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Archives de Catégorie: Revel

Jean-François Revel : les catastrophes ferroviaires et la mentalité anti-libérale

Jean-François Revel prend ici l’exemple concret des trains, en France et en Grande Bretagne, pour illustrer l’omniprésence de la mentalité antilibérale, qui jaillit comme un cri du cœur en toute occasion, notamment lors d’une catastrophe ferroviaire (Voir aussi la vidéo tout en bas). Ainsi, après le déraillement du train en gare de Brétigny en juillet 2013, a-t-on entendu à la radio le porte-parole des usagers de la SNCF déclarer : « on a sacrifié la sécurité sur l’autel de la rentabilité » ! Comme si un monopole public ne sacrifiait pas, à l’inverse, la rentabilité sur l’autel de la sécurité… de ses employés (syndiqués) !

Cette mentalité persiste à l’encontre de toute l’expérience historique du vingtième siècle et même de la pratique actuelle de la quasi-totalité des pays. Comme l’écrit si joliment Revel : « L’antilibéral est un mage qui se proclame capable de marcher sur les flots mais qui prend grand soin de réclamer un bateau avant de prendre la mer. » Lire la Suite →

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De l’antilibéralisme primaire chez les intellectuels et certains catholiques (normaliens)

Mon cher ami Kaplan, avec qui j’ai eu d’excellents échanges par blogs interposés, vient de publier un article auquel je suis particulièrement sensible. Il rappelle utilement à tous les ayatollahs qui se réclament de l’abbé Lacordaire (XIXe siècle), sans l’avoir lu et en s’appuyant sur wikipedia, que celui-ci ne fut pas l’antilibéral qu’ils se plaisent à décrire. Je cite Kaplan : 

 » Le Révérend-Père Lacordaire se méfiait des gouvernements humains… il considérait que la propriété privée des moyens de production était un droit consacré par l’Évangile et qu’en priver un homme revenait à le réduire à l’état d’esclave… il s’opposait vigoureusement aux idées collectivistes dont il pressentait déjà le potentiel de dérive autocratique… il se prononçait contre toutes formes de redistribution autoritaire des richesses, plaidait pour une société fondée sur le libre-consentement et fut un ardent défenseur de la liberté religieuse, de la liberté de l’enseignement et de la liberté de la presse. »

Il faut aussi revenir sur un mot célèbre du philosophe Donoso Cortès au Parlement espagnol (30 janvier 1850) : « Le socialisme est fils de l’économie politique, comme le vipereau de la vipère, lequel, à peine né, dévore celle qui vient de lui donner la vie » (Œuvres, Paris, 1862, t. I, p.386).
Cette thèse, selon laquelle l’économie politique serait inconciliable avec la morale chrétienne et aurait engendré le socialisme revient constamment sous la plume des antilibéraux de droite, souvent catholiques. Ces derniers ignorent tout des réalités économiques et se complaisent dans un moralisme purement incantatoire, exactement comme Sartre, Bourdieu et les intellectuels marxistes des années 60. 
C’est le cas par exemple récemment d’un catholique, normalien, agrégé de philosophie et adjoint au maire de Versailles. Il écrit : « Cet ultralibéralisme nous a entraînés dans la crise écologique et économique que nous traversons. Il a écrasé les plus faibles et produit des injustices inouïes. Il nous a conduits à détruire notre propre environnement, dans l’aveuglement consumériste qui nous saisissait. » Bref, à l’entendre le libéralisme serait la cause de tous nos maux. 
Mais de quel libéralisme parle-t-il ? Je le cite : « Son credo était la consommation, son obsession, la dérégulation, sa référence, l’individualisme ». 
Une petite leçon d’économie s’impose : 
1° La consommation est un thème typiquement keynésien (étatisme pur jus). C’est l’influence de Keynes qui a poussé les gouvernements à augmenter toujours plus la masse monétaire et les dépenses publiques, dans l’espoir de relancer la consommation. Résultat : l’inflation, les bulles économiques à répétition, le copinage des banques avec le pouvoir, l’épargnant spolié et finalement les Etats ruinés par leur dette abyssale. 
2° La dérégulation est un mythe. L’augmentation des réglementations est au contraire le fait massif des ces 40 dernière années dans nos démocraties. Cette inflation législative a une cause : la volonté des politiques d’assurer leur réélection, de satisfaire les intérêts de groupes de pression bien organisés. Les économistes de l’Ecole du Public Choice l’ont bien montré.
3° Enfin l’individualisme irresponsable est une pure production de l’égalitarisme démocratique, comme l’a bien montré Tocqueville. Plus les hommes sont égaux, plus ils se replient sur eux-mêmes, demandant à l’Etat toujours plus d’assistance et de protection sociale. Relisez vos classiques mon cher collègue, avant de nous ressortir vos poncifs à la Bourdieu. 
Le malheur des intellectuels français, disait Aron dans cette vidéo (voir à partir de 0.48 mn), c’est qu’ils n’ont jamais lu une ligne d’économie digne de ce nom, ils sont déconnectés des réalités concrètes et ils rêvent d’une solution totale des problèmes sociaux… c’est un normalien qui le dit et un ancien ami de Sartre ! (Cf. aussi ce magnifique extrait de J.F. Revel, sur les « piètres truismes » et les « âneries » de ses collègues).
Heureusement, tous les catholiques ne sont pas ignares en économie ! En réponse à Cortès, l’économiste catholique Daniel Villey (frère de Michel Villey, grand historien du droit), écrivait dans les années 50 :

« Nous estimons, quant à nous, que la question est mal posée. Démontrez, si vous pouvez, que l’économie politique est une prétendue science qui n’a découvert que des erreurs, et alors nous vous l’abandonnerons : mais si elle est une science véritable, s’il faut tenir pour exactes des relations qu’elle découvre ou des propositions qu’elle formule, nous ne pouvons pas admettre l’antagonisme prétendu de la vérité scientifique et de la vérité religieuse, parce que la contradiction de deux vérités serait un monstre logique dont la simple hypothèse révolte le bon sens. » (D. Villey, L’économie de marché devant la pensée catholique, 1954)

Comme l’affirmait constamment Bastiat, si l’économie politique est une science, c’est-a-dire si elle découvre et possède des vérités, ces vérités doivent avoir leur place dans l’ordre divin et les lois naturelles qui les coordonnent entre elles doivent être quelqu’une des innombrables manifestations de l’éternelle Sagesse qui a disposé le monde. 
Un économiste libéral catholique du XIXe siècle, Alexandre de Metz-Noblat, ajoutait : « En y regardant de plus près, les publicistes catholiques eussent reconnu que, loin d’être en contradiction avec l’esprit de l’Evangile, l’économie politique en prouve à sa manière l’origine divine. Elle montre, en effet, que (…) par la pratique des vertus chrétiennes, toutes les questions économiques intéressant l’humanité reçoivent, de fait, la solution la plus favorable aux faibles et aux malheureux » (A. de Metz-Noblat, Lois économiques, préface, p. XXXIX).
A voir pour se former aux réalités économiques : http://www.youtube.com/user/Icoppet

Mario Vargas Llosa à l’honneur

Le romancier péruvien naturalisé espagnol en 1993 Mario Vargas Llosa a été récompensé jeudi par le prix Nobel de littérature.

« Je ne pensais même pas être parmi les candidats », a dit l’écrivain, âgé de 74 ans, depuis New York, dans sa première réaction à l’attribution du prix. « Je crois que c’est une reconnaissance de la littérature latino-américaine et en langue espagnole, et cela doit tous nous réjouir », a-t-il déclaré. À la question de savoir lequel de ses romans il préférait, Mario Vargas Llosa a répondu : « C’est comme demander lequel de ses enfants on préfère, on ne peut pas le dire, même si on a des préférences. »
Source AFP

Personnellement, je ne suis pas un grand lecteur des romans de Vargas Llosa. Mais c’est un auteur à multiple facettes : historien, journaliste, homme de théâtre, homme politique, reporter, acteur et philosophe.

C’est ainsi que j’ai lu (et j’ai ce précieux livre chez moi) Les Enjeux de la Liberté, un recueil d’essais dans lequel il nous parle de Sartre, Hayek, Régis Debray, Jean-François Revel, Popper, Faulkner ou Borges.

C’est un livre à lire absolument et dont je proposerai des extraits très bientôt sur ce blog.

En attendant, voici quelques vidéos de son passage à Paris en 2002 dans l’émission de FOG, avec Jean-François Revel :

Vidéos de Jean-François Revel

Les émissions sont classées dans l’ordre. L’émission sur le Livre Noir du Communisme, par exemple, va de 1 à 10.

Pour bien voir la présentation de chaque émission, voir ici

Prologue du livre d’Alain Laurent


« Les sociétés ouvertes » qui caractérisent les démocraties occidentales se trouvent actuellement confrontées – toutes- à l’implantation d’un islamisme conquérant et à une immigration extra-occidentale de masse qui ne s’intègre pas. On a beau le nier plus ou moins, on a beau minorer ces problèmes, il s’agit d’une réalité qui touche toute l’Europe et pas que la République française.
« Une société ouverte ne peut-elle justement s’ouvrir tout en se maintenant en tant que telle que si y sont impérativement reconnues et pratiquées certaines règles et valeurs…? »

Définition de la société ouverte.

L’expression a été trouvée par Bergson et développée par Karl Popper (« la Société ouverte et ses ennemis ») : la société ouverte se caractérise par un nouveau principe d’organisation sociale basé sur « le primat de la responsabilité individuelle, du libre examen rationnel et critique, qui exige des efforts sur soi-même pour vivre en libre individu dans des rapports pacifiés et détribalisés aux autres.« 
Ce qui est très important c’est que cette société ouverte est fondée sur des valeurs communes, un socle de normes fondatrices et universelles (liberté, entraide, recherche de la vérité, responsabilité intellectuelle, tolérance). Ce socle permet de s’ouvrir à des opinions et croyances différentes qui peuvent cohabiter ensemble sans nier le fondement commun. Cette société ouverte est le fruit d’une longue et complexe évolution. D’ailleurs cette « libération » de la société occidentale demeure toujours inachevée et sans cesse remise en question. Ce qui est un risque à prendre pour l’homme, risque permanent et c’est ce qui explique la tentation de régresser vers l’état de société close qui est plus sécurisant. D’où la fin du titre de l’ouvrage de Popper : « et ses ennemis » qui témoigne des chocs que certains provoquent pour retourner au tribalisme (plus d’unité et de sécurité dans le tribalisme) ou société close.

Hayek va développer ce concept de société ouverte : »société ouverte d’individus égaux devant la loi ». Avec l’observation pour ses membres de « règles abstraites de conduite » (abstraites ne veut pas dire incompréhensibles ou éloignées du réel mais simplement règles de nature formelle, universelle, applicables à tout individu sans considération d’appartenance à un groupe particulier.). Ainsi, le membre de la société ouverte va t-il pouvoir jouir de sa liberté individuelle que s’il accepte ses règles du jeu (« rule of law ») et à condition, toujours, pour la sauvegarde de cette société, que ces « règles abstraites » soient bien comprises et acceptées.

Les nouveaux visages de l’adversité (ou « hostilité polymorphe ») Le nouvel adversaire de la société ouverte : « l’alterculturel » « qui mesure l’écart considérable entre des cultures à forte tradition patriarcale, communautaire, théocratique et la modernité détribalisée, égalitaire, sécularisée, privatisée des sociétés ouvertes. »

Envisager l’islam et l’immigration extra-européenne comme ennemis potentiels de la société ouverte est politiquement incorrect. Mais là n’est pas le problème. Le problème est de ne pas ériger en blocs monolithiques et menaçants l’islam et l’immigration extra-européenne . En effet, « ils ne peuvent en partie le devenir que mécaniquement, involontairement, dans certaines conditions : si les flux migratoires s’enflent au point d’excéder les capacités momentanées d’absorption qui ne sont pas infinies et s’il y a trop pour certains d’entre eux de distance culturelle, ce qui enraye le processus d’intégration et génère de multiples désordres. »

En ce qui concerne les musulmans : s’ils professent un islam radical qui les renvoient aux caractéristiques d’une société close, et bien « ceux-là sont culturellement de nouveaux ennemis potentiels ou agissants d’une société ouverte dont les règles du jeu ne sont ni négociables ni adaptables.« 

Les nouveaux ennemis concernent aussi des citoyens « historiques » ou « de souche » : les groupuscules d’extrême droite raciste et facistes, les héritiers idéologiques directs du marxisme recyclés en néo-communistes trotskistes ou altermondialistes devenus des activistes alliés à l’islamisme (…), les « idiots utiles » du droit de l’hommisme prétendument anti-racistes et immigrationnistes, les idolâtres multiculturalistes de « l’ Autre » qui militent pour une société hyperouverte à toutes les cultures… »

En résumé, cette nouvelle « hostilité polymorphe » qui s’attaque aux vraies sociétés ouvertes commence à être dénoncée et tout d’abord reconnue par une pensée résistante.
Exemple de critiques : « le multiculturalisme est un relativisme qui s’enferme dans le nihilisme » (Alain-Gérard Slama 2005); « l’hostilité que les fanatiques vouent au principe d’une société ouverte où l’égalité formelle est reconnue à tous » (Bruckner, 2006); « Ordre islamique et société ouverte » (chapitre d’un livre d’Alexandre del Valle, 2002).

La pensée de Jean-François Revel conduira cette réflexion sur la société ouverte et ses nouveaux ennemis car il a été un des premiers a dénoncer l’apparition de ce nouveau totalitarisme protéiforme : « L’esprit totalitaire peut donc resurgir un jour prochain dans une nouvelle incarnation initialement inoffensive et vertueuse, un travestissement inédit derrière lequel très peu de physionomistes identifieront de prime abord le vieux visage messianique et maléfique de l’idéologie ».

A suivre…

(Merci à ma chère épouse pour son aide précieuse dans la lecture et la synthèse du texte)


In memoriam Jean-François Revel


Jean-François Revel est mort il y a bientôt 2 ans. Il était à l’honneur le jeudi 31 janvier à l’Académie française. Max Gallo, son successeur au fauteul n° 24, lui a rendu hommage comme le veut la tradition.

Discours de réception de Max Gallo à l’Académie française (texte intégral)
Extraits de ce discours

Ici, une interview de Revel qui date de 1997, suite à la sortie de son recueil d’articles Fin du siècle des ombres. On peut y entendre Revel parler de philosophie.
L’entretien dure 53 minutes. (Faire un clic droit et « enregistrer sous »)

J’ai passé à mes élèves un film d’entretiens de Revel avec Bernard Pivot. C’est un excellent DVD que je recommande à tous. Revel y explique pourquoi le communisme a pu tromper tant d’intellectuels. Il y explique ce que signifie pour lui la gauche et la droite. Un brillante leçon de lucidité et de liberté.

En 1997, Bernard Pivot invite Jean-François Revel (1924-2006), jo
urnaliste, écrivain, directeur de collections, académicien, à l’occasion de la parution de son livre Mémoires. Le voleur dans la maison vide (Éd. Plon). L’auteur raconte avec simplicité comment, homme de gauche, il n’a jamais été communiste. Coupé des milieux intellectuels par son activité à l’étranger, il n’en a pas subi la pression, mais il a quand même souffert de la mauvaise foi de ses détracteurs. Il n’accepte pas la démission de l’intelligence, a en horreur l’étiquetage. Il évoque aussi son passé de résistant et son père devenu pétainiste. Il parle de son goût pour la peinture contemporaine, même si « la nouveauté n’est pas en soi une valeur esthétique ».

Collection « Les grands entretiens de Bernard Pivot, INA »

L’un des meilleurs livres de Revel selon moi : La grande parade

Enfin quelques liens :

Revel philosophe
Le combat d’un penseur de la liberté individuelle

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