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Archives de Catégorie: Proudhon

Résumé d’un dialogue entre Bastiat et Proudhon sur le crédit

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Proudhon : Quel monde injuste ! Les riches, qui peuvent payer comptant, achètent à crédit et les pauvres, qui n’ont pas un sou, doivent payer comptant. L’inverse serait plus juste. Les pauvres devraient avoir le droit d’acheter à crédit et les riches devraient payer comptant.
Bastiat : Mais les propriétaires de magasin qui font crédit aux pauvres ne tarderaient pas à devenir pauvres à leur tour.
Proudhon : Tant mieux ! Ils pourraient aussi acheter à crédit !

http://bastiat.org/fr/gratuite_du_credit.html

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Le retour de Proudhon

Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865)

La puissance de l’État est une puissance de concentration.
La propriété au rebours est une puissance de décentralisation.
La propriété est un droit antérieur à la loi, puisque la loi n’aurait pour objet que de garantir la propriété.
Pierre Joseph PROUDHON, Qu’est ce que la propriété ?

« De deux choses l’une : ou l’impôt proportionnel garantit et consacre un privilège en faveur des forts contribuables, ou bien il est lui même une iniquité. Car, si la propriété est de droit naturel, comme le veut la déclaration de 1793, tout ce qui m’appartient en vertu de ce droit est aussi sacré que ma personne ; c’est mon sang, c’est ma vie, c’est moi-même : quiconque y touche offense la prunelle de mon oeil. Mes 100 000 francs de revenu sont aussi inviolables que la journée de 75 centimes de la grisette, mes appartements que sa mansarde. La taxe n’est pas répartie en raison de la force, de la taille, ni du talent : elle ne peut l’être davantage en raison de la propriété.
Si donc l’État me prend plus, qu’il me rende plus, ou qu’il cesse de me parler d’égalité des droits ; car autrement la société n’est plus instituée pour défendre la propriété, mais pour en organiser la destruction. L’État, par l’impôt proportionnel, se fait chef de bande ; c’est lui qui donne l’exemple du pillage en coupes réglées ; c’est lui qu’il faut traîner sur le banc des cours d’assises, en tête de ces hideux brigands, de cette canaille exécrée qu’il fait assassiner par jalousie de métier. » Qu’est-ce que la propriété ?
« Voilà donc tout mon système : liberté de conscience, liberté de la presse, liberté du travail, liberté de l’enseignement, libre concurrence, libre disposition des fruits de son travail, liberté à l’infini, liberté absolue, liberté partout est toujours ! C’est le système de 1789 et 1793 ; le système de Quesnay, de Turgot, de Jean-Baptiste Say (…) La liberté, donc, rien de plus, rien de moins. Le ‘ laisser-faire, laissez-passer’ dans l’acception la plus littérale et la plus large ; conséquemment, la propriété, en tant qu’elle découle légitimement de cette liberté : voilà mon principe. Pas d’autre solidarité entre les citoyens que celle des accidents de force majeure (…) C’est la foi de Franklin, Washington, Lafayette, de Mirabeau, de Casimir Périer, d’Odilon Barrot, de Thiers… » 

Le volume publié par Les Belles Lettres en 2009 (voir photo) bouscule nombre d’idées convenues au sujet de Proudhon : entre autres, que la propriété est loin d’être forcément un  » vol « . Proudhon était foncièrement anarchiste, individualiste et anti-étatiste et souvent plus proche d’être un libéral anticapitaliste et antibourgeois qu’un socialiste. Son combat constant pour l’émancipation de la classe ouvrière va de pair avec une rude opposition au communisme.
Par exemple, avec Tocqueville et Bastiat, Proudhon s’est vivement opposé à une proposition de loi – venant de Lamartine -, sur « le droit au travail ». Pour eux ce « droit » voulait dire que l’on retirait à l’individu la responsabilité de chercher lui-même du travail, et qu’on l’incitait à attendre que les autres lui en donnent.

C’est aussi avec la fréquentation de Bastiat que Proudhon s’est initié à l’économie politique, science qu’il ignorait dans ses premiers travaux.

« La partie la plus importante de son œuvre, échelonnée de 1846 à 1865, l’atteste : sans jamais cesser de se prévaloir de l’anarchisme, sa philosophie politique et sociale a pris une orientation toujours plus libérale qui culmine dans ses derniers ouvrages, la Théorie contre l’impôt (1860), Du principe fédératif (1863) et la Théorie de la propriété (1865). (…) Tout avait fort mal commencé, pourtant, avec cet immortel « la propriété, c’est le vol », morceau de bravoure initial de Qu’est-ce que la propriété ? (1840). La correction de tir survient toutefois assez vite : dès 1846, avec le Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, aussitôt dénoncé par Marx dans sa Misère de la philosophie. Proudhon s’y emploie déjà à réhabiliter le droit de propriété en le reliant aux principes de libre concurrence qu’il défend contre les premières attaques collectivistes. Surtout, son originaire et viscéral anti étatisme prend désormais presque davantage pour cibles le socialisme et le communisme. Cette théorie de la propriété est aux yeux de son auteur non seulement compatible, mais la conclusion logique de l’anarchisme bien compris- ce principe « contractuel » faisant que « le plus haut degré d’ordre de la société s’exprime par le plus haut degré de liberté individuelle » où prime « le gouvernement de l’homme par lui-même. »

Alain Laurent, La philosophie libérale, 2002, les Belles Lettres.

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