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Archives de Catégorie: occident

L’invention des institutions de la liberté en Europe

starkCet article propose une explication originale de l’émergence en Europe, à partir du XVIIe siècle, de la liberté politique et économique et, par conséquent, du capitalisme moderne (capitalisme d’entreprise). Première raison, le territoire européen était fragmenté et favorable au polycentrisme et à la concurrence institutionnelle. Seconde raison, « l’éthique de la liberté », condition de possibilité du développement économique, a pu se répandre sur le territoire européen parce que l’Europe avait été unifiée entre le V° et X° siècles par la religion chrétienne, laquelle est favorable à la reconnaissance de cette éthique de la liberté.

Parmi les références citées dans l’article, nous recommandons tout particulièrement Rodney Stark, professeur de sciences sociales à l’université Baylor, à Waco (Texas), traduit aux Presses de la Renaissance : Le triomphe de la raison : Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, 2006. Ce livre étant épuisé, j’en mettrai bientôt quelques extraits en ligne.

L’INVENTION DES INSTITUTIONS DE LA LIBERTE EN EUROPE : FRAGMENTATION POLITIQUE FRAGMENTATION TERRITORIALE ET LA RELIGION

François Facchini[1]

Publié dans Economie Appliquée Tome LXI – N°1, mars 2008, pp.71 – 106 Lire la Suite →

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Pourquoi la science moderne est-elle née en Occident ?

Pourquoi la science moderne est-elle née en Europe et pas ailleurs ? Pourquoi n’est-elle pas née en Chine par exemple ? Dans l’Antiquité, la Chine et l’Occident avaient le même niveau scientifique. Or c’est seulement à partir de l’époque de la Renaissance que la modernité a pris son essor en Occident, la Chine ne faisant que stagner.

Parmi les explications de l’origine de la science moderne, on trouve cette idée que la science elle-même n’apparaît qu’en fonction d’un contexte culturel, de l’idée que les hommes se font de Dieu, d’eux-mêmes et de l’organisation sociale. On se souvient de la thèse de Max Weber sur les origines du capitalisme dans son livre : L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme. Telle est la thèse que nous allons explorer dans le domaine épistémologique.

Cette thèse ne minimise pas l’importance d’autres facteurs, comme les facteurs sociaux-économiques ou politiques. Mais elle tend à montrer que, contrairement à l’analyse marxiste, des facteurs d’ordre culturels ou métaphysiques ont pu jouer dans la naissance de la science moderne.

De la Renaissance aux Lumières

Aux XVe et XVIe siècles, l’Europe était ravagée par les guerres de religion. Certains attribuèrent alors ces malheurs aux croyances religieuses de l’ère métaphysique médiévale. La méthode scientifique pensait-on, allait unifier les hommes par-delà les préjugés dans une même conception du monde. En 1604, Galilée formule la loi de la chute des corps, première loi de la dynamique moderne. Et en 1687, les Principes mathématiques de la philosophie naturelle d’Isaac Newton exposent de façon systématique un ensemble de lois physiques qui demeureront inchangées pendant plus de deux cents ans.

Au XVII et XVIIIe siècle, on assiste à la proclamation de l’égalité entre les hommes, fondée sur le principe que tous les hommes sont dotés de la faculté rationnelle : tous les hommes ont accès au savoir. Mais cette idée d’égalité, qui s’affirme pleinement au siècle des Lumières à partir de Descartes, a été précédée par l’affirmation du caractère rationnel et objectif de la réalité. Or cette idée est propre à l’Occident. Elle a d’abord été défendue par les savants grecs, Platon, Aristote, Épicure, mais elle a été aussi fortement réaffirmée par le christianisme au cours du Moyen Âge.

En effet, à la différence de la pensée orientale, la tradition judéo-chrétienne attribue à Dieu d’une part la rationalité et d’autre part la création d’un univers ordonné qui lui est extérieur. Dès lors, le monde naturel possède une consistance propre. Il n’est ni une illusion, ni un être divin. Et l’idée d’un ordre naturel indépendant et ordonné est un présupposé fondamental de la méthode scientifique. C’est sur cette base qu’il devient possible d’étudier les rapports de cause à effet. D’une certaine manière, la doctrine de la création a eu pour effet de désacraliser le monde et de l’ouvrir à l’analyse rationnelle.

« Avec le temps, la physique de Newton est apparue comme le modèle d’une œuvre vraiment scientifique, détachée des spéculations métaphysiques ou religieuses. Mais en fait Newton s’appuyait sur des convictions chrétiennes ; il rattachait l’ordre du monde à l’intelligence du Créateur ». Pierre Thuiller, Jeux et enjeux de la science : Essai d’épistémologie critique. 1972 pp. 46-47.

La Chine et l’Occident au Moyen Âge

Dans ses travaux sur la science et la technologie chinoises (La science chinoise et l’Occident, Paris, Seuil, 1969), le grand savant biochimiste Joseph Needham (1900-1995), communiste repenti, a posé la question de savoir pourquoi la science moderne n’était pas née en Chine. En effet, la Chine était particulièrement bien placée pour devenir le berceau des sciences et des techniques modernes.
Parmi les raisons invoquées par Needham pour répondre à sa question figurent :

1° l’absence d’un Dieu législateur souverain, idée profondément enracinée dans la pensée chrétienne de la fin du Moyen Âge ;
2° l’organisation bureaucratique de la Chine. En effet, l’Europe médiévale disposait d’un Dieu fort et d’un pouvoir faible du fait de la querelle permanente entre les papes et les rois. Au contraire, la Chine connaissait une divinité faible et un pouvoir bureaucratique fort.

Le prix Nobel de chimie, Ilya Prigogine, (1917-2003), suivant en cela Needham, a beaucoup insisté sur ce facteur culturel dans l’émergence de la science. Sa thèse est que la science moderne est née dans une culture où dominait l’idée d’une alliance entre un homme doué de raison et un Dieu unique législateur et intelligible, architecte souverain. Il écrit : « ma conviction est que l’idée d’un dieu garant des lois de la nature et de leur rationalité a joué un rôle essentiel lors des premiers développements de la science européenne. » (Ilya Prigogine, Quel regard sur le monde ? Communiqué lors de la Conférence des lauréats du Prix Nobel « Nobel Laureates Facing the 21st Century », Paris, 18-21 janvier 1988.)

Dès le Haut Moyen Âge, la croyance biblique selon laquelle le monde est l’œuvre d’un Dieu personnel, créateur et auteur des lois, imprégnait toute la civilisation occidentale. Cette foi en un Dieu créateur a conditionné la confiance dans l’idée d’un ordre naturel que la raison peut connaître. De même, au XVIIe siècle, le concept de lois de la nature renvoie à l’idée d’un législateur suprême.

Needham écrit : « Dans la civilisation occidentale on peut facilement montrer que les idées de loi naturelle (au sens juridique) et de lois de la nature (au sens des sciences de la nature) ont en fait une racine commune. L’une des plus vieilles notions de la civilisation occidentale est, sans doute, celle qui dit que de même que les législateurs impériaux terrestres ont constitués des codes de loi positives pour que les hommes y obéissent, de même une Divinité créatrice céleste, suprême et rationnelle a donné une série de lois auxquelles doivent se soumettre les minéraux, les cristaux, les plantes, les animaux et les astres dans leurs cours. Il y a peu de doute que cette idée s’est trouvée intimement liée au développement de la science moderne tel qu’il s’est opéré à la Renaissance en Occident. » (La science chinoise et l’Occident, p. 32).

La théologie chrétienne fonde en un sens la démarche scientifique, même si elle ne suffit pas à l’engendrer. En revanche, les grandes civilisations comme l’Inde ou la Chine, malgré leur puissant développement mathématique ou technique, ont toutes échoué à formuler le concept de loi physique ou de loi naturelle. Leur cosmologie est le reflet d’une vision théologique panthéiste et animiste vouée à l’éternel recommencement. La civilisation indienne est à l’origine de l’invention du concept de zéro et du système de numération, indispensable à l’essor de la science. Mais la métaphysique hindoue a fait obstacle au développement de la démarche scientifique. Dans le panthéisme hindou, les cieux sont perçus comme divins et animés. De même, le concept hindou de « maya » affirme que l’expérience sensible n’est qu’une illusion et non le reflet du monde extérieur.

Par ailleurs, c’est en Chine que furent faites les découvertes fondamentales de la boussole, de la poudre et du gouvernail. Mais en Chine, on conçoit l’ensemble de la nature comme une sorte d’animal ou de grand organisme traversant un cycle répétitif de naissance, de maturation et de mort. Un tel cadre de pensée interdit de penser la nature comme une machine et de formuler les lois de la mécanique.

Au contraire, pour les théologiens du Moyen Âge, Dieu est rationnel et il a créé un univers ordonné. Cela signifie que l’univers n’est pas Dieu, qu’il a une existence autonome et qu’il peut être soumis à l’analyse rationnelle. Or la croyance métaphysique dans un univers intelligible, structuré et ordonné par Dieu, qui peut être compris par la raison humaine, a constitué l’une des conditions de possibilité de la science moderne. En ce sens, le christianisme a favorisé l’essor du progrès scientifique, parfois malgré lui.

Publié sur 24H Gold

André Comte-Sponville et la philosophie

«Le danger ne vient pas des gens qui croient en Dieu mais de ceux qui ne croient en rien»

André Comte-Sponville est philosophe. Normalien et agrégé de philosophie, il a longtemps été maître de conférences à la Sorbonne avant de connaître, à 53 ans, le succès international avec son Petit traité des grandes vertus, publié en 1995, traduit en 25 langues.
Comte-Sponville est un penseur qu’on peut trouver agaçant. Certains parlent à son sujet de prêt-à-penser philosophique. Pourtant il a le mérite, comme Alain Finkielkraut, Luc Ferry ou Michel Onfray, de mettre la philosophie à la portée du plus grand nombre avec un réel talent pédagogique, sans réduire la difficulté et la subtilité des auteurs et des arguments qu’il expose.

Je remets en ligne une interview qui date un peu mais qui reste fort intéressant (31 décembre 2005). Comte-Sponville fait un tour d’horizon de notre époque et en donne un portrait plutôt lucide et sans complaisance.

Extraits :

– Le Temps: 2005, reportages truqués, manipulations politiques, débats sans issue sur l’origine naturelle ou divine de l’homme. Etait-ce l’année du mensonge ? 

– André Comte-Sponville: Le philosophe que je suis est au contraire frappé par le fait que nous sommes en train de redécouvrir l’idée de vérité. Le mensonge vous choque: c’est bon signe! Il y a une trentaine d’années, il était de bon ton de penser qu’il n’y a pas de vérité. «Rien n’est vrai, tout est permis», disait Nietzsche, et il régnait en maître, ces années-là, sur la pensée française. C’est ce que j’appelle la sophistique et le nihilisme. La sophistique, parce que si rien n’est vrai, il n’est pas vrai que rien ne soit vrai. On peut penser n’importe quoi. Le nihilisme, parce que si tout est permis, tout se vaut et rien ne vaut. On découvre les limites de ces idées qui passaient pour modernes. 
– L’idée de vérité serait donc de retour ? 
– Oui, et c’est heureux! La liberté a besoin de l’idée de vérité. On ne connaît jamais toute la vérité; mais on ne peut être libre que «sous la norme de l’idée vraie donnée», comme dit Spinoza, ou possible, comme je préférerais dire. On perçoit depuis plusieurs années les limites de la sophistique et du nihilisme. On redécouvre que la première vertu d’un intellectuel (et l’une des principales vertus d’un être humain) est l’amour de la vérité. 
– Quand j’étais étudiant en philosophie, la question de Dieu était réputée obsolète. La plupart des philosophes passaient pour athées. Ce n’est plus vrai aujourd’hui: sur la scène des idées, vous trouvez un nombre substantiel de penseurs religieux. C’est aussi vrai en littérature. Eric-Emmanuel Schmitt (l’auteur de théâtre le plus joué au monde) et Christian Bobin sont à mon sens avec Michel Houellebecq, et à l’opposé de lui, les trois plus grands écrivains français du moment. Les deux premiers, pour lesquels j’ai la plus grande admiration, se réclament du christianisme. Il y a un retour de la quête spirituelle en général, et un retour du religieux en particulier, à des niveaux de qualité très différents.

– La quête du religieux est-elle compatible avec celle de la vérité ? 

– Bien sûr! Je trouve très bien qu’on se remette à parler de Dieu. La question, d’un point de vue philosophique, est passionnante! Quand on fait de la métaphysique sérieusement, on touche à la question des origines et des fins ultimes; on débouche sur la question de l’existence de Dieu. Il se trouve qu’à cette question, je réponds par la négative. Je salue pourtant ce retour à la métaphysique et à la spiritualité, parce que le danger principal ne vient pas des gens qui croient en Dieu mais de ceux qui ne croient en rien. Le nihilisme, en Europe, menace davantage que le fanatisme!

– Le retour de la religion est pourtant plus souvent cité que celui du nihilisme ? 

– Parce que les médias vont au plus spectaculaire, et au plus facile. Voyez la crise des banlieues de cet automne. La religion n’y a joué presque aucun rôle. Ces jeunes ont brûlé des voitures parce qu’ils sont paumés, sans repères, parce qu’ils sont déstructurés de l’intérieur. Parce qu’ils ne croient en rien, et non parce qu’ils seraient fanatisés par je ne sais quel mollah!

« Je me définis comme athée fidèle. Athée, parce que je ne crois pas en Dieu. Fidèle, parce que je reste attaché à la tradition judéo-chrétienne qui est la nôtre. »

– Vous refusez de rompre avec ce passé ? 

– Le fait de ne pas croire en Dieu ne justifie pas de cracher sur deux millénaires de civilisation judéo-chrétienne. Cela me paraît d’une prétention et d’une naïveté inquiétantes de dire d’une tradition qui a produit Descartes, Pascal, Spinoza, Leibniz ou Kant, qu’elle est globalement condamnable. Pour moi, c’est tout le contraire: imaginer que Descartes, Pascal, Molière, Corneille, Racine, Poussin, Philippe de Champaigne pouvaient se rencontrer à Paris me plonge dans un abîme de nostalgie! Quel est le peintre d’aujourd’hui que vous pourriez comparer à Philippe de Champaigne, à Degas, à Vermeer, à Chardin? Quel est le philosophe que vous pourriez comparer à Spinoza, Leibniz, Kant ou Hegel ? Quel est le musicien qu’on puisse comparer à Bach, Mozart, Beethoven? Il y a quelque chose dans notre époque qui ressemble à une décadence de l’Occident.

– Notre époque est-elle inférieure à d’autres ? 

– Il n’est écrit nulle part que toutes les époques sont égales! Il y a eu des siècles de progrès et des siècles de décadence. Des siècles d’or, comme on dit, et d’autres de plomb. Je suis comme Lévi-Strauss, qui a toujours dit qu’il n’aimait pas son époque: du point de vue intellectuel et artistique, moi non plus. En revanche, c’est une grande époque pour les sciences et les techniques, et parfois pour la démocratie et les droits de l’homme. Aux intellectuels et aux artistes de se montrer à la hauteur!

Laurent Wolf, Le Temps

A lire : André Comte-Sponville: La philosophie, PUF, Que sais-je? Dieu existe-t-il encore?, avec Philippe Capelle, Le Cerf. Petit traité des grandes vertus (Le Seuil, 2001), Dictionnaire philosophique (PUF, 2001), Le Bonheur, désespérément (Librio, 2003), L’Amour, la Solitude (LGF, 2004)

Les fiches de lecture de mes prépas



A voir : le blog des P1A de l’ISEP (les sup.).
Des fiches de lecture sur le livre de Philippe Nemo (Qu’est-ce que l’Occident ?), réalisées sous powerpoint. Du beau travail !!

Ces fiches ont été présentées dans le cadres des kholles du premier trimestre en octobre/novembre 2009.

(Eklablog est une plateforme de blogs créée par un élève de l’ISEP.)

Cette rentrée 2010, les élèves ont planché sur Le capitalisme est-il moral ? d’André Comte-Sponville. Je mettrai bientôt en ligne leurs travaux.
En novembre, on attaque des textes de Mises, Rothbard, Ayn Rand et Hayek. J’en reparlerai.

Pierre Manent chez Alain Finkielkraut

Samedi 2 octobre, Pierre Manent était l’invité d’Alain Finkielkraut dans son émission Répliques sur France Culture à l’occasion de la publication de 2 livres. Un livre d’entretiens, Le regard politique, sorte d’autobiographie intellectuelle et Les métamorphoses de la cité, un essai sur Rome, l’Empire, l’Eglise et la Nation.

Voici un extrait de l’émission, d’une douzaine de minutes :

Retranscription :

Alain Finkielkraut: Nous voulons vivre aujourd’hui, notre humeur en tout cas est post-nationale, et vous l’avez décrite, donc je n’y reviens pas, mais est-ce que cela ne veut pas dire précisément que ce passé, ces anciennes propositions d’humanité sont oubliées, éclipsées, absentes? Dans la nation il y avait quelque chose de la cité grecque…

Pierre Manent: Bien sûr…bien sûr.

AF: Dans notre état, ou notre illusion post-nationale, que reste-t-il de la grande dynamique de l’Occident, que vous décrivez précisément, Pierre Manent?

PM: Il est très difficile d’être juste, parce que, d’abord nous sommes à la pointe extrême du présent, et, et la direction du mouvement est visible, mais, quelle issue trouvera-t-il ? C’est très difficile de le dire. Ce qui me frappe aujourd’hui en Europe, c’est qu’il y a une sorte de perte de confiance radicale des Européens dans, dans toute action commune en réalité, et on se plaint qu’il n’y ait pas d’Europe politique, mais si j’ose dire, l’Europe est organisée pour qu’il n’y en ait pas, parce que les conditions de formation d’une action commune ont été systématiquement démantelées dans la dernière période. Les cadres dans lesquels une action commune aurait sens ont été progressivement démantelés, au profit, au profit d’une, comment dire, de l’abandon à un processus, ou à des processus qui devraient, par des mécanismes irrésistibles, produire une civilisation qui en quelque sorte préserverait les règles d’une vie commune, sans que les hommes soient obligés en quelque sorte de se gouverner eux-mêmes.

Il y a une confiance qui me parait démesurée et destinée à être très cruellement déçue, dans ce qu’on peut appeler une civilisation démocratique, où le progrès des mœurs démocratiques nous dispenserait de la nécessité de constituer des associations humaines, capables de se gouverner eux-elles-mêmes, et d’abord capables de se défendre elles-même. Donc je crois, si vous voulez, que nous sommes véritablement à la crête d’une grande illusion, mais qui est une illusion propre à l’Europe : les Etats-Unis ne la partagent pas, la Chine ne la partage pas, personne ne la partage dans le monde musulman, c’est une illusion très spécifiquement Européenne, une illusion d’une civilisation apolitique, et dont on peut d’ailleurs très aisément rappeler les conditions politiques. C’est dû à certaines conditions politiques très particulières à l’Europe, l’Europe a l’illusion de pouvoir vivre hors des contraintes, grandeurs et misères du politique.

AF: Et donc de cette illusion, elle sortira à la faveur ou à la défaveur de l’Histoire semble-t-il. C’est l’Histoire qui risque un jour ou l’autre, et peut-être même un jour prochain de réveiller l’Europe. C’est ça qu’on peut penser, Pierre Manent ?

PM: Ce qui me frappe c’est que l’Europe se construit comme si il n’y avait rien en dehors d’elle.

AF: Voilà c’est ça.

PM: Comme s’il n y avait pas d’extérieur, et toute sa tâche est une sorte de transformation intérieure. Nous cultivons nos vertus en supposant que l’exemple de nos vertus convertira bientôt le reste de l’humanité. Mais nous oublions que nos vertus sont à la merci du reste de l’humanité, et que nous n’assurons pas nous-mêmes la protection du cadre dans lequel nous les exerçons donc nous avons reculé, nous reculons indéfiniment le moment de prendre des décisions concernant nos relations avec le reste du monde. Et le signe le plus étonnant, qui révèle en quelque sorte ce refus méthodique de prendre la moindre décision politique importante, c’est le refus de décider des limites de l’Union Européenne.

AF: …de l’Europe, oui.

PM: Le fait même que nous nous étendions indéfiniment c’est l’aveu –dont nous faisons gloire– que nous sommes incapables de nous définir comme corps politique. Et donc, nous, les limites, puisque ce n’est pas nous qui fixons nos limites, ce sont les autres qui se chargeront de les fixer, et peut-être dans des conditions qui ne nous plairont pas. Mais ce sera un peu tard.

AF: C’est la religion d’Humanité qui nous empêche de fixer ces limites, ou qui condamne de la manière la plus vive, ceux qui osent encore parler en termes de limites. Y aurait-t-il quelque chose comme une civilisation Européenne ? et, disent-ils, délimiter c’est discriminer ! Délimiter c’est exclure, donc l’unité de l’espèce humaine refuse toute séparation. Et là justement, je voudrais vous poser une question plus précise. Dans «La Raison des Nations» vous analysez, de manière je crois très juste, très pertinente, la signification profonde des attentats du onze septembre. Vous dites que l’information la plus troublante, apportée par l’événement, n’est pas tant la révélation paroxystique du terrorisme, mais plutôt ceci: l’humanité présente est marquée par des séparations bien plus profondes, bien plus intraitables que nous ne le pensions. On a détruit le mur de Berlin, et puis tout d’un coup, le onze septembre, un autre mur s’est élevé. La question que je me pose c’est justement: comment penser ces séparations ? Et je vous la pose à vous, parce que notamment dans «La Cité de l’Homme», vous critiquez la définition de l’Homme, comme Être de culture. Et votre fidélité à Leo Strauss, elle tient beaucoup dans cette très courageuse, très belle réhabilitation de l’idée d’une Nature humaine. Mais précisément, n’assiste-t-on pas à un choc des cultures, ou, pour reprendre la formule d’Huntington –qu’il a payé cher d’ailleurs– un choc des civilisations, et le politiquement correcte que vous décrivez très bien, ne constitue-t-il pas lui, précisément, à dire que : Non, il n y a rien de tel, et ce qui existe c’est l’Humanité. Et donc nous, comme vous le dites d’ailleurs, nous ne sommes pas libres de voir ce que nous voyons, parce que nous voyons ce choc des civilisations, et la religion de l’Humanité nous interdit de le voir, Pierre Manent.

PM: Une chose qui est très surprenante aujourd’hui, qui me surprend beaucoup, c’est l’horreur sacrée, il n’y a pas d’autre mot, l’horreur sacrée des frontières que beaucoup de nos concitoyens éprouvent. Les frontières leur paraissent un scandale. Moi au contraire, j’aime beaucoup les frontières…

AF: …moi aussi.

PM: Je trouve que passer une frontière, était il y a vingt ans, trente ans un des grands plaisirs du voyage. Et je dois dire aujourd’hui à l’Europe, je suis un peu frustré, même si c’est plus commode, je suis frustré que l’on ne passe plus de frontières. Pourquoi tracer une frontière entre une population et une autre, serait-il une offense pour l’une ou l’autre de ces populations ? L’idée que chacun s’organise à sa manière et reconnait à l’autre, de l’autre côté de la frontière le droit de s’organiser à sa manière, ça me parait plutôt une des grandes inventions de la civilisation. Bien tracer une frontière, et chacun reste bien de son côté de la frontière, ça me parait un progrès de la civilisation.
Celui qui fait la guerre, ce n’est pas celui qui trace la frontière, c’est lui qui franchit la frontière. Donc il y a là quelque chose de très étrange, c’est complètement déraisonnable, donc il est clair qu’il y a un motif d’un autre ordre, à cette horreur de la frontière, et en effet, et en effet il y a cette idée que l’Humanité devrait être une. Mais il y a aussi autre chose, qui est très spécifique à l’Europe je crois, et c’est que –un sentiment étrange n’est-ce pas ?– c’est que nous sommes tellement supérieurs aux autres que si nous traçons une frontière qui les sépare de nous, et bien, nous leur faisons offense. Ça, c’est vraiment garder, si j’ose dire, le préjugé colonial, mais transformé dans le langage de la religion de l’Humanité. Or, si nous nous séparons des autres, les autres se séparent également de nous, et nous sommes égaux de part et d’autre de la frontière. Donc, c’était le premier point…

AF: Mais comment concilier, si vous voulez, l’idée d’une Nature humaine, ce n’est plus la religion de l’Humanité, c’est l’idée de Nature humaine, et, non seulement l’existence des frontières, mais surtout la différence, peut-être insurmontable, des civilisations, des cultures. Voilà la question que je vous pose parce que, bien entendu, je me la pose. Je trouve que c’est un grand progrès que d’être revenu en arrière, et d’avoir réhabilité cette notion de Nature, abandonnée d’une manière très cavalière par les sciences sociales, Pierre Manent.

PM: Je disais, «réaliser la nature humaine», mais précisément la nature humaine a une telle amplitude, une telle amplitude que, elle ne se réalise pas comme un corps d’animal se développe, n’est-ce pas ? Le signe de l’amplitude de la nature humaine c’est que l’homme ne peut pas s’abandonner à sa nature, il doit se gouverner lui-même. Il doit se gouverner lui-même, et donc il y a un grand nombre de modalités de gouvernement de soi, un grand nombre de régimes politiques, de régimes de l’humanité et donc déjà il y a ce principe de diversité, qu’il y a différents régimes politiques au sens large du terme ou au sens stricte du terme, et donc cela ouvre une grande diversité et donc différences, objections, et y compris guerres. On sait bien que entre les régimes démocratiques et les régimes qui ne l’étaient pas, il y a eu des guerres. Les guerres en Grèce c’étaient pour une bonne part entre cités démocratiques et cités aristocratiques, donc voilà un principe de différence. Autre principe de différence, lié lui aussi à l’immense amplitude de la nature humaine: la nature humaine vise quelque chose de plus grand qu’elle, qu’elle appelle les divins, dieu, le dieu, que sais-je. Et dans son rapport à cette chose, qui existe ou qui n’existe pas, mais auquel l’humanité se rapporte –d’un certain sens naturellement, car il y a toujours eu des religions, et je crois qu’’il y en aura toujours– et bien, dans ce rapport au divin, les groupes humains prennent une certaine forme. Prennent une certaine forme, il y a donc des religions diverses. Et si vous ajoutez, on pourrait multiplier d’autres acteurs, les ressources économiques, la démographie, toutes sortes de choses dont s’occupent les différentes sciences, il n’est pas difficile si vous voulez, je crois il n’est pas si difficile que cela, de réconcilier l’idée d’une humanité commune, se réalisant, se concrétisant dans une grande diversité de formes. Mais, la conséquence est inévitable, ce qu’il faut immédiatement ajouter, c’est que ces formes sont fortes. C’est-à-dire que ces formes ne sont pas la forme que prend la pâte à modeler dans la main de l’enfant. Une fois que les cités les églises, les civilisations ont pris une certaine forme, bien pour l’essentiel elles la gardent, n’est-ce pas ? Elles la gardent, et donc les civilisations des sociétés qui ont pris des formes diverses, et bien, se rapportent à l’humanité, à elles-mêmes de façon différente, et donc cela crée des séparations, cela crée des malentendus, cela crée des conflits, cela peut créer des guerres. C’est dans l’ordre des choses, et, si j’ose dire, il faut évidemment en pratique s’efforcer au maximum de limiter les conflits, mais si j’ose dire, on ne peut pas, on ne peut pas supprimer la racine des conflits, parce que supprimer la racine des conflits, c’est supprimer la racine de l’humanité, puisque ça supposerait que les hommes cessent de se réaliser eux-mêmes dans des formes particulières.

Voir aussi :
Pierre Manent sur Tocqueville
Entretien avec E. Levy sur la dynamique de l’Occident

2007 – In memoriam Jean-Pierre Vernant


La mort d’un grand helléniste le 9 janvier 2007.

D’abord philosophe (agrégé et docteur en philosophie), Jean-Pierre Vernant s’est ensuite fait historien, linguiste et anthropologue pour analyser les mythes, dans une approche pluridisciplinaire. Compagnon de la Libération et membre du Parti Communiste, il avait choisi la Grèce antique notamment pour que le PC ne s’occupe pas de son travail intellectuel. Il a enseigné, de 1958 à 1975, à l’Ecole pratique des hautes études, il a été élu en 1975 titulaire de la chaire d’étude comparée des religions antiques au Collège de France. Malgré un ancrage politique très à gauche, Jean-Pierre Vernant a su travailler à faire revivre l’héritage grec, ce qui n’est pas banal. En effet, la culture générale (dont fait partie l’enseignement du grec) a souvent été perçue à gauche, notamment avec Bourdieu, comme un instrument de domination des bourgeois, comme un moyen de reproduction sociale des élites.

« Le lycée a pour fonction de transmettre des savoirs, d’ouvrir des fenêtres sur l’inconnu, d’aiguiser la curiosité. Le grec provoque tout particulièrement ce sentiment de découverte et de bonheur », affirmait Vernant au Point en 2001 (21/06/01 – N°1501)

Les Origines de la pensée grecque paraît en 1962. C’est le premier volume d’une longue série consacrée à la mythologie grecque, aux idées du monde grec. En prenant appui sur les mythes grecs, Vernant montre comment est née la pensée rationnelle au moment où surgissent les formes modernes de la politique et de la démocratie.
Si la Grèce antique est le berceau de la démocratie, la démocratie athénienne est le berceau de notre rationalité. Mais comment est apparue cette pensée grecque, laïque, par laquelle les citoyens d’Athènes ont cherché à expliquer leur monde ?

« Vers le VIIe siècle avant notre ère s’est produit un ensemble de phénomènes complexes. D’abord, le passage d’une civilisation orale à une culture écrite, et d’une parole poétique et prophétique, celle d’Homère et d’Hésiode, à un discours logique et démonstratif, celui de Platon et d’Aristote. En même temps, le système ancien de gouvernement, détenu par un roi ou un petit groupe aristocratique, cède la place à l’organisation de la cité, dans laquelle chaque citoyen peut débattre à égalité avec les autres et concourir à la décision collective. Au sein de ce double processus, culturel et politique, il est impossible, et vain à mon avis, de démêler où est la cause et où est l’effet. » Le point 21/06/01 – N°1501

Les Grecs ont l’esprit libre, il n’y a pas de question qu’ils ne mettent en débat. Pour Jean-Pierre Vernant, l’émergence de la « polis » est liée à celle de la « philosophie ». C’est cette révolution qui fonde notre civilisation occidentale.

Extraits :

La solidarité que nous constatons entre la naissance du philosophe et l’avènement du citoyen n’est pas pour nous surprendre. La cité réalise, en effet, sur le plan des formes sociales, cette séparation de la nature et de la société que suppose, sur le plan des formes mentales, l’exercice d’une pensée rationnelle. Avec la Cité, l’ordre politique s’est détaché de l’organisation cosmique ; il apparaît comme une institution humaine qui fait l’objet d’une recherche inquiète, d’une discussion passionnée. Dans ce débat, qui n’est pas seulement théorique, mais où s’affronte la violence de groupes ennemis, la philosophie naissante intervient ès qualités. La  » sagesse  » du philosophe le désigne pour proposer les remèdes à la subversion qu’ont provoquée les débuts d’une économie mercantile. On attend de lui qu’il définisse le nouvel équilibre politique propre à retrouver l’harmonie perdue, à rétablir l’unité et la stabilité sociales par l’  » accord  » entre les éléments dont l’opposition déchire la Cité. Aux premières formes de législation, aux premiers essais de constitution politique, la Grèce associe le nom de ses Sages.

JP Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs, Paris, Ed. Maspero, Rééd. 1971, Vol. II,  » La formation de la pensée positive « 

L’apparition de la polis constitue, dans l’histoire de la pensée grecque, un événement décisif. Certes, sur le plan intellectuel comme dans le domaine des institutions, il ne portera toutes ses conséquences qu’à terme ; la polis connaîtra des étapes multiples, des formes variées. Cependant, dès son avènement, qu’on peut situer entre le VIIIe et le VIIe siècle, elle marque un commencement, une véritable invention ; par elle, la vie sociale et les relations entre les hommes prennent une forme neuve, dont les Grecs sentiront pleinement l’originalité.
(…) Ce qu’implique le système de la polis, c’est d’abord une extraordinaire prééminence de la parole sur tous les autres instruments du pouvoir. Elle devient l’outil politique par excellence, la clé de toute autorité dans l’Etat, le moyen de commandement et de domination sur autrui. (…)Un second trait de la polis est le caractère de pleine publicité donnée aux manifestations les plus importantes de la vie sociale. On peut même dire que la polis existe dans la mesure seulement où s’est dégagé un domaine public, aux deux sens, différents, mais solidaires, du terme : un secteur d’intérêt commun, s’opposant aux affaires privées ; des pratiques ouvertes, établies au grand jour, s’opposant à des procédures secrètes. (…) Désormais la discussion, l’argumentation, la polémique deviennent les règles du jeu intellectuel, comme du jeu politique. Le contrôle constant de la communauté s’exerce sur les créations de l’esprit comme sur les magistratures de l’Etat. (…) La raison grecque, c’est celle qui de façon positive, réfléchie, méthodique, permet d’agir sur les hommes, non de transformer la nature. Dans ses limites comme dans ses innovations, elle est fille de la cité.

Jean Pierre Vernant, Les origines de la pensée grecque, Paris, P.U.F, 1962

Interview :

La mythologie délivre-t-elle une morale?

Pas au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’une morale de l’interdit, du péché, du remords ou de la culpabilité; c’est une morale des valeurs. Et la principale valeur, pour les Grecs, est le bien. Il y a, d’un côté, ceux qui sont bien et, de l’autre, ceux qui ne sont pas bien. L’essentiel tient dans la façon d’être, d’agir, de parler, d’accueillir l’autre, de se comporter à l’égard de ses ennemis ou de ses amis… Tout cela définit ce que les Grecs appellent le «beau-bien», qui n’a pas la connotation morale qu’on lui prête aujourd’hui mais renvoie à l’idée que l’on ne saurait commettre de vilenies et de choses basses. Entrer dans la culture grecque permet de s’affranchir de l’embrouillamini des valeurs modernes où règnent la concurrence et la brutalité. C’est aussi affirmer que nous avons besoin, dans notre vie, de quelque chose qui ne soit pas de l’ordre de l’utilité immédiate mais de l’ordre de l’esthétique. De la beauté. Chez les Grecs, toute la culture tourne autour de la beauté. Ce qui prévaut n’est ni l’utilitarisme ni quelque vertu dictée de l’au-delà, mais le goût de la liberté et du débat intellectuel qui rendent la vie plus belle. C’est en cela, d’ailleurs, que la culture grecque se différencie de la culture égyptienne ou babylonienne. La mythologie affirme l’idée qu’il n’est pas de problème qui ne puisse être résolu par l’enquête intellectuelle et le débat culturel.

La reprenez-vous à votre compte?

Quand j’étais jeune, j’ai longtemps cru à l’idée de progrès, à cette idée que la science et la technique aboliraient un jour toutes les superstitions… Si je m’étais mieux pénétré des mythes grecs, j’aurais compris plus tôt que cette idée que nous devons être «comme maîtres et possesseurs de la nature», pour reprendre la phrase de Descartes, est absurde. Comment pourrions-nous dominer la nature puisque nous en sommes un morceau? Comment pourrions-nous dominer un tout dont nous sommes une partie? Pour les Grecs, l’homme est inscrit dans un espace. Il y est enfermé. Et il ne peut le dépasser qu’en comprenant quelle est sa place dans le monde et non en croyant qu’il peut prendre toute la place du monde.

Paru dans L’Express du 26/06/2003

Un livre à lire :

Dans L’univers, les dieux, les hommes, véritable best-seller, Vernant tente de nous livrer un peu de cet univers grec qu’il connaît si bien et que nous connaissons en revanche, sauf exception, de plus en plus mal. Il s’agit de transmettre de manière simple un héritage en grande partie menacé en dehors de tout enseignement officiel. Agréable, facile à lire, le livre s’adresse aussi bien à ceux qui ignorent la mythologie grecque, qu’à ceux qui croient bien la connaître.
Ce livre permet donc d’approcher les mythes fondateurs de notre civilisation. Il se compose de huit parties évoquant les origines de l’Univers, la guerre des dieux et les liens que l’humanité n’a cessé d’entretenir avec le divin. Vernant nous aide à comprendre ce qui se trouve à l’origine de ces mythes, les archétypes de la condition humaine comme la jalousie, la culpabilité ou le destin.
En outre, le livre contient un petit glossaire. Chaque chapitre est un petit trésor d’érudition mise à notre portée avec clarté et humour.

« Dans ce livre j’ai tenté de livrer directement de bouche à oreille un peu de cet univers grec auquel je suis attaché et dont la survie en chacun de nous me semble, dans le monde d’aujourd’hui, plus que jamais nécessaire. Il me plaisait aussi que cet héritage parvienne au lecteur sur le mode de ce que Platon nomme des fables de nourrice, à la façon de ce qui passe d’une génération à la suivante en dehors de tout enseignement officiel. J’ai essayé de raconter comme si la tradition de ces mythes pouvait se perpétuer encore. La voix qui autrefois, pendant des siècles, s’adressait directement aux auditeurs grecs, et qui s’est eue, je voulais qu’elle se fasse entendre de nouveau aux lecteurs d’aujourd’hui, et que, dans certaines pages de ce livre, si j’y suis parvenu, ce soit elle, en écho, qui continue à résonner. »
Jean-Pierre Vernant, L’univers, les dieux, les hommes, Points Seuil, 1999

La tyrannie de la pénitence


Emission avec Pascal Bruckner sur France Culture : Occident : la repentance à sens unique ?
(prendre l’émission environ 2mn45 après le début.)
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Invités :
– Pascal Bruckner. Ecrivain, essayiste. Auteur de « La tyrannie de la pénitence : essai sur le masochisme en Occident », Grasset, octobre 2006.
– Denis Sieffert. Rédacteur en chef Politis. Auteur de « Peut-on être (vraiment) républicain ? », La Découverte, septembre 2006.
– Chahdortt Djavann. Auteur de « Comment peut-on être français ? », Flammarion, janvier 2006.

Autre émission avec Pascal Bruckner sur France Inter dans La bande à Bonnaud. Prendre l’émission vers 1h 02 : débat sur les lois mémorielles.
1h 10 après le début : débat sur la Banque Mondiale. A-t-on mis l’Afrique à genoux ?

Sur ce sujet, voir aussi l’émission Arrêt sur image, consacrée au Cauchemar de Darwin : Darwin : cauchemar et manipulation ? Dernière diffusion le 30 avril 2006

Citations

La tyrannie de la pénitence. Essai sur le masochisme occidental. de Pascal Bruckner Grasset, 260 p., 16,90 €.

Télécharger la conférence de Bruckner : Le masochisme européen

« Je pensais que, deux décennies après Le Sanglot de l’homme blanc, cette question de la culpabilité occidentale était à peu près réglée, explique aujourd’hui Pascal Bruckner. Puis est survenu le 11 septembre 2001 et l’attentat contre le World Trade Center. Le lendemain de la destruction des tours, un journaliste qui m’interrogeait sur les attentats a fait cette réflexion : “On peut comprendre, quand même, vous vous rendez compte, ces tours de 400 mètres de haut ! Quel orgueil, quelle arrogance, ces Américains !” Puis, deux ans et demi plus tard, ce furent les attentats de Madrid, et en entendant les réactions, qui m’ont semblé tellement compréhensives vis-à-vis des terroristes, j’ai dû admettre qu’au fond rien n’avait changé. Nous autres, Occidentaux, demeurons les éternels fautifs. »

« La France a tendance à exagérer tous ses défauts. C’est elle qui, à travers la guerre d’Algérie, a mené la dernière grande bataille coloniale de l’Europe. Et il se trouve en outre que, sur cette guerre, elle a gardé très longtemps le silence. Alors, plus encore que les autres pays occidentaux, la France incarne cette mauvaise conscience. Cela même si le phénomène colonial n’a concerné en réalité qu’un petit nombre de Français. »

« Le repentir est une manière de reconnaître sa faute pour mieux la mettre à distance, s’en débarrasser. Le remords, en revanche, est une sorte de complaisance à son péché, une façon de toujours se sentir insuffisant. »

« A refuser aux peuples anciennement colonisés toute responsabilité dans leur situation, écrit-il, on les prive par là même de toute liberté, on les replonge dans la situation d’infantilisme qui a présidé à la colonisation. »

« Ce processus de remise en cause reste à accomplir pour l’islam, habité par la certitude d’être la dernière religion révélée, donc la seule authentique, disposant du Livre directement dicté par Dieu à son prophète. Il ne se veut pas légataire des confessions antérieures, mais un successeur qui les invalide à jamais. Le jour où ses plus hautes autorités reconnaîtront le caractère conquérant et agressif de leur foi, demanderont pardon pour les guerres saintes commises au nom du Coran, les infamies perpétrées à l’égard des infidèles, des apostats, des mécréants et des femmes, s’excuseront pour les attentats terroristes qui profanent le nom de Dieu, sera un jour de progrès et contribuera à dissiper la suspicion légitime de nombreux peuples vis-à-vis de ce monothéisme sacrificiel »

Revue de Presse

ROGER-POL DROIT
Article paru dans l’édition du Monde du 13.10.06

« A force de battre notre coulpe, nous risquons d’oublier trois évidences élémentaires.
La première est que nous n’avons pas commis uniquement, au fil des siècles, des actes de barbarie. Les conquêtes européennes se sont étendues aussi, pacifiquement, aux sciences, aux arts, aux techniques, et bien sûr aux valeurs permettant de combattre nos propres penchants criminels. Seconde évidence : nous ne possédons nullement le monopole de la dévastation. D’autres civilisations, d’autres continents pourraient, et devraient, se soucier aussi de leurs abominations. Enfin, remarque simple mais essentielle, ces faits anciens n’appartiennent plus à la réalité présente. Leur importance exige absolument qu’ils demeurent dans la lumière. Mais seule une erreur de jugement peut faire croire que ce passé doit indéfiniment peser sur le présent, conditionner sans fin notre actualité comme notre avenir. »

Sur le même sujet, lire aussi la recension du livre de l’historien Daniel Lefeuvre : Pour en finir avec la repentance coloniale. Cliquez ici


Pascal Bruckner et André Comte-Sponville


Deux philosophes contemporains publient chacun un livre.

Pascal Bruckner : La tyrannie de la pénitence : essai sur le masochisme occidental
Editeur : Grasset (4 octobre 2006)
Lien vers l’émission de France Inter
Voir mon précédent article sur Pascal Bruckner

Présentation de l’éditeur
« Le monde entier nous hait et nous le méritons bien : telle est la conviction d’une majorité d’Européens, du moins à l’Ouest. Depuis 1945, en effet, notre continent est habité par les tourments du repentir. Ressassant ses abominations passées, les guerres incessantes, les persécutions religieuses, l’esclavage, l’impérialisme, le fascisme, le communisme, il ne voit dans sa longue histoire qu’une continuité de tueries, de pillages qui ont abouti à deux conflits mondiaux, c’est-à-dire à un suicide enthousiaste. À ce sentiment de culpabilité, toute une élite intellectuelle et politique donne ses lettres de noblesse, appointée à l’entretien du remords comme jadis les gardiens du feu. Dans cette rumination morose, les nations européennes oublient qu’elles, et elles seules, ont fait l’effort de surmonter leur barbarie pour la penser et se mettre à distance d’elle, construisant un monde de paix et de prospérité. L’Europe a sans doute enfanté des monstres, elle a du même coup enfanté les théories qui permettent de détruire les monstres.
Curieusement nous vivons aujourd’hui une situation de repentir à sens unique : celui-ci n’est exigé que d’un seul camp, le nôtre, et jamais des autres cultures, des autres régimes qui se drapent dans leur pureté supposée pour mieux nous accuser. Mais l’Europe accepte trop volontiers le chantage à la faute ; si nous adorons nous flageller et nous couvrir la tête de cendres, n’est-ce pas que notre souhait secret est de sortir de l’Histoire, de nous abriter peinards, dans le cocon de la contrition, pour ne plus agir, échapper à nos respnsabilités ? La repentance n’est peut-être rien d’autre que le triomphe de l’esprit d’abdication. » — Pascal Bruckner

Biographie de l’auteur
Romancier, essayiste, Pascal Bruckner est, entre autres, chez Grasset, l’auteur de La Tentation de l’Innocence (prix Médicis de l’essai en 1995), Les Voleurs de beauté (prix Renaudot en 1997), L’Euphorie perpétuelle (2000), Misère de la prospérité (prix du Meilleur livre d’économie en 2002), et L’Amour du prochain (2005).
Table des matières
Les colporteurs de la flétrissure
Les pathologies de la dette
La piscine de l’innocence retrouvée
Le fanatisme de la modestie
Le second Golgotha
Ecoute ma souffrance
Dépression au paradis : la France, symptôme et caricature de l’Europe
Le doute et la foi : la querelle Europe – Etats-Unis

André Comte-Sponville : L’esprit de l’athéisme. Introduction à une spiritualité sans Dieu.
Editeur : Albin Michel (4 Oct 2006)

Peut-on se passer de religion ? Dieu existe-t-il ? Les athées sont-ils condamnés à vivre sans spiritualité ? Autant de questions décisives en plein «choc des civilisations» et «retour du religieux».

Philosophe humaniste, André Comte-Sponville est l’auteur de nombreux ouvrages qui, par leur clarté et leur pédagogie, mettent la philosophie à la portée de tous. Il se définit comme un athée fidèle, car il se reconnaît dans les valeurs gréco-judéo-chrétiennes, et pense que l’homme peut se passer de religion, la philosophie en étant l’un des moyens.

Sur le thème de la religion, il a récemment publié : Dieu existe-t-il encore ?, avec Ph. Capelle (Cerf, 2005). Il a notamment publié chez Albin Michel, L’Amour, la Solitude (2000), le Capitalisme est-il moral ? (2004)

Lien vers l’émission de France Info
Voir mon précédent article sur Comte-Sponville

Citation :

« Avez-vous besoin de croire en Dieu pour penser que la sincérité vaut mieux que le mensonge, que la générosité vaut mieux que l’égoïsme, que le courage vaut mieux que la lâcheté, que la douceur et la compassion valent mieux que la violence et la cruauté, que l’amour vaut mieux que la haine ? » (André Comte-Sponville)

Ma réponse :

Non, nous n’avons pas besoin de Dieu pour cela, en effet. Mais la religion ne tient pas lieu de morale, elle est d’un autre ordre. Si Dieu existe, ce n’est pas pour nous faire la morale, la raison suffit à nous indiquer le chemin du bien. Mais peut-on penser l’existence elle-même sans une cause suprême, peut-on penser l’être sans un Etre absolu et infini ? Peut-on penser le monde sans la création ? Telle est la question qui conduit philosophiquement à Dieu. Comte-Sponville est matérialiste, c’est son droit. Mais on ne peut pas ignorer les limites théoriques du matérialisme et la crédibilité rationnelle de l’existence de Dieu. Cela Comte-Sponville l’évacue un peu trop facilement.

Extrait du livre :

Peut-on se passer de religion ?
Commençons par le plus facile. Dieu, par définition, nous dépasse. Les religions, non. Elles sont humaines – trop humaines, diront certains -, et comme telles accessibles à la connaissance et à la critique.
Dieu, s’il existe, est transcendant. Les religions font partie de l’histoire, de la société, du monde (elles sont immanentes).
Dieu est réputé parfait. Aucune religion ne saurait l’être.
L’existence de Dieu est douteuse (ce sera l’objet de notre deuxième chapitre). Celle des religions ne l’est pas. Les questions qui se posent, à propos de ces dernières, sont donc moins ontologiques que sociologiques ou existentielles : il ne s’agit pas de savoir si les religions existent (elles donnent parfois le sentiment, hélas, qu’elles n’existent que trop !), mais ce qu’elles sont, et si l’on peut s’en passer. C’est surtout cette dernière question qui m’importe. Mais on ne peut y répondre sans aborder, ne serait-ce que brièvement, la première.
La notion est tellement vaste, tellement hétérogène, qu’il est difficile d’en donner une définition tout à fait satisfaisante. Quoi de commun entre le chamanisme et le bouddhisme, entre l’animisme et le judaïsme, entre le taoïsme et l’islam, entre le confucianisme et le christianisme ? Peut-être a-t-on tort d’utiliser le même mot de «religion» dans tous ces cas ? Je ne suis pas loin de le penser. Plusieurs de ces croyances, notamment orientales, me semblent constituer un mélange de spiritualité, de morale et de philosophie, plutôt qu’une religion, au sens où nous prenons ordinairement le mot en Occident. Elles portent moins sur Dieu que sur l’homme ou sur la nature. Elles relèvent moins de la foi que de la méditation ; leurs pratiques sont moins des rites que des exercices ou des exigences ; leurs adeptes forment moins des Eglises que des écoles de vie ou de sagesse. C’est le cas spécialement du bouddhisme, du taoïsme ou du confucianisme, du moins dans leur forme pure ou purifiée, je veux dire indépendamment des superstitions qui, en tout pays, viennent s’ajouter au corps de la doctrine, jusqu’à la rendre parfois méconnaissable. On a parlé à leur propos de religions athées ou agnostiques. L’expression, pour paradoxale qu’elle semble à nos oreilles d’Occidentaux, n’est pas sans quelque pertinence. Bouddha, Lao-tseu ou Confucius ne sont pas des dieux, ni ne se réclament d’aucune divinité, d’aucune révélation, d’aucun Créateur personnel ou transcendant. Ce ne sont que des hommes libres, ou libérés : ce ne sont que des sages ou des maîtres spirituels.

Halte aux feux (2)

Le 8 septembre, Boniface et Schemla étaient sur sur France Info. Vous pouvez écouter l’émission ici

Au moment ou l’Amérique commémore les 5 ans du 11-Septembre, ce livre propose un aperçu de deux grandes thèses en présence. Résumons ces thèses à partir de deux axes : Le choc des civilisation et la critique d’Israël.

1° Le Proche-Orient est-il devenu l’épicentre d’un éventuel choc des civilisations qui menacerait la sécurité internationale ?

– Pour Pascal Boniface, l’actuelle politique des Etats-Unis et de son allié Israël, nourrit autant le terrorisme qu’elle le combat. On est précisément, au Proche-Orient, en Irak et ailleurs, en train de créer les conditions d’un choc des civilisations qu’on affirme refuser.

– Au contraire, pour Elisabeth Schemla, l’Occident, aux côtés d’Israël, est engagé dans une lutte contre le terrorisme islamiste, une lutte de la civilisation contre la barbarie. Elle rejoint ainsi la thèse de la 4e guerre mondiale, avancée par des auteurs comme André Glucksmann, Thierry Wolton et Jean-François Revel. Dans cette guerre, l’ennemi est moins le terrorisme que l’islam militant qui combat cette « civilisation libérale » que l’Amérique a sauvée lors des trois précédentes guerres mondiales (la guerre froide étant considérée comme la troisième).

2° Quand on juge Israël, le juge-t-on pour ce qu’il fait – en tant qu’un Etat comme un autre ? Ou pour ce qu’il est – l’Etat des Juifs ? Comment en décider et d’après quels critères ? Y a-t-il un risque de communautarisation, qui verrait se dresser, les uns contre les autres, Juifs et musulmans de France ? Y a-t-il un antijudaïsme de type nouveau, qui profiterait de la « réprobation d’Israël » pour réinvestir le vieil antisémitisme ?

– Pour Pascal Boniface, la vague de judéophobie, dénoncée par Pierre André Taguieff ou Alain Finkielkraut, est largement imaginaire ; et elle est en outre instrumentalisée par un lobby pro-israélien qui joue avec le feu du communautarisme. Depuis le 11 septembre 2001, ce sont les musulmans et les Arabes qui sont principalement pris pour cibles et soumis à des violences verbales et/ou physiques.

– Pour Elisabeth Schemla, la critique d’Israël se déploie au nom de l’anti-sionisme. Or, c’est une chose de combattre une politique d’annexion territoriale ou de séparation, mais c’en est une autre de dénoncer comme coupable l’essence même du pays qui la mène. Le sionisme étant un mouvement de libération nationale qui a en partie abouti, se déclarer antisioniste aujourd’hui revient en effet à se prononcer contre l’existence de l’État qui en est le fruit.
La critique d’Israël mêlée à l’anti-sionisme est un mélange propre à la rhétorique de l’antisémitisme arabo-musulman. Cette rhétorique se développe en France sous l’impulsion du Conseil français du culte musulman, un groupe qui veut « islamiser la France » et développer le communautarisme, ce que la République ne doit pas laisser faire.

Extrait de l’Epilogue du livre :

Nous savions, en faisant ensemble cet ouvrage, que nombre de nos amis nous le reprocheraient à l’un et à l’autre, que nous nous exposions à toutes sortes de critiques et de regrets, voire à l’accusation de trahison. Bref, nous allions exaspérer. Pourtant, décider de passer outre fut chose aisée, et rapide. L’écrire fut en revanche long et compliqué. Non seulement nos opinions divergent presque totalement, comme on l’a vu, mais nous n’avons ni les mêmes tempéraments, ni les mêmes méthodes de travail, ni les mêmes réflexes.

Bref, en tous points décidément, nous différons.

Écrire un livre, c’est passer de périodes d’euphorie en périodes d’abattement. Cela devient encore plus compliqué lorsque deux auteurs engagés les traversent à des rythmes différents, et en alternance. Le découragement nous a guettés successivement. Nous n’y avons jamais cédé, quoique parfois très près de jeter l’éponge, parce que chacun des deux partenaires a toujours su donner le signe d’encouragement au moment où l’autre flanchait, faire la concession nécessaire en temps utile. Paradoxalement, notre caractère trempé, à l’un et à l’autre, n’aura finalement pas été un obstacle à l’accomplissement de cet ouvrage, mais un stimulant, un facteur d’exigence. Nous voulions chacun faire une démonstration, et cet objectif l’a emporté surtout.

Au final, nous y sommes. Que Thierry Billard, notre directeur littéraire, soit remercié à la juste mesure de sa contribution, car sans lui, ce livre n’existerait pas. Il a accueilli notre projet avec enthousiasme, a tempéré nos ardeurs lorsqu’elles étaient manifestement trop contradictoires, donné les impulsions lorsqu’elles devenaient indispensables. Et il a su jouer un rôle inédit au Proche Orient : celui d’un casque bleu qui réussit sa mission.

Nous sommes donc surtout satisfaits d’être venus à bout de ce livre pour ce qu’il signifie. Aucun de nous deux, chemin faisant, n’entretenait l’illusion de convaincre l’autre. Nous savions d’emblée que nous ne modulerions même pas nos convictions. Mais nous en avons certainement conforté une, au bout de la route. Oui, le débat est possible et indispensable, même s’il n’est pas stricto sensu dialogue. Non, l’autre n’est pas forcément de mauvaise foi, ni intellectuellement malhonnête. Nous en ressortons avec la conviction qu’ayant mieux compris sur quoi repose l’analyse de l’autre, nous pourrons ensemble et chacun de son côté au moins l’expliquer, dans la liberté républicaine, à ceux qui voudraient comprendre nos divergences, loin des invectives et des omertas. Être, en quelque sorte, des passerelles qui pourraient modestement contribuer à redonner un cadre acceptable et normal aux débats sur ces sujets si essentiels pour notre avenir. À cela, nous nous sommes l’une et l’autre engagés. Sans naïveté, sans illusion excessive. Mais avec détermination. Si, de surcroît, les lecteurs de cet ouvrage ont le sentiment, en refermant ce livre, d’avoir en mains les éléments contradictoires et nécessaires pour une réflexion plus approfondie, nous aurons réalisé notre ambition.

Pascal Boniface et Élisabeth Schemla

Choc ou complémentarité des civilisations ?


L’école de Paris du Management organise Lundi 15 mai 2006 de 19 h à 21 h 30, une conférence-débat avec deux philosophes.

Présentation de la séance

En 1997, l’ouvrage du professeur américain Samuel Huntington Le choc des civilisations fit grand bruit en annonçant pour le XXIe siècle un affrontement durable entre l’Occident et l’Islam. Quelques années auparavant, un autre professeur américain, Francis Fukuyama, dans La fin de l’histoire et le dernier homme avait annoncé le triomphe planétaire du modèle de la démocratie libérale.

Que peut-on dire aujourd’hui du rapport entre les civilisations ? Ce sera le sujet d’un débat entre Bernard Nadoulek et Philippe Nemo. Le premier met en avant dans Qu’est-ce que l’Occident ? l’apport universel des idées nées à Athènes, à Rome, à Jérusalem, et leur épanouissement ultérieur en Occident. Pour le second, sept civilisations – africaine, asiatique, indienne, latine, anglo-saxonne, musulmane et slave – se perpétueront durablement et le retour en puissance des civilisations est peut-être la voie la plus sûre pour évoluer vers des formes d’économie de marché et de démocratie adaptées aux valeurs de chacune des grandes aires culturelles.

C’est en 1977, au lendemain de la publication de son premier livre chez Bourjois, que Bernard Nadoulek fait la connaissance de Michel Foucault et Gilles Deleuze qui l’incitent à entamer des études de philosophie. Après une licence et une maîtrise à Vincennes, il entame un doctorat qui sera interrompu par la maladie et la mort de Gilles Deleuze. Doctorat qu’il a repris plus de vingt ans après sous la direction de Jean-Michel Besnier et sous le titre Civilisations et mondialisation. Dans ce travail, Nadoulek questionne les termes de l’opposition entre l’universalisme et le relativisme qu’expérimentent les sociétés modernes, à l’aide des philosophies de l’histoire issues du siècle des Lumières.

De cette thèse est sorti un livre : L’épopée des civilisations (Eyrolles, mai 2005). L’idée centrale en est que l’histoire n’est pas morte et qu’elle a au contraire un bel avenir. En effet, on assiste au retour en puissance des religions et donc des civilisations. Mais pour l’auteur, les guerres ne se font jamais pour des motifs purement identitaires, les affrontements ethniques ou religieux masquent toujours des enjeux beaucoup plus concrets. Le discours sur les civilisations est le plus souvent utilisé pour justifier l’invasion, la captation de richesses, la domination politique et, surtout, la supériorité du vainqueur. Le péril majeur auquel est confrontée l’humanité n’est donc pas, selon lui, un éventuel «choc des civilisations», mais bien « une guerre des ressources» déjà commencée pour le pétrole.

Qu’est-ce que l’Occident ?

Cette année, avec mes élèves en ECJS (éducation civique, juridique et sociale), nous étudions le livre de Philippe Némo, sorti il y a un an et déjà traduit en 8 langues : Qu’est-ce que l’Occident ?
P. Némo est normalien, philosophe, professeur à l’ESCP-EAP, maître de Conférences à l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales et directeur scientifique du Centre de recherche en Philosophie économique (CREPHE) de l’ESCP-EAP (depuis 1999).

Ce petit livre est une merveille à tout point de vue : philosophique, historique et politique. De nos jours, pratiquement tous les manuels d’histoire des idées sont d’inspiration marxiste. Cela signifie que l’histoire est présentée comme une marche des ténèbres vers la lumière du socialisme. Dans ce livre il retrace à travers 5 grands événements la genèse de la civilisation occidentale en prenant soin de rendre justice au Moyen-Age, à l’apport spécifique de la théologie catholique, ainsi qu’aux grands penseurs libéraux de l’âge classique.

Voici comment Philippe Némo présente lui-même sa thèse :

« La civilisation occidentale repose sur une hybridation, tout à fait miraculeuse en un sens, entre trois grandes innovations : grecque, romaine et judéo-chrétienne. Chacune d’entre-elle est d’ailleurs un miracle. On parle souvent du miracle grec mais on pourrait en dire autant de Rome avec l’invention du droit privé et, évidemment aussi, du miracle judéo-chrétien puisqu’il s’agit d’une révélation. J’ajouterai un quatrième miracle qui est la synthèse, l’hybridation des trois qui s’est produite au Moyen-Age, et pas avant, contrairement à ce que l’on pourrait peut-être croire. »

Quel fut l’apport du judéo-christianisme ? La thèse de P. Némo est que celui-ci a joué un rôle essentiel dans la promotion des libertés modernes et a été le terreau sur lequel la démocratie a pu s’épanouir en Europe. Au XIe-XIIIe siècles, les papes ont pris l’option théologique de réhabiliter la nature humaine et ses facultés rationnelles, afin de mieux poursuivre les fins éthiques et eschatologiques de la Bible. Ils ont fait reétudier dans les universités ces deux accomplissements de la raison qu’avaient été le droit romain et la science grecque, mais un droit christianisé à travers le droit canonique, et une science délibérément mise au service des progrès de l’humanité.

Selon P. Némo :

« C’est la compassion pour les victimes apportée par la nouvelle morale biblique qui a enrayé la production des cultures magico-religieuses fixistes et rendu possible l’apparition de sociétés désireuses et capables d’assumer le changement historique. La Bible, d’une manière plus radicale que la Cité grecque, a introduit le germe de la pensée critique dans l’Histoire. Elle a valorisé la dissidence individuelle contre le holisme des sociétés sacrales, ce qui devait être la cause évidente ou sous-jacente d’une cascade de transformations historiques.
Le même prophétisme biblique a déterminé un dualisme fécond du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel qui est la source lointaine, mais directe, de la démocratie. Le principe de la démocratie est en effet que le pouvoir d’État n’est pas sacré et n’est pas détenu par des hommes divins ou providentiels, donc infaillibles, mais que la vérité émerge au sein de la société civile et qu’il doit donc exister des procédures institutionnelles organisant le contrôle des gouvernants par celle-ci.
Or cette idée a pour origine l’attitude critique des prophètes à l’égard des rois dans l’Ancien Testament, confirmée par la parole de Jésus « Rendez à César ». Elle a été traduite en institutions politiques permanentes d’abord par l’Église romaine médiévale, qui a revendiqué pour elle seule le pouvoir spirituel et a dénié toute dimension spirituelle aux autorités séculières (se démarquant en cela du « césaro-papisme » du christianisme oriental), puis par les calvinistes des révolutions huguenote, hollandaise, anglaise et américaine des XVIe-XVIIIe siècles, qui ont vu en tout État une « Babylone de péché » dont il faut se défier et auquel il convient de ne conférer que des pouvoirs limités. « 

Le marxisme et les sciences humaines ont récusé en bloc tout cet héritage stigmatisé comme « idéaliste » ou « bourgeois ». Au moment de la décolonisation, par ailleurs, la revendication de son identité par l’Europe a été sévèrement critiquée comme « ethnocentrisme ». Le livre de P. Némo remet les idées en place. A ce titre, il faut le rapprocher d’un autre livre qui date déjà de quelques années (1992) mais qu’il est bon de connaître : Rémi BRAGUE, Europe : la voie romaine.

A lire sur le net : en bas de cette page, plusieurs articles de Philippes Némo en pdf

Revue de presse :

L’Occident singulier et universel
par Marc Riglet
Lire, décembre 2004 / janvier 2005

« On tient pour acquis qu’il existe des civilisations, ne serait-ce que pour redouter leur «choc». Mais, une fois formulée la matière du fameux ouvrage de Samuel P. Huntington, Le choc des civilisations, les difficultés commencent. Est-il décent, en les distinguant, de hiérarchiser les civilisations et de mettre l’occidentale au plus haut? Sa prétention à l’universalité ne dissimule-t-elle pas une réalité dominatrice et toutes les civilisations n’offrent-elles pas plutôt, dans leur cohabitation harmonieuse, la promesse d’un avenir radieux?

A cet irénisme que professe généreusement la bien-pensance altermondialiste, Philippe Nemo apporte une tranquille et érudite contradiction. Sa longue fréquentation de l’histoire des idées lui permet, dans un essai aussi bref que puissant, d’établir la thèse de l’irréductible singularité de la civilisation occidentale et de soutenir, dans le même mouvement, qu’elle contient des traits authentiquement universels.

La question est la suivante: par quel assemblage de conjonctures historiques la civilisation occidentale est-elle devenue l’addition de «l’Etat de droit, de la démocratie, des libertés intellectuelles, de la rationalité critique, de la science, d’une économie de liberté fondée sur la propriété privée»?
La réponse tient en la mise en évidence de cinq événements cumulatifs.
1° Les Grecs inaugurent avec les inventions de la Cité, de la loi, de la science et de l’école.
2° Rome apporte le droit, la propriété et la notion de «personne».
3° L’Ancien et le Nouveau Testament sont, par ailleurs, au principe d’une double révolution éthique et eschatologique. C’est la charité dépassant la justice et c’est l’invention de l’histoire.
4° Le quatrième événement, Philippe Nemo le nomme la «Révolution papale» par laquelle, entre les XIe et XIIIe siècles, l’Eglise catholique pose que l’homme est responsable de son salut. Consommant la rupture avec l’orthodoxie orientale, c’est l’ «agir humain» qui est magnifié et que la réforme protestante amplifiera.
5° Enfin, cinquième événement, la promotion de la démocratie libérale parfaite et accomplie au XVIIIe siècle, le modèle.
Ainsi défini, l’Occident est, pour Philippe Nemo, transatlantique. Dès lors, aux deux projets d’Union européenne et d’Empire américain qu’il qualifie de «fausses bonnes idées», il préfère et prône une Union occidentale. Idéologiquement cohérente, cette «bonne idée-là» a néanmoins toutes les chances de rester historiquement improbable. »

Cf. aussi Philippe Nemo :
Histoire des idées politiques dans l’Antiquité et au Moyen Âge
, Paris, puf, 1998 ; Histoire des idées politiques aux Temps modernes et contemporains, puf, 2002 et 2003.

Fukuyama et la fin de l’histoire


Aujourd’hui, tout le monde a entendu parler de Francis Fukuyama et La Fin de l’Histoire est devenu un best-seller traduit dans le monde entier.

Pour découvrir ce penseur, voici une interview réalisée juste après les attentats du 11 septembre, le 13 décembre 2001.

Le Nouvel Observateur. – Guerre de religion, fracas des cultures, choc des civilisations : la vision pessimiste de Samuel Huntington, votre grand rival, semble se confirmer…
Francis Fukuyama. – Huntington a été mon professeur à Harvard. J’ai du respect pour lui. Est-il fondé à dire que les lignes de fracture passent plus par les cultures ou les religions que par les idéologies ? Je ne sais pas. Mais il a raison de douter de l’attraction des valeurs occidentales et sur le fait que le reste du monde hésite à les adopter automatiquement. Les Etats-Unis font ce constat avec le rejet de certaines de leurs valeurs par le monde musulman, à travers leur difficulté à assimiler de nouvelles vagues d’immigrants qui, refusant un creuset commun, veulent conserver leur culture et leurs valeurs, un peu comme vos immigrés qui ont sifflé « la Marseillaise » lors d’un match de football.
N. O. – Est-ce à dire que vous vous êtes trompé quand vous avez prédit dans « la Fin de l’histoire » que la démocratie libérale et le capitalisme étaient l’avenir incontournable du reste du monde ?
F. Fukuyama. – Pas du tout. Je n’ai jamais eu la naïveté de penser que l’histoire était linéaire, que la marche vers le progrès excluait les retours en arrière, ou les phases d’immobilisme. Mais je persiste et signe : il n’existe pas d’alternative viable à la démocratie libérale et au libre-échange. A terme, c’est à eux que nous conduisent le progrès de l’humanité et la marche de l’« histoire » au sens où le philosophe Hegel employait ce mot. Regardez autour de vous. Quels sont les pays qui s’opposent à ces valeurs et proposent une alternative ? La Chine ? Elle a choisi finalement le marché pour sortir de son sous-développement, et son entrée dans l’Organisation mondiale du Commerce va la conforter dans cette voie. Malgré un gouvernement communiste et des atteintes répétées aux droits de l’homme, elle se rapproche progressivement de l’Occident. Le prétendu « modèle asiatique » prôné par Lee Kuan Yew, l’ex-président de Singapour ? Il a montré sa fragilité pendant la dernière dépression. Le communisme est mort. Le socialisme ne fonctionne qu’à travers une troisième voie à laquelle se sont ralliées l’Angleterre et l’Allemagne. Dans un pays théocratique comme l’Iran, les deux tiers de la population, qui ont moins de
35 ans, souhaitent la sécularistion du pouvoir. Quand ils ne peuvent pas choisir démocratiquement, les gens votent avec leurs pieds, en émigrant. Ne s’opposent vraiment à la démocratie libérale et au marché que quelques régimes fondamentalistes que nous avons d’ailleurs parfois encouragés en leur refusant le jeu des élections libres. Mais à long terme, la sécularisation l’emportera sur le fanatisme religieux.
N. O. – La démocratie et le capitalisme triomphent, mais souvent sous une forme diluée…
F. Fukuyama. – Je ne crois pas à un modèle uniforme de démocratie. J’ai toujours plaidé pour la diversité. La Suède par exemple, où l’Etat-providence pèse d’un poids considérable, fait évidemment partie des formes de démocratie dans lesquelles les candidats à la modernité peuvent s’épanouir.
N. O. – La marche inéluctable vers le progrès que vous assimilez à l’Occident démocratique libéral est alimentée, selon vous, par deux moteurs : les avancées technologiques et le combat pour la reconnaissance. Mais l’Amérique ne « reconnaît » pas l’islam, ses valeurs, ses aspirations, ses frustrations. D’ailleurs elle rêve de bombarder l’Irak au risque de déclencher une guerre totale.
F. Fukuyama. – Beaucoup de pays musulmans ont des aspirations parfaitement compatibles avec un processus de modernisation. Quant à l’Irak, nous avons la certitude qu’il dispose d’armes chimiques et bactériologiques de destruction massive. Il faut l’arrêter. Je ne crois pas à une escalade : la légitimité suit le pouvoir. Si nous neutralisons Ben Laden, son attraction disparaîtra.
N. O. – Vos thèses sont un peu la célébration de la supériorité du modèle américain…
F. Fukuyama. – Absolument pas. Ce serait un grave contresens que de penser que mes livres sont une défense et une illustration de l’Amérique. Je n’ai guère de sympathie d’ailleurs pour ces années 90 où elle a pratiqué une politique étrangère à courte vue, sous-traitant au Pakistan l’administration de l’Afghanistan qu’elle avait laissé totalement tomber après la victoire des talibans sur l’URSS. Je n’ai jamais prétendu que le marché résolvait tout, comme le montre l’impossibilité d’éradiquer de grandes épidémies en utilisant la pharmacopée fournie par les labos privés. Dans les années 90, les Etats-Unis ont été arrogants, égoïstes, rapaces, myopes. Quand je parle de la fin de l’histoire, je me place dans une perspective longue. Je ne crois pas à un mécanisme simpliste, et mes récents livres (« The Great Disruption », 1998) sont plutôt une ode à la diversité et, au-delà des macro-institutions, à la complexité des cultures qui constituent le seul terreau sur lequel on peut fonder des régimes démocratiques et des économies ouvertes. Comme je crois aussi beaucoup au progrès technique, mon prochain livre montrera que les biotechnologies peuvent réussir là où l’ingénierie sociale a échoué.
Propos recueillis par JEAN-GABRIEL FREDET
Nouvel Observateur

L’essence du terrorisme islamique


Après les attentats de Londres ce matin, il faut redire ce que beaucoup de gens ignorent. Non, le terrorisme n’est pas l’expression d’une révolte, d’une vengeance ou d’un quelconque sentiment d’injustice. Il est par essence l’expression d’une doctrine, d’une interprétation radicale de l’Islam : le djihad. Selon cette doctrine, la conquête militaire de tout territoire non islamique est imposée par Allah à tout Musulman et à toute communauté musulmane.

Je cite Bruce Thornton (dans un article à propos du livre de l’historienne Bat Ye’or, spécialiste de l’Islam : Eurabia, the Euro-Arab Axis) :

« les Musulmans occidentalisés ne tiennent pas compte de l’idéologie du djihad, ou bien tentent de le rationaliser et d’en faire une sorte d’amélioration de soi, mais le témoignage de l’histoire confirme que, pour la civilisation islamique chauvine, la guerre est une nécessité provoquée par le refus de l’infidèle de se soumettre à l’Islam et de le reconnaître comme la réalité spirituelle la plus accomplie, telle qu’elle est voulue par Allah pour la race humaine tout entière. »

Et il ajoute

« Nous, Occidentaux, sommes devenus de plus en plus laïques, matérialistes et ignorants de notre passé. A nos yeux, toute cause est matérielle, tout comportement résulte du milieu physique, ou de forces psychologiques qui, elles-mêmes, ont leur origine dans des circonstances matérielles ou environnementales immédiates. C’est ainsi que nous expliquons le terrorisme islamiste comme une réaction à l’ignorance et à la pauvreté, ou à une blessure de la fierté nationale, ou à une tyrannie d’Etat, ou aux séquelles d’un passé colonial ou impérialiste. Les solutions envisagées sont donc également matérielles. Par exemple :

a. augmenter l’aide au développement pour réduire la misère et le désespoir qu’elle provoque ;

b. contraindre Israël à s’affaiblir afin de supprimer cette source constante d’irritation pour le nationalisme arabe et sa fierté ethnique ;

c. promouvoir des institutions démocratiques pour renverser la tyrannie ;

d. proposer des dédommagements fiscaux et rhétoriques pour compenser les torts causés par le colonialisme et l’impérialisme.

De telles analyses des racines du terrorisme ramènent, bien entendu, l’islamiste à des catégories matérialistes occidentales. Soit elles ignorent totalement, soit elles ne prennent pas en compte les aspects culturels, spirituels et historiques de ses motifs, lorsqu’elles les réduisent à n’être que des symptômes d’une cause matérielle plus profonde. Ces analyses évitent de se demander pourquoi tant d’autres peuples, plus pauvres et plus opprimés que ceux du Moyen-Orient, n’en viennent pas, pour autant, au terrorisme. Pour ce qui est de découvrir les racines du terrorisme islamiste, ces analyses, fondées sur l’aspect matériel, occultent plus qu’elles n’éclairent, surtout du fait que, depuis des années, l’ennemi est passé maître dans l’art de manipuler ces suppositions occidentales, qu’il considère comme des faiblesses, comme des symptômes de notre faillite spirituelle et de notre infériorité culturelle. »

Si l’on veut regarder en face le terrorisme islamique sans se faire d’illusions sur sa véritable nature, il faut étudier l’histoire du djihad et sa résurgence moderne en Egyte au début du XXe siècle. En attendant la traduction française du livre de Bat Ye’or, on peut lire quelques uns de ses articles très éclairants sur la question.
Je renvoie aussi à David Cook, qui enseigne à la Rice University, à Houston (Texas), et qui est un spécialiste de la littérature apocalyptique dans l’Islam. On trouvera une présentation de son livre : « Understanding Jihad » sur la page de Daniel Pipes.
On peut lire aussi un entretien en français avec David Cook sur le site Religioscope.

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