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Archives de Catégorie: loi

Test politique : existe-t-il un autre choix que la droite ou la gauche ?

Diagramme_de_Nolan par Nicomaque 2Depuis le XIXe siècle, le positionnement politique se divise en deux groupes : la droite et la gauche, avec des variations plus au moins radicales aux deux extrêmes. Une grille de lecture aussi simpliste n’est pas capable de rendre compte correctement de la diversité des débats et des positionnements idéologiques. Le problème principal de l’axe gauche-droite est qu’il ne laisse aucune place à la pensée libérale, celle-ci ne pouvant être rangée ni avec l’égalitarisme de la gauche, ni avec le nationalisme de la droite.

David Nolan, expert en sciences politiques, ancien élève du Massachussetts Institute of Technology (MIT) a eu l’idée de créer un diagramme (voir ci-dessus) qui ajoute à l’axe gauche-droite un deuxième axe liberté-contrainte qui va de l’étatisme (point zéro) au « libertarianisme », dont nous parlerons plus bas. Lire la Suite →

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Doit-on obéissance aux lois de son pays ? Par Christian Michel

christian michel

(video sur youtube ici et lien pour télécharger le mp3 ici)

Christian Michel est un philosophe et un économiste d’une grande sagesse mais c’est aussi un remarquable pédagogue. Je le remercie de m’avoir autorisé à publier son texte. Merci aussi à SFL France (en particulier Marc Lassort) pour la vidéo.

Doit-on obéir à la législation de son pays ? Il y a quelques années, ma réponse à cette question était très indulgente : Si obéir à la législation vous fait plaisir, si vous avez l’impression que cette soumission favorise votre épanouissement personnel, il ne faut pas vous priver, mon ami. Respectez la loi.

Je dois ajouter qu’en ce qui me concerne, cette obéissance ne m’apporte aucune satisfaction. Au contraire. La législation des pays où j’ai résidé m’a toujours paru arbitraire, stupide, contradictoire, humiliante pour ceux auxquels elle s’appliquait et singulièrement partiale en faveur de ceux qui la faisaient. Lire la Suite →

#348

« Quand les achats et les ventes sont contrôlés par la législation, les premières choses à acheter et à vendre sont les législateurs. »

— P.J. O’Rourke

Source : …

V.O. : « When buying and selling are controlled by legislation, the first things to be bought and sold are legislators. »

#333

‎ »Quand je vous aurai dit l’ampleur de ma dégoûtation pour les lois collectives et les marches forcées, m’écouterez-vous si je vous dis que je hais autant les voleurs que les gendarmes ? »

— Pierre Desproges

Source : Chroniques de la haine ordinaire #1 (1997)

La loi de Bastiat en une minute

Frédéric Bastiat, économiste français du XIXe siècle, auteur de « La Loi », expose les principes de sa philosophie. Par Damien Theillier. (Vidéo réalisée en 45mn chrono avec le logiciel en ligne Xtranormal) A voir aussi : http://youtu.be/yVug0VN6tFc

Du conservatisme culturel, distingué du conservatisme politique

Cher Kaplan

(suite du débat)

J’admets avec toi que la morale a souvent servi de prétexte à des intrusions inadmissibles dans la vie privée des individus. Mais je maintiens qu’il ne peut y avoir de droit sans morale. Un droit purement utilitariste est impossible. Tu reconnais d’ailleurs toi-même que le droit est « un système fondé sur un nombre aussi limité que possible de principe moraux, des idées suffisamment simples et consensuelles pour qu’elles puissent faire l’unanimité ». Cette idée d’un droit naturel comme seule base d’un système juridique me convient parfaitement.
Mais entendons-nous sur le concept de morale pour clarifier le débat et là peut-être aurons-nous quelques différents. Qu’est-ce que la morale ? Je considère, avec la tradition occidentale issue de la philosophie grecque, qu’il existe une rationalité morale et que le bien et le mal ne sont pas des notions arbitraires, relatives à l’opinion ou à l’époque. Étant donnée la nature même de l’homme : animal doué de raison, il y a des actes qui sont en eux-mêmes justes ou injustes et ceci de façon universelle. Ainsi l’initiative de la violence contre autrui est toujours moralement condamnable car elle détruit le fondement même de la rationalité : la discussion argumentée. Le viol détruit le principe du libre consentement, privilège des animaux doués de raison. Le vol détruit le principe de la propriété, fondée sur le travail c’est-à-dire sur le libre exercice de nos facultés.
En bref, la morale interdit de faire tout ce qui porte atteinte à l’intégrité physique et mentale. Elle condamne de ce fait l’injustice et prescrit la justice. Mais en dehors de ces grands principes généraux, auxquels tu adhères comme moi je pense et comme une très grande majorité d’êtres humains raisonnables, il y a aussi ce qu’on appelle la morale particulière ou l’application des principes généraux à des contextes particuliers. Elle concerne l’usage du corps, le mariage, la famille, le sexe et la religion. Et là, les choses deviennent beaucoup plus complexes… il y a sur ces questions des formes de justifications et de conceptions du bien tout à fait antagonistes et incompatibles.

En matière culturelle (non en matière politique), je suis conservateur. Je crois en la supériorité éthique des valeurs traditionnelles : le mariage entre un homme et une femme, la fidélité, l’éthique de la vertu et la croyance en Dieu. Je ne souscrit pas à l’idéologie collectiviste branchée des LGBT et des féministes, à la pseudo-théorie du gender, ni à l’athéisme militant, ni au nietzschéisme moral (bien que j’ai une grande admiration pour Nietzsche et un grand respect pour toutes les formes de vie, qu’elles soient athées ou homosexuelles). Tu trouveras mon point de vue sans doute très « old school » et peut-être que le tien est plus « rock’n roll ». Mais j’y reviendrai un peu plus loin.

Ceci posé, je reprends question du droit et de la loi. Car contrairement à la plupart des conservateurs, je ne demande pas à la loi d’imposer mes valeurs morales ou de combattre les valeurs de mes adversaires. En cela, je ne suis pas un conservateur politique.

Je m’explique :

Selon moi, la loi a pour unique rôle de faire respecter les contrats, par la force si nécessaire, et d’assurer la défense des personnes et des droits de propriété privés. Elle n’a pas pour objet de rendre les hommes vertueux ou sages. Elle n’a pas pour objet de faire le bonheur des gens. Cependant, comme nous l’avons déjà évoqué, elle a bien une dimension morale dans la mesure où elle a pour objet la justice dans la vie en société, au moins dans ses principes généraux.
Tout comportement qui viole le droit d’autrui devrait être déclaré illégal. L’esclavagisme, le kidnapping, le viol ou le meurtre sont des comportements criminels, parce que leur victime est brutalisée, dans son corps comme dans son esprit.
Partant de là, il faut en déduire logiquement que tout comportement qui ne viole pas le droit d’autrui devrait être légal, y compris les comportements jugés immoraux par la morale traditionnelle. Par exemple toutes les formes de négation de soi comme la bestialité et le sado-masochisme, la prostitution et la toxicomanie. Même si la raison peut réprouver ces comportements nihilistes, tant qu’ils n’impliquent pas l’usage de la force de coercition contre autrui, la loi n’a pas à leur opposer la force punitive : incarcération ou contravention. C’est le point de vue des libéraux classiques comme des libertariens.
Néanmoins, ce n’est pas parce que ces actions sont légales qu’on ne doit pas prendre position sur leur valeur morale ou qu’on ne doit pas les combattre. Ce n’est pas parce qu’on refuse de criminaliser les vices qu’on doit rester moralement neutres vis-à-vis de tels comportements. Tolérance légale oui, relativisme moral non. Je suis un partisan inconditionnel du libre marché. Mais je n’en conclus pas pour autant que l’accroissement des possibilités de consommation, permises par ce libre marché, nous oblige à adopter un mode de vie matérialiste ou libertin. (Attention : juger ce mode de vie comme étant déficient, ne veut pas dire que je méprise les personnes !).
Je te l’ai dit, je défends un conservatisme culturel et je ne crois pas qu’il soit incompatible avec une défense fondamentale de la liberté en toute chose. Je pense que l’homme, pour être heureux, a besoin d’élévation de l’âme mais aussi de respect de son propre corps. Il a besoin de valeurs spirituelles, d’une certaine noblesse de sentiments. Il faut donc dénoncer le nihilisme moral et le combattre, non par la force de la loi mais par l’éducation, la parole et le témoignage de sa propre vie.
La seule bonne façon de combattre ce nihilisme moral serait de faire davantage confiance aux institutions intermédiaires entre l’individu et l’État comme l’entreprise, le marché, la famille et les communautés religieuses, à condition qu’elles soient ouvertes au libre marché et à la concurrence.
Le nihilisme moral a parfois des conséquences coûteuses, pas seulement en termes financiers mais aussi en termes psychologiques ou sociaux : délinquance, toxicomanies, suicides. Bien entendu, ces phénomènes sont aussi à mettre au compte des effets pervers de l’interventionnisme étatique : déresponsabilisation, confiscation de l’épargne des ménages, éducation nationalisée, chômage de masse, etc. Aussi je n’attends absolument rien de l’État dans le domaine éducatif, ni sous forme de prévention, ni sous forme d’école publique obligatoire avec cours de morale et de propagande d’éducation civique.
Ce n’est pas non plus à l’État de prendre en charge les dégâts causés par la toxicomanie par exemple. Si la drogue est dépénalisée, que chacun prenne ses responsabilités et que ceux qui en consomment assument les conséquences de leur choix sans obliger les autres à payer pour les dégâts causés. La compassion est une vertu morale qui humanise la société mais pas la solidarité obligatoire, ni la redistribution forcée. Une société humaine se doit moralement de prendre en considération les plus faibles, ceux qui sont plus fragiles face à la vie. Mais la société, ce n’est pas l’État. Là encore, les familles, les communautés privées, religieuses ou non, seront toujours mieux à même d’accueillir la misère humaine et d’exercer la solidarité que n’importe quel appareil administratif d’État.
Tu l’auras compris, je ne suis pas de ces conservateurs, religieux ou républicains, qui sacralisent l’État et attendent de lui le salut. Je considère même que cette attitude est profondément contraire au christianisme authentique auquel je suis attaché. Malheureusement depuis longtemps, les catholiques se raccrochent à l’État et à la coercition dans l’espoir de sauver l’ordre social. Ils ne comprennent pas qu’ils accélèrent ainsi la décomposition de la société et leur propre disparition. Mais je ne suis pas non plus de ces libertariens libertins, qui s’imaginent naïvement que tout ce qui est légal est moral et qui invoquent la formule relativiste, « à chacun sa vérité », comme une vérité éternelle…

Bien amicalement !

ps : je n’ai pas voulu alourdir ce message par des considérations historiques. Mais pour ceux qui le souhaitent, j’ajoute que ma position s’inspire de celle des libéraux classiques français de Say à Molinari en passant pas Constant, Tracy ou Bastiat. Aujourd’hui aux Etats-Unis, on trouvera l’équivalent chez les paléo-libertariens : Murray Rothbard, Lew Rockwell, Walter Block, Thomas Woods, Hans Hermann Hoppe, Ron Paul et Rand Paul, proches du Mises Institute. On pourrait citer aussi bien le think tank Acton Institute ou le journal de Pat Buchanan : American Conservative.

Lire la réponse de Kaplan

De la justification morale de la peine

Cher Kaplan votre mise au point concernant la philosophie pénale en termes de calcul coût-bénéfice est tout à fait pertinente mais je voudrais y ajouter deux ou trois choses sur lesquelles nous serons peut-être en désaccord.

Nous sommes je pense d’accord sur un point : c’est le traitement « social » du crime qui a conduit à diaboliser la dissuasion depuis les années 50. C’est-à-dire l’idée que les causes profondes de la criminalité résideraient dans l’inégalité des revenus et dans les injustices sociales comme le racisme ou la discrimination. Selon ce point de vue « socialisant », les criminels seraient d’abord des victimes.

En réalité, comme votre billet tend à le montrer, ce n’est pas la pauvreté qui engendre le crime, c’est l’opportunité d’un gain facile et sans risque. Le comportement criminel est donc une réponse rationnelle à des incitations et des opportunités. La criminalité baisse ou augmente en réponse à ses coûts attendus en termes de probabilité de punition.

Or je crois qu’il ne faut pas seulement réhabiliter la fonction dissuasive de la peine mais qu’il faut aussi, allons plus loin, réaffirmer l’idée qu’un crime est punissable parce qu’il est en lui-même une injustice commise contre les droits d’un ou de plusieurs individus. La punition doit, bien entendu, être strictement proportionnelle au crime.

Il y a donc une double utilité de la peine : dissuasive et morale. Et sans une conception morale objective du droit, on continuera à traiter le criminel comme une victime et on sera toujours enfermés dans une fausse alternative : laxisme ou répression aveugle.

En résumé : Il y a deux types de justifications de la peine et les deux sont complémentaires :

La première est conséquentialiste. Une action doit être jugée à ses conséquences. Ainsi la punition est justifiée par ses conséquences sociales désirables : dissuader les futurs criminels de passer à l’acte (sécurité publique).

L’autre justification de la peine est déontologique. Déontologie est un terme qui renvoie à la morale et qui signifie qu’une action humaine doit être jugée selon sa conformité (ou sa non-conformité) à certaines normes morales objective, inhérentes à la nature rationnelle de l’homme.

Cette approche morale permet de rendre à chacun le sens de sa dignité. La victime est reconnue dans son innocence et dans ses droits, tandis que le criminel doit rendre des comptes et il est reconnu dans sa liberté de sujet rationnel, capable de choix responsables. Le but ici n’est plus seulement de garantir la sécurité publique mais de restaurer la responsabilité individuelle et de promouvoir le respect des droits de chacun.

Le problème est que les intellectuels ont éliminé la culpabilité en combattant systématiquement les valeurs et les normes sur lesquelles repose la liberté. Au cours des années 60, on a introduit de fausses idées philosophiques sur l’homme et la société permettant d’excuser les comportements déviants et criminels : le déterminisme social, l’exploitation des pauvres par les riches, l’idée que la raison serait en faillite et qu’une morale rationnelle ne pourrait être formulée, l’idée que les valeurs seraient relatives… etc. etc.

Bref, pour conclure je dirais que la dissuasion a été affaiblie, certes, mais aussi et surtout que la conscience morale a été pervertie. Ou, pour le dire autrement, le déclin de l’idée de responsabilité individuelle et la négation du droit de propriété sont à l’origine de la faillite du système pénal et de l’explosion de la criminalité.

La réponse de Kaplan à ma réponse : Lettre à Nicomaque
Voir aussi :
http://www.contrepoints.org/2011/11/19/56505-de-la-justification-morale-de-la-peine/
(Ma réponse à la réponse de Kaplan à ma réponse ne va pas tarder !!)

#310

« Il peut aisément exister un gouvernement sans loi, mais il ne peut exister de loi sans gouvernement. »

— Bertrand Russell (1872 – 1970)

Source : ??? (19??)

V.O. : « Government can easily exist without laws, but law cannot exist without government. »

Bastiat vivant (1) : apports conceptuels

Par Damien Theillier *

1° Apports conceptuels

Bastiat philosophe

Proudhon disait : « La propriété c’est le vol ». Tel n’est pas le point de vue de Bastiat pour qui la propriété possède un fondement philosophique légitime. Elle n’est pas une simple possession fondée sur la force comme chez Rousseau ou Hobbes, elle n’est pas un simple droit coutumier que la politique se contente de protéger, comme chez Montaigne ou Pascal. La propriété est un droit qui tient sa légitimité de son fondement moral.
Bastiat précise : « J’entends par propriété le droit qu’a le travailleur sur la valeur qu’il a créée par son travail » (Propriété et Loi). Il ne s’agit pas seulement de la propriété foncière.  La propriété est une conséquence nécessaire de la constitution de l’homme, de ses facultés et de ses besoins. Pour se conserver, l’homme doit travailler, user de ses facultés pour transformer la matière et l’adapter à ses besoins. « L’homme naît propriétaire, écrit Bastiat, parce qu’il naît avec des besoins dont la satisfaction est indispensable à la vie, avec des organes et des facultés dont l’exercice est indispensable à la satisfaction de ces besoins. Les facultés ne sont que le prolongement de la personne ; la propriété n’est que le prolongement des facultés » (Propriété et Loi). 
Pour comprendre le fondement moral de la propriété, il faut donc partir de ce principe que l’homme doit travailler pour vivre et que le fruit de son travail est le prolongement de ses facultés, c’est-à-dire de sa personne. Entendu en ce sens, le droit de Propriété fait partie de ces droits qui ne dérivent pas de la loi positive, mais la précèdent et sont sa raison d’être. En effet, « la loi est l’organisation collective du droit individuel de légitime défense » (La loi). Elle a pour mission de défendre la personne et ses biens.
Bastiat est ainsi conduit à opposer deux systèmes philosophiques antagonistes. Le premier système est celui de Rousseau, pour qui le législateur doit organiser la société, comme un mécanicien qui invente une machine à partir d’une matière inerte. « Celui qui ose entreprendre d’instituer un peuple, dit Rousseau, doit se sentir en état de changer, pour ainsi dire, la nature humaine, de transformer chaque individu qui, par lui-même, est un tout parfait et solitaire, en partie d’un plus grand tout dont cet individu reçoive en quelque sorte sa vie et son être ».
Le second système, le système de la liberté, est celui pour lequel la société, les personnes et les propriétés existent antérieurement aux lois. Dans ce système, ajoute Bastiat, « ce n’est pas parce qu’il y a des lois qu’il y a des propriétés, mais parce qu’il y a des propriétés qu’il y a des lois » (Propriété et Loi). 
Dans le premier système, celui de Rousseau, le législateur a pour mission d’organiser, modifier, supprimer même la propriété, s’il le trouve bon. Pour Rousseau, la propriété n’est pas naturelle mais conventionnelle, comme la société elle-même. Cette idée provient du droit romain, dont Rousseau était imbu. À son tour Robespierre pose le principe que « La propriété est le droit qu’a chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion de biens qui lui est garantie par la loi ».
Dans le second système, celui de Turgot, Say et Bastiat, il existe donc une loi naturelle, indépendante du bon plaisir des législateurs. Elle est valable pour tous les hommes et antérieure à toute société. Ici Bastiat s’inscrit ici dans l’héritage des physiocrates, et par-delà, dans la tradition de la philosophie du droit de Cicéron et d’Aristote. La loi ne crée pas le droit. Elle a pour mission de le défendre.

Bastiat économiste


« S’il y a des lois générales qui agissent indépendamment des lois écrites et dont celles-ci ne doivent que régulariser l’action, il faut étudier ces lois générales. » Ainsi l’économie politique est la science qui étudie les lois de l’action humaine. « Si, au contraire, ajoute Bastiat, la société est une invention humaine, si les hommes ne sont que de la matière inerte, auxquels un grand génie, comme dit Rousseau, doit donner le sentiment et la volonté, le mouvement et la vie, alors il n’y a pas d’économie politique; il n’y a qu’un nombre indéfini d’arrangements possibles et contingents; et le sort des nations dépend du fondateur auquel le hasard aura confié leurs destinées. » (Chapitre I des Harmonies Économiques)

L’économie doit aussi décrire les effets des décisions politiques sur la société. Mais selon Bastiat, elle doit être attentive, non pas seulement à ses effets à court terme sur un groupe particulier mais plutôt à ses conséquences à long terme pour la société dans son ensemble. 
Bastiat écrit : « Entre un mauvais et un bon Économiste, voici toute la différence : l’un s’en tient à l’effet visible ; l’autre tient compte et de l’effet qu’on voit et de ceux qu’il faut prévoir. Mais cette différence est énorme, car il arrive presque toujours que, lorsque la conséquence immédiate est favorable, les conséquences ultérieures sont funestes, et vice versa. » Henry Hazlitt, un économiste américain disciple de Bastiat, précise : « L’art de l’économie consiste à identifier non seulement les effets immédiats, mais les effets à plus long terme de tout acte ou de toute décision politique, il consiste à identifier les conséquences d’une politique non seulement pour un groupe, mais pour tous les groupes » (Henry Hazlitt, L’économie en une leçon, 1946). 
Parce qu’identifier les effets cachés d’une décision politique exige un effort, les électeurs ne voient que les avantages immédiats valorisés par les politiciens et les médias. Souvent, ils ne peuvent pas mettre en relation les décisions du gouvernement avec les frais supplémentaires, générés indirectement par le ralentissement des échanges économiques ou directement par l’augmentation de l’inflation et des taxes. Les avantages temporaires de la promesse électorale l’emportent sur le coût d’une action pour la combattre. Le problème en démocratie, c’est que l’électeur n’a pas les moyens d’être un bon économiste.
Bastiat a illustré sa distinction entre ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas par un pamphlet appelé Le sophisme de la vitre cassée. Le garçon qui brise la fenêtre d’un voisin donne du travail au verrier. C’est ce qu’on voit. De même, dira Keynes, la destruction de la propriété, en forçant à la dépense, stimule l’économie et a un « effet multiplicateur » revigorant sur la production et l’emploi. 
C’est seulement ce qu’on voit. Mais ce qu’on ne voit pas, dit Bastiat, c’est ce que le propriétaire aurait acheté, mais auquel il doit renoncer, avec l’argent qu’il doit maintenant dépenser pour réparer sa fenêtre. Ce qu’on ne voit pas, c’est l’opportunité perdue du boutiquier. S’il n’avait pas eu à dépenser pour réparer la vitre, il aurait pu accroître son capital et ainsi employer du monde dans une action de création. Ou bien, le boutiquier aurait pu dépenser l’argent pour sa propre consommation, employant ainsi des travailleurs pour la production. Selon Bastiat, la destruction ne stimule pas l’économie comme le pensent aujourd’hui les keynésiens mais conduit à l’appauvrissement.

A suivre

* article publié sur 24HGold

#241

« Les lois sont comme les toiles d’araignées, elles peuvent attraper des petites mouches mais laissent passer les guêpes et les frelons. »

— Jonathan Swift

Source : ()

V.O. : « Laws are like Cobwebs, which may catch small Flies, but let Wasps and Hornets break through. »

#199

« L’expérience de tous les peuples témoigne que la propriété se forme et s’accumule d’autant plus rapidement que le travail est plus éclairé et plus libre, et que la faculté de jouir et de disposer de ses produits est mieux garantie à chacun. Cette garantie doit être l’objet principal des lois et des services publics. »

— Ambroise Clément

Source : …

#196

« Il ne serait que de peu de valeur pour le peuple que les lois soient faites par des hommes de leur propre choix si les lois devaient être si volumineuses qu’elles ne puissent être lues, ou si incohérentes qu’elles ne puissent être comprises, si elles sont abrogées ou revues avant d’être promulguées, ou subissent de tels changements incessants qu’aucun homme, sachant ce qu’est la loi à ce jour, ne peut deviner ce qu’elle sera demain. »

— James Madison

Source : The Federalist (No. 62) (1788)

V.O. : « It will be of little avail to the people, that the laws are made by men of their own choice, if the laws be so voluminous that they cannot be read, or so incoherent that they cannot be understood; if they be repealed or revised before they are promulgated, or undergo such incessant changes that no man, who knows what the law is to-day, can guess what it will be tomorrow. »

#104

« Toute loi inutile est un mal par cela seul qu’elle est une restriction à la liberté, qui par elle-même est un bien. »

— Anne Robert Jacques Turgot

Source : …

V.O. : …

#103

« Comment se fait-il que vous soyez à peu près le premier parmi vos gens de lettres qui ayez donné des notions justes de la liberté et qui ayez fait sentir la fausseté de cette notion rebattue par presque tous les écrivains républicains, « que la liberté consiste à n’être soumise qu’aux lois », comme si un homme opprimé par une loi injuste était libre. Cela ne serait pas même vrai quand on supposerait que toutes les lois sont l’ouvrage de la nation assemblée; car enfin l’individu a aussi ses droits, que la nation ne peut lui ôter que par la violence et par un usage illégitime de la force générale. Quoique vous ayez eu égard à cette vérité, que vous vous en soyez expliqué, peut-être mériterait-elle que vous la développassiez avec plus d’étendue, vu le peu d’attention qu’y ont donné même les plus zélés partisans de la liberté. »

— Anne Robert Jacques Turgot

Source : lettre au docteur Price (22 mars 1778)

V.O. : …

#53

« Plus il y a d’interdits, plus le peuple est pauvre
Plus il y a d’armes, plus le pays est troublé.
Le peuple a-t-il recours à l’habileté
Et d’étranges nouveautés apparaissent.
Plus croissent les lois et les règlements
Et plus augmentera le nombre des voleurs et des brigands. »

— Lao Tseu

Source : Tao Te King (La Vertu, 57)

V.O. : …

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