de la foi est crédible si :

1° Il ne contredit pas les principes fondamentaux de la raison. La raison humaine n’accepterait jamais de croire à ce qui exige son renoncement, c’est-à-dire l’abandon de ses règles de fonctionnement, spécialement ce principe (dit de « non-contradiction ») qui rejette la contradiction dans l’absurde, c’est-à-dire au final dans l’erreur. Une foi auto contradictoire n’est pas une foi. Pascal résume cela admirablement lorsqu’il écrit dans ses Pensées : « Si on soumet tout à la raison, notre religion n’aura rien de mystérieux et de surnaturel, si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule » (édit. Brunschvicg, §273).

En résumé :

– La foi ne se déduit pas de la seule raison… sinon la foi serait science.

– La foi ne contredit pas la raison, sinon la foi serait irrecevable, c’est-à-dire absurde.

La foi n’est donc ni de la raison, ni contre la raison. Nul ne croit pour des raisons, mais nul ne croit également sans raison. Il en va de même en amour. En effet, nous n’aimons jamais personne pour des raisons ; si tel était le cas, nous aimerions davantage nos raisons d’aimer – et au bout du compte nous-mêmes – que la personne aimée. Cependant, nous n’aimons personne sans raison ; si tel était le cas, si nous aimions sans raison, il n’y aurait aucun raison d’aimer telle personne ou, ce qui revient au même, il n’y aurait aucune raison de ne pas en aimer une autre. L’amour ressemble à la foi. Cette ressemblance constitue un excellent moyen de penser l’un et l’autre, l’un par l’autre.

Avons-nous même déjà vu un homme accorder sa confiance – donc sa foi (cum-fides, accorder sa confiance à quelqu’un = reconnaître avoir foi en quelqu’un) – à un autre, par exemple un chef d’entreprise confier une nouvelle responsabilité à l’un de ses cadres, sans fonder sa décision sur une expérience qui, en situation, a révélé ses compétences ? Certes l’entrepreneur prend un risque – car il n’a pas l’absolue certitude que son employé ne le décevra pas – mais son risque est calculé, c’est-à-dire motivé ou raisonnable. Il en va ainsi de la foi, de la foi religieuse. À quelque âge que ce soit, de la petite enfance à la maturité, le consentement que suppose l’acte de foi n’est pas sans raison. Jeune ou moins jeune, peu cultivé ou érudit « l’homme ne croirait pas s’il ne voyait pas que c’est croyable » écrit saint Thomas d’Aquin dans la Somme Théologique (II-IIae, 1, 14, ad 2).

Il importe cependant de comprendre que ce qui est vu ici, pour les choses de la foi, ce sont bien des raisons, mais des raisons qui déterminent ces choses comme croyables et non exactement comme étant crues. Il existe un fossé, un saut qualitatif, entre le crédible et la foi. Saint Thomas nomme adéquatement ces raisons des « motifs de crédibilité » et non des raisons dont la compréhension aurait le pouvoir de donner mécaniquement la foi. Elles sont nécessaires – car il faut voir que c’est crédible pour croire – et elles sont insuffisantes – car à les voir un homme ne devient pas croyant pour autant. Il y a en elles un manque qui demande à être compensé.

Le contenu de la foi est également crédible si :

2° Chacune de ses propositions – en l’occurrence chacun des articles du credo que nous nous proposons d’étudier – s’éclaire en vertu de sa relation avec toutes les autres.

Un homme qui « voit » par l’étude, l’enseignement, l’attention à sa vie intérieure, que le corps de la foi est un, qu’il fait système, qu’il y a une indivisible unité entre le Dieu Amour, le Dieu créateur, le Dieu rédempteur, l’Incarnation, la résurrection des corps, la vie éternelle, voit alors que l’ensemble est crédible. Alors, dans ces conditions, le contenu de la foi est non seulement  non contradictoire – ce qui relève d’une crédibilité négative – mais il s’éclaire de l’intérieur selon une harmonie telle que le sens de chaque proposition dépend du sens de toutes – ce qui relève d’une crédibilité positive, plus pertinente encore que la première pour l’intelligence.

II] La foi est aussi affaire de consentement de la volonté

Nous l’avons dit, la foi n’est pas crue parce que reconnue absurde (à moins d’être insensé et de déshonorer l’esprit humain). Il existe donc des raisons de croire. Pour autant, ces raisons ne nécessitent pas, elles inclinent sans contraindre. Quelle que soit la force des raisons de la foi, elles ne suffisent pas.

Mais si les raisons sur lesquelles l’intelligence croyante s’appuie lui sont insuffisantes, pourquoi croit-elle ? Comment expliquer la réalité de son jugement ? Sur le chemin qui a conduit l’intelligence à ce jugement de foi, l’intelligence sait qu’il y a des espaces vides, une série de chaînons manquants. Alors, avec tous ces manques, comment se fait-il que l’intelligence ait pu parvenir là où elle se trouve, c’est-à-dire dans les conditions de dire : « je crois » ?

Saint Thomas d’Aquin apporte une irremplaçable lumière sur ce sujet : l’insuffisance des raisons est compensée par un apport externe. L’auteur de la Somme théologique considère que l’intelligence parvient à la foi, non seulement en vertu de son propre regard, mais en raison d’une forte pression de la volonté, qui vient compenser, de l’extérieur, les motifs de crédibilité.

Si la raison est capable de poser un jugement ferme en matière de foi, ce n’est pas parce qu’elle est portée à l’énoncer par la seule pression d’une démonstration, mais aussi et en même temps par l’impulsion de la volonté.

1° Expliquons :

Thomas d’Aquin appelle ces raisons, qui inclinent sans contraindre, des motifs de crédibilité. Nul ne croit sans voir ces motifs de crédibilité. « Non crederemus, nisi videremus esse credendum » – « nous ne pourrions croire si nous ne voyions que c’est crédible » enseigne-t-il dans la Somme Théologique (2a-2ae, q.1, article 4). Un homme ne donne son assentiment – qui est le consentement à croire – s’il perçoit des raisons qui l’inclinent à croire, des motifs de crédibilité.

Mais si ces raisons sont suffisantes à provoquer une inclination, elles ne sont pas suffisantes à provoquer une adhésion, ce que la scolastique et, plus tard, le Cardinal Newman, nomment « l’assentiment », c’est-à-dire l’acte par lequel un sujet confesse que c’est vrai. Entre la crédibilité et la croyance, il existe un espace que la seule raison ne saurait remplir et parcourir, puisque voyant qu’elle peut croire, elle ne voit pas qu’elle doit croire, elle est séduite, elle n’est pas pour autant convaincue. L’assentiment, s’il survient, ne peut donc être le fait de la seule raison, il faut qu’intervienne la volonté pour soulever la raison au rang où elle peut dire « j’adhère », « je crois ».

Telle est la compréhension que saint Thomas forme de la foi. Citons-le :

« Croire appartient à l’intelligence en tant qu’elle est portée par la volonté à donner son adhésion » (Somme Théologique, 2a-2ae, q.2, art.5) ou encore : « Croire est un acte de l’intelligence qui adhère au vrai sous l’emprise de la volonté » (idem, q.5, art. 5).

C’est la volonté qui vient « soulever » l’intelligence pour la hisser jusqu’aux conditions où elle peut dire « je crois ». Sans la volonté, l’intelligence demeurerait sur le seuil de la foi, tentée sans doute, mais, au final, incapable de faire le pas. Or, encore hésitante, avant même de disposer du temps nécessaire pour prêter attention à ce qui se passe, par un geste si fulgurant qu’il est impossible à objectiver, elle est poussée à l’intérieur, dans la foi, par la force de la volonté. La foi est donc une totalité indivisible d’intelligence et de volonté.

2° La volonté comme inclination aimante

Toutefois, nous commettrions une grave erreur si nous comprenions le mot « volonté » dans un sens volontariste. Personne n’accède à la foi simplement par un acte d’autosuggestion, par volonté tenace et même forcenée. La volonté, selon saint Thomas d’Aquin, est une puissance qui incline au bien comme l’intelligence est cette puissance qui incline au vrai. « Incliner à » chez le maître de la scolastique a le sens « d’aimer ». Il faut donc comprendre par volonté une puissance aimante. C’est l’amour, le libre amour, qui vient fortifier la raison pour lui permettre de franchir l’espace entre le jugement « c’est crédible » et le jugement « je crois ».

Si, par exemple, vous voulez étudier la littérature, ce n’est pas parce que vous vous forcez à le faire, mais parce que vous aimez la littérature. Il en va ainsi de tous nos choix fondamentaux ; ils sont déterminés par notre volonté, c’est-à-dire, au principe, par une disposition aimante. Or, la foi est un choix fondamental. Il revient donc à l’amour de donner aux motifs de crédibilité ce qui leur manque pour que l’intelligence franchisse l’espace entre le crédible et la foi. L’intelligence est alors soulevée par le dynamisme, par l’enthousiasme dirai-je, de la volonté aimante, et placée au rang où, enfin, elle peut dire « je crois ».

L’examen de la raison par la raison même ne peut éviter de buter sur sa propre insuffisance. Si elle fonde tout, elle ne saurait se fonder elle-même ; si elle mesure toute chose, elle n’a pas la mesure de sa mesure, elle ne peut évaluer absolument la rectitude des instruments dont elle se sert pour évaluer toute chose.

« La foi implique une adhésion de l’intelligence à ce que l’on croit. Mais l’intelligence adhère à quelque chose de deux façons. D’une manière, elle adhère parce qu’elle y est portée par la force même de l’objet, lequel, tantôt est connu par soi-même, ainsi qu’il se voit dans les principes premiers qui sont matière de simple intelligence, tantôt est connu par autre chose, ainsi qu’il se voit dans les choses de conclusion qui sont matière de science. De l’autre manière, l’intelligence adhère à quelque chose sans y être pleinement portée par son objet propre, mais en s’attachant volontairement par un choix à un parti plutôt qu’à un autre : et si l’on prend ce parti avec un reste d’hésitation et de crainte en faveur de l’autre, on aura une opinion ; mais si l’on prend parti avec certitude et sans aucun reste d’une telle crainte, on aura une foi. Or, lorsqu’on dit qu’on voit les choses, c’est qu’elles forcent notre esprit ou nos sens à prendre connaissance d’elles. D’où il est manifeste que ni la foi ni l’opinion ne peuvent avoir pour objet des choses qui seraient vues soit par les sens soit par l’esprit. »
Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, 2a-2ae , q.1, art.4, respondeo
 
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