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Archives de Catégorie: Marx

LA MALADIE ÉTATISTE DU PEUPLE PRÉDITE ET ANALYSÉE PAR BASTIAT IL Y A 150 ANS

178570_422701024440255_901340338_o (2)Jacob SHER *

« Examinons ce que vaut, d’où vient et où aboutit cette aspiration populaire qui prétend réaliser le Bien général par la Spoliation générale. » Frédéric Bastiat La Loi, 1850

L’Humanité tire des leçons de certaines expériences, moins des autres, se débarrasse de certaines maladies, mais en contracte de nouvelles… Une vieille maladie persiste, semble inguérissable… Elle secoue certains États démocratiques et empêche les États ex-socialistes de retrouver leur santé. Cette maladie se manifeste, par exemple, en France, par de périodiques convulsions de la société, par des grèves quasi-révolutionnaires, par des manifestations de masse, où des foules exigent de l’État-patron, de l’État-caissier des cadeaux, des faveurs et la réduction des prélèvements. Car le Grand, le Puissant, l’Omniprésent, l’Obèse État-Providence s’y occupe de tout, est responsable de tout, et le peuple en attend tout, le rend responsable de toute misère, de tout dysfonctionnement ou déficit. Croyant en l’État, le peuple demande tout de lui, et cette demande même rend l’État de plus en plus envahissant. On pourrait nommer cette maladie – maladie étatiste du peuple. Si elle ne touche pas tout le peuple, elle contamine fortement ce que les socialistes appellent « le peuple de gauche », et donc, en général, rend malades les nations où la gauche est forte. Quant au monde socialiste, les masses y ont été, par la terreur d’État, privées de responsabilité pendant des décennies, et, habitué à la passivité, le peuple immobile attend à présent, au milieu des ruines de la société collectiviste, des solutions de l’État. Lire la Suite →

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La philosophie de Marx vue à travers Kierkegaard

Retrouvez les travaux de mes élèves ici : http://fr.slideshare.net/damienth/presentations

http://fr.slideshare.net/damienth/slideshelf

Fiche de lecture sur la philosophie de l’histoire (terminales)

strauss La philosophie politique et l’histoireFiche de lecture sur la philosophie de l’histoire (à destination de mes élèves de terminale)

Par Damien Theillier

Leo Strauss (1899-1973), La philosophie politique et l’histoire (de l’utilité et des inconvénients de l’histoire pour la philosophie), traduction et présentation d’un ensemble de textes choisis de Strauss sur l’idée d’histoire, le Livre de Poche, 2008.

Extrait étudié : début de l’introduction du traducteur, Olivier Sedeyn, spécialiste de la pensée de Leo Strauss : Le sens de l’histoire.

L’ouvrage

Ce livre est une anthologie des meilleurs textes de Leo Strauss, dont certains extraits de Droit naturel et histoire, son grand livre de 1953. Il montre comment, dès sa naissance, la modernité change radicalement la philosophie en substituant l’Histoire à la nature (le Cosmos) et en introduisant le relativisme historique. Le texte intitulé « Définir la Modernité : Modernité et historicisme » (ou « Les trois vagues de la Modernité »), est une excellente introduction à la crise de la philosophie politique moderne.

L’auteur Lire la Suite →

Relativisme et polylogisme selon Ludwig von Mises

ludwig-von-mises-john-lLe polylogisme s’oppose à l’universalisme c’est-à-dire à l’idée qu’il existe des vérités universelles que la raison peut reconnaître.  Or, selon Mises :

« Au cours du XIXe siècle, ce fait indéniable a pourtant été contesté. Marx et les marxistes (…) ont enseigné que la pensée est déterminée par la situation de classe de celui qui pense. Ce que la pensée produit n’est pas la vérité, mais des idéologies. Ce mot signifie, dans le contexte de la philosophie marxiste, un déguisement de l’intérêt égoïste de classe à laquelle appartient l’individu qui pense. C’est pourquoi il est inutile de discuter quoi que ce soit avec des personnes d’une autre classe sociale. Les idéologies n’ont pas besoin d’être réfutées par un raisonnement déductif ; elles doivent être démasquées en dénonçant la situation de classe, l’arrière-plan social de leurs auteurs. Ainsi les marxistes ne discutent pas les mérites des théories physiques ; ils dévoilent simplement l’origine bourgeoise des physiciens. »

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La redécouverte de la nature humaine par la biologie évolutionniste (1)

comprendre-la-nature-humaineCertains scientifiques aujourd’hui avancent que des comportements culturels complexes comme la famille, le langage ou les normes morales ne seraient pas des constructions sociales arbitraires mais des réponses biologiques adaptatives qui ont émergées lentement au cours du temps au point de constituer des invariants naturels et universels. Une accumulation de preuves empiriques tous azimuts vient désormais à l’appui de cette idée que tout n’est pas acquis et que la part de l’inné serait bien plus grande qu’on ne pensait.

Pour de nombreux philosophes et chercheurs, pourtant, tout comportement humain est compris comme « socialement construit », c’est-à-dire déterminé par des normes culturelles modelant le comportement après la naissance. Selon eux, l’esprit au départ serait semblable à une feuille blanche ou à une « table rase » et ne se construirait ensuite qu’à travers l’expérience, l’histoire, le vécu. Qui considère encore aujourd’hui le comportement comme fondé sur la nature plutôt que sur la culture ?

Pourtant, s’il n’existe pas quelque chose comme une nature humaine stable pour sous-tendre le comportement social, alors peut-il exister un quelconque critère permettant de juger une politique donnée ? Certaines institutions sont adaptées à la nature humaine et d’autres non. Pour en juger il faut disposer d’un concept de nature humaine. Pour fonder un ordre social juste et durable, il faut être capable de déterminer un certain nombre de traits universels et intrinsèques propres à l’homme. Lire la Suite →

Raymond Boudon sur Marx, Nietzsche et Freud

Extrait de la conclusion de, RENOUVELER LA DÉMOCRATIE, Paris, Odile Jacob, 2006.

Science et sens commun

Les certitudes de la connaissance ordinaire sont, comme celles de la connaissance scientifique, le produit de systèmes de raisons visant à être acceptés par tout être de bon sens. « La science n’est que le prolongement du sens commun », a écrit l’historien des sciences James Conant (1951). Seul à vrai dire Gaston Bachelard tranche sur ce consensus et a prétendu voir dans la science une rupture avec le sens commun. Mais c’est surtout par la version instrumentalisée de ses thèses que les sociologues français appartenant à la « pensée 68 » ont mise sur le marché qu’il a connu quelque influence. C’est qu’il leur fallait discréditer le sens commun, de façon à fonder, dans le meilleur style léniniste de l’intellectuel guide et éclaireur des masses aveugles, leur vision selon laquelle la sociologie aurait pour fonction de restituer le sens de leurs croyances et de leurs actes à des êtres humains supposés aveugles sur eux-mêmes et sur le monde. Ils avaient compris qu’il était habile de rechercher un garant du côté de la philosophie des sciences plutôt que du marxisme. Par un mystère de l’histoire des idées qui n’a pas encore à mon sens donné lieu à une analyse sérieuse, la dénégation du bon sens et de son corrélat, le sens commun, l’idée que la connaissance ordinaire s’opposerait à la connaissance scientifique, que la pensée ordinaire serait irrationnelle tandis que la pensée scientifique serait rationnelle, que l’être humain serait fondamentalement soumis à des forces psychologiques, culturelles, sociales ou biologiques sont apparues pour la première fois dans l’histoire sous l’influence des « maîtres du soupçon ». Lire la Suite →

Hegel et la divinisation de l’État

Par Damien Theillier*

Le XXe siècle fut le siècle de la croissance ininterrompue de l’État. Mais pour comprendre ce phénomène, il est nécessaire de regarder un peu en arrière. C’est en effet à partir de la Révolution Française qu’on trouve les grands théoriciens de l’État moderne. Et Hegel fait partie de ceux-là.
Dans La société ouverte et ses ennemis (1945), Karl Popper range la pensée hégélienne, avec celle de Platon, au nombre des ennemis de la société ouverte. Selon lui, les idées principales du totalitarisme au XXe siècle sont presque toutes directement inspirées de Hegel : nationalisme, marxisme, fascisme. Pour notre part, nous nous contenterons de souligner l’apport original de Hegel à deux grandes idées constitutives de la pensée moderne et contemporaine, de droite comme de gauche : l’historicisme et l’étatisme.
L’historicisme
L’historicisme est une doctrine philosophique qui affirme que les connaissances, les courants de pensée ou les valeurs d’une société sont le reflet d’une situation historique contextuelle. Karl Popper compte parmi ses principaux critiques (Voir son livre : Misère de l’historicisme). Popper reproche en effet aux historicistes de présupposer l’existence d’une loi de l’évolution du monde, une prétendue détermination de l’histoire : ainsi pour Hegel, nous avançons progressivement vers une étape ultime de l’humanité, guidés par une certitude semblable à celle que nous donnerait une loi de la nature. Ce but de l’histoire, c’est le développement de l’Esprit ou de la Raison à travers les peuples.
Hegel affirme tout d’abord « la conviction générale que la Raison a régné et règne dans le monde aussi bien que dans l’histoire ». L’Histoire, selon lui, n’est pas autre chose que l’Absolu en devenir. L’Absolu n’est pas transcendant, mais immanent et l’Histoire est Dieu en marche.
Avec sa théorie de « la ruse de la raison », Hegel pose que dans l’histoire « tout s’est déroulé rationnellement », y compris ce qui semble irrationnel et absurde (passions, guerres, ce que Hegel appelle « le négatif »). Dans cette perspective, le cours de l’histoire est nécessaire, rendant impossible la distinction entre être et devoir-être car « l’histoire du monde est le tribunal du monde ». Tout ce qui arrive devait arriver de toute éternité. L’historicisme est donc la réduction du droit au fait, la négation de toute norme transcendante pour juger le réel puisque toutes les normes sont à penser comme historiques et relatives. À chaque époque particulière, un État peut devenir le véhicule privilégié de l’Absolu. Cet État est reconnu par sa position dominante dans l’arène des nations. Cette nation a un droit absolu sur toutes les autres, y compris le droit de provoquer des guerres. Pour Hegel, les guerres entre les nations sont des étapes inévitables et saines de l’évolution de l’Absolu. La nation qui gagne les guerres pendant une période donnée est une incarnation plus parfaite de la Raison du monde que les autres. 
Au XXe siècle, la gauche marxiste substitue la guerre des classes à la guerre hégélienne des nations, la droite lui substitue la guerre des races. Mais le principe reste le même : l’histoire justifie tout.
L’étatisme
Pour Hegel, l’État est la plus haute réalisation de l’idée divine sur terre et le principal moyen utilisé par l’Absolu pour se manifester dans l’histoire. Il est la forme suprême de l’existence sociale et le produit final de l’évolution de l’humanité. En effet, l’État hégélien n’est pas un simple pouvoir institutionnel, c’est une réalité spirituelle. Pour Hegel, l’Esprit s’incarne dans l’État, rejoignant ainsi l’idée du « Léviathan » de Hobbes, qui identifie le divin et l’État. « Il faut donc vénérer l’État comme un être divin-terrestre », écrit-il dans Les principes de la philosophie du droit (Principes de la philosophie du droit, § 272, add.).
Bien entendu, Hegel distingue l’État comme réalité spirituelle des États historiques qui n’en sont que des manifestations imparfaites. Il reste que l’État n’est pas considéré comme un moyen d’être libre mais comme une fin en soi. Il est la liberté. 

« Si l’on confond l’État avec la société civile et si on lui donne pour destination la tâche de veiller à la sûreté, d’assurer la promotion de la propriété privée et de la liberté personnelle, c’est l’intérêt des individus comme tels qui est le but final en vue duquel ils se sont unis et il s’ensuit qu’il est laissé au bon vouloir de chacun de devenir membre de l’État. Mais l’État a un tout autre rapport avecl’individu ; étant donné que l’État est Esprit objectif, l’individu ne peut avoir lui-même de vérité, une existence objective et une vie éthique que s’il est membre de l’État ». (Principes de la philosophie du droit, § 258, Rem.) 

L’État n’est pas un simple instrument qui permettrait à la société civile de mieux se gérer elle-même, il est ce par quoi l’individu se réalise, moralement et spirituellement. L’obéissance à la volonté de l’État est la seule façon pour un homme d’être fidèle à son moi rationnel, parce que l’État est le vrai soi de l’individu.
Dans les Principes de la philosophie du droit, Hegel écrit encore : « L’État est la réalité en acte de la liberté concrète » ou encore « l’Esprit enraciné dans le monde » (§260, §270). « Tout dans l’État, rien contre l’État, rien en dehors de l’État » disait Benito Mussolini à la Chambre des députés en 1927, faisant ainsi écho à Hegel.
Hegel vs. Adam Smith
L’idée hégélienne d’un développement spontané de l’Esprit dans l’histoire rejoint, à certains égards, l’idée d’ordre auto-organisé, à la racine de la « main invisible » de Smith. Ce dernier, dans Les recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776) développait l’idée d’une harmonie naturelle des individus guidés par leur intérêt : « Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il [l’individu] travaille de manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but d’y travailler »
Mais la théorie hégélienne de l’histoire est aux antipodes de celle de Smith. Selon Hegel, le développement historique est l’œuvre de la Raison, entendue comme un processus supra-individuel. Dans ce processus, les libres initiatives des individus ne jouent aucun rôle créatif. Les initiatives individuelles se juxtaposent mais ne créent pas un ordre. La Forme est uniquement l’œuvre de la Raison.
Du point de vue de la Raison, la volonté individuelle n’existe pas. C’est une abstraction qui ne se réalise que dans les collectivités (les peuples, les nations, l’État). « Les individus disparaissent devant la substantialité de l’ensemble et celui-ci forme les individus dont il a besoin. Les individus n’empêchent pas qu’arrive ce qui doit arriver. (…) Il est fort possible que l’individu subisse une injustice – mais cela ne concerne pas l’histoire universelle et son progrès, dont les individus ne sont que les serviteurs, les instruments. » (La Raison dans l’histoire). Les souffrances individuelles ne sont que les nécessaires dégâts collatéraux de la Raison en marche. Le vrai sujet de l’Histoire est pour Hegel les peuples en lesquels, à chaque époque, s’incarne l’Esprit.
Hegel admirait Napoléon comme celui qui avait su restaurer l’État comme puissance absolue après la Révolution. Il voyait dans la victoire de Napoléon à Iena en 1806, « l’Esprit du monde à cheval ». Plus réaliste, Germaine de Staël voyait en Napoléon un « Robespierre à cheval ». En déclarant que « l’État est l’Idée divine telle qu’elle existe sur terre » (Leçons sur la philosophie de l’Histoire, p.46), Hegel n’a pas voulu les sombres événements du XXe siècle, certes, mais il n’est pas dénué de toute responsabilité intellectuelle. Il n’a pas prôné toutes les mesures sociales, économiques et politiques prises par les partis uniques du XXe siècle, mais il a réduit à rien, philosophiquement, les valeurs et les principes de la société de droit.

Arendt par René

Bravo à René de N., le rugbyman qui pense, le Chabal de la philo !

Conférence de Philippe Nemo à Madrid

Philippe Nemo a prononcé le 9 juillet une conférence à l’université d’été de la FAES à Madrid (Fundación para el análisis y los estudios sociales). Cette fondation espagnole crée en 1989 est présidée par José Maria Aznar.

La Fondation pour l’analyse et les études sociales est une Fondation privée à but non lucratif travaillant dans le domaine des idées et des propositions politiques.
Son but est de créer, de promouvoir et de diffuser des idées fondées sur la liberté politique, économique et intellectuelle. Pour ce faire, FAES organise des forums de discussion, des séminaires, des conférences, des universités d’été et des stages de formation. En outre, la Fondation développe une large activité de relations internationales avec d’autres fondations et think tanks en Europe, aux USA et en Amérique latine, ainsi qu’avec des penseurs et des chercheurs du monde entier.

Voir la vidéo ici

Revue de presse de Libertad Digital, Madrid, le 9 juillet 2008

Le philosophe français Philippe Nemo, auteur du livre : Qu’est-ce que l’Occident ? est intervenu mercredi dans la troisième séance de l’université d’été de la FAES, consacrée au thème : Politiques économiques en temps de crise.

Le philosophe français a revendiqué, dans sa conférence, les racines européennes de la pensée libérale, tout en reconnaissant qu’elle avait trouvé un terrain fertile dans les pays anglo-saxons.

Traduction en résumé :

Selon Philippe Nemo, « tous les pays du monde occidental portent le germe de la démocratie libérale ». Le philosophe français précise, « les pays occidentaux partagent le moule formé par la science grecque et le Droit romain ». Pour Nemo, « il y a trois niveaux dans le libéralisme, engendrant un ordre supérieur et non anarchique : la liberté intellectuelle comme la liberté de la presse ou la liberté d’expression; la liberté économique, qui a ses commencements en Espagne et en Italie; et la liberté politique, pour laquelle le calvinisme hollandais et français ont eu une grande influence. » (…)

Il a rappelé l’importance de l’Espagne dans le surgissement du libéralisme, spécialement sur le terrain économique, avec les apports de l’École de Salamanque, dans laquelle le jésuite espagnol Suárez a brillé.

Selon Nemo, « les nord-américains libéraux reconnaissent la dette de l’Europe. Il ne faut pas avoir honte devant le libéralisme anglo-saxon. Il ne devrait pas y avoir de mur qui empêche de communiquer et de travailler ensemble. »

En ce sens, l’historien a remarqué que « le grand problème politique actuel de l’Europe consiste en ce que les idées libérales progressent dans le monde mais dans des pays comme l’Espagne ou la France, elles sont perçues, à tort, comme des idées anglo-saxonnes difficilement adaptable à nos réalités. »

Le conférencier a souligné enfin l’importance des règles du jeu et de leur application dans une démocratie libérale : « Le libéralisme constitue un échange pacifique et fécond entre les personnes, à la condition que certaines règles soient respectées, de façon à éviter toute position dominante dans cette relation. »

Philippe Nemo a aussi été interviewé dans la Gaceta de los negocios

Traduction de quelques extraits :

« Le christianisme, en refusant le paradis sur terre, est le meilleur antidote à la destruction des utopies. »

« Refuser les racines chrétiennes de l’Europe, c’est comme nier l’Holocauste »

« Il y a eu deux sources d’opposition à la modernité (…) La première est la tentative de droite réactionnaire, et l’autre est la tentative de gauche révolutionnaire. Les deux tentatives ont échoué. L’une d’elle a généré le fascisme et l’autre, le communisme. Ce qui reste? Un modèle libéral. (…) Ceux qui ne veulent pas comprendre ce que je veux dire, continuent de croire que les maux dont nous souffrons pourraient se résoudre avec davantage de socialisme. Mais fondamentalement, il ne fait aucun doute que l’avenir appartient à la démocratie libérale et que les formules à droite comme à gauche ont échoué. »

« J’ai étudié l’origine des idéologies de gauche en France. On pense généralement que leur origine est le marxisme, mais c’est également la franc maçonnerie en tant que laboratoire. Elle relève d’une hérésie du christianisme, une espèce de religion de substitution, qui est commune au socialisme et au marxisme, et que j’appelle millénarisme. C’est une doctrine apparue dans l’Antiquité et au Moyen Age, dérivée d’une lecture littérale de l’Apocalypse, qui pense qu’on peut établir le paradis sur terre pendant mille années…

(…) La gauche est convaincue que nous devons changer l’âme de l’homme et de la société. Que cela engendrera un monde nouveau. Les francs-maçons, en France, visent à détruire la famille. (…) L’idéologie marxiste dit la même chose, en termes socio-économiques. Mais le résultat est le même. La famille naturelle est un obstacle entre l’individu et la société. De là viennent les revendications du mariage gay et du PACS en France. Pour les démocraties libérales, il est essentiel de comprendre que derrière tout cela, il y a un projet destructeur, qui nie tout ce que l’histoire a construit, et qui le fait au nom d’une utopie religieuse. »

Le philosophe et la belle brune

Quels points communs y a-t-il entre lui et elle :

Vous avez deviné ? Ils ne portent pas seulement le même nom, lui est aussi génial dans ses livres qu’elle est belle sur les écrans de cinéma.

  • Friedrich August von Hayek a reçu le prix Nobel de Sciences Economiques en 1974, au moment où paraissait le premier tome de sa trilogie Droit, Législation et Liberté.
  • Salma Hayek, 40 ans, a décroché en 2003 sa première nomination à l’Oscar de la Meilleure actrice pour son interprétation de « Frida », la biographie de la peintre Frida Kahlo.
  • Lui est auteur de 142 articles, 18 livres et 15 pamphlets traitant de sujets aussi divers que la théorie économique, la psychologie physiologique, la philosophie du droit, l’anthropologie culturelle et l’histoire des idées.
  • Elle a joué dans une trentaine de films et de feuilletons tels que Desperado, Une Nuit en Enfer, Dogma, Wild Wild West ou Bandidas.
  • Né en 1899 à Vienne, en Autriche, il devient professeur à l’Université de Chicago en 1950 après plusieurs années passées à Londres.
  • Née en 1968 à Coatzacoalcos, au Mexique, elle étudie les relations internationales et l’art dramatique avant de s’installer à Los Angeles en 1988.
Mais la comparaison s’arrête là et non, Friedrich Hayek n’est pas le grand-père de Salma ! (contrairement à ce que j’ai pu faire croire à certains de mes élèves en blaguant…) Par contre, j’ai la chance d’habiter pas loin de la propriété du fiancé de Salma Hayek, en forêt de Rambouillet, et je compte bien la croiser le matin en allant acheter mes baguettes !! (Il s’agit de François-Henri Pinault, PDG du groupe Pinault Printemps Redoute, et le couple attend un enfant.)

Trêve de peopoleries, revenons aux choses sérieuses, car la plastique admirable de l’actrice ne doit pas nous faire oublier l’oeuvre du génial autrichien. Qui est Hayek, ou plutôt en quoi consiste sa philosophie ?

Son oeuvre a débuté avec la critique de l’interventionnisme keynésien, dans les années 30. Mais c’est en 1943, avec la publication de La Route de la Servitude, que son nom commence à être connu. Dans ce livre, il s’adresse « à tous les socialistes » et analyse les erreurs intellectuelles de la planification et du collectivisme.

Pierre Bilger (texte à télécharger ici) résume très bien la thèse de Hayek :

« Il a d’abord démontré la nécessaire défaillance technique de la direction étatique de l’économie en raison de l’extraordinaire complexité des évolutions et relations économiques dans une économie quelque peu évoluée. Même dotée des ordinateurs les plus puissants, la planification est hors d’état de connaître l’ensemble des données psychologiques et techniques extrêmement variées intervenant dans la production, la distribution et la consommation et plus l’économie est développée plus elle est incapable d’assurer la rationalité à laquelle elle prétend. Si elle tente néanmoins d’imposer ses vues, elle ne peut y parvenir qu’en établissant un régime totalitaire et c’est inévitablement alors la route de la servitude politique et tôt ou tard aussi du chaos économique et social. »
Approfondissant les sous-bassements philosophiques de cette utopie, Hayek est conduit à la critique de ce qu’il appelera le « rationalisme constructiviste ».

Pierre Bilger poursuit :

 » Autant celui-ci lui paraît parfaitement applicable au domaine de la nature, autant il considère comme une erreur intellectuelle fondamentale de vouloir le transposer au domaine de la société. Si les savants et les ingénieurs sont capables de transformer la nature pour le bien de l’humanité, les intellectuels et les dirigeants politiques sont hors d’état de réunir la somme des connaissances, des informations et des prévisions qui permettraient d’établir un ordre social satisfaisant. Aucun cerveau humain, écrit-il, ne peut concevoir toute la complexité sociale. Aucune organisation sociale artificielle, construite par les hommes selon des plans prédéterminés, n’est capable de se substituer à l’ordre social spontané, fruit de l’action collective de l’humanité au cours de son histoire sans être pour autant le résultat d’un projet humain précis. La présomption rationaliste en matière sociale remonte, selon Hayek, à Hobbes et à Rousseau et peut-être même déjà à Descartes et trouve naturellement son point culminant dans le scientisme social de Marx et de ses innombrables disciples. »
Le constructivisme est bien le fils de DESCARTES. C’est la prétention très moderne de l’être humain à tout vouloir soumettre à sa raison, en se passant de toute tradition. C’est la croyance que l’on peut tout connaître, tout maîtriser en partant de soi.

Citations de Hayek :

Seul le système capitaliste permet la démocratie. Lorsque le régime est dominé par une doctrine collectiviste, la démocratie finit inévitablement par se détruire elle-même. Le planisme mène à la dictature parce que la dictature est l’instrument le plus efficace de coercition et de réalisation forcée d’un idéal et qu’à ce titre elle est indispensable à une société planifiée. Le conflit entre planisme et démocratie surgit simplement du fait que cette dernière est un obstacle à la suppression de la liberté requise par la direction de l’activité économique. Mais dans la mesure où la démocratie cesse d’être une garantie de la liberté individuelle, il se peut qu’elle persiste sous une forme quelconque sous un régime totalitaire. Une véritable « dictature du prolétariat », même démocratique de forme, au jour où elle entreprendrait la direction centralisée de l’économie, détruirait probablement la liberté individuelle aussi complètement que le ferait n’importe quelle autocratie.
La seule justice sociale est celle du respect des règles de juste conduite et de liberté des individus et non celle du résultat en matière de revenu. (La Route de la Servitude)

« La concurrence n’est pas seulement la seule méthode que nous connaissions pour profiter des connaissances et des talents que peuvent avoir les autres, mais elle est aussi la méthode par laquelle nous avons été amenés à acquérir les connaissances et les talents que nous-mêmes possédons. C’est là ce que ne comprennent pas les gens qui disent que le plaidoyer pour la concurrence repose sur une hypothèse du comportement rationnel de ceux qui y participent. Or le comportement rationnel n’est pas une prémisse de la théorie économique, bien qu’on présente souvent la chose ainsi. La thèse fondamentale de la théorie est au contraire que la concurrence est ce qui oblige les gens à agir rationnellement pour pouvoir subsister. »

« Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de manière égale et tenter de les rendre égaux. La première est une condition pour une société libre alors que la seconde n’est qu’une nouvelle forme de servitude. » (tome 3 de Droit, législation et liberté : L’ordre Politique d’un Peuple Libre, paru en 1979)

« Quels sont, alors, les caractères essentiels du vrai individualisme? La première chose qui doit être dite est qu’il s’agit d’abord d’une théorie sociale: un essai pour comprendre les forces qui déterminent la vie sociale de l’homme, et ensuite seulement un ensemble de principes politiques déduits de cette vision de la société. Ce fait devrait en lui-même suffire à refuser le plus sot des malentendus qui courent à ce sujet: l’idée suivant laquelle l’individualisme postulerait (ou fonderait ses arguments sur cette hypothèse) l’existence d’individus isolés ou autosuffisants, au lieu de partir de l’étude de gens dont la nature et le caractère sont déterminés par le fait qu’ils existent en société. Si cela était vrai, l’individualisme n’aurait vraiment rien à apporter à notre compréhension de la société. […] L’étape suivante de l’analyse sociale de l’individualisme est dirigée, elle, contre un pseudo-individualisme rationaliste qui ne conduit pas moins au collectivisme dans la pratique. Elle consiste à affirmer que nous pouvons découvrir, en examinant les effets combinés des actions individuelles, que bien des institutions sur lesquelles repose le progrès humain sont apparues et fonctionnent sans qu’aucun esprit ne les ait connues ni ne les contrôle. Que, suivant l’expression d’Adam Ferguson, « Les nations se retrouvent face à des institutions qui sont bel et bien le résultat de l’action des hommes, sans être celui d’un projet humain » et que la collaboration spontanée des hommes libres engendre souvent des résultats qui dépassent ce que leur cervelle d’individus pourra jamais entièrement saisir. » (Vrai et faux individualisme)

« L’on pourrait sans difficulté soutenir que la religion qui a favorisé l’esprit du capitalisme a été celle des Jésuites, et non celle des Calvinistes ». (Aspects on the Rise of Economic Individualism)

Commentateurs :

Le livre de Philippe Nemo, La société de Droit selon Hayek, est une synthèse complète, bien construite, claire et sans tabou, de l’oeuvre de Hayek. On pourra compléter cette lecture par celle de Jean-Pierre Dupuy : Libéralisme et justice sociale (Hachette litt., coll. Pluriel, 1992) Enfin, L’Histoire des idées politiques aux temps modernes, tome 2 du même P. Nemo, consacre tout un chapitre à l’auteur en le resituant dans le voisinage de son ami Karl Popper.


Aron en quarto pour le centenaire

A l’occasion du centenaire de Raymond Aron, les édition Gallimard publient chez Quarto (édition de poche) un volume réunissant les principaux ouvrages du philosophe et sociologue sur la démocratie :

PENSER LA LIBERTÉ, PENSER LA DÉMOCRATIE :
Une révolution antiprolétarienne. Idéologie et réalité du national-socialisme – États démocratiques et États totalitaires – L’Homme contre les tyrans – Une révolution antitotalitaire : Hongrie 1956 – Polémiques – La Tragédie algérienne – La Révolution introuvable – Dix-huit leçons sur la société industrielle – La Lutte de classes. Nouvelles leçons sur les sociétés industrielles – Démocratie et totalitarisme – Les Désillusions du progrès. Essai sur la dialectique de la modernité – L’Aube de l’Histoire universelle

Les cent ans de Raymond Aron ont été célébrés plus discrètement que ceux de son ancien compagnon de l’ENS, Jean-Paul Sartre, né lui aussi en 1905.
Raymond Aron est inclassable. Intellectuel anticonformiste, il est allé à contre-courant des idées dominantes de l’intelligentsia de gauche. Il a eu raison avant les autres sur la nature du régime soviétique, du stalinisme et de la guerre froide. Et dans les années 50, il a eu le courage de tenir sa position, tout en accomplissant une oeuvre scientifique indiscutée.

«Jamais les hommes n’ont eu autant de motifs de ne plus s’entretuer. Jamais ils n’ont eu autant de motifs de se sentir associés dans une seule et même entreprise. Je n’en conclus pas que l’âge de l’histoire universelle sera pacifique. Nous le savons, l’homme est un être raisonnable mais les hommes le sont-ils ? »
Raymond Aron.

« L’héritage d’Aron, c’est un état d’esprit, une éthique intellectuelle, un engagement de citoyen. L’état d’esprit réside dans la volonté de comprendre avant de juger en pensant le monde tel qu’il est et non tel qu’on le rêve. L’éthique intellectuelle passe par le respect des faits et l’impartialité dans la discussion. La posture mêle indissociablement le savant et le combattant de la liberté politique, qui « contribue à rendre les hommes dignes d’elle, à en faire des citoyens, ni conformistes ni rebelles, critiques et responsables ». »
Nicolas Baverez.

« Un très grand professeur, c’est par-dessus tout ce que Raymond Aron a été pour plusieurs générations successives. Il l’a été pour nous. Il l’a été jusqu’au bout, dans la plus haute acception du terme, y compris à travers ses activités extérieures à l’Université. Ce qui lui a donné en effet sa place singulière dans le journalisme français a été d’y avoir importé ce que l’Université a de meilleur. Il a su aller au-delà du classique éditorial d’opinion pour accomplir, sur trente ans, un travail en profondeur, nourri d’informations et d’arguments, privilégiant toujours l’exercice du jugement sur l’engagement de principe. Il aura été le grand éducateur de notre raison politique.
À l’âge des spécialistes et de leurs savoirs étroits, Raymond Aron frappait d’abord par l’extraordinaire ouverture de son spectre d’intérêts et sa connaissance intime de domaines éloignés — philosophie, économie, sociologie politique, histoire —, tous indispensables à ses yeux à l’intelligence du présent. Contre la pente française à l’autarcie intellectuelle, il a été, dans son enseignement, mais aussi, on l’oublie trop, par son travail d’éditeur, un initiateur à la culture sans frontières de son temps, de la pensée allemande à la réflexion économique et stratégique des Anglo-Saxons. À l’arrogance du philosophe qui tranche de tout en artiste et dans le dédain des doctes, il a constamment opposé l’éthique du savant et l’éminente dignité de la connaissance. Loin de toutes les facilités, il a incarné, dans toutes ses activités, la parole et l’écrit, une rigueur sans défaillance et la passion de la vérité. »
Le Débat, n° 28, janvier 1984

Le messianisme de Marx


Une nouvelle biographie de Marx vient de sortir, écrite par Jacques Attali : KARL MARX OU L’ESPRIT DU MONDE. Fayard, 537 p., 23 €.

Je relève quelques passages d’un entretien entre l’auteur et Alain Minc dans Le Figaro du 27 juin à propos de la pertinence de Marx aujourd’hui.

Jacques Attali : « Comme interprète extralucide du devenir argent de toute chose, Marx a développé des prophéties qui se vérifient chaque jour. Il a eu l’intuition que le capitalisme progresserait irrésistiblement vers un processus de mondialisation, tout en conduisant à des concentrations, non, certes, à des monopoles, mais à des oligopoles assez nombreux dans des secteurs tels que la banque, l’assurance, l’automobile. Il a vu ce que serait l’aliénation par le travail et par la consommation, qu’il nomme «fétichisme de la marchan dise». Il a affirmé que le socialisme était impossible dans un seul pays, en particulier en Russie, et, plus largement, dans toute société marchande. Pour lui, le socialisme sera mondial et viendra après le capitalisme. (…) Le système de pensée de Marx s’applique beaucoup mieux au monde entier qu’aux évolutions individuelles de chacun des pays. De ce point de vue-là, la pensée de Marx devient d’une frappante actualité. C’est, ironiquement, la fin du système soviétique, qui en rendant possible la mondialisation, fait de Marx le grand penseur du nouveau siècle. »

Alain Minc : « Je serais sans doute plus sceptique que Jacques Attali, qui conserve cette foi enthousiaste grâce à laquelle il trouve la force de rebâtir une prophétie. Une prophétie où, à la fin des fins, la communion des saints se réaliserait dans le dépassement du capitalisme.

Minc me semble en effet plus clairvoyant qu’Attali. Au moment ou nous fêtons le centenaire de la naissance de Raymond Aron, il est bon de rappeler ce que disait ce dernier à propos du marxisme dans son Introduction à la philosophie politique : « une fois qu’on a déterminé que l’origine fondamentale des maux est la propriété privée et, en second lieu, une fois qu’on a démontré que le capitalisme va à sa destruction, mais que c’est très bien ainsi puisque, après la révolution, il y aura la société sans classes, alors on glisse volontiers à ce que j’appelle le millénarisme, c’est-à-dire l’acceptation presque satisfaite des luttes et des catastrophes qu’amène avec lui le capitalisme, parce que ces catastrophes seront fécondes. C’est ce que j’appellerai l’optimisme catastrophique: plus il y a de catastrophes capitalistes, mieux cela vaut, parce que c’est par les catastrophes que se réalisera la société sans classes. « 

Je note qu’Attali a retenu la leçon. Il écrit lui-même :
« Au XIXe siècle, au moment où le positivisme apparaît, la seule religion nouvelle est une téléologie fondée sur l’idée d’une catastrophe rédemptrice. (…) Dans la société capitaliste, telle que vue par Marx, l’aggravation des souffrances infligées au prolétariat et le basculement progressif de tous les bourgeois dans le prolétariat rapprochent, paradoxalement, l’humanité d’une parousie que Marx, en la présentant comme l’avènement du socialisme, repousse d’ailleurs dans un avenir vague et indéfini. Marx, en bon utopiste, se représente le socialisme sous les traits d’une société de fraternité, où chacun cherche son bonheur dans le bonheur des autres, et où le culte de la marchandise n’a plus cours. »

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