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Archives de Catégorie: positivisme

Auguste Comte et le positivisme

Auguste Comte et le positivismeOn entend souvent parler de positivisme mais ce terme recouvre une variété de sens qui le rend difficile à cerner. Auguste Comte (1798-1857), son fondateur, revendique le positivisme comme une philosophie qui admet pour seule démarche rigoureuse la méthode expérimentale. C’est l’idée que la démarche des sciences physiques pourrait s’appliquer à l’ensemble des savoirs, y compris à la morale et à la politique.

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Hayek vs Comte. Subjectivisme en sciences sociales versus positivisme

Peut-on réduire l’univers à une mécanique simple, facilement décodable ? Et peut-on appliquer cette méthode à la société de façon à prédire les faits sociaux et à les organiser scientifiquement ? Tel est le défi lancé par la science moderne à partir du XVIIe siècle, défi relevé par Auguste Comte et Saint Simon dans le domaine des sciences sociales au XIXe siècle. Pourtant des penseurs, dont Hayek, ont contesté cette vision simplificatrice d’une science universelle, capable de s’appliquer à tout objet, y compris à l’homme. Ainsi, pour Max Weber, « moins que jamais la science authentique, qu’il s’agisse de la physique ou de la sociologie, nous donne de l’univers, cosmique ou humain, une image achevée, dans laquelle on pourrait lire notre destin ou notre devoir. » (Max Weber, Le savant et le politique. Préface de R. Aron). 
Le positivisme de Comte
Auguste Comte est le fondateur du positivisme, philosophie qui admet pour seule démarche rigoureuse la méthode expérimentale. En effet, sa loi des trois états relègue l’état théologique et l’état métaphysique aux âges de l’enfance et de l’adolescence de la pensée. Les croyances en Dieu ou en l’âme lui apparaissent comme des fictions de l’imagination. L’état positif est l’état de l’esprit qui a renoncé à ces fictions pour s’attacher aux lois de la nature, c’est l’âge adulte de la pensée, l’âge de la science moderne. La science doit renoncer à la question du « pourquoi » (recherche du sens et de l’absolu) pour se concentrer sur le « comment » afin de décrire les lois de la nature, dans le but d’être utile à la société. Chez Auguste Comte, le positivisme est aussi la conviction que la démarche expérimentale peut s’étendre à l’ensemble des questions que soulève l’esprit humain. Aussi Comte envisageait-il l’extension de la méthode positive à la totalité des disciplines y compris à l’étude de l’ordre social qu’il fut le premier à appeler « sociologie ». C’est pourquoi Raymond Aron a écrit : « on peut appeler positivistes les sociologues qui croient à l’unité fondamentale de la méthode scientifique. » 
Mais la complexité sociale et économique, la subjectivité et la liberté humaine sont-elles réductibles à des lois rationnelles ? La réalité de l’action humaine intentionnelle, n’échappe-t-elle pas au déterminisme strict et aux tentatives de prédiction quantitatives ?
La méthode en sciences sociales 
Durkeim est un positiviste. Pour lui, la tâche du sociologue est d’expliquer comment les « structures sociales » influent sur les comportements individuels selon le principe d’un strict déterminisme. Si les phénomènes sociaux sont soumis à des lois naturelles, il faut « traiter les faits sociaux comme des choses ». D’où le projet de Durkheim d’une « physique des mœurs et du droit ».
Toutefois, contre cette réduction des sciences sociales aux sciences de la nature, est né dans le monde germanique un courant critique : la démarche « compréhensive » ou le « subjectivisme » en sciences sociales.
Ainsi, la sociologie de Max Weber est « une science qui se propose de comprendre par interprétation l’activité sociale ». Le but du sociologue est la compréhension du sens subjectif visé par les agents. Weber entend par « activité » un comportement humain auquel l’agent communique un sens subjectif. Donc, l’agir est la clé de la dynamique sociale. Contrairement à Durkheim, Weber n’envisage pas de traiter les faits sociaux comme des choses, indépendamment de leurs auteurs, de leur subjectivité, de leurs motivations et de leurs intérêts. 
Cette méthode se retrouve dans les travaux de l’école Autrichienne d’économie, à la suite de Carl Menger, de Ludwig von Mises et de Hayek. Selon eux, ce sont les conceptions individuelles, les opinions que les gens se sont formées d’eux-mêmes et des choses, qui constituent les vrais éléments de la structure sociale.
Le subjectivisme en économie : Hayek
Dans Scientisme et sciences sociales (chapitre 3, Plon, 1953), Friedrich A. Hayek a bien expliqué la différence entre l’optique des sciences de la nature et celle des sciences sociales. Il propose d’appeler la première « objective » et l’autre « subjective », non pas parce que le savant ferait intervenir ses propres opinions ou son imagination mais parce que son objet, les « faits » sociaux, est constitué par des opinions. En effet, les « faits » sociaux ne sont pas des « choses » que l’on pourrait définir de façon matérielle mais des actions humaines qui ne peuvent se comprendre qu’à la lumière des croyances de l’acteur. « Pour ce qui est de l’action humaine, écrit Hayek, les choses sont ce que les gens qui agissent pensent qu’elles sont ». Les individus qui composent la société sont guidés dans leurs actions par une classification des choses et des événements établie selon un système de sensations et de conceptualisations qui a une structure commune et que nous connaissons parce que nous sommes, nous aussi, des hommes. Le subjectivisme en sciences sociales est donc un réalisme épistémologique. Il prend en compte les phénomènes mentaux comme les sciences de la nature prennent en compte les phénomènes matériels.
Ce caractère essentiellement subjectif des données de l’action humaine, qui est commun à toutes les sciences sociales, a été développé beaucoup plus clairement par la théorie économique. Ainsi en économie, les prix ne traduisent pas ce que sont les choses en elles-mêmes, mais les choses telles que perçues par les gens, en fonction de la valeur que les gens leur attribuent. C’est le subjectivisme qui a permis à Carl Menger de démontrer que la valeur est entièrement subjective. C’est lui qui a permis à Mises et à Hayek de proposer une théorie de la formation des prix fondée sur les préférences subjectives de l’ensemble des acteurs. « Il n’y a probablement aucune exagération à dire que chaque progrès important de la théorie économique pendant les cent dernières années a été un pas de plus dans l’application cohérente du subjectivisme », affirme Hayek dans Scientisme et sciences sociales.

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Bergson contre le positivisme

La fin du XIXe siècle en France est marquée, dans le domaine des idées, par l’influence persistante du positivisme de Comte. Or, l’œuvre de Bergson s’est d’abord constituée comme répudiation de cet héritage. 
Bergson (1859-1941), en effet, ne croit pas que la science positive soit capable de résoudre tous les problèmes qui se posent à l’homme, ni même qu’elle parvienne à rendre compte authentiquement de nos expériences les plus banales, comme notre rapport intime au temps qui passe. Le mécanisme matérialiste, qui triomphe alors dans les sciences, n’est pas non plus épargné, dans sa prétention à réduire la vie à un simple assemblage de molécules. Enfin, Bergson ne peut se résoudre à accepter la fin de la métaphysique (dont le positivisme aurait sonné le glas)

Et c’est peut-être là son apport le plus original : Bergson a largement contribué, dans une époque obnubilée par les succès de la science, à restaurer la réflexion métaphysique. Il a réhabilité aussi, comme en témoigne sa langue exempte de tout jargon, une certaine façon de philosopher (dont on trouve la source chez Descartes), qui rend sa pensée accessible à tous. 

Né à Paris d’une mère anglaise et d’un père d’origine polonaise, Henri Bergson fait ses études au lycée Condorcet. Élève brillant, aussi doué pour les lettres que pour les sciences, il remporte en 1878 les premiers prix de français et de mathématiques du Concours général.  « Faites Polytechnique » lui dit-on ; il préfère l’École normale supérieure, où il prépare l’agrégation de philosophie (qu’il passe avec succès en 1881). Successivement professeur aux lycées d’Angers, de Clermont-Ferrand et Henri IV à Paris, il soutient en 1889 une thèse qui fait grand bruit : Essai sur les données immédiates de la conscience. Son retentissement est tel que Bergson est engagé comme maître de conférences à l’École normale supérieure, poste qu’il occupera jusqu’à sa nomination au Collège de France en 1900. 
C’est à partir de la publication de Matière et mémoire (1896) que Bergson accède aux honneurs et connaît bientôt la plus grande célébrité. Élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1901, membre de l’Académie française en 1914, il reçoit – couronnement suprême – le prix Nobel de littérature en 1927. Entre-temps, Bergson poursuit son œuvre : Le Rire (1900), L’Évolution créatrice (1907), Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932). Il réunit d’autre part des articles, des études et des conférences en trois recueils : L’Énergie spirituelle (1919), Durée et simultanéité (1922) et La Pensée et le Mouvant (1934). 
Conduit par l’évolution de sa pensée au seuil du catholicisme (il médite en effet sur les œuvres des grands mystiques), il refuse pourtant de se convertir, par solidarité avec la communauté juive que les hitlériens commencent à persécuter. Bergson meurt le 4 janvier 1941, en pleine occupation allemande. Seuls sa femme, sa fille, Paul Valéry (représentant l’Académie française) et Edouard Le Roy (son successeur au Collège de France) suivront le cortège funèbre. Bergson, écrivait Péguy en 1905, est celui qui a sauvé la pensée moderne du matérialisme et du déterminisme.
L’évolution créatrice
Dans L’Évolution créatrice, Bergson écrit : « Le temps est invention, ou il n’est rien du tout ». Il prenait ainsi le contrepied de la science classique selon lequel tout est donné, tout est prévisible. 
Au XIXe siècle, Pierre Simon de Laplace avait formulé l’idéal d’un déterminisme total. Dans son Essai philosophique sur les probabilités (1795), il se livrait à une extrapolation des résultats de Newton : « Nous devons donc envisager l’état présent de l’univers comme l’effet de son état antérieur, et comme la cause de ce qui va suivre. Une intelligence qui pour un instant donné connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé serait présent à ses yeux ». La science classique est dominée par la possibilité d’une omniscience indifférente au déroulement du temps. Le présent y détermine le futur, comme il peut servir à reconstruire le passé. 
Au contraire, pour Bergson, l’univers dure. « Plus nous approfondissons la nature du temps, plus nous comprendrons que durée signifie invention, création de formes, élaboration continue de l’absolument nouveau. » Dans Le possible et le réel, il pose la question : « A quoi sert le temps ?… le temps est ce qui empêche que tout soit donné d’un seul coup. Il retarde, ou plutôt il est retardement. Il doit donc être élaboration. Ne serait-il pas alors le véhicule de création et de choix ? L’existence du temps ne prouverait-elle pas qu’il y a de l’indétermination dans les choses ? »
Réalisme philosophique et pluralisme de la méthode
Pour Bergson, la méthode philosophique doit être fondée sur « l’expérience aidée du raisonnement ». Cette méthode, ébauchée par Aristote déjà, au IVe siècle avant notre ère, consiste à se soumettre à la réalité objective pour l’étudier, telle qu’elle est, indépendamment de nos préférences ou de nos répugnances. Mais contrairement au positivisme, Bergson rejette le monopole de la méthode expérimentale et le monisme épistémologique qu’on trouve chez Auguste Comte au XIXe siècle.
Dès lors, il distingue deux types d’approches du réel : l’intelligence et l’intuition. L’intelligence correspond au travail d’explication qui est celui de la science. Elle découpe le réel, le mesure, le quantifie, le décompose. C’est une méthode analytique, celle des sciences expérimentales. L’intuition correspond à ce qu’on appelle la compréhension dans les sciences sociales, en particulier chez Weber. L’intuition est cet effort pour coïncider avec le réel, pour sympathiser avec lui. « Nous appelons intuition la sympathie par laquelle on se transporte à l’intérieur d’un objet pour coïncider avec ce qu’il a d’unique » (La pensée et le mouvant, p.181). L’intuition a donc pour objet la vie intérieure, dans sa durée propre, dans sa subjectivité, c’est la « vision directe de l’esprit par l’esprit ». Si une métaphysique ou une science de l’esprit est possible, selon Bergson, ce n’est que par l’intuition, par cette attention de l’esprit à lui-même.
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