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L’épistémologie objectiviste

Ayn Rand a écrit un traité d’épistémologie directement inspiré de la philosophie d’Aristote : Introduction to Objectivist Epistemology.

L’épistémologie se réfère à la nature et au point de départ de la connaissance, à la nature de la raison et à son exercice approprié, à ses rapports avec les sens et avec la perception, à la possibilité d’autres sources de connaissance, ainsi qu’à la nature de la certitude et à la possibilité d’y accéder.

Elle explique que la raison est la faculté cognitive dont l’homme dispose pour, en se servant des principes de la logique, organiser en termes de concepts les données de la perception. Et la connaissance naît lorsqu’une personne aborde la réalité des faits soit par l’observation des réalités perçues, soit par la conceptualisation.

Si l’épistémologie existe, c’est parce que l’homme est un être limité et faillible, dont l’apprentissage progresse par des étapes élémentaires disjointes, et qui a de ce fait besoin d’une procédure adaptée à l’acquisition de connaissances nécessaires afin d’agir, de survivre et de prospérer.

Aucun homme ne possède de connaissance innée, ni des instincts qui iraient automatiquement et infailliblement dans le sens de son bien-être. Ce n’est pas nécessairement qu’il sait ce qui va promouvoir ou entraver son existence. C’est pour cela qu’il a besoin de savoir comment acquérir des connaissances fiables et objectives sur la réalité. Et c’est pour vivre qu’un individu se doit d’acquérir des connaissances de ce type. Une personne ne peut acquérir de connaissances qu’à partir de la manière humaine de connaître. Enfin, étant donné que les êtres humains ne sont ni omniscients ni infaillibles, tout savoir est de nature contextuelle.

Or, tandis que les concepts (c.-à d., les universaux) sont des abstractions, tout ce que l’homme appréhende est au contraire spécifique et concret. La formation des concepts se fonde sur une reconnaissance des ressemblances entre les existants que l’on classe dans ces concepts. Rand explique que l’individu, par sa perception, détache et distingue les entités spécifiques de leur milieu ainsi que les unes des autres. Il regroupe ensuite ces objets à raison de leurs ressemblances, considérant alors chacun d’entre eux comme une unité. Puis il intègre ce regroupement d’unités en une entité mentale unique que l’on appelle « concept ».

La capacité de percevoir des entités ou unités est la méthode spécifique de la cognition de l’homme, et le point d’entrée vers le niveau conceptuel de la conscience humaine.

Un concept est une intégration mentale de deux ou plusieurs unités qu’on a isolées en raison d’une ou de plusieurs de leurs caractéristiques [communes], et rassemblées sous une définition spécifique.

Une définition représente [de ce fait] la condensation d’une grande masse d’observations ; et on le conserve à l’esprit en s’y référant par un concret perceptible (en l’espèce, par un mot). Un mot transforme un concept en entité mentale dès lors qu’une définition lui aura donné une identité.

Les caractéristiques essentielles d’un concept sont ne sont pas métaphysiques, mais épistémologiques. Ayn Rand explique que les concepts ne reflètent ni des entités abstraites intrinsèques qui existeraient indépendamment de l’esprit d’un individu, ni l’invention nominale de sa conscience sans rapport aucun avec la réalité. Non : les concepts sont épistémologiquement objectifs, en ce sens qu’ils ont été choisis par la conscience de l’homme conformément aux lois de la réalité.

C’est une donnée de fait que les concepts représentent une intégration mentale ; ils sont le produit d’une méthode cognitive de classification dont il faut bien que la mise en oeuvre soit faite par un être humain, mais c’est la réalité qui en détermine le contenu.

Par conséquent Ayn Rand affirme que, bien que les concepts et les définitions se trouvent dans notre l’esprit, ils ne sont pas arbitraires dans la mesure où ils reflètent la réalité, laquelle est objective.

Tant la conscience en métaphysique que les concepts en épistémologie sont réels, et font partie de la vie quotidienne — l’esprit fait partie de la réalité.

Elle envisage les constructions conceptuelles comme des classifications ouvertes, qui incluent toute l’information concernant leurs référents, y compris celles qu’on n’a pas encore identifiées. Des faits nouveaux, de nouvelles découvertes développent et étendent les concepts que l’on a, mais ils ne les révolutionnent pas ni ne les réfutent. Les concepts doivent être conformes aux faits de la réalité.

Afin de demeurer objectif dans ses entreprises conceptuelles, l’être humain doit totalement coller à la réalité en se conformant à certaines règles méthodologiques déduites des faits et appropriées à la manière de connaître des êtres humains.

Pour l’homme, être de conscience rationnelle, la méthode appropriée pour se conformer à la réalité objective s’appelle logique et raison. Pour survivre l’homme a besoin de connaître, et la raison est l’outil qui le lui permet.

Pour Ayn Rand, la qualification d’ « objectif » se rapporte aussi bien au processus de formation des concepts qu’au résultat de ce processus lorsqu’il a été correctement mené à bien.

La conscience humaine peut acquérir une connaissance objective de la réalité en se servant des outils propres à la raison dans le respect des règles de la logique ; et quand un processus cognitif correct a été respecté, on peut dire que le produit de ce processus est objectif.

En retour, lorsque l’esprit se conforme à la réalité qui en est indépendante, on peut dire de la théorie du fonctionnement conceptuel que l’on a suivie qu’elle est objective. Le terme « objectif » s’applique donc aussi bien à la méthode qu’à son objet.

La clé en est sa conviction que le rapport de la conscience humaine avec l’existence est un rapport d’objectivité : au moyen de la raison et de ses méthodes, ce sont des concepts objectifs que l’on peut former, et regrouper en fonction des relations objectives entre la multiplicité des existants.

Acquérir la connaissance objective est un processus métaphysiquement fondé parce que tous les êtres concrets sont différents et reliés à tous les autres, ainsi qu’à cette totalité qu’est l’univers.

La fausse dichotomie analytique-synthétique

Cette théorie affirme qu’il existerait un clivage fondamental dans la connaissance humaine, divisant les propositions vraies en deux catégories mutuellement exclusives (et conjointement exhaustives) : elles différeraient, prétend-on, par leur origine, leurs référents, leur statut cognitif, et les moyens par lesquels on les valide.

Ainsi la vérité formelle (logique) ne serait rien d’autre qu’une décision arbitraire, une question de sémantique, de mots. Ce qui est logiquement vrai ne le serait pas factuellement. On entend dire parfois : « Laissez maintenant la logique de côté et soyez sérieux. Considérez les véritables faits empiriques dans cette affaire. »

Si une proposition est démontrée de façon concluante, de sorte que la nier impliquerait à l’évidence d’accepter une contradiction logique… alors, en vertu de ce fait, cette proposition est disqualifiée comme le produit d’une pure convention ou d’un caprice arbitraire. Cela signifie ceci : qu’une proposition est considérée comme arbitraire précisément parce qu’elle a été logiquement prouvée.

Les présupposés qui sous-tendent cette fausse dichotomie entre la vérité logique (analytique) et la vérité empirique (synthétique) imprègnent notre atmosphère intellectuelle : toute idée qui se réclamerait d’une argumentation logique concluante serait suspecte.

Kant a introduit le subjectivisme dans la philosophie

A en croire Kant, nous ne pouvons connaître que le domaine du « phénoménal », créé par l’homme ; en ce qui concerne la réalité, la connaissance est impossible. Nous ne pouvons être certains que dans la limite de nos propres conventions, à en croire les modernes ; pour ce qui est des faits, la certitude est impossible.

Kant a posé les « structures innées de l’esprit humain », comme la source créatrice des vérités « nécessaires » (qui sont ainsi devenues indépendantes des faits de la réalité).
Les philosophes du vingtième siècle n’ont fait que tirer les conséquences ultimes de la vision kantienne. Si c’est le mode de pensée de l’homme (indépendant de la réalité) qui crée les vérités « nécessaires » alors, dirent-ils, elles ne sont ni fixes ni absolues ; on a le choix quant à son mode de pensée ; ce que l’esprit donne, il peut le reprendre. D’où le point de vue conventionnaliste actuel.

Pour approfondir :

Voir aussi : http://fr.liberpedia.org/Dichotomie_analytique-synth%C3%A9tique

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