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Archives de Catégorie: Röpke

Wilhelm Röpke et l’ordo-libéralisme allemand

Vous pouvez télécharger l’enregistrement audio du séminaire d’Alain Laurent du 17 mars ci-dessous :
http://rapidshare.com/files/377218069/alain_laurent_ordoliberalisme.mp3


(merci à Roman pour l’enregistrement. La conférence commence vers 4mn30, après un bref entretien avec Philippe Nemo)

Notes d’Axelle (que je remercie également) à propos de cette conférence d’Alain Laurent sur Wilhelm Röpke :

Il s’agissait d’étudier la naissance du mouvement de l’ordo-libéralisme allemand, au sein du libéralisme, au travers de l’étude des écrits et de la personne de Wilhelm Röpke et son rapport avec les libéraux autrichiens (Hayek en particulier).

Avec Walter Eucken, Röpke est le père intellectuel de l’ antisocialiste « économie sociale de marché », qui est en réalité une parfaite économie de libre marché mais protégée de possibles dérives par un réglage de garanties constitutionnelles : un point d’accord des ordo-libéraux allemands avec d’autres grands libéraux européens comme Luigi Einaudi ou Jacques Rueff – mais de… désaccords avec les économistes « autrichiens » comme Mises ou Hayek, tenants de la thèse de l’ordre spontané de marché. Wilhelm Röpke aura une très grande influence sur Ludwig Erhard, père du « miracle allemand ».

Dans les années 1930, en Allemagne, de façon séparée, Walter Eucken d’une part et Wilhelm Röpke d’autre part posent les bases d’une nouvelle économie libérale du marché. Röpke est au départ (comme un grand nombre de libéraux) plutôt « à gauche » mais il va être influencé par le courant libéral autrichien (Von Mises, par exemple). Ces penseurs sont des anti-nazi de la première heure très vigoureux. Ils fuient l’Allemagne dès l’instauration du régime nazi. Röpke va trouver refuge en Suisse,  à l’Institut des Etudes internationales de Genève. Ce lieu n’est pas anodin : beaucoup de libéraux, de penseurs s’y retrouveront. C’est là que Hayek créera la fameuse Mont Pelerin Society.

W.R. publie d’abord deux ouvrages : « La crise sociale de notre temps » en 1939 et « Civitas humana » en 1944.
Ces deux livres sont aujourd’hui les seuls référents des socialistes attirés par le libéralisme (comme Serge Audier, par exemple) mais ces derniers n’ont pas lu ou n’ont pas voulu lire le dernier livre de Röpke qui montre bien à quel point le terme « social » dans le concept « économie sociale du marché » n’a plus rien à voir avec la conception socialiste (ou « assistanat » ou « État-providence ») que Röpke pouvait encore avoir au début de ses écrits (dans les deux livres cités).
Il est très important de souligner ce problème de définition car à l’heure actuelle, les libéraux à la mode sont des socialistes. Ceux qui se considèrent libéraux au sens traditionnel du terme sont évincés dans le discours ambiant.[Je renvoie à la première conférence d’Alain Laurent qui expliquait bien ce phénomène.]

Ces ordo-libéraux ont comme souci deux choses : ils condamnent le socialisme rampant qui imprègne la pensée libérale à leur époque et d’un autre côté ils jugent sévèrement le libéralisme traditionnel du 19ème siècle et la pratique mal comprise du « laissez-faire ». Un libéralisme trop « libéré » en quelque sorte.

Ces réflexions prennent corps au Colloque Lippmann en 1938 qui réunit toutes les mouvances libérales de l’époque. [Walter Lippmann, un journaliste américain, de gauche, s’alarme de la prise de pouvoir par l’État de plus en plus importante, dans toutes les institutions et le domaine économique, sous l’égide de Roosevelt. D’où l’idée de ce colloque qui réunira tous les libéraux, économistes et intellectuels, de l’époque].

Wilhelm Röpke participe à ce Colloque qui jette les bases de ce qu’on a appelé le « néo-libéralisme » ceci par rapport au libéralisme traditionnel critiqué. W. R. s’attache à définir les termes de ce libéralisme rénové, renouvelé, dans ses ouvrages.Ainsi que son collègue, Walter Eucken (non traduit en France) : ce dernier fonde le quartier général des ordo-libéraux, avec la création de sa revue « Ordo ».
Avec la guerre qui suit, le Colloque ne débouche pas sur quelque action concrète.

W.R. écrit donc en Suisse les deux premiers ouvrages cités ci-dessus. On trouve  donc dans ceux-ci une critique du libéralisme traditionnel très forte, critique qui aura pratiquement disparue dans « Au delà de l’offre et de la demande » (1961) que se gardent bien de commenter la nouvelle garde de socialistes libéraux actuels. Dans le monde universitaire français, on en reste aux deux premiers ouvrages de W.R. qui est donc présenté comme un « faux » libéral et un « étatiste » convaincu. Son livre « Au delà de l’offre et de la demande » se situe après une période où W.R. a pu sortir de Suisse, voyager, se rendre compte des progrès -et des méfaits grandissants- de l’État-providence. Ce livre est une charge violente, argumentée, fouillée, économique, morale et spirituelle de cet État-providence qui s’installe dans les pays. W.R. appuie sur deux principes qui sont détruits par le collectivisme et l’assistanat : la destruction de la responsabilité individuelle ( responsabilité dans le sens : prévoyance personnelle, individuelle, pour les siens) et la destruction du droit à la propriété.L’ouvrage commence par ces mots : « Je combats le socialisme ». On comprend mieux la perplexité des universitaires français à classer trop vite W.R. parmi les anti-libéraux!

Revenons dans les années 40 : W.R., après le Colloque Lippmann, songe à l’après-guerre et voudrait créer une revue internationale. Il s’allie avec un riche industriel pour le financement du projet. A ce moment là, Hayek a publié « La route de la servitude » et rentre en contact avec W.R. (qu’il connait déjà cependant) et convainc ce dernier (avec le financement de l’industriel) de participer à la fondation de la Société du Mont Pèlerin.

Dans son ouvrage « Au delà de l’offre et de la demande », W.R. explique la nécessité, pour la libre concurrence de fonder celle-ci au départ sur un réglage institutionnel. Les ordo-libéraux (comme Luigi Einaudi en Italie ou Jacques Rueff  en France) reconnaissent parfaitement le libre marché mais, à la différence de la mouvance autrichienne libérale et de Hayek en particulier, ils s’opposent à l’idée d’un ordre spontané et rien que spontané pour la dynamique de la libre concurrence. Il faut enclencher la machine avec un réglage de départ -un ordre institutionnel- pour ensuite laisser cette dernière évoluer librement et sans interventionnisme étatique. Ainsi, les dérives possibles de la concurrence, les monopoles etc… seraient évités par avance, en quelque sorte.

W.R. est un croyant pratiquant, protestant. Pour lui, comme pour les ordo-libéraux, une société ne tient pas que par le Marché, elle tient par un ordre, le lien moral, l’acceptation de contraintes nécessaires -et qui n’apparaissent pas de façon spontanée chez l’homme, le citoyen- pour encadrer ce même Marché. Mais ceci n’a rien à voir avec un interventionnisme d’État. Le refus de l’organisation collectiviste ou socialiste n’empêche pas de trouver un ordre, une organisation à la société. Le débat ne porte pas sur la liberté du marché mais sur le préalable à cette liberté du marché. Il faut un réglage institutionnel de départ, un sous-bassement moral (qui n’a rien de spontané). W.R. s’exprime plus en moraliste et même en penseur spirituel qu’en simple économiste et c’est cette façon complète d’aborder la réalité économique qui le rend si intéressant.

La divergence avec Hayek tient donc à cette importance donnée par les ordo-libéraux à ce réglage de départ.Remarque de Philippe Nemo : cependant, pour Hayek, ce réglage existe aussi mais il l’amène peut-être de façon plus subtile, ou discrète que W.R. Il le fait apparaître, dans l’ordre juridique qui évolue de façon spontanée ET volontaire, avec les créations de lois.

En fait, [et c’est Alain Laurent qui le souligne après la remarque de Philippe Nemo] : le désaccord avec Hayek se situe dans le fait que certaines lois sont instituées après l’apparition de conflits, pour les libéraux autrichiens,alors que pour un ordo-libéral il s’agira plutôt d’anticiper le conflit en instituant, à l’avance, en amont du conflit, des règles.

Ce terme de « réglage institutionnel » est évidemment à définir aujourd’hui.

J’ajoute un lien avec un article récent (et une conférence de Charles Gave) sur la bonne santé économique allemande qui trouve ses sources dans l’ordo libéralisme défini ci-dessus et qui a eu une grande influence en Allemagne jusqu’à aujourd’hui : ici

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Ordo-libéraux allemands vs économistes « autrichiens » ?

    Alain Laurent consacre la prochaine séance de son séminaire le mercredi 17 mars à Wilhelm Röpke.

La récente republication de Au-delà de l’offre et de la demande, le célèbre ouvrage-testament de Wilhelm Röpke originellement paru en 1958, a utilement rappelé l’importance et l’originalité du courant de pensée ordo-libéral au sein du libéralisme contemporain.

Avec en particulier Walter Eucken, Röpke est le père intellectuel de l’ antisocialiste « économie sociale de marché », qui est en réalité une parfaite économie de libre marché mais protégée de possibles dérives par un réglage de garanties constitutionnelles : un point d’accord des ordo-libéraux allemands avec d’autres grands libéraux européens comme Luigi Einaudi ou Jacques Rueff – mais de… désaccords avec les économistes « autrichiens » comme Mises ou Hayek, tenants de la thèse de l’ordre spontané de marché (cette querelle doctrinale a été à l’origine de la démission de Röpke de la présidence de la très libérale Mont-Pèlerin Society en 1962…).

Sous ce rééclairage historique récent, le séminaire du mercredi 17 mars permettra d’ouvrir un débat fort actuel sur les thèmes de la régulation et de l’autorégulation du marché (sans s’interdire d’aborder celui, connexe mais censuré par la dominance du « socialisme économique », des moyens de réguler…l’État !)

Rappel : le séminaire d’Alain Laurent a lieu tous les mois au 53 rue d’Auteuil à 19h. Cette séance sur l’ordo-libéralisme allemand aura lieu le mercredi 17 mars. Merci de m’envoyer un mail pour vous annoncer : info@nicomaque.com

 

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