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Archives de Catégorie: Mises

Les idées de Ron Paul expliquées simplement

paul

Ron Paul, ancien représentant du Texas à la Chambre, n’est pas un homme de pouvoir, c’est un homme d’idées, chose rare pour un homme politique, bien que ses idées soient non-conventionnelles.

Si vous voulez un simple aperçu de ses idées, on en trouve une bonne présentation dans un article d’Alex Altman dans le Time magazine du 5 Septembre 2011. Lire la Suite →

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Séminaire sur l’école autrichienne à Stanislas

séminaire école autrichienne

1ère conférence, Marian Eabrasu sur la théorie autrichienne des cycles :

Voir la vidéo et le diaporama ici

2ème conférence, Gabriel Gimenez-Roche sur Keynes à l’épreuve de Hayek :

Voir la vidéo ici

Hayek vs Comte. Subjectivisme en sciences sociales versus positivisme

Peut-on réduire l’univers à une mécanique simple, facilement décodable ? Et peut-on appliquer cette méthode à la société de façon à prédire les faits sociaux et à les organiser scientifiquement ? Tel est le défi lancé par la science moderne à partir du XVIIe siècle, défi relevé par Auguste Comte et Saint Simon dans le domaine des sciences sociales au XIXe siècle. Pourtant des penseurs, dont Hayek, ont contesté cette vision simplificatrice d’une science universelle, capable de s’appliquer à tout objet, y compris à l’homme. Ainsi, pour Max Weber, « moins que jamais la science authentique, qu’il s’agisse de la physique ou de la sociologie, nous donne de l’univers, cosmique ou humain, une image achevée, dans laquelle on pourrait lire notre destin ou notre devoir. » (Max Weber, Le savant et le politique. Préface de R. Aron). 
Le positivisme de Comte
Auguste Comte est le fondateur du positivisme, philosophie qui admet pour seule démarche rigoureuse la méthode expérimentale. En effet, sa loi des trois états relègue l’état théologique et l’état métaphysique aux âges de l’enfance et de l’adolescence de la pensée. Les croyances en Dieu ou en l’âme lui apparaissent comme des fictions de l’imagination. L’état positif est l’état de l’esprit qui a renoncé à ces fictions pour s’attacher aux lois de la nature, c’est l’âge adulte de la pensée, l’âge de la science moderne. La science doit renoncer à la question du « pourquoi » (recherche du sens et de l’absolu) pour se concentrer sur le « comment » afin de décrire les lois de la nature, dans le but d’être utile à la société. Chez Auguste Comte, le positivisme est aussi la conviction que la démarche expérimentale peut s’étendre à l’ensemble des questions que soulève l’esprit humain. Aussi Comte envisageait-il l’extension de la méthode positive à la totalité des disciplines y compris à l’étude de l’ordre social qu’il fut le premier à appeler « sociologie ». C’est pourquoi Raymond Aron a écrit : « on peut appeler positivistes les sociologues qui croient à l’unité fondamentale de la méthode scientifique. » 
Mais la complexité sociale et économique, la subjectivité et la liberté humaine sont-elles réductibles à des lois rationnelles ? La réalité de l’action humaine intentionnelle, n’échappe-t-elle pas au déterminisme strict et aux tentatives de prédiction quantitatives ?
La méthode en sciences sociales 
Durkeim est un positiviste. Pour lui, la tâche du sociologue est d’expliquer comment les « structures sociales » influent sur les comportements individuels selon le principe d’un strict déterminisme. Si les phénomènes sociaux sont soumis à des lois naturelles, il faut « traiter les faits sociaux comme des choses ». D’où le projet de Durkheim d’une « physique des mœurs et du droit ».
Toutefois, contre cette réduction des sciences sociales aux sciences de la nature, est né dans le monde germanique un courant critique : la démarche « compréhensive » ou le « subjectivisme » en sciences sociales.
Ainsi, la sociologie de Max Weber est « une science qui se propose de comprendre par interprétation l’activité sociale ». Le but du sociologue est la compréhension du sens subjectif visé par les agents. Weber entend par « activité » un comportement humain auquel l’agent communique un sens subjectif. Donc, l’agir est la clé de la dynamique sociale. Contrairement à Durkheim, Weber n’envisage pas de traiter les faits sociaux comme des choses, indépendamment de leurs auteurs, de leur subjectivité, de leurs motivations et de leurs intérêts. 
Cette méthode se retrouve dans les travaux de l’école Autrichienne d’économie, à la suite de Carl Menger, de Ludwig von Mises et de Hayek. Selon eux, ce sont les conceptions individuelles, les opinions que les gens se sont formées d’eux-mêmes et des choses, qui constituent les vrais éléments de la structure sociale.
Le subjectivisme en économie : Hayek
Dans Scientisme et sciences sociales (chapitre 3, Plon, 1953), Friedrich A. Hayek a bien expliqué la différence entre l’optique des sciences de la nature et celle des sciences sociales. Il propose d’appeler la première « objective » et l’autre « subjective », non pas parce que le savant ferait intervenir ses propres opinions ou son imagination mais parce que son objet, les « faits » sociaux, est constitué par des opinions. En effet, les « faits » sociaux ne sont pas des « choses » que l’on pourrait définir de façon matérielle mais des actions humaines qui ne peuvent se comprendre qu’à la lumière des croyances de l’acteur. « Pour ce qui est de l’action humaine, écrit Hayek, les choses sont ce que les gens qui agissent pensent qu’elles sont ». Les individus qui composent la société sont guidés dans leurs actions par une classification des choses et des événements établie selon un système de sensations et de conceptualisations qui a une structure commune et que nous connaissons parce que nous sommes, nous aussi, des hommes. Le subjectivisme en sciences sociales est donc un réalisme épistémologique. Il prend en compte les phénomènes mentaux comme les sciences de la nature prennent en compte les phénomènes matériels.
Ce caractère essentiellement subjectif des données de l’action humaine, qui est commun à toutes les sciences sociales, a été développé beaucoup plus clairement par la théorie économique. Ainsi en économie, les prix ne traduisent pas ce que sont les choses en elles-mêmes, mais les choses telles que perçues par les gens, en fonction de la valeur que les gens leur attribuent. C’est le subjectivisme qui a permis à Carl Menger de démontrer que la valeur est entièrement subjective. C’est lui qui a permis à Mises et à Hayek de proposer une théorie de la formation des prix fondée sur les préférences subjectives de l’ensemble des acteurs. « Il n’y a probablement aucune exagération à dire que chaque progrès important de la théorie économique pendant les cent dernières années a été un pas de plus dans l’application cohérente du subjectivisme », affirme Hayek dans Scientisme et sciences sociales.

Publié sur 24HGold

Bastiat vivant (2) : L’héritage intellectuel

Par Damien Theillier*


(Voir la première partie : apports conceptuels et actualité)
2° L’héritage intellectuel

Éclipse en France et renaissance aux États-Unis
Avec le XXe siècle, la montée du socialisme chez les intellectuels et l’irruption des régimes totalitaires en Europe, la connaissance et la popularité de Bastiat ont disparu en France. Il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour voir réapparaître Bastiat aux États-Unis. Un des artisans de ce renouveau est Ludwig von Mises, qui a fui l’Europe en 1940. Installé à New York, il organise des séminaires qui attirent des esprits remarquables : George Stigler, Milton Friedman, tous deux futurs lauréats du Prix Nobel d’économie, Israël Kirzner, mais aussi des écrivains comme Henry Hazlitt. Ce dernier popularise la pensée de Bastiat à travers son livre L’économie en une leçon. En 1969, Dean Russell publie Frédéric Bastiat : Ideas & Influence, le premier ouvrage entièrement consacré à Bastiat jamais publié en anglais. Ce livre fut publié par la Foundation for Economic Education. Mais dès les années 1950, la même organisation avait déjà publié The Law, une traduction anglaise de La loi qui se vendra à plus d’un million d’exemplaires.

Bastiat précurseur de l’école des choix publics.

Bien avant les économistes du « Public Choice » au XXe siècle, Bastiat a démystifié l’État et a montré que lorsqu’un gouvernement outrepasse sa mission de défense des personnes et des biens, il incite les groupes d’intérêt à rechercher des privilèges et à influer sur le pouvoir pour obtenir des avantages au détriment des contribuables et des consommateurs. « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde », écrivait Frédéric Bastiat dans un pamphlet intitulé L’État. Certains groupes d’intérêts particuliers ont compris qu’il était plus facile de gagner de l’argent par l’engagement politique que par des comportements productifs. Ils cherchent à voler l’argent des autres sous l’égide de l’État, sapant la capacité de production du marché par la multiplication des lois, des taxes et des contraintes bureaucratiques.
Aujourd’hui, il est de plus en plus difficile de financer les promesses électorales qui se multiplient au fil du temps. La crise de la dette publique souveraine en est une preuve suffisante. Toute analyse rationnelle digne de ce nom démontre que l’État est de plus en plus incapable de s’acquitter de ses obligations et que les promesses de nouveaux droits ne seront pas tenues.
Cela n’empêche pas Dominique de Villepin, par exemple, de proposer dans son programme présidentiel un revenu universel d’assistanat de 850 euros par mois pour tous. Et cela n’empêchera pas non plus l’électeur de voter pour lui. Malheureusement, l’électeur moyen est rationnellement ignorant des conséquences économiques des programmes qui lui sont proposés. Car la plupart des citoyens ne sont pas des militants politiques mais des consommateurs. Quand ils votent, les électeurs soutiennent les candidats qui leur promettent de vivre aux dépens de l’État. Ils ignorent le fait que l’État vit à leurs dépens. 
En effet, Bastiat insiste sur le fait que le gouvernement ne produit aucune richesse. « Sous la dénomination d’État, on considère la collection des citoyens comme un être réel, ayant sa vie propre, sa richesse propre, indépendamment de la vie et de la richesse des citoyens eux-mêmes, et puis chacun s’adresse à cet être fictif pour en obtenir qui l’instruction, qui le travail, qui le crédit, qui les aliments, etc., etc. Or, l’État ne peut rien donner aux citoyens qu’il n’ait commencé par le leur prendre » (Propriété et Spoliation). L’État doit nécessairement prendre aux uns pour donner aux autres. Déshabiller Pierre pour habiller Paul est l’essence même de l’État.

Bastiat et l’école autrichienne

Selon Bastiat, il est nécessaire de considérer l’économie du point de vue du consommateur. Tous les phénomènes économiques doivent être jugés selon les avantages et les inconvénients qu’ils apportent au consommateur. Bastiat souligne constamment que la consommation constitue la finalité de toute activité économique, la production n’étant qu’un moyen. Le sacrifice de l’intérêt du consommateur à celui du producteur n’est que le « sacrifice de la fin aux moyens ». 
Ce point a retenu particulièrement l’attention de Mises dans L’Action humaine. Selon Mises, les gens qui s’imaginent que les grandes entreprises ont un pouvoir énorme se trompent eux aussi, car les grandes entreprises dépendent entièrement de la clientèle qui achète leurs produits : la plus grosse entreprise perd sa puissance et son influence dès qu’elle perd ses clients. Dans le système capitaliste, ceux qui commandent en dernier ressort sont les consommateurs. 
Mises écrit par exemple dans Politique Économique : « Dans tous les problèmes économiques, nous devons avoir à l’esprit les mots du grand économiste français Frédéric Bastiat, qui intitula l’un de ses brillants essais : « Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas ». Afin de comprendre le fonctionnement d’un système économique, nous devons prendre en considération non seulement les choses qui sont visibles, mais aussi prêter attention à celles qui ne peuvent être perçues immédiatement. Par exemple, lorsqu’un patron commande quelque chose au garçon de bureau, cet ordre peut être entendu de toute personne présente dans la pièce. Ce qui ne peut être entendu, ce sont les ordres donnés au patron par ses clients. »

Jörg Guido Hülsmann, le biographe de Mises, considère Bastiat comme « un précurseur des chercheurs actuels qui unifient droit et économie en une seule discipline ».
* Article publié sur 24HGold

Ludwig von Mises par la poste

Hayek, Mises et Bastiat pour les nuls

Dans le cadre d’un cours (prépa ISEP et ECJS), je fais étudier à mes élèves 3 textes très accessibles et qui constituent une bonne initiation à la philosophie éthique, politique et économique du libéralisme.

Ce sont les textes suivants :

Hayek, La route de la servitude, version abrégée. Edité par l’Institut Economique de Montréal (IEDM) sous le titre : Friedrich A. Hayek, ennemi de la servitude.
Télécharger le pdf gratuitement
Acheter la version intégrale sur amazon.fr


Mises, Politique économique. Réflexions pour aujourd’hui et pour demain.
On trouve une traduction de ces conférences ici
On peut aussi acheter le livre ici

Bastiat, La loi
Version numérique gratuite
Livre en vente sur amazon.fr

J’aurais l’occasion bientôt d’y revenir pour approfondissements…

L’éthique de la liberté

Mon ami et collègue Jérémie Rostan, de passage à Paris (il enseigne à San Francisco l’économie et la philosophie dans un lycée international), est venu dans 2 de mes classes de TES, parler un peu de l’école autrichienne d’économie et de Rothbard en particulier. Il a pu rester 2 heures dans une classe et nous avons eu de bons et passionnants échanges avec les élèves la 2e heure.
A leur intention (et à ceux qui n’ont pas eu la chance de l’écouter), je mets en ligne ce livre désormais introuvable mais qui devrait ressortir bientôt… avec une préface de Jérémie.

Murray Rothbard – L’éthique de la liberté

Pour lire des articles de Jérémie Rostan, voir ici :
Sur Bastiat
Son blog

A lire aussi pour approfondir : 39 leçons d’économie contemporaine, de Philippe Simonnot. Un livre de vulgarisation écrit par un économiste de l’école autrichienne. On y trouve autant de philosophie que d’économie.

« Le célèbre Adam Smith, qui passe communément pour le père fondateur de la science économique, a opéré en 1776, nous le dirons, une sorte de déviation par rapport au courant venu de la Scolastique (et de l’école française : Cantillon, Boisguilbert, Tugot, Condillac, Say, Bastiat…). Cette bifurcation a fait perdre un siècle à la réflexion économique et pèse encore de nos jours comme un handicap, d’autant plus lourd qu’il est méconnu. Heureusement, le fil de la Scolastique sera repris au XIXe siècle par ce que l’on appelle l’École autrichienne d’où est sortie une pléiade d’économistes de premier plan: Carl Menger (1840-1921), Böhm-Bawerk (1850-1914), von Wieser (1851-1926), Ludwig von Mises (1881-1973), Friedrich Hayek (1899-1992). C’est à cette école que l’on doit ce que l’on appelle dans le jargon des économistes le marginalisme (1). Au XXe siècle, l’école franchira l’Atlantique pour s’implanter aux États-Unis grâce à Murray Rothbard, qui fut jusqu’à sa disparition en 1995 l’un des chefs de file des économistes libertariens américains (2). On lui doit, notamment, une monumentale histoire de la pensée économique, qui a surclassé l’oeuvre, classique dans ce domaine, du grand Joseph Schumpeter (3). Il existe même aux États-Unis un Institut Mises, qui entretient la flamme de l’École autrichienne et qui est très fécond en études de toutes sortes, consultables sur son site (4). Cette école est la plus à même d’approcher la réalité économique. Néanmoins, le courant qu’elle représente reste très minoritaire par rapport au mainstream issu d’Adam Smith et de l’école classique, puis néo-classique anglo-saxonne. »
1. Le marginalisme met en évidence la valeur de la dernière unité détenue, dite valeur marginale. Au fur et à mesure que le niveau de détention ou de consommation d’un bien s’élève, les suppléments de satisfaction que l’individu retire d’une augmentation d’une unité de détention ou de consommation sont de plus en plus faibles. L’exemple canonique est celui de l’eau. «Comme il y a beaucoup d’eau, le dernier verre se vend très bon marché. Même si les premières gouttes valent autant que la vie elle-même, les quelques dernières gouttes ne servent qu’à arroser la pelouse ou laver la voiture. Nous constatons alors qu’une marchandise de très grande valeur telle que l’eau se vend pour presque rien parce que la dernière goutte ne vaut presque rien», écrit l’américain Paul Samuelson, le célèbre prix Nobel d’économie, dans son Économie, seizième édition, Economica, 1998.  
2. Un économiste libertarien se distingue d’un économiste libéral classique en ce qu’il estime que l’État n’est pas nécessaire au fonctionnement du marché. Bien noter que le terme de libéral n’a pas le même sens aux États-Unis qu’en France. Un libéral américain se situe plutôt à gauche. L’économiste libéral au sens français se range plutôt parmi les Conservateurs sur l’échiquier politique.  
3. Murray Rothbard, An Austrian Perspective of the History of Economic Thought, Edward Elgar, 2 vol. Joseph Schumpeter, Histoire de l’analyse économique, Gallimard, 3 vol.  


Photos du Mises Institute

Avec Jeffrey Tucker, vice-président

Jean-Baptiste Say

Guido Hülsmann

Henry Hazlitt

JoAnn Beatrice Schumacher-Rothbard

Aristote

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De Paris à Auburn (2ème partie du voyage)

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Départ de Birmingham pour Auburn, plus au Sud, ou se trouve le Ludwig von Mises Institute. Rendez-vous est pris avec Jeffrey Tucker, le vice-président éditorial de l’Institut.

Nous arrivons, Daniel et moi en début de matinée au Mises Institute, après 2 bonnes heures de route. La chaleur est écrasante. La façade de l’Institut donne une impression charmante de cottage à la périphérie de la ville, non loin du campus de l’université. En face de l’Institut domine le grand stade de football, le Jordan-Hare Stadium qui abrite les matchs de l’équipe locale : les Auburn Tigers (couleur orange).

Nous sommes à deux jours de l’ouverture de l’Université d’été du Mises Institute, c’est l’effervescence dans la maison mais Jeffrey nous reçoit avec beaucoup de gentillesse et d’attention. Jeffrey est un homme distingué, barbe très bien taillée, costume et nœud papillon, boutons de manchette. Mais c’est aussi un homme très simple, riant à toute occasion et d’un rire sonore. Bref un américain typique, démonstratif et jovial mais avec un esthétisme très européen (1). Tout de suite nous parlons d’EWTN. Jeffrey, qui est catholique et passionné de musique sacrée, connaît bien la chaîne et évoque un projet d’émission, à l’invitation d’un religieux, sur le grégorien.

Nous abordons avec lui l’actualité du Mises Institute et son rayonnement. L’Université d’été reçoit une centaine d’étudiants du monde entier, dont 50 % d’américains. Leur séjour sur place est entièrement pris en charge financièrement par l’Institut. Les thèmes abordés couvrent le comportement du marché, la concurrence, la valeur et l’utilité monétaires et bancaires, les cycles économiques, l’organisation industrielle, la méthodologie économique, la philosophie des sciences, l’économie financière, et des sessions spéciales sur l’histoire économique, l’éthique et la philosophie politique. Les cours sont entrecoupés de groupes de lecture, de séminaires de discussion avec le corps professoral, et de conférences plénières. Le programme se termine par un examen oral facultatif pour l’obtention d’un certificat d’honneur. L’étudiant qui sort de l’oral avec la meilleure note, se voit décerner le prix Douglas E. French (du nom du président de l’Institut), soit une bourse d’études de 3.000 $.


Nous parlons aussi avec Jeffrey Tucker de la situation économique et politique aux Etats-Unis. Après cela il nous emmène visiter l’Institut. Pour commencer, il nous montre les armoiries de la famille von Mises. Toute la maison est magnifiquement décorée, avec de nombreux tableaux, des photos encadrées, des articles de journaux, des souvenirs.


On ne présente pas Ludwig von Mises, il fut le maître de Friedrich von Hayek et l’un des plus grands économistes du XXe siècle. Réfugié à New York en 1940, il s’y éteint en 1972. Sa veuve Margit von Mises fonde en 1982 le Mises Institute avec Murray N. Rothbard et Lew Rockwell qui en devint le premier président (2). A l’époque, le choix de s’implanter à Auburn tenait à la présence de quelques spécialistes d’économie autrichienne enseignant dans l’université de cette ville.

Mais l’Institut cultive son provincialisme avec une certaine conviction. Ici on ne fait pas de politique ni de lobbying, on ne courtise pas les bureaucrates comme à Washington DC (bien que cela soit tout à fait utile). Pas de building géant comme le Cato Institute ou Heritage Foundation. La maison ressemble plus à un monastère médiéval entièrement dédié à la recherche et à l’enseignement. Le jardin fait penser à un cloitre. Les salles d’étude, remplies de livres, se succèdent. Le salon est lui-même dédié à la lecture. Tout est feutré, silencieux. La décoration, élégante, est consacrée à la mémoire de Mises et de ses disciples : photos de famille, portraits de Hayek, Rothbard, Hazlitt, coupures de journaux.

Au détour d’un couloir j’aperçois une photo en noir et blanc de Ron Paul en compagnie de Rothbard dans les années 80. On dirait son fils Rand. Là, je m’arrête devant une photo en noir et blanc de JoAnn Beatrice Schumacher, la femme et collaboratrice de Rothbard. Ce dernier est en quelque sorte l’héritier spirituel de Mises aux Etats-Unis. Dans une œuvre monumentale, il a apporté au moins trois éléments fondamentaux à la pensée économique et sociale. Il a approfondi la théorie subjective de la valeur de Mises (3), il a contribué à mieux faire comprendre la Grande Crise de 1929 (4) et, dans son histoire de la pensée économique, il a souligné les contributions fondamentales des théologiens scolastiques espagnols au développement de la pensée économique au XVIe siècle à Salamanque (5). Selon lui, la tradition catholique du libre marché est plus authentiquement libertarienne que celle des économistes protestants Smith, Malthus et Mill.

Cette tradition commence avec saint Thomas d’Aquin, au XIIe siècle, elle se poursuit au XVIe siècle avec la scolastique tardive à Salamanque : Francisco de Vitoria, Juan de Mariana, Luis de Molina (6), puis au XIXe siècle avec Turgot, Condillac, Destutt de Tracy, Say et Bastiat (7). Murray Rothbard était agnostique, mais il avait peu d’admiration pour Martin Luther et défendait fermement la norme de la loi naturelle.

Au fond, l’existence de l’école autrichienne d’économie est une sorte de démenti à la thèse de Max Weber selon laquelle le capitalisme serait consubstantiel au protestantisme (8). Comme pour Rothbard, pour Thomas Woods, la tradition autrichienne est un développement authentique de la réflexion catholique sur l’économie. Thomas Woods est chercheur résident au Mises Institute et auteur de The Church and the Market. A Catholic Defense of the Free Economy (2005). Il a aussi réalisé une série d’émissions sur EWTN consacrée à l’apport de l’Eglise catholique à la civilisation. (Il en a fait par la suite un livre : How the Catholic Church Built Western Civilization. C’est aussi le cas d’Alejandro Chafuen, président de Atlas Foundation et auteur de Christian for Freedom : Late Scholastic Economics (1986) (9). Voir aussi à ce sujet, cet article tout récent de Jeffrey Tucker

Il faut dire que l’école autrichienne s’est développée et a prospéré à partir de la fin du dix-neuvième siècle en Autriche-Hongrie, dans une atmosphère intellectuelle qui était à la fois catholique et scolastique. La philosophie thomiste y était enseignée dans les écoles et les universités. Carl Menger, fondateur de l’école autrichienne d’économie est un catholique, même si Hitler a essayé de prouver qu’il était juif pour le discréditer. Il fut proche notamment du philosophe Franz Brentano (1838-1917), ordonné prêtre en 1864, et auteur d’une psychologie de l’intentionnalité qui a influencé aussi bien Edmund Husserl que de nombreux philosophes polonais, dont Karol Wojtyla. (10) La théorie autrichienne de la valeur, comme dans la philosophie de Wojtyla, rejette toute approche mécaniste et positiviste de la personne qui agit. Elle se démarque ainsi de l’école allemande qui privilégie l’approche expérimentale et mathématique (11).
Puis nous arrivons dans le book-shop. Jeffrey nous montre les auteurs français favoris de l’Institut : Say, Molinari, Bastiat. Je lui parle de Destutt de Tracy, auquel je tiens beaucoup, il est enthousiaste ! C’est justement l’un de ses auteurs préférés, un catholique comme Bastiat et un ami de Jefferson. Il trouve un livre de Destutt de Tracy dans la librairie et me l’offre : il s’agit de son traité d’économie politique, traduit en anglais par Jefferson. Ce livre est introuvable en français…

Cette année l’invité surprise de l’Université était le juge Andrew Napolitano, écrivain à succès et animateur d’un talk-show télévisé sur la chaîne Fox News. Encore un catholique, paléoconservateur et libertarien…

Dans les couloirs, nous croisons Jörg Guido Hülsmann, un économiste d’origine allemande qui vit en France et enseigne à l’université d’Angers. Il est membre du corps professoral senior de l’Institut Mises et l’auteur d’une monumentale biographie intellectuelle de Ludwig von Mises (plus de 1000 pages !) intitulée « The Last Knight of liberalism » (12). Son dernier livre sur la monnaie vient d’être traduit en français. Il sort chez l’Harmattan à la rentrée. Il y est question d’éthique, de théologie catholique, de Saint Thomas d’Aquin et de crises financières… Avec lui nous évoquons la France et l’avenir. Même si les idées autrichiennes font leur chemin, la tradition étatique française ne favorise pas la liberté intellectuelle et le pluralisme nécessaires au développement d’écoles de pensée telles que le Mises Institute (13). Cette année, seul un étudiant français était présent à l’Université d’été à Auburn. Souhaitons que l’an prochain la France soit davantage représentée. (Voir ici la vidéo de mon entretien avec Guido Hülsmann.)
Nous terminons notre visite par la devise de Mises, bien en vue dans le hall d’entrée : « Tu ne cede malis sed contra audentior ito. » (Ne cède pas au mal mais combats-le toujours avec plus de courage.)
(1) Voir son dernier livre : Bourbon for Breakfast (2010), une série de chroniques sur la vie quotidienne en Amérique, vue sous l’angle libertarien.
(2) Voir l’article de Philippe Simonnot dans Le Monde : De Vienne à Auburn, l’école libertarienne mène une lutte farouche contre l’Etat. Un excellent petit reportage « inside the Mises Institute ».
(3) Murray N. Rothbard, Man, Economy and State
(4) Murray N. Rothbard, America’s Great Depression
(5) Murray N. Rothbard, An Austrian Perspective on the History of Economic Thought. Volume 1 : Economic Thought Before Adam Smith, Edwar Elgar, 1995.
(6) Ils ont observé au sein du marché naissant l’existence de liens de cause à effet qu’ils traitaient comme des lois naturelles. Ainsi ils ont été les premiers à établir notamment un lien entre la quantité de monnaie en circulation et le niveau général des prix (la cause de l’inflation), les lois de l’offre et de la demande, le fonctionnement du taux de change, et la nature subjective de la valeur économique. Les scolastiques tardifs étaient aussi les défenseurs du droit de propriété, de la liberté de contracter et de commercer. Ils ont célébré la contribution des entrepreneurs à la société, tout en s’opposant obstinément aux impôts redistributifs, au contrôle des prix, et aux règlements arbitraires. Quelque peu oubliés après la Réforme protestante et les guerres de religion, les penseurs médiévaux sont malheureusement les grands absents de la Doctrine Sociale de l’Eglise. Voir ma traduction d’un article de Thomas Woods
(7) Entre la Révolution française et la Première Guerre mondiale, la France a produit un impressionnant groupe d’écrivains libéraux classiques. Contrairement aux Anglais, ils justifient la liberté par les droits naturels plutôt que par l’utilitarisme. Par ailleurs, leurs analyses de l’Etat, des échanges et du marché préfigurent de manière inattendue ce que nous connaissons aux Etats-Unis aujourd’hui sous le nom de « libertarianism ». Leurs travaux se concentrent sur les problèmes de la création d’un gouvernement constitutionnel limité, sur la question du libre-échange, de l’impérialisme et du colonialisme français, de l’histoire de la Révolution française et de Napoléon, sur la liberté d’expression, l’éducation, la culture, la montée du socialisme et de l’État-providence. Ils ont été redécouverts aux Etats-Unis au milieu du XXe siècle en partie sous l’impulsion des travaux de Henri Hazlitt, Léonard Read, Murray Rothbard et Ralph Raico.
(8) Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1906. Weber y affirmait que le catholicisme était une religion autoritaire et hostile à la liberté.
(10) Pour Brentano comme pour Menger, toute évaluation est impliquée dans une action, qu’elle soit économique ou mentale. La valeur est fondée dans l’attitude du sujet qui agit et qui choisit, elle est inséparable de la personne vivante, de son rapport au monde et aux autres.
(11) Le raisonnement expérimental a peu de place dans la théorie économique autrichienne – d’où son désaccord avec l’école allemande. Les phénomènes économiques et sociaux sont considérés par les Autrichiens comme trop complexes et trop variables pour permettre le type d’analyse des sciences physiques. Par conséquent, la théorie autrichienne est opposée pour des raisons méthodologiques aux mathématiques comme un outil d’analyse économique. L’approche conceptuelle, qualitative, est considérée comme la seule base valable de la science économique.
(12) A lire aussi en français : J.G. Hülsmann, Histoire du libéralisme en Europe, L’école autrichienne à la fin du xixeet au début du xxe siècles, sous la direction de Philippe Nemo, p. 1035 et suivantes, 2006, PUF. Voir aussi en ligne : http://guidohulsmann.com/autrichienne.html
(13) On pourrait citer de nombreuses organisations qui travaillent en France à diffuser, chacune à leur manière, une réflexion pluraliste et ouverte au libre marché. L’Institut Molinari, l’Institut Turgot, Unmondelibre.org, Contrepoints.org, Wikiberal, Liberté Chérie, l’Institut de Formation Politique, Contribuables associés, SOS Education, l’Ifrap et bien d’autres encore. Mais tous souffrent d’un cruel manque d’hommes et de moyens. La liberté de parole dans l’espace public requiert une totale indépendance financière et le recours à des fonds privés. Mais le « foundraising » n’est pas très développé en France. Les français n’ont pas le réflexe de financer leurs propres idées, ils ont l’habitude de laisser l’Etat s’en charger. Les trop rares spécialistes de ces techniques, importées des Etats-Unis, sont souvent accusés de servir leurs intérêts particuliers et de vouloir s’en mettre plein les poches… Toujours ce vieux complexe des français avec l’argent. Quand on quitte le Nouveau Monde pour rentrer sur le vieux continent, on se dit que, hélas, le Mises Institute français n’est pas prêt d’arriver… 

De Vienne à Auburn, l’école libertarienne mène une lutte farouche contre l’Etat

En Alabama aux Etats-Unis, près de l’université d’Auburn, l’Institut Ludwig von Mises, du nom de l’un des plus importants économistes du XXe siècle, est le plus grands centres d’échanges de la pensée libérale dite de l' »école autrichienne ».

LE MONDE – 7 octobre 2003.
Auburn (Alabama) de notre envoyé spécial Philippe Simonnot
Ils sont plus d’une centaine à être venus des quatre coins des Etats-Unis, du Canada, d’Amérique latine, d’Europe, mais aussi de Singapour, de Tokyo, de Hongkong et de Brunei. Pour la plupart, des étudiants, et une poignée d’hommes d’affaires. Pourquoi se sont-ils retrouvés ici, à Auburn, cette modeste ville du sud-est des Etats-Unis peuplée de quelque 40 000 habitants. En temps ordinaire, la moitié de la population est constituée des étudiants de l’université d’Auburn. Mais, l’été, ce campus est vide. La chaleur est étouffante. Les quelques bars à bière ferment à 9 heures du soir. « Je m’ennuie tellement le dimanche que je suis allé à la messe », confie l’un de ces étranges pèlerins. Certes, il avait l’embarras du choix, car Auburn compte une église ou une chapelle à chaque coin de rue…

Plus étrange encore, ces pèlerins viennent suivre des cours d' »économie autrichienne » sur tous les sujets classiques (monnaie, banque, entreprise, prix, salaires, profit, cycle, environnement, etc.) dans l’université d’été organisée, pour la dix-huitième année, par l’Institut Ludwig von Mises – un élégant bâtiment flambant neuf à l’extérieur du campus de l’université d’Auburn et sans rapport avec elle. Qu’est-ce que l’Autriche vient faire ici ? Le nom de Mises n’est connu que de quelques spécialistes. Comment peut-il se faire qu’un institut porte ce nom à des milliers de kilomètres de Vienne, la ville d’origine de Mises ? Comment peut-il attirer tant de zèle, tant de ferveur ? Et pourquoi est-il aujourd’hui au cœur de la pensée libertarienne américaine, voire mondiale ?

Cette histoire extraordinaire commence le 15 mars 1938, date de l’entrée des troupes allemandes en Autriche. Ou plutôt la veille même de l’Anschluss  : un des commandos hitlériens dirigés par Himmler avait forcé la porte de l’appartement de Ludwig von Mises à Vienne pour empaqueter dans des caisses livres, dossiers, manuscrits et tous les objets de valeur qu’ils pouvaient ramasser –  sauf Mises lui-même et sa femme, qui avaient déjà fui.

Il est vrai que Mises s’était fait connaître dans les cercles académiques en 1920 par un article qui démontrait l’impossibilité pour une économie socialiste d’éviter la faillite totale. Ainsi peut-on dire maintenant que Mises a été le tout premier à prévoir la chute du mur de Berlin. Le raisonnement est simple : toute planification implique des calculs économiques, lesquels ne peuvent se fonder que sur des prix réels. Or des prix réels ne peuvent procéder que d’échanges volontaires. De tels échanges impliquent que les échangistes soient propriétaires de ce qu’ils échangent. Or, dans une économie socialiste, les biens de production sont collectivisés. Donc aucun prix réel ne peut émaner de leurs échanges, et par conséquent aucun calcul économique n’est possible et les erreurs d’investissement sont inévitables. L’article de 1920 avait déclenché toute une polémique, car beaucoup d’économistes, même non socialistes, croyaient possible le calcul économique dans une économie collectiviste.

La démonstration de Mises ne pouvait certes plaire aux nazis, qui avaient des prétentions de planification économique. Ce qui, à leurs yeux, empirait son cas, c’est qu’avec une acuité remarquable ils pressentaient qu’il était le plus authentique rejeton de l' »école autrichienne » fondée au siècle précédent par Carl Menger, et continuée par Eugen Böhm-Bawerk. Ce courant de pensée avait donné un fondement scientifique à la théorie subjective de la valeur. « La valeur est en nous, non dans les choses », résumera Mises. Aussi bien le métier de l’économiste est-il d’expliquer à l’homme ce qu’il fait, non ce qu’il doit faire. Il essaie d’expliquer le prix du tabac, de l’alcool, de la marijuana, non leurs bienfaits ou leurs méfaits. Rien à voir avec la « valeur-travail » issue de l’école anglaise (Adam Smith, Ricardo), reprise par Marx. Rien à voir non plus avec l’économie positiviste professée en Allemagne, et qui s’enfonçait dans l’impasse de l’historicisme, en entassant des montagnes de « faits historiques » irréductibles les uns aux autres.

En fait, les nazis avaient, ce 15 mars 1938, mis la main sur un véritable trésor de la pensée économique, mais ils ne pouvaient en faire que ce qu’ils en ont fait : le transporter quelque part en Allemagne dans un wagon plombé. Circonstance aggravante, Mises était juif, et le fait que son grand père avait été anobli par l’empereur François-Joseph en 1881, le jour même de la naissance de Ludwig, ne changeait évidemment rien aux yeux des nazis (l’écusson de l’Institut Mises n’est autre que le blason de la famille Mises après son anoblissement).

Au moment où les hitlériens saccagent son appartement viennois, Mises et sa femme sont déjà à Genève, où ils essaient de commencer une nouvelle vie. Mais la défaite de la France en mai-juin 1940 les convainc que l’ensemble de l’Europe risque de tomber sous la coupe nazie. Et ils tentent, avec d’autres juifs, dont l’économiste Charles Kindleberger, de rejoindre l’Espagne par bus pour ensuite gagner l’Amérique. Le bus est arrêté en France, en zone non occupée. Mises téléphone au professeur Louis Rougier, qu’il connaissait pour l’avoir rencontré dans des congrès scientifiques avant la guerre. Rougier joue un rôle mystérieux à Vichy, chargé d’une « mission secrète » à Londres auprès de Churchill, mission qui n’aboutira à rien. Toujours est-il que, le lendemain du coup de téléphone, tous les juifs du bus arrêté obtiennent un visa pour l’Amérique, via l’Espagne et le Portugal.
Mises, lorsqu’il débarque à New York, après de 60 ans. Le moins que l’on puisse dire est que l’accueil académique lui est chichement mesuré. L' »école autrichienne » est alors considérée comme un objet de musée. Keynes est au sommet de sa gloire, et le keynésianisme, pratiqué un peu partout dans le monde, y compris aux Etats-Unis et en Allemagne. Ce n’est que grâce à une bourse de la Fondation Rockefeller qu’il obtient un poste de visiting professor au National Bureau of Economic Research. La bourse est valable pour un an. Elle est renouvelée deux fois. En 1943, on lui fait comprendre d’aller exercer ses talents ailleurs. C’est une autre fondation, le Fonds William Volker, qui finance son poste de visiting professor à l’université de New York fin 1945, « peuplée, comme on l’a dit, par une majorité écrasante de nullités », où il tiendra un séminaire jusqu’en 1969. Il trouvera aussi une aide précieuse auprès de la Foundation for Economic Education (FEE) lancée en 1946 par Leonard Read, un champion de la levée de fonds (fund raising) auprès d’éventuels donateurs.

Toutes ces aides permettent à Mises de publier en 1949 son chef-d’œuvre en anglais, Human Action, où, dans la lignée de l' »école autrichienne », il fonde une nouvelle science économique, nommée praxéologie. Elle est totalement axiomatico-déductive en ce qu’elle déduit la théorie économique du fait que l’homme ne peut pas faire autrement que de faire des choix. Du coup, la science économique est définitivement séparée des sciences de la nature. Exemple : par le raisonnement le plus rigoureux, on peut démontrer qu’une augmentation de la masse monétaire aboutit forcément à une hausse des prix. Mais cette proposition est invérifiable dans les faits, les conditions d’une expérience de laboratoire n’étant jamais réunies. De même, le cercle que conçoit le géomètre ne se trouve pas dans la nature. Pourtant, il est utile de connaître ses propriétés. Et il est tout aussi utile pour l’action de connaître les propriétés de la monnaie telles qu’elles résultent de l’analyse praxéologique.

L’un des économistes qui assiste au séminaire de Mises est Murray Rothbard. A 24 ans, cet étudiant surdoué travaille à une version populaire de Human Action, grâce à une bourse du fonds Volker. Le résultat sera le monumental Man, Economy and State,qui, en approfondissant la théorie subjective de la valeur, va donner logique et fondement économiques au mouvement libertarien. Quand Mises meurt, en 1973, Rothbard apparaît son héritier spirituel. Auteur prolifique, agitateur politique, il fonde en 1982, avec la bénédiction de la veuve de Mises et l’aide de Lew Rockwell, libertarien catholique et, lui aussi, champion du fund raising, l’Institut Ludwig-von-Mises, qui va se consacrer à l’enseignement « autrichien » de l’économie.
En mai 1997, divine surprise : les papiers de Mises (quelque 20  000  pièces couvrant la période 1900-1938) ont été retrouvés, parfaitement conservés, à Moscou, dans les archives rapportées en 1945 d’Allemagne par les troupes soviétiques. Plusieurs chercheurs se précipitent. Une copie de ce trésor se trouve à Auburn, dans le bureau même de Jörg Guido Hulsmann, l’un des jeunes professeurs de l’institut. Une autre est entre les mains de Richard Eberling, qui vient d’être nommé président de la FEE. Chacun d’entre eux prépare, concurremment, une biographie de l’économiste autrichien. La redécouverte de celui qui pourrait bien apparaître comme le plus grand économiste du XXe siècle ne fait que commencer.
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