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Les sophismes

Les sophismes sont de faux raisonnements qui ont l’apparence du vrai et qui sont destinés à tromper.

I] Les sophismes classiques

L’appel à l’ignorance (ad ignorantiam) ou inversion de la charge de la preuve (c’est à celui qui affirme de démontrer son propos)

Méthode : prétendre que quelque chose est vrai seulement parce qu’il n’a pas été démontré que c’était faux, ou que c’est faux parce qu’il n’a pas été démontré que c’était vrai.

Exemples :

Il est impossible de prouver que je n’ai pas été enlevé par des extraterrestres. Donc j’ai été enlevé par des extraterrestres (argument de Raël).

Il n’est pas démontré que les ondes wi-fi ne sont pas nocives. Donc elles le sont.

Argumentum ad misericordiam (appel à la pitié)

Ce paralogisme consiste à plaider des circonstances particulières qui susciteront de la sympathie pour une cause ou une personne et à inviter à conclure que, pour cette raison, les habituels critères évaluatifs ne sauraient s´appliquer — ou du moins ne sauraient s´appliquer dans toute leur rigueur.

– La pression que subit X était telle que l´on comprend qu´il en soit venu à Y

Argumentum ad hominem

« Il prétend que Dieu n’existe pas, mais il a fait de la prison ! »

Argumentum ad antiquitatem

C’est l’argument que certains connaissent la politique, le comportement ou la pratique est bonne ou acceptable parce que «cela a toujours été fait de cette façon. » Il s’agit d’un sophisme très populaire dans les tours débat, par exemple, «Chaque grande civilisation de l’histoire a fourni des subventions publiques pour l’art et la culture ! » Mais ce fait ne justifie pas la poursuite de la politique.

Argumentum ad populum (« raison de la majorité »)

« Dieu doit exister puisque la majorité des humains y croient depuis des millénaires. » Variante : « La France représente moins d’un pour cent de la population mondiale et ne peut donc avoir aucun rôle significatif. » (L’Athènes de Périclès représentait bien moins d’un pour cent de la population de son époque, et son modèle nous influence encore aujourd’hui ; Sparte, tout aussi puissante à l’époque, n’a pas laissé de trace culturelle durable.)

Argumentum ad logicam

Argument affirmant que si un argument est fallacieux, la conclusion doit être fausse.

« Vous me dites que Dieu existe sur seule base des affirmations de la Bible. C’est bien la preuve de Dieu n’existe pas ! »

C’est l’erreur de supposer que quelque chose est faux simplement parce que la preuve ou argument que quelqu’un a proposé est invalide, ce raisonnement est fallacieux, car il peut y avoir une autre preuve ou argument qui soutient avec succès la proposition. Cette erreur apparaît souvent dans le contexte d’un homme de paille argument.

Sophisme de la caricature (homme de paille ou strawman)

L’épouvantail (ou homme de paille) est un sophisme qui consiste à présenter la position de son adversaire de façon volontairement erronée. On formule un argument facilement réfutable puis on l’attribue à son opposant. En détruisant cet épouvantail on prétend avoir réfuté la position de l’interlocuteur.

Il est possible de créer un argument épouvantail de différentes manières :

Prendre une partie des arguments de son contradicteur, réfuter cette partie et prétendre que l’on a réfuté l’ensemble des arguments.

Présenter les arguments de son opposant dans une forme faible, les réfuter et prétendre que les arguments originaux ont été réfutés. Pour atteindre ce but, on peut notamment prendre les arguments originaux et les séparer du contexte dans lequel ils ont été exposés.

Présenter une fausse déclaration de son opposant, la réfuter et prétendre que la déclaration initiale est la position véritable de son opposant.

Présenter quelqu’un qui défend maladroitement une position, réfuter ces arguments et prétendre que tous les arguments en faveur de cette position sont réfutés.

Inventer un personnage de fiction avec des actions ou des croyances que l’on peut facilement critiquer et prétendre que cette personne est représentative du groupe que le locuteur est en train de critiquer.

On peut définir un argument épouvantail comme un argument de fausse déclaration. L’épouvantail est une technique utilisée très fréquemment dans les débats politiques ou d’une manière plus générale dans les médias.

Exemples

« Vous ne voulez pas mettre au point ce programme de construction de porte-avions ; je ne comprends pas pourquoi vous voulez laisser notre pays sans défense. »

La proposition « je suis contre la construction d’un porte-avions » a été détournée en « je suis contre la défense de mon pays », argument beaucoup plus facile à mettre en défaut.

« Si la théorie de l’évolution était vraie, cela voudrait dire que mon grand-père est un gorille »

« le libéralisme en économie, ça ne marche pas, puisqu’il n’existe pas de marché de concurrence pure et parfaite » ;

« la liberté qu’invoque le libéralisme n’existe pas, puisque l’homme ne peut satisfaire tous ses désirs » (on tente de réfuter un raisonnement en s’attaquant à une version affaiblie ou sensiblement différente de ce raisonnement, en faisant croire que c’est ce raisonnement lui-même qui est invalidé)

Reductio ad hitlerum (« déshonneur par association »)

Méthode : disqualifier un adversaire en le comparant à un personnage honni du passé comme Hitler, Mussolini, Pol Pot…

Si tu adhères à la théorie de Darwin, alors tu cautionnes la « sélection » des espèces, donc le darwinisme social et l’eugénisme, ce qui rappelle certaines heures sombres…

Post hoc ergo propter hoc

Confusion entre synchronicité et causalité. Parce que deux événements se suivent, l’un est supposé être la cause de l’autre. De nombreuses superstitions sont fondées sur un raisonnement post hoc. (Depuis le passage de la comète de Haley, l’économie se porte mieux)

Tu m’as appelé alors que je pensais justement à toi : c’est très fort, ce qu’il y a entre nous ! »

J’ai été vacciné contre l’hépatite B et ça a déclenché une sclérose en plaques quelques semaines plus tard.

« grâce à la politique volontariste du gouvernement, la situation économique s’est améliorée » (le fait que deux événements se succèdent n’implique pas que le premier soit la cause du second. La réalité est : malgré la politique volontariste du gouvernement, la situation économique s’est améliorée)

Cum hoc ergo propter hoc

Confusion entre corrélation et causalité.

« Les courbes démontrent que les ventes de glace sont liées aux ventes de maillots. »

Non Sequitur (« Il ne s’ensuit pas »)

Dans le sophisme Non sequitur, la conclusion n’a aucun lien avec les deux prémisses qui peuvent êtres vraies par ailleurs. On crée alors l’illusion d’un raisonnement valide.

Par exemple, « Le racisme est mauvais. Il faut agir pour le combattre. Par conséquent, nous avons besoin d’une discrimination positive. » Évidemment, il ya au moins une étape manquante dans cet argument, parce que la fausseté du racisme n’implique pas la nécessité d’une action positive sans un soutien supplémentaire (par exemple, «Le racisme est commun», «L’action positive permettrait de réduire le racisme», «Il n’existe pas d’alternatives supérieures à action positive », etc.)

Vous critiquez la psychanalyse freudienne. Or Freud était juif, vous êtes donc antisémite.

Tous les consommateurs d’héroïne ont commencé par le haschisch. Tu fumes du haschisch, donc tu vas finir héroïnomane.

« les riches s’enrichissent, par conséquent les pauvres s’appauvrissent » ;

« le capitalisme génère la pauvreté » ; ou bien : « le marché est imparfait, donc l’État doit intervenir »

Tu quoque (« toi aussi »)

C’est le sophisme de défendre une erreur dans son raisonnement en soulignant que son adversaire a commis la même erreur. Une erreur est toujours une erreur, peu importe combien de personnes le faire. Par exemple, «Ils nous accusent de faire des affirmations injustifiées. Mais ils ont affirmé beaucoup de choses, aussi! »

Faux dilemme

– La guerre en Irak ou laisser le champ libre au totalitarisme ?

– L’interdiction du voile ou l’extrémisme religieux ?

Pétition de principe

Méthode : consiste à faire une démonstration qui contient déjà l’acceptation de la conclusion, ou qui n’a de sens que lorsque l’on accepte déjà cette conclusion.

– La psychogénéalogie est une thérapie efficace puisque cette méthode aide les gens à aller mieux.

Par insinuation : Nous ouvrons aujourd’hui le procès d’un ignoble meurtrier.

II] Autres sophismes

Accentuation

Ce sophisme consiste à déplacer le sens d’une affirmation en changeant l’intonation. Par exemple : « nous ne devrions pas dire du mal de nos amis » semble raisonnable quand on le lit sans accentuation. Si quelqu’un en conclut qu’on peut dire du mal de ceux qui ne sont pas nos amis, il a apparemment permuté les prémisses en insistant sur le dernier mot. Insister sur d’autres mots (nous, dire) mène encore à d’autres sens et d’autres conclusions distincts.

Citer quelqu’un hors de contexte est un exemple de cet argument fallacieux. Souvent un passage peut seulement être compris avec son contexte explicatif, qui donne son environnement, son sens et ses qualités. Autres exemples de cet argument : titres de journaux (« Révolution en Corée du nord » en gras, suite en petits caractères « … peu probable dans un proche avenir ».) ; placards publicitaires (« Votre PC pour 500 euros » en accroche, suivie des petits caractères « moniteur et combo CD-DVD non compris »).

Accident

Ce sophisme consiste à appliquer une règle générale à un cas particulier dont les qualités « accidentelles » ou les circonstances rendent la règle inapplicable. Si un psychopathe se renseigne pour savoir où je range mon revolver, n’ai-je pas intérêt à répondre « je n’ai pas d’arme à feu », même si j’en possède une en réalité ? Dire la vérité est une excellente méthode heuristique, mais il est implicitement clair qu’elle s’applique aux conditions de la vie civilisée, pas à des conditions extrêmes de survie.

Affirmation du conséquent

Le syllogisme hypothétique « Si A alors B ; A est vrai ; donc B est vrai » est valide. On l’appelle modus ponendo ponens, ce qui signifie affirmer l’antécédent. Une erreur commune est d’affirmer le conséquent B. C’est le sophisme d’affirmation du conséquent. « Si Molière a écrit Le Cid, alors Molière est un grand dramaturge ; Molière était un grand dramaturge, donc Molière a écrit Le Cid. »

Amphibologie

L’amphibologie renvoie à une ambiguïté dans la construction grammaticale des prémisses. Une affirmation est amphibologique lorsque son sens est rendu flou par la combinaison maladroite de mots et par des expressions astucieuses : « Trois policiers ont surveillé le carrefour dangereux qui ne l’était pas jusqu’ici faute d’effectifs ».

Crésus, le roi de Lydie, méditait une guerre contre le royaume de Perse. Prudent, il alla consulter l’oracle de Delphes, qui annonça à Crésus qu' »il détruirait un puissant royaume ». Ravi, le roi déclara la guerre – puis fut défait par Cyrus. Il survécut et plus tard, alla se plaindre à l’Oracle. Les prêtres lui répondirent que l’Oracle avait eu raison : Crésus avait détruit un royaume : son propre royaume ! Les affirmations amphibologiques rendent les prémisses dangereuses.

Baculum, argumentum ad-

Invocation de la force. Quelqu’un fait appel à la force ou menace d’y faire appel pour faire accepter une conclusion. On l’utilise en général quand on est à court d’arguments rationnels. « Si vous ne vous taisez pas, je vous colle un contrôle fiscal au c… . » « Je rappelle à M. le juge que sa décision entraînera des événements graves dans la cité des Francs-Moisins. »

Beignets (argument fallacieux des -)

Un forme de fausse alternative dont l’un des termes n’est pas exclusif de l’autre : s’agissant des beignets, on les présente en deux catégories : les gros beignets et les beignets au sucre.

Chat-qui-aboie

(Tiré de Free to choose de Milton Friedman) Que penseriez-vous de quelqu’un qui vous dirait : « J’aimerais avoir un chat à condition qu’il aboie » ? Eh bien, quand vous affirmez que vous aimeriez un Etat à condition qu’il se comporte comme il vous semble souhaitable, cette affirmation est exactement équivalente. Les lois biologiques qui déterminent les caractéristiques des chats ne sont pas plus rigides que les lois politiques qui déterminent le comportement des services de l’Etat une fois qu’ils sont créés. Le comportement d’un Etat et ses conséquences désagréables ne sont pas des accidents, les résultats de quelque erreur humaine que l’on pourrait facilement corriger, mais les conséquences de son existence même, comme le miaou est constitutif de l’existence du matou.

Christophe Colomb

Supposer que si tel événement ne s’était pas déroulé de telle manière, il ne se serait jamais déroulé. « Si elle ne l’avait pas été par Christophe Colomb, l’Amérique n’aurait jamais été découverte. »

Collectif ambigu

Usage d’un terme collectif sans délimitation précise des éléments qu’il réunit. « Nous », « vous », « ils » et « les gens » en sont les exemples les plus largement utilisés. Ce sophisme est particulièrement dévastateur dans le domaine du débat politique, où son usage rend impossible la tâche d’établir des distinctions parmi les différents groupes. Je mets souvent au défi ceux qui commettent ce sophisme d’éliminer de leur vocabulaire tout terme collectif, et chaque fois qu’il veulent utiliser un tel terme, de choisir à sa place une description précise du groupe que le terme est sensé représenter. Un pronom sans antécédent est un exemple du Sophisme de collectif ambigu.

Ici, deux exemples :
1. « En novembre dernier, 80% d’entre nous ont voté pour une hausse significative des impôts ». Dans cette affirmation, qui est exactement « nous » ? Le locuteur cherche à assener l’idée que la hausse des impôts est très largement soutenue, mais si en fait on rapporte les 80% à ceux qui ont voté, ce sous-groupe pourrait bien être un tout petit pourcentage de la population totale.

2. « Nous devons former les journalistes à travailler pour l’intérêt général. » Dans cette affirmation, qui est « nous » ? Le locuteur essaie-t-il de promouvoir une socialisation de la formation en préconisant un contrôle gouvernemental sur les écoles de journalistes ? Et quand il dit : « nous devons », veut-il en réalité dire « le gouvernement devrait » ? Et cet « intérêt général » n’est-il pas, simplement, une subtile manière de dire « mon intérêt » ?

Composition

Il s’agit en fait de deux sophismes étroitement apparentés. Sous sa première forme, le sophisme de composition consiste à transférer les propriétés des parties d’un ensemble à l’ensemble lui-même. Exemple : « Chacune des pièces de ces machines est légère. Donc cette machine est légère. » Oui, mais une machine lourde peut être composée d’un grand nombre de pièces légères. Sous sa seconde forme, ce sophisme consiste à confondre l’usage générique et l’usage distributif de termes généraux. (Mais quelles langues parviennent à faire une telle distinction ?) Exemple : « Un camion utilise consomme plus de carburant qu’une voiture. Donc tous les camions consomment plus de carburant que toutes les voitures. » La prémisse est une comparaison (distributive) entre une voiture et un camion. D’un point de vue distributif, chaque camion consomme certes plus de carburant que chaque voiture. Mais d’un point de vue générique, toutes les voitures consomment plus de carburant que tous les camions, parce qu’elles sont plus nombreuses. En inversant ce sophisme de composition, on ontient le sophisme de division.

Correction d’une supposition par une autre supposition

Implicitement, il suppose que je vais corriger ses suppositions erronées.

Division

C’est l’inverse du sophisme de composition. Il implique la même confusion mais inverse la direction de l’inférence. Exemple : « Cette machine est lourde, donc chaque partie doit être lourde » ; « Les tigres royaux vont disparaître ; ce tigre est un tigre royal ; donc ce tigre va disparaître » ; « Devinette : pourquoi les moutons blancs mangent-il davantage que les moutons noirs ? Réponse : parce qu’ils sont plus nombreux. »

Eléphant

« Eh m’sieu, vous auriez intérêt à acheter une bouteille de mon éléphantifuge. Sinon, les éléphants s’installeront par ici et finiront par vous piétiner. La preuve de l’efficacité de ce produit, c’est qu’il n’y a pas d’éléphant dans le coin ! » Remplacez « éléphantifuge » par « Etat », et à la place d' »éléphant », mettez les mots « crime », « pauvreté », « chaos » ou « communautarisme », ou n’importe quoi de ce que l’Etat prétend nous protéger. Rien de ce dont l’Etat prétend nous protéger ne peut être empêché d’une manière plus humaine, plus juste et plus économique par la libre association d’individus libres.

Equivoque

Beaucoup de mots sont polysémiques : ils possèdent plusieurs sens. Si nous utilisons un de ces mots avec deux sens différents (ou davantage), nous utilisons ce mot de façon équivoque. Et si nous le faisons dans un débat argumenté, nous commettons une équivoque. Exemple : la fin d’une chose est sa perfection ; la mort est la fin de la vie ; donc la mort est la perfection de la vie. » Ce syllogisme est faux car le mot fin y est utilisé avec deux sens différents : 1. but ; 2. événement final. Dans l’exemple, ces deux sens ont été confondus. Un type particulier d’équivoque consiste à utiliser des termes proches : « C’est sûrement un homme bon, car c’est un bon joueur de foot. » L’équivoque se base sur l’ambiguïté d’un mot ou d’une phrase.

Fausse attribution

Egalement appelée « homme de paille ». Présentez votre adversaire sous des traits trompeurs puis basez votre critique sur cette description. « Le libéralisme crée la misère, par conséquent le libéralisme est le mal. »

Fausse superficialité

Quand un adversaire s’autorise à digresser par manque de cohérence et refuse la logique et les preuves de son contradicteur. Il ne peut pas saisir l’ensemble du problème – où le principe qui le sous-tend -, se concentre donc sur une petite partie (généralement un seul mot) et oriente sa réfutation vers ce fragment minuscule en quoi consiste tout ce qu’il arrive à percevoir : « Que voulez-vous dire par —– ? » où —– est n’importe quel mot inclus dans votre argumentation, et en général un mot assez ordinaire que votre contradicteur utilise facilement dans d’autres contextes. Il envisage les choses avec ses yeux de spécialiste, prélève une partie de la vérité et refuse d’en voir plus, cite parfois vos arguments les moins significatifs, pour faire croire que vous n’avez rien conçu de mieux. Certains arguments Ad Hominem ont probablement la même origine : l’adversaire n’est pas en mesure de comprendre vos idées : il dirige donc sa réfutation contre vous. Ou bien il se met à parler de ce qu’il arrive à comprendre, ce dont résulte un coq-à-l’âne permanent. Il s’empare d’un exemple et en fait une généralisation. Quand il a observé que je n’aime pas les palourdes, il en déduit que je déteste les fruits de mer. Il voit un phénomène se reproduire deux ou trois fois et en conclut qu’il s’agit d’un phénomène régulier. Ces réponses ne sont pas délibérées, mais résultent d’une incapacité à percevoir l’idée centrale d’un débat. La seule réponse possible à ce genre de comportement est une immobilité bovine, à moins que l’interlocuteur possède un degré de lucidité suffisant pour réaliser sa défaillance, et un degré d’amour-propre suffisant pour l’admettre.

Négation de l’antécédent

Le syllogisme hypothétique : « Si A alors B ; B est faux ; donc A est faux » est valide. On l’appelle modus tollendo tollens ou négation de l’antécédent. Mais ce serait une erreur de nier l’antécédent A au lieu du conséquent B : c’est le sophisme de négation de l’antécédent. « Si Sam pense à apporter la bière, c’est un chic type. Sam n’a pas pensé à apporter la bière. Donc Sam n’est pas un chic type. »

Pieds-nus

« Si le gouvernement n’exerçait pas un contrôle sur la fabrication, la distribution, le prix et la vente des chaussures, nous marcherions tous pieds nus ! » Si « chaussures » ne vous convient pas, remplacez-le par « police », « poste » ou « assurances sociales », ou n’importe quoi d’autre de ce que le gouvernement prétend fournir. Rien de ce que l’Etat prétend offrir ne peut être fourni d’une manière plus humaine, juste et économique par la libre association d’individus libres.

Preuve d’un négatif

(The Objectivist Newsletter, avril 1963) : « Prouver la non-existence de ce pour quoi il n’existe aucune preuve de quelque sorte. La preuve, la logique, la raison, la réflexion n’e s’appliquent qu’au domaine de ce qui existe, et ne traitent que de cela. On ne peut pas les appliquer à ce qui n’existe pas. Rien ne peut s’appliquer pertinemment au non-existant. Une proposition positive, basée sur des faits qui ont été mal interprétés, peut être réfutée en explicitant les erreurs dans l’interprétation des faits. Une telle opération est la réfutation d’un positif, pas la démonstration d’un négatif… La démonstration rationnelle est nécessaire ne serait-ce que pour soutenir qu’une chose est possible. C’est un défaut de logique d’affirmer que ce qui n’est pas prouvé comme impossible est, par conséquent, possible. L’absence ne constitue la preuve de rien. Rien ne peut être inféré du rien. » Si je dis « Tout est possible », je dois admettre la possibilité que cette proposition est fausse. Le doute doit toujours être spécifique, et peut seulement exister par contraste avec ce dont on ne peut pas douter.

Question complexe

Ce sont des questions composées ou indirectes auxquelles on ne peut répondre de façon pertinente par « oui » ou par « non ». Elles supposent une réponse préalable à une question informulée. Exemples : « Battez-vous encore votre femme ? », « Vos ventes ont-elles progressé en raison de votre publicité mensongère ? » Une variante de cet argument fallacieux consiste à mêler deux questions pour n’obtenir qu’une réponse : « Oui ou non, êtes-vous pour le socialisme et la prospérité ? », « Sois un gentil garçon, va au lit. » La meilleure manière de manier de telles questions est de les couper en éléments simples : « 1. Je ne bats jamais ma femme, 2. Votre question est stupide ». « 1. Je souhaite la prospérité, 2. Je ne peux donc en aucun cas être socialiste. » [La procédure parlementaire appelle cela « fractionner la question ».]

Qui ne dit mot consent

Consent à quoi ? En fait, à quoi est-ce que je consens quand je ne vote PAS ? A la politique de Chirac ? A celle de Le Pen ? A celle de Jospin ? A la politique de tous ceux dont le désaccord avec le système électoral empêche leur participation à celui-ci ? Le processus d’implication contient une relation causale : pour qu’une chose implique une autre, il doit exister un lien de cause entre les deux. Or ceux qui affirment que « qui ne dit mot consent » ne proposent aucune chaîne de connection logique entre le silence et le consentement. Précisément, comment le consentement découle-t-il du silence ? Comment peut-on prétendre que les morts consentent à quoi que ce soit ? Si mon silence implique vraiment mon consentement, jusqu’où va ce consentement ? Suppose-t-on que je consens aussi à toutes les choses pour lesquelles je reste silencieux ? Et même à celles que j’ignore complètement ? Au fait que quelqu’un bat sa femme à Calcutta ? Si je dois exprimer ma désapprobation envers tout ce qui n’emporte PAS mon consentement, de peur qu’on me reproche mon silence, mes jours seront trop courts pour une telle pléthore de démentis.

Suppression de l’agent

1. « Pendant la Grande Crise, des millions de personnes ont été mises à la rue. » Mais qui les a virées ? La première réponse à cette question serait, sans aucun doute, « leurs employeurs ». Certes, cette proposition invite le lecteur les lecteurs à inférer cette conclusion. Mais en fait, l’Etat, qui a détruit les industries par le biais de la taxation et de la régulation, est l’agent causal que la tournure passive de la proposition efface ou exclut de la représentation. 2. Déshumanisation de l’action : « Pendant les deux premières années de l’administration Garcia, l’économie connut une croissance rapide. » Cette phrase établit une relation causale forte – mais implicite – entre les programmes interventionnistes de Garcia et la bonne santé économique. « Mais l’inflation échappa au contrôle de l’Etat et l’économie commença bientôt à se contracter. » L’évolution de l’économie est maintenant décrite comme un mouvement possédant ses propres principes d’action, non-humains. Elle n’a plus pour cause des actions humaines, mais agit de son propre chef.

Syndrome booléen

Représenter un continuum comme s’il n’était représenté que par ses deux extrémités. Consiste à diviser une série entière d’options en deux extrêmes, puis à insister qu’un choix soit fait entre l’un ou l’autre extrême, sans prise en compte des autres solutions.

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