Éthique

Ten-Universal-PrincipesQu’est-ce que l’éthique ?

L’éthique se préoccupe de la moralité de la vie, de la manière de rechercher ce qui est bien et d’éviter ce qui est mal ou dangereux. C’est une quête beaucoup plus ancienne que l’étude de la raison et des droits naturels car elle semble ancrée dans la conscience humaine dès l’origine. Elle semble étroitement liée à la conscience des notions de sacré, transcendantal, spirituel et divin. Cette conscience du sacré implique une attirance vers le bien et une répugnance au mal. Ces sentiments d’attirance et de répugnance s’articulent en règles de conduite de la personne, puis sont exprimés en termes de normes pour une société donnée et, finalement, deviennent un code de lois pour un état.

Les philosophes, hommes de lois, politologues qui se sont interrogés sur la légitimité des lois et du système légal ont tous remarqué qu’une certaine base éthique était présente dans toutes les cultures et religions, base sans laquelle lois et système légal perdent toute intelligibilité et légitimité ; il s’agit du principe de non-malfaisance (éviter aux autres un mal non nécessaire).

Ce principe n’est pas seulement le fondement de la morale et des lois, mais il est aussi le fondement de la justice et des droits. Si ce principe fait partie intégrante d’une culture, la morale, la justice, les droits et les lois en seront imprégnés.

Etudionas maintenant les 3 grands principes de l’éthique : règle d’argent, règle d’or et principe de cohérence entre la fin et les moyens.

I] Le Principe de Non-malfaisance : la Règle d’argent

Éviter tout mal non-nécessaire ; dans le cas où un mal est inévitable, le réduire au minimum.

On peut le formuler comme suit : « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’ils vous fassent. » Ce qui peut se comprendre comme : « N’infligez aucun mal aux autres personnes mais si un mal est inévitable, faites tout votre possible pour le réduire au minimum. »

Ceci se rapproche de la Règle d’or (le principe de bienfaisance), à la différence près que la Règle d’argent se concentre sur le mal à éviter alors que la Règle d’or met en avant le bien à faire (« Faites aux autres ce que vous voudriez qu’on vous fasse »). C’est pourquoi la Règle d’argent est considérée comme le niveau minimal de la morale tandis que la Règle d’or (l’altruisme, faire le maximum de bien aux autres) en est le niveau maximal.

Beaucoup estiment que le principe de non-malfaisance est aussi fondamental pour la morale que le principe de non-contradiction pour les règles de l’évidence parce que son déni entraîne 1) la forme d’injustice la plus profonde et 2) mène à une condition sociale insoutenable.

II] Le principe de Bienfaisance : la Règle d’or

Faire aux autres ce que l’on aimerait qu’on nous fasse.

La Règle d’or (le principe de bienfaisance) diffère de la Règle d’argent (le principe de non-malfaisance) en ce qu’elle représente un maximalisme éthique (faire du bien) alors que la seconde n’est qu’un minimalisme (éviter de blesser). La première inclut forcément la seconde car il serait difficilement concevable de rechercher le bien pour les autres tout en les blessant. Toutefois, la Règle d’or couvre un plus large champ d’activités car le bien que l’on peut faire à quelqu’un dépasse de beaucoup le mal qu’il faut éviter de faire. Un diagramme de Venn représenterait la Règle d’argent comme un petit cercle à l’intérieur du cercle de la Règle d’or, infiniment plus grand.

Comme nous l’avons déjà remarqué, pratiquement toutes les traditions religieuses ont une Règle d’argent, sous une forme ou sous une autre, qui sert de base à toute morale et lois prescriptives. L’Ancien Testament se réfère expressément à une telle règle dans Tobie 4, 15 (« Ne fais à personne ce que tu n’aimerais pas subir ») et Sirach 31, 15 («Juge ton prochain d’après toi-même et, en toutes choses, montre-toi réfléchi »).

Jésus entre en scène dans la Palestine du 1er siècle, et, sans précédent connu, formule la version la plus célèbre de la Règle d’or : En supprimant les négations de la Règle d’argent, il transforme l’obligation morale d’éviter de faire du mal à son voisin en une aspiration à optimiser le bien qu’on peut lui faire. Jésus incluait la Règle d’argent dans cette nouvelle Règle d’or mais il voulait que la vie morale vise à plus et mieux : non seulement à éviter des actions négatives mais à provoquer dans le cœur de l’homme une transformation qui le conduirait à un amour authentique de son prochain. Il voulait que nous voyions chez les autres leur droit à être aimés, leur qualité unique de dignité, de bonté, de mystère de sorte que nous ressentions une certaine empathie et, grâce à elle, que nous fassions le bien envers eux comme si c’était envers nous-mêmes. Il souhaitait que notre recherche du bien efface la différence entre nous-mêmes et les autres.

La diffusion de la Règle d’or jointe à l’enseignement de Jésus sur l’amour a donné lieu à ce qui restera probablement comme la plus grande transformation culturelle de l’histoire. En dépit de nombreux exemples de leaders ou de cultures rejetant la Règle d’or, nous pouvons constater ses effets positifs dans l’attention portée aux plus pauvres (dès le 1er siècle), l’ouverture des hôpitaux à tous et la création d’établissements d’éducation (époque de Constantin). Plus tard, se développeront les théories de la justice pour tous, des droits naturels, des droits économiques, de la justice sociale ; des organisations internationales combattront la pauvreté globale et l’injustice.

La Règle d’or fournit la base de l’identité personnelle et culturelle car elle pousse à rechercher et atteindre le bonheur et les idéaux auxquels chacun aspire dans sa vie. Cela peut sembler étrange mais une courte explication des Quatre niveaux de bonheur permettra de mieux comprendre. En étudiant ces différents niveaux, souvenez-vous que le niveau 3, celui de l’identité contributive, représente la Règle d’or.

III] Le Principe de la Cohérence entre la Fin et les Moyens

La fin ne justifie pas les moyens.

Ce principe moral a ses racines dans la philosophie classique mais c’est saint Augustin qui lui a donné sa formulation actuelle dans son Contra Mendacium (contre le mensonge). Dans la Somme Théologique, Thomas d’Aquin l’applique à toute la morale. On peut le résumer comme suit : « De mauvais moyens ne peuvent servir une bonne cause : la nature mauvaise des moyens entachera la justesse du but recherché. » Ce qui peut aussi se dire : « On ne peut employer des moyens injustes pour promouvoir une juste cause ; l’injustice des moyens pervertira la justice du but que l’on s’est fixé ».

Toutefois, une exception à cette règle est approuvée par la plupart des moralistes, à savoir qu’on peut se servir d’un moyen objectivement mauvais (comme le mensonge) pour empêcher un plus grand mal (par exemple, un meurtre). Empêcher un plus grand mal est jugé comme un but souhaitable même si pour y parvenir, il faut employer un moyen objectivement mauvais, à condition que ce moyen soit moins néfaste que le mal à empêcher. Un « acte objectivement mauvais » est un acte injuste ou mauvais en soi. La loi le décrit comme « malum in se », » mauvais de nature » par opposition au « malum prohibitum », « mauvais parce qu’interdit par la loi ». Dans ce contexte, il différencie un acte objectivement mauvais du sentiment de culpabilité d’une personne.

Une personne peut donc poser un acte objectivement mauvais sans être subjectivement coupable (ou blâmable) si cela permet de prévenir ou de d’éviter un plus grand mal.

Cette exception au principe de cohérence entre la fin et les moyens, couramment appelée, ‘le moindre mal’, a abondamment servi à justifier des actes de légitime défense et les guerres dites ‘justes’. De nombreux moralistes rejettent ce principe ; certains refusent l’idée que des circonstances puissent justifier un acte objectivement mauvais. D’autres vont plus loin et pensent qu’aucun critère ne permet de comparer les maux entre eux et, donc, de déterminer le degré du« moindre mal » destiné à en empêcher un plus grand.

Qui plus est, certains font la distinction entre « commettre un acte, dit de moindre mal, pour en éviter un plus grand » et « accepter un moindre mal parce qu’on est dans l’impossibilité d’éliminer un mal sans en créer un plus grand ». Ce dernier peut ne jamais se produire tandis que le premier a de fortes chances d’être. Ainsi, ce n’est pas mal agir que d’accepter un mal qu’on ne peut éliminer sans aggraver la situation.

Admettons pour la beauté de la discussion que, dans certains cas, le principe du « moindre mal » soit légitime. On peut alors le reformuler ainsi : « On ne peut utiliser un moyen mauvais ou injuste en vue d’une fin juste ou bonne si cette fin n’a pour but d’empêcher un mal plus grand ou plus injuste que celui employé pour y parvenir ».

Prenons un exemple : un groupe de personnes ne peut pas prendre une assurance-vie sur la tête d’une personne, puis faire en sorte que cette personne disparaisse (même après un excellent repas!) pour faire bénéficier de cette assurance une « bonne oeuvre », leur église ou leur école. Donner de l’argent à une oeuvre charitable est éminemment louable, mais cela nejustifie pas le moyen objectivement mauvais de supprimer une personne parce que le groupe en question ne cherche pas à empêcher un plus grand mal.

Ce principe est fréquemment mis en cause dans des questions vitales. Pour permettre à une femme de maîtriser son corps, il faudrait admettre de supprimer des êtres humains à naître. Voilà un bel exemple de l’utilisation d’un mauvais moyen pour une bonne fin. L’exception du « moindre mal » s’applique-t-elle ici, à supposer qu’elle soit légitime ? S’il faut assigner des degrés aux problèmes posés (le meurtre d’un enfant à naître et la maîtrise de son corps pour la jeune femme), il va de soi que tuer est une plus grande injustice que restreindre la liberté d’une personne.

Certains prétendent que, dans ce cas, tuer un être humain est justifié car cet être humain n’est pas né. Autrement dit, la dépendance de cet être envers sa mère, son développement inachevé atténuerait le mal objectif de l’acte de tuer. La perversion de ce raisonnement est évidente d’après le principe d’évidence objective et le principe de non-malfaisance.

En quoi ce principe est-il, à première vue, erroné ? Parce que la dépendance et l’état d’inachèvement d’un être humain n’altèrent en rien sa qualité d’être humain. Cette qualité est déterminée par la présence d’un génome complet et ce génome n’en est pas moins présent alors que l’enfant à naître est encore dépendant ou que son développement n’est pas achevé. Si ces faits n’altèrent pas sa qualité d’être humain, ils ne changent rien non plus à la faute objective de le tuer.

En quoi ce raisonnement viole-t-il le principe d’évidence objective ? Rappelons que ce principe requiert une évidence objective et vérifiable et non de simples préférences subjectives, qu’on ne peut rajouter un critère subjectif et arbitraire pour qualifier un critère objectif. Quand on utilise l’argument de la dépendance et de l’inachèvement d’un être humain pour qualifier le principe objectif de la présence de cet être, on transforme le caractère objectif de ce critère en subjectif. Qui a qualité pour définir la dépendance ? Un être encore à naître ? Un enfant ? Une personne handicapée ? Une personne âgée ? Faut-il remettre en question la qualité humaine de ces gens du fait de leur dépendance ? L’objectivité de la présence d’un être humain a été déformée, rendue arbitraire et subjective par l’ajout d’un qualificatif arbitraire et subjectif.

Nous avons déjà vu que ces ajouts de critères subjectifs et arbitraires sont en contradiction avec le principe de non-malfaisance car ils justifient la possibilité de tuer non seulement l’enfant à naître mais toute personne handicapée d’une manière ou d’une autre. Je ne dis pas que cela justifie que l’on supprime ces personnes mais que le raisonnement le justifierait et donc, justifierait une violation grave du principe de non-malfaisance. Ce qui devrait donner à réfléchir aux plus sceptiques.

Ce principe de « la fin ne justifie pas les moyens » a un autre corollaire connu sous le nom du « principe à double effet ». Si quelqu’un pose un acte, bon ou neutre mais qui engendre deux conséquences, l’une bonne, l’autre mauvaise alors qu’on ne vise que la bonne, la personne n’est pas moralement coupable du mauvais effet (s’il se produit). D’autre part, si quelqu’un pose un acte X dans l’intention d’arriver à un résultat moralement justifié et que, sans qu’il y ait faute de la part de la personne, le résultat attendu ne se produit pas mais un résultat négatif advient, la personne n’en est pas moralement coupable. Si un chirurgien veut sauver la vie de quelqu’un en pratiquant une opération qui peut aggraver la situation et causer la mort, le chirurgien a raison de prendre le risque. Si les choses se passent mal, et que le patient meurt, le chirurgien ne peut être tenu pour responsable car il avait pour but de sauver une vie.

Cette autre exception concerne l’administration d’anti-douleurs tels que la morphine en cas de blessures graves ou de maladie au stade terminal. Si l’intention du praticien est de soulager le malade sans intention de donner la mort mais que la morphine provoque un arrêt cardiaque, le praticien ne peut être tenu pour responsable de la mort d’une personne qu’il cherchait à soulager.

Source : d’après Robert Spitzer, SJ, Ph.D., Ten Universal Principles, A Brief Philosophy of the Life Issues

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