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Archives de Catégorie: liberte

Découvrir l’école libérale classique française en vidéo

Benoît Malbranque réédite les écrits des économistes français dans les collections de l’Institut Coppet.

Avec l’Ecole de la Liberté, il propose une série de vidéos sur « la politique du Laissez-Faire », une tradition française qui remonte aux Lumières. Il transmet avec pédagogie un savoir oublié et pourtant si précieux encore de nos jours.

En réaction aux idées et aux institutions de l’Ancien régime, s’est développée en France, à partir du début du XVIIIème siècle, une grande tradition intellectuelle autour d’une notion centrale : le laissez-faire. C’est un marchand, dit-on, qui prononça le premier cette formule, quand le ministre Colbert vint lui demander : « Qu’est-ce que l’État peut faire pour vous aider ? ». Il répondit : « Nous laisser faire ». Dès lors, un grand nombre d’auteurs sont venus expliquer les mérites de cette politique. L’État, considéraient-ils, se doit de rester en recul, d’assurer le respect des droits, mais non d’intervenir dans les affaires économiques, sous peine de tout secouer et de tout détruire.

Dès lors, un grand nombre d’auteurs sont venus expliquer les mérites de cette politique. L’État, considéraient-ils, se doit de rester en recul, d’assurer le respect des droits, mais non d’intervenir dans les affaires économiques, sous peine de tout secouer et de tout détruire. Il doit d’abord lever l’impôt de manière égalitaire et juste (Vauban, Boisguilbert). Il doit ensuite se garder de jouer avec la monnaie, en abaissant sa valeur pour se financer à bas prix (Cantillon après le désastre John Law ; Dupont de Nemours avant celui des Assignats). Il doit garantir la liberté du travail, supprimer les corporations et les règlements tatillons sur l’industrie et le commerce, qui entravent le progrès économique (d’Argenson, Gournay, les Physiocrates, Turgot).

Enfin, l’État doit autoriser la libre circulation des marchandises – ce pour quoi à laissez-faire, d’aucuns ont ajouté laissez-passer –, permettant aux consommateurs d’acheter au meilleur prix, et assurant la paix et la fraternité entre les nations (Quesnay et les Physiocrates, abbé de Saint-Pierre). En défendant cet idéal du laissez-faire, les économistes français du XVIIIème siècle ont posé les bases de la science économique. Après avoir dominé leur époque, ils peuvent guider la nôtre.

A consulter sur le site de l’Ecole de la liberté (il faut s’enregistrer pour suivre le MOOC complet avec les ressources en ligne)

A consulter sur Youtube
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15 livres à lire pour se cultiver cet été

Je vais diviser mon choix en trois catégories :

5 grands classiques incontournables + 5 livres récents à découvrir + 5 livres majeurs de la bibliothèque numérique de l’Institut Coppet (téléchargeables gratuitement ou achetables en version papier)

A] Cinq grands classiques des 100 dernières années à relire

Ces cinq livres sont parmi les livres les plus éclairants que j’ai pu lire en version français (je laisse de côté les livres non traduits). Sauf exception, ils ne sont pas connus en France, en dehors d’un petit cercle d’initiés.

Vous pouvez cliquer sur l’image de chaque livre pour accéder directement à Amazon.fr

Lire la Suite →

Frédéric Bastiat et le miracle du marché libre

a119c-chienbastiatUn miracle, le libre marché ? N’est-ce pas très légèrement exagéré, une louange un tantinet idéologique…?

Eh bien, à y réfléchir correctement, comme le fait ici Damien Theillier, non.

Le libre marché permet la coopération décentralisée de millions ou de milliards de personnes qui ne se connaissent pas, et ce de manière décentralisée, pour produire des millions de services, sans qu’un manager – ou un dictateur – ne soit aux commandes. Voilà qui est plutôt intéressant, n’est-ce pas ? Notamment en ce qui concerne le développement.

Ressources :

Le marché libre expliqué : Bastiat, Hayek et Friedman

Contre l’économie d’État. Par Frédéric Bastiat

La main invisible du marché

Les nouvelles objections contre le marché

SUIVRE LE MOOC DE DAMIEN THEILLIER
Pour suivre ce MOOC en bénéficiant des ressources complémentaires, des quizz et d’un espace de discussion en ligne, inscrivez-vous : http://www.ecoleliberte.fr/inscription/

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Êtes-vous progressiste, conservateur ou libéral ?

41bqlmXAMmL._SX312_BO1,204,203,200_En politique, certains penchent vers ceux pour qui l’ordre doit être imposé à tout prix, ce sont les conservateurs. Certains penchent vers ceux pour qui l’égalité doit être appliquée à tout prix, ce sont les progressistes. Les libéraux se retrouvent parfois avec les conservateurs et d’autres fois avec les progressistes, mais la plupart du temps ils sont isolés et peu représentés dans le paysage politique. Et vous ? Dans quelle famille politique vous situez-vous ?

Dans un article déjà ancien (Test politique : existe-t-il un autre choix que la droite ou la gauche ?), j’avais repris et exposé le diagramme de Nolan. J’expliquais que le problème principal de l’axe gauche-droite est qu’il ne laisse aucune place à la pensée libérale, celle-ci ne pouvant être rangée ni avec l’égalitarisme de la gauche (le progressisme), ni avec le nationalisme de la droite (le conservatisme). Par ailleurs, il y a des conservateurs à gauche et des progressistes à droite. Donc l’axe gauche-droite n’est pas le plus pertinent pour penser la politique. (Voir ici le test à faire en ligne)

La thèse que je voudrais exposer cette fois est celle du sociologue et économiste américain Arnold Kling, dans un petit livre intitulé The Three Languages of Politics (« Les trois langues de la politique »). Selon Kling, trois grandes familles divisent le paysage politique contemporain : les progressistes, les conservateurs et les libéraux. Or chacune de ces trois familles parle une langue différente. Chacune voit la politique selon un axe différent. Pour les progressistes, l’axe principal est l’axe opprimés/oppresseurs Pour les conservateurs, l’axe principal est civilisation/barbarie. Pour les libéraux, l’axe principal est libre choix/coercition.

PROGRESSISME
Opprimés <————————-> Oppresseurs

CONSERVATISME
Civilisation <————————-> Barbarie

LIBÉRALISME
Libre-choix <————————-> Coercition

L’auteur m’a permis de mieux comprendre pourquoi nous sommes enclins à diaboliser nos adversaires politiques. Pourquoi nos discussions politiques, même entre amis, sont aussi clivantes et finalement profondément frustrantes, voire toxiques.

En effet, en tant que libéral je suis souvent frustré dans mes discussions avec des progressistes ou des conservateurs parce qu’ils ne se soucient pas de ce qui compte pour moi (et le sentiment est réciproque.) Par exemple quand je parle avec un conservateur du mariage gay ou de l’immigration, il croit systématiquement que je ramène tout à l’économique et que je dénigre le politique. De mon côté, j’ai tendance à penser qu’il réduit le politique à l’État et qu’il dénigre la puissance du marché comme facteur de régulation et de coopération. Quand je parle d’économie avec un progressiste et que je plaide pour une réglementation du travail plus souple, il m’accuse facilement de défendre l’oppression des travailleurs tandis que je le soupçonne de haïr la liberté.

Il est tentant de penser que nos opposants sont autoritaires, fascistes, racistes, homophobes etc. Nous avons beaucoup de mal à entendre leurs arguments et nous les rejetons d’emblée comme manifestement erronés, stupides, immoraux. Nos désaccords viennent-ils d’erreurs de bonne foi  ou de la méchanceté et de la stupidité d’autrui ?

En réalité, sans nier qu’il existe de réels clivages philosophiques, nous ne parlons pas la même langue. Car la politique est habituellement une affaire de tribus et donc aussi de dialectes. La plupart du temps, la politique n’est pas pratiquée comme un effort pour changer l’esprit de nos adversaires ou de nos alliés, mais comme un moyen de renforcer notre statut au sein de la tribu. La politique récompense ce type de comportement tribal et contribue à polariser davantage les débats (voir sur ce point l’Annexe à la fin de l’article).

L’hypothèse de Kling est que nous avons l’habitude naturelle de voir le monde sur un axe unique avec une extrémité qui représente le bien et l’autre qui représente le mal. Et dès lors qu’une personne est en désaccord avec nous, elle doit se trouver à l’autre bout de l’axe, dans le camp du mal. On sait déjà fort bien que ce type de polarisation fonctionne à plein avec les religions. Le fait de se trouver dans un camp religieux (ou de rejeter toute religion), incite à penser que ceux des autres camps sont forcément stupides et incapables de raisonner correctement.

Or pour Arnold Kling, la politique fonctionne exactement de la même manière. Les camps opposés jugent le monde selon des axes perpendiculaires et parlent ainsi des langues différentes. Chaque camp voit une réalité donnée et l’interprète d’une manière cohérente pour lui mais qui semble néanmoins incompréhensible, ou sans importance pour les autres. Et nous réalisons rarement que le langage politique que nous utilisons implique une vision du monde selon un certain axe de valeurs.

C’est pourquoi quand nous pratiquons notre propre langue dans une discussion avec un partisan d’un autre camp, le dialogue ne passe plus. Pire, il tourne très vite à l’affrontement verbal et aux insultes. Chacun réagissant au désaccord en criant encore plus fort dans une langue que l’autre ne comprend pas.

Typologie des familles politiques (a)

1° Pour les progressistes, les problèmes de société sont envisagés principalement comme des rapports de domination, des formes d’oppression des faibles par les forts. Et par oppression, il faut entendre, en tout premier lieu l’absence d’égalité, pas seulement formelle mais aussi et surtout matérielle. Par ailleurs, ils pensent en termes de groupes. Ainsi, certains groupes de personnes sont  les opprimés, et certains groupes de personnes sont les oppresseurs. Le bien implique de s’aligner contre l’oppression et les personnages historiques qui ont amélioré le monde ont lutté contre l’oppression, c’est-à-dire contre les inégalités. Les progressistes ont tendance à vénérer la science. Ils croient que la science peut faire avancer leur projet d’amélioration de la société et de l’homme. Ils mettent les sciences sociales à égalité avec les sciences physiques et en font un guide de l’action publique.

2° Le deuxième axe est celui des conservateurs. Chez eux le bien s’identifie au fait de défendre les valeurs et les institutions traditionnelles qui se sont accumulées au cours de l’histoire et qui ont résisté à l’épreuve du temps. Et le mal est incarné par les barbares qui tentent de s’opposer à ces valeurs et qui veulent détruire la civilisation. Les conservateurs sont très disposés à voir l’utopie comme une menace qui ne peut être arrêtée que par l’autorité politique. Ils voient la barbarie comme étant une inclination de la nature humaine d’où la nécessité de recourir aux institutions politiques pour protéger la civilisation. Alors que les progressistes sont moins préoccupés par l’utopie, car ils ont tendance à voir les humains comme intrinsèquement bons, mais simplement affaiblis par l’oppression. Du point de vue de l’axe civilisation/barbarie, il faut s’opposer à la légalisation de la marijuana, à l’avortement et au mariage homosexuel dans la mesure où l’on pense  que l’avenir de la civilisation en dépend, ou du moins qu’elle risque d’en sortir affaiblie.

3° Le troisième axe est celui des libéraux (libéraux classiques ou libertariens). La principale menace étant pour eux l’empiétement du pouvoir sur les choix individuels. Le bien consiste dans la possibilité pour les individus de faire leurs propres choix, de contracter librement entre eux et d’en assumer la responsabilité. Le mal réside dans l’initiative de la menace physique, en particulier de la part des gouvernements, contre des individus qui ne portent préjudice à personne, sinon éventuellement à eux-mêmes. Pour eux, la coercition sous quelque forme que ce soit, y compris celle des gouvernements, est plus un problème qu’une solution. Chacun a le droit de décider pour lui-même ce qui est meilleur pour lui et d’agir selon ses préférences, tant qu’il respecte le droit des autres à faire de même. Le corollaire de ce principe est le suivant : « personne n’a le droit d’engager une agression contre la personne ou propriété de quelqu’un d’autre ». L’usage de la force ne se justifie qu’en cas de légitime défense. Pour le reste, il faut s’en tenir à la persuasion.

Typologie des familles politiques (b)

1° Les progressistes croient en l’amélioration de l’espèce humaine. Ils croient en une perfectibilité quasi illimitée dans le domaine matériel et, plus important encore, dans le domaine moral et politique. En revanche, pour eux les marchés sont sujets à des échecs inéluctables. Le succès des hommes d’affaire reflète souvent la chance et peut s’avérer être la récompense injuste d’une forme d’exploitation. Mais ces défaillances peuvent et doivent être traités par les interventions du pouvoir politique : la redistribution, la fiscalité, les réglementations.

2° Les conservateurs croient dans la faiblesse humaine. En termes bibliques, l’homme est « originellement pécheur ». Ce côté sombre de la nature humaine ne sera jamais éradiqué. Mais il peut être domestiqué par les institutions sociales, notamment la famille, la religion et l’autorité politique. Supprimez ces institutions et ce qui émerge est Sa majesté des Mouches (le roman de William Golding). C’est pourquoi ils sont enclins à vénérer le passé, notamment les traditions et l’ordre établi. Les conservateurs reconnaissent aisément avec les libéraux que les marchés récompensent les vertus de prudence et de patience. Mais ils les accusent systématiquement de saper les traditions culturelles, en mettant la vulgarité à égalité avec le sublime, sans hiérarchisation morale. Ils voient dans la défense libérale du marché une promotion de la marchandisation du monde et de l’humain.

3° Les libéraux voient la nature humaine comme imparfaite, corruptible, mais éducable. Ils croient en une rationalité humaine limitée. Tant qu’ils respectent la propriété d’autrui, les individus sont les meilleurs juges de leurs intérêts et il faut les laisser libres de les poursuivre. C’est pourquoi les libéraux refusent l’idée un gouvernement qui ferait le bien à la place des gens. En revanche, ils pensent que les dysfonctionnements du pouvoir politique et les interventions excessives de la loi représentent une menace pour la paix, bien plus grande que les dysfonctionnements du marché. Le marché s’auto-régule dans le temps par le mécanisme de la concurrence, l’Etat non car il exerce un monopole. Il tend à s’accroître de façon exponentielle. Par ailleurs, les libéraux sont enclins à penser la technologie comme une force libératrice dont les effets néfastes sont largement compensés par les bénéfices estimés. Enfin ils considèrent que les marchés encouragent la coopération pacifique parce que chaque échange volontaire profite aux deux parties. Et l’ensemble de ces échanges volontaires crée une prospérité qui profite au plus grand nombre.

Les controverses politiques actuelles

D’une façon générale, les conservateurs et les progressistes se rejoignent sur un point. Ils jugent le processus politique plus efficace que le processus de marché. Par processus politique j’entends ici la capacité d’un gouvernement central à créer un ordre social à la fois juste et stable pour le plus grand nombre. Et par processus de marché, j’entends l’échange libre et volontaire comme  mode d’interaction et mécanisme de coopération. Or les conservateurs et les progressistes sont tous favorables à l’augmentation du pouvoir de l’État central et à son intrusion dans la vie privée, mais pour des raisons différentes. Pour les uns c’est au nom de la défense de la civilisation, pour les autres c’est au nom de la défense des opprimés.

Philosophiquement le libéral pourra adhérer à certains objectifs des conservateurs et des progressistes, mais empiriquement il sera en désaccord avec leurs moyens. Ainsi le libéral sera d’accord avec les progressistes pour aider les travailleurs opprimés, mais il ne pensera pas que le salaire minimum puisse atteindre cet objectif, en tout cas pas un salaire minimum uniforme et imposé partout. De même, le libéral sera d’accord avec l’idée conservatrice que la civilisation doit être défendue, mais il ne sera pas d’accord pour dire que la civilisation est menacée par le mariage homosexuel ou par l’ouverture des frontières, en tout cas pas de façon alarmiste.

Examinons quelques-uns de ces sujets :

Le mariage gay

Les conservateurs voient dans le mariage traditionnel une institution fondamentale de la civilisation occidentale qui remonte à 2500 ans. Une redéfinition radicale du mariage serait une menace pour la société civilisée. Les progressistes d’autre part, voient une majorité hétérosexuelle opprimer une minorité homosexuelle en leur refusant le mariage et donc soutiennent naturellement la réforme.

Les libéraux sont partagés sur le sujet. Certains pensent que le mariage est un droit universel et militent avec les progressistes pour l’égalité des droits. D’autres pensent que le mariage est une institution qui ne relève pas de l’État et que ce dernier n’a pas à s’impliquer juridiquement pour forcer les autres à reconnaître le mariage traditionnel ou le mariage gay. La solution ? Se débarrasser du mariage civil obligatoire une bonne fois pour toute et laisser ce rôle aux associations privées : les églises, les synagogues, les mosquées ou les organisations privées laïques. Cette solution politique pourrait s’appeler l’abolition du mariage comme fonction étatique, ou, plus précisément, la séparation du mariage et de l’État. Personnellement c’est cette solution qui m’a toujours parue la seule bonne.

La discrimination

Un boulanger qui s’oppose au mariage gay a-t-il le droit de refuser de vendre un gâteau de mariage à un couple gay ? Non pour un progressiste, bien sûr, ce serait pour lui une forme d’oppression.

Mais la réponse du libéral serait de dire que (a) le boulanger doit avoir un tel droit et que le pouvoir central ne devrait jamais forcer un commerçant à faire des affaires avec un client qu’il juge indésirable. En revanche (b), une association libre de boulangers devrait pouvoir exclure un de ses membres indésirable, par exemple un boulanger raciste ou homophobe. Enfin (c) une association de consommateurs devrait pouvoir également appeler ses membres à boycotter le boulanger raciste ou homophobe.

Une réponse libérale complémentaire consisterait à dire (a) il doit exister une concurrence suffisante sur le marché de sorte que si vous étiez victime de discrimination par x, vous pourriez facilement obtenir ce que vous désirez ailleurs. Et (b) le gouvernement ne devrait intervenir que si la discrimination est omniprésente. Le principe de subsidiarité s’appliquerait. L’État laisserait le marché résoudre le problème autant que possible et n’interviendrait qu’en dernier recours.

L’immigration

Concernant l’immigration, les progressistes voient les immigrants illégaux comme un groupe d’opprimés et les natifs blancs, hostiles aux immigrants, comme leurs oppresseurs. Pour les conservateurs le fait d’avoir de frontières bien définies, et une population bien définie, fait partie des valeurs civilisées. Ils craignent qu’en permettant l’immigration on détruise l’identité des nations et qu’on fragilise un peu plus le travail des citoyens les plus modestes.

Les libéraux, qui n’aiment par l’idée de coercition politique, sont favorables à l’ouverture des frontières. Du point de vue de l’axe liberté/coercition, une frontière ouverte donne à l’individu le choix de son gouvernement et la capacité de voter avec ses pieds. Par ailleurs la relation de travail est un accord volontaire qui profite aux deux parties, peu importe l’origine ou le lieu de naissance de l’une ou de l’autre. Mais l’immigration, comme le mariage gay, est un sujet qui divise la famille libérale. Car dans un monde fortement étatisé, l’immigration est toujours subventionnée et crée un droit fâcheux sur le travail des autres (c’est-à-dire un faux droit, une forme de spoliation). Comme l’explique le professeur Pascal Salin dans un article fort éclairant sur ce sujet, « l’émigration et l’immigration devraient être totalement libres car on ne peut pas parler de liberté individuelle si la liberté de se déplacer n’existe pas. Mais la liberté de se déplacer n’implique pas que n’importe qui a le droit d’aller où bon lui semble. Les droits de chacun trouvent en effet pour limites les droits légitimes des autres ».

C’est ainsi que le prix Nobel d’économie Gary Becker a proposé d’instaurer un marché des droits à immigrer (ou, éventuellement, des droits à acquérir une nationalité). D’autres ont proposé que l’immigration soit libre, mais que les immigrants n’aient pas le droit aux bénéfices de la protection sociale. En fin de compte, la meilleure politique d’immigration consisterait à désétatiser la société et à laisser les citoyens décider dans quelle mesure ils souhaitent établir des contrats avec des individus d’autres nationalités.

L’obésité

Pour les progressistes, le problème de l’obésité, c’est le problème des industriels qui commercialisent des sodas. Ainsi taxer les sodas correspond à la narration selon laquelle les obèses sont des opprimés et les fabricants ou les vendeurs de sodas sont les oppresseurs. Peu importe l’incidence fiscale et autres concepts économiques. Une taxe soda fait avancer le récit oppresseurs-opprimés et c’est son principal attrait.

Pour les libéraux, les taxes sur le soda n’ont aucune efficacité pour atteindre l’objectif politique déclaré de réduire l’obésité. Ils chercheront des moyens d’atteindre cet objectif sans utiliser la coercition. Par exemple en ciblant la sortie, plutôt que l’entrée. Certaines solutions sont à l’étude comme le fait d’accorder des crédits d’impôt pour les personnes obèses qui perdent du poids. Les économistes américains Richard Thaler et Cass Sunstein appellent cela un « nudge » (to nudge : au sens littéral, pousser quelqu’un du coude ; amener quelqu’un à faire quelque chose). Ils ont choisi le terme étrange de « paternalisme libertarien » (un oxymore) pour désigner cette doctrine, qu’ils définissent comme « une version relativement modérée, souple et non envahissante de paternalisme, qui n’interdit rien et ne restreint les options de personne ; une approche philosophique de la gouvernance, publique ou privée, qui vise à aider les hommes à prendre des décisions qui améliorent leur vie sans attenter à la liberté des autres ». Les nudges sont des moyens d’inciter les individus à prendre les « bonnes » décisions sans les priver de leur liberté d’action.

Plaidoyer pour une éthique du dialogue politique

Nos débats politiques sont souvent frustrants et sans fin parce que chaque groupe s’exprime uniquement d’après son axe de valeurs privilégié. Par conséquent, chacun parle devant l’autre au lieu de dialoguer avec lui. Chaque camp émet ses arguments presque exclusivement selon ses propres termes et ne voit pas que les opinions contraires sont les manifestations d’une autre façon de penser plutôt que la preuve de la stupidité ou de la duplicité du camp adverse.

Alors, que pouvons-nous faire pour éviter de céder à nos instincts tribaux, sans renoncer pour autant à nos convictions ? La prescription de Kling est simple : résister à la tentation d’argumenter uniquement à partir de notre axe préféré et apprendre à voir les choses à partir des autres axes. Il faut prendre le point de vue le plus charitable de ceux avec qui nous sommes en désaccord et résister à la tentation de se dire : « je suis raisonnable et eux non ».

Selon moi, les conservateurs et les progressistes ont tort sur ces questions. Mais je pense qu’ils sont raisonnables, que leurs idées sont dignes d’intérêt et comportent une part de vérité, compte tenu de leurs préoccupations respectives.

C’est pourquoi je propose une sorte d’éthique de la discussion consistant à s’imposer de respecter les quatre points suivants :

  1. Essayer de ré-exprimer le plus clairement possible la position de son adversaire de telle sorte qu’il puisse dire : « Merci, je pense exactement de cette façon » ;

  2. Lister tous les points d’accord ;

  3. Mentionner tout ce qu’on peut apprendre de son adversaire ;

  4. Alors seulement s’autoriser à le réfuter ou à le critiquer.

Je voudrais finir cet article avec une citation du philosophe britannique Michael Oakeshott qui écrivait en 1939 : « L’action politique implique la vulgarité mentale, non seulement parce qu’elle implique le concours et le soutien de ceux qui sont vulgaires mentalement, mais à cause de la fausse simplification de la vie humaine implicite même dans le meilleur de ses objectifs » (The Claim of Politics). Tâchons tout de même de le faire mentir !

Un test à faire en ligne

HaidtAnnexe 1 : Jonathan Haidt et Arnold Kling sur la psychologie des croyances politiques

À certains égards, la thèse de Kling est une adaptation au domaine politique des idées du philosophe et psychologue social Jonathan Haidt sur la morale dans The Righteous Mind: Why Good People Are Divided by Politics and Religion (2013). Selon ce dernier, les personnes sont prédisposées à envisager les questions morales selon un ou plusieurs axes éthiques :
loyauté/déloyauté, autorité/subversion, sainteté/dépravation,
fidélité/trahison, équité/tricherie etc. (Je conseille de voir cette vidéo TED d’un quart d’heure qui vaut le coup !)

Par ailleurs, Haidt explique que nous avons évolué au cours des millénaires pour développer notre statut au sein de groupes constitués. Un moyen important d’acquérir un statut au sein d’un groupe est de respecter et de défendre ses normes. Or la psychologie cognitive expérimentale nous apprend que nous sommes enclins naturellement à des processus de diabolisation et de mauvaise foi à l’égard des membres des autres tribus. Nous avons ainsi acquis une série de traits sociaux-psychologiques qui ont pour rôle de favoriser notre propre groupe et de l’aider à supplanter les autres. L’un de ces traits est la préférence pour les proches et l’autre est la diabolisation de ceux qui sont en dehors de notre groupe. Nous héritons donc de processus de pensée biaisés car conçus exclusivement pour la survie du groupe auquel nous appartenons. Haidt cite les recherches de Richard Sosis qui a constaté que les communautés religieuses avaient tendance à survivre plus longtemps que les communautés laïques. Haidt en conclut que « demander aux gens de renoncer à toutes les formes d’appartenance sacralisée et vivre dans un monde de croyances purement rationnelles, pourrait être comme demander aux gens d’abandonner la Terre et d’aller vivre dans des colonies en orbite autour de la lune ».

En effet, le sentiment d’appartenance à une tribu, c’est à dire à un groupe humain qui partage une même culture fondée essentiellement sur la langue, est un phénomène culturel universel. Il reflète en chaque homme la conscience de son identité et des devoirs liés à cette identité. Le tribalisme en tant qu’affirmation d’une identité culturelle, politique ou religieuse, n’est en rien un vice. Dans ce contexte, les langues agissent comme de puissants ancrages sociaux de notre identité.

Et au sein d’une tribu, le langage est souvent utilisé pour rassurer les autres sur notre loyauté à leur égard et pour attiser l’hostilité contre les tribus étrangères. Nous avons l’habitude de parler à l’intérieur de notre tribu, dans une langue que les adeptes de notre tribu comprennent. Ainsi toute personne qui peut parler notre langue, partage un peu nos valeurs et notre histoire culturelle. En revanche, ceux qui ne parlent pas notre langue sont toujours spontanément identifiés comme une menace pour notre propre tribu.

Annexe 2 : Facebook et la paranoïa politique, quand chacun met en avant un récit qui accuse l’autre d’un complot.

Progressistes, conservateurs et libéraux disposent chacun d’un récit dans lequel ils sont les héros et les autres sont les méchants. C’est là que le réflexe tribal devient un danger. Non seulement il conduit à diaboliser les membres des autres tribus par une rhétorique sophistique, mais il conduit également à certaines formes de délires paranoïaques.

Dans ce modèle à trois axes, la paranoïa consiste à voir son adversaire comme représentant le « mal incarné », à l’opposé de notre axe préférentiel. Par exemple, quand un libéral pense que les conservateurs et les progressistes n’ont d’autre but que d’écraser la liberté et d’augmenter la coercition, c’est un libéral paranoïaque. De même, quand un conservateur pense que les progressistes et les libéraux sont en train de démolir la civilisation et de faire advenir la barbarie, c’est un conservateur paranoïaque. Enfin, lorsqu’un progressiste pense que les conservateurs et les libéraux n’agissent que pour aider les oppresseurs à dominer les opprimés, alors c’est un progressiste paranoïaque.

Or ce type de délires prolifère sur Facebook et je m’interroge de plus en plus sur les effets pervers des réseaux sociaux. Il y a une forte impulsion à réagir immédiatement aux sujets politiques, en impliquant des émotions et des réflexes tribaux plutôt que des raisonnements posés. Le débat s’en trouve considérablement faussé et appauvri, quand il n’est pas tout simplement inexistant. Bien sûr, diaboliser nos adversaires en déformant leurs points de vue est un réflexe aussi vieux que l’humanité, mais Facebook amplifie ce phénomène à l’excès car la communication politique sur les réseaux sociaux est par définition tribale. A chacun d’en prendre conscience pour éviter de tomber dans le piège.

Donald Trump est un contrecoup des excès du politiquement correct aux USA

trump 2Entretien avec Tom Palmer par TV Contrepoints.

« Le politiquement correct est allé trop loin dans une direction et cela a généré un contrecoup excessif dans l’autre direction. Voilà pour le premier facteur. » Tom Palmer.

Tom Palmer est un ami personnel et un philosophe politique auquel je dois beaucoup. Il est aussi Vice-Président des programmes internationaux au sein du Réseau Atlas (États-Unis), une organisation qui oeuvre pour la diffusion des idées et des institutions de la liberté dans le monde. Il est l’auteur de Realizing Freedom : The Theory, History, and Practice of Liberty, et a publié les anthologies After the Welfare State, The Economics of Freedom : What Your Professors Won’t Tell You et The Morality of Capitalism. (On trouvera  traduction française de ce dernier ici).

Dans le cadre d’une conférence à Bruxelles le 31 mars, il s’est exprimé sur le phénomène Donald Trump. « La bonne nouvelle, dit-il,  est que Donald Trump n’a pas d’idéologie, à part se considérer comme la personne la plus importante au monde et estimer que son pouvoir devrait être absolu, arbitraire et illimité. Contrairement à Mussolini et aux mouvements fascistes en Europe qui eux avaient une idéologie, un parti, des livres. Si Trump devait disparaître demain, ce serait la fin de ce mouvement particulier. »

A lire également cet excellent article de Simone Walper sur Trump : Donald est mon candidat comique préféré !

Sujet pour le bac 2015 : La vérité rend-elle libre ?

voo-parapente-natal-rn-v4La vérité rend-elle libre ?

Introduction : la philosophie semble être, dès son origine, un chemin de vérité qui a pour but de nous libérer de nos peurs et de nos superstitions. Pour autant, la vérité peut aussi devenir une arme, aux mains de personnes qui s’en servent pour juger les autres, les condamner et les asservir. Enfin, la vérité n’est-elle pas également désillusion ou désenchantement du monde ? Elle nous éloignerait de la vie, de l’innocence, de la spontanéité et donc aussi de la liberté.

1° Il faut s’affranchir de la vérité pour être libre

Thèse des sceptiques : éloge du doute contre le dogmatisme. Ce dernier est source de conflits irréductibles qui troublent la paix de l’âme. Les sceptiques tirent argument des contradictions entre les opinions humaines qu’ils expliquent par leur relativité aux individus, aux groupes et aux époques qui les professent (cf. Protagoras : « L’homme est la mesure de toute chose »). L’esprit humain est faible, il ne peut rien prouver, car toute preuve ou s’appuie sur des postulats invérifiables ou encore tourne au cercle vicieux (les propositions se prouvant les unes par les autres).

Thèse de Nietzsche : éloge de l’erreur, du mensonge et de l’illusion. « Nous ne voyons pas dans la fausseté d’un jugement une objection contre ce jugement ; c’est là, peut-être, que notre nouveau langage paraîtra le plus déroutant. La question est de savoir dans quelle mesure un jugement est apte à promouvoir la vie, à la conserver, à conserver l’espèce, voire à l’améliorer » Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal, § 4

Nietzsche ne voit dans le désir du vrai qu’une expression masquée et dégradée de la volonté de puissance. Or, selon lui, la valeur suprême qui doit nous servir de guide et de critère dans l’existence n’est pas la vérité mais la vie, dont émane la volonté de puissance positive (la créativité, l’affirmation de soi). Dès lors, le mensonge, l’erreur et l’illusion sont préférables à la vérité car elles permettent d’étendre et d’enrichir nos possibilités de vie. Ce qui revient à dire que le besoin d’un sens à la vie est plus essentiel que le besoin de vérité. L’art, illusion positive, est plus essentiel à la vie que la science. « Nous avons l’art afin de ne pas périr de la vérité », dti-il. (Cf. textes en annexes plus bas)

2° Limites de l’opposition entre vérité et liberté

nietzscheL’ignorance est une des causes premières des malheurs humains. Pour vivre libre, l’homme doit se servir de sa raison.

  1. Le doute est certainement nécessaire à la recherche de la vérité. Il est une preuve de santé de l’esprit, en nous mettant à l’abri du dogmatisme et du fanatisme. Pour autant, en rester au doute ne se justifie pas. Le scepticisme tend lui-même à se contredire puisqu’il considère vraie la proposition selon laquelle il n’y a pas de vérité possible. En toute rigueur, il devrait s’en tenir à la question : que sais-je ? Il reconnaît ainsi lui-même qu’il existe en l’homme un besoin de vérité qui demande à être satisfait, même s’il doit par ailleurs être critiqué.
  1. Placer la vérité sur le même plan que l’erreur et l’illusion, faire de la volonté de puissance (même au sens où Nietzsche l’entend) et non pas de la vérité la mesure des discours et des pratiques, c’est créer les conditions de l’affrontement universel entre les hommes. Car chacun peut dès lors légitimement dire et faire ce que bon lui semble au mépris des règles de la rationalité logique et morale. L’avertissement de Platon vaut toujours : le choix fondamental est pour les hommes entre la vérité et la violence. En fait, la cause de la vérité et celle de la philosophie se confondent : refuser la recherche de la vérité, c’est refuser la philosophie.

3° La vérité, fondée sur un pluralisme critique, est source de liberté

Il faut envisager le rapport de la vérité à la liberté à un double niveau :

  1. popperDans le rapport à la nature : la vérité technico-scientifique contre l’illusion animiste (les mythes) et la servitude. Le miracle grec est le passage du muthos au logos. Cette révolution se prolonge dans le développement des sciences modernes et le pouvoir que l’homme acquiert sur la nature. Par là, l’homme se libère de sa servitude originelle, de la pauvreté et de la mort
  1. Dans le rapport aux autres et à nous-mêmes : l’humilité et le décentrement de soi contre l’illusion narcissique et la mythomanie. L’illusion narcissique procède du désir de toute-puissance. Ce désir infantile nous rend aveugles à nous-mêmes mais aussi à autrui, à ses qualités comme à sa fragilité. « Connais-toi toi-même » pour te respecter toi-même ainsi qu’autrui.

KARL POPPER et le rationalisme critique : Le passage de la société close à la société ouverte est une des plus grandes révolutions que l’humanité ait connue. « J’appelle société close la société magique ou tribale, et société ouverte, celle où les individus sont confrontés à des décisions personnelles. » Or la société ouverte présuppose le dialogue, la recherche de la vérité dans la discussion et la concurrence des opinions. Le pluralisme est la position selon laquelle, dans l’intérêt de la recherche de la vérité, toute théorie – et plus il y a de théories, mieux c’est – doit avoir accès à la concurrence entre les théories. Cette concurrence consiste en la controverse rationnelle entre les théories et en leur élimination par la réfutation. Popper appelle ceci le rationalisme critique :

« C’est l’idée que nous pouvons commettre des erreurs et les corriger nous-mêmes ou permettre aux autres de les corriger en acceptant leurs critiques. Elle admet que nul ne peut se juger lui-même, et que croire en la raison n’est pas seulement croire en la nôtre, mais aussi et peut-être surtout en celle d’autrui. Un rationaliste, même convaincu de sa supériorité intellectuelle, n’imposera jamais son autorité, car cette supériorité dépend, il le sait, de son aptitude à accepter la critique, à reconnaître ses erreurs, et à faire preuve de tolérance, tout au moins envers ceux qui la pratiquent eux-mêmes. Kant faisait, à juste titre, de la notion de raison la véritable « règle d’or ». Certes, la vérité d’une règle morale ne peut être ni prouvée ni défendue, comme le serait une règle scientifique ; mais si la morale n’a pas de base scientifique rationnelle, la science, elle, a une base morale. D’autre part, qui dit impartialité dit responsabilité pour ceux de nos actes qui peuvent affecter autrui. En définitive, le rationalisme suppose la création d’institutions destinées à protéger la liberté de pensée et de critique, c’est-à-dire la liberté tout court, et il en résulte l’obligation morale de défendre ces institutions. » Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis (1962-1966), tome 2, Hegel & Marx, tr. J. Bernard et P. Monod, Paris, Editions du Seuil, 1979, p. 158-161.

Conclusion : la liberté n’est pas un état mais un devenir. Elle n’est pas quelque chose de donné une fois pour toute mais le produit d’une conquête progressive, jamais achevée, ni certaine de ses résultats sur les multiples illusions qui pèsent sur les hommes, notamment les illusions du dogmatisme et du scepticisme. Il y a autant de libertés à conquérir que d’illusions à surmonter.

ANNEXES

F. Nietzsche :

1° Le mensonge. – Pourquoi, dans la vie de tous les jours, les hommes disent-ils la plupart du temps la vérité ? – Sûrement pas parce qu’un dieu a interdit le mensonge. Mais, premièrement, parce que c’est plus commode ; car le mensonge réclame invention, dissimulation et mémoire (raison qui fait dire à Swift : qui raconte un mensonge s’avise rarement du lourd fardeau dont il se charge ; il lui faudra en effet, pour soutenir un mensonge, en inventer vingt autres). Ensuite, parce qu’il est avantageux, quand tout se présente simplement, de parler sans détours : je veux ceci, j’ai fait cela, et ainsi de suite ; c’est-à-dire parce que les voies de la contrainte et de l’autorité sont plus sûres que celles de la ruse. – Mais s’il arrive qu’un enfant ait été élevé au milieu de complications familiales, il maniera le mensonge tout aussi naturellement et dira toujours involontairement ce qui répond à son intérêt ; sens de la vérité, répugnance pour le mensonge en tant que tel lui sont absolument étrangers, et ainsi donc il ment en toute innocence. Nietzsche, Humain, trop humain (1878)

2° Le menteur utilise les désignations valables, les mots, pour faire apparaître l’irréel comme réel ; il dit par exemple : « je suis riche » alors que « pauvre » serait pour son état la désignation correcte. Il maltraite les conventions établies par des substitutions arbitraires et même des inversions de noms. S’il fait cela par intérêt et en plus d’une façon nuisible, la société lui retirera sa confiance et du même coup l’exclura. Ici les hommes ne craignent pas tant le fait d’être trompés que le fait qu’on leur nuise par cette tromperie : à ce niveau-là aussi, ils ne haïssent pas au fond l’illusion, mais les conséquences pénibles et néfastes de certains genres d’illusions. Une restriction analogue vaut pour l’homme qui veut seulement la vérité : il désire les conséquences agréables de la vérité, celles qui conservent la vie ; face à la connaissance pure et sans conséquence il est indifférent, et à l’égard des vérités préjudiciables et destructrices il est même hostilement disposé. Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral

Dans la revue « les dossiers de la philosophie » (n°2)

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Ayn Rand en 3 minutes chrono

  • Ayn-Rand-Famous-QuotesSi vous voulez vous faire votre propre jugement sur l’auteur.
  • Si vous n’avez pas le temps ni le courage de vous plonger dans les 1800 pages d’Atlas Shrugged en anglais ou de La Grève en français.
  • Si La vertu d’égoïsme vous donne mal au crâne et que rien que le titre vous donne des boutons.
  • Et si vous n’arrivez même pas à prononcer son nom (Hène Rand ? Aïne Rand ? Hène Wende ? ou Aïne Wend ?..)

RIEN N’EST PERDU ! Lire la Suite →

Le professeur Jean-François Chazerans, nouvelle victime de la chasse aux sorcières

chazeransJe suis très inquiet de la détérioration du climat de la réflexion et du débat en France, particulièrement depuis les attentats de Paris. Mon collègue professeur de philosophie Jean-François Chazerans, que je connais personnellement, a été mis en cause par des élèves et leurs parents pour des propos jugés « inadmissibles » en classe. Suspendu, il fait l’objet d’une enquête pour « apologie d’actes de terrorisme ». Quand bien même je ne partage pas toutes ses prises de position, je peux dire que c’est un authentique philosophe. Son engagement politique citoyen n’est pas le mien mais il est respectable. Et comme d’habitude, les artistes, humoristes et les philosophes sont les premiers touchés par cette vague de purges totalitaires. Il ne fait pas bon penser librement en France de nos jours (voir ma chronique dans La Tribune). Lire la Suite →

Charlie Hebdo va-t-il trop loin ?

Damien Theillier CNN 4

Interviewé sur CNN à propos de Charlie Hebdo, j’ai rappelé quelques principes élémentaires, relatifs à la liberté d’expression et à la philosophie de la liberté en général (même si la chaîne de télévision américaine n’a retenu qu’un seul point pour son sujet). En voici un résumé :

  • Le premier principe est un principe juridique, c’est le droit de s’exprimer librement sans être censuré. L’État n’est pas juge du vrai et du faux, et quand il veut l’être, il devient despotique.  Son rôle est de protéger par la loi ce droit, y compris le droit d’exprimer des propos jugés faux, choquants, déviants. Aucune opinion ne doit être interdite d’expression ou criminalisée tout simplement parce que le vrai ne peut émerger sans confrontation avec le faux. La vérité a tout à gagner à la liberté.
  • Le second principe est un principe éthique, c’est l’exercice responsable de ce droit d’expression, fondé sur la vertu morale de prudence. La liberté d’expression doit s’accompagner de raison(s), particulièrement dans un contexte de graves tensions politiques. Il y a d’autres façons de promouvoir la paix et la liberté que d’attaquer systématiquement ses adversaires par la haine et l’insulte. La critique honnête et argumentée, respectueuse de l’autre, vaut mieux que la provocation gratuite et l’humiliation.

C’est ce second point qui a été retenu dans l’interview de CNN :

« I believe from a moral point of view it is not good to systematically, and gratuitously go on the attack, » Damien Theillier, Coppet Institute president, said. « You drift in a useless direction. » (voir la vidéo ci-dessous).

Plus grave, les journalistes de Charlie Hebdo se trompent de cible. Plus encore que l’islam, c’est la loi en France qui menace la liberté d’expression. La loi Pleven par exemple (1972) a introduit le délit de provocation à la haine et à la discrimination. Un délit impossible à prouver tant la haine est un concept flou et subjectif. La loi Gayssot (1990) a créé un délit d’opinion sur la Shoah, ce qui est contradictoire avec le concept même de science, car la science remet en cause par nature les certitudes précédemment acquises. Quant à la Halde, Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (2004), elle est chargée de traquer les criminels par la pensée (cf. 1984).

Par ailleurs, dans ses caricatures, Charlie Hebdo ne s’en prend pas seulement aux religions, il fait de la liberté économique sa cible privilégiée. Le libre marché est dénoncé comme quelque chose de vulgaire, d’immoral et de répugnant. Il y a là une contradiction manifeste, quand on prétend défendre la liberté. Car la liberté ne se tronçonne pas et il ne saurait y avoir de vraie justice sans libertés économiques : liberté d’acheter et de vendre, liberté d’entreprendre, d’embaucher et de licencier, liberté de circuler, liberté de disposer du fruit de son travail, sans crainte d’être spolié.

Ce dont nous avons donc besoin aujourd’hui, plus que jamais, c’est d’un combat énergique sur le terrain éducatif et culturel pour défendre toutes les libertés : liberté d’expression, liberté religieuse, liberté scolaire… et liberté économique. Au-delà des clivages politiques et religieux, c’est ce combat seul qui peut rassembler tous les Français, qu’il soient de gauche ou de droite, qu’ils soient musulmans, juifs, chrétiens, athées ou agnostiques.

Etre ou ne pas être Charlie ? Une réponse philosophique

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Par Damien Theillier

Tout m’oppose à Charlie. Ses valeurs ne sont pas les miennes. 1° Je suis catholique, donc la cible d’attaques fréquentes de Charlie. 2° Je soutiens le libre marché, le droit de propriété et la liberté économique : tout ce que Charlie justement déteste. 3° Je n’aimais pas Bernard Maris, l’économiste du pouvoir en place, le chantre du collectivisme et de la sociale-démocratie (qu’il repose en paix). Quand il m’arrivait de l’entendre sur France Inter, je le trouvais mauvais et malhonnête intellectuellement. Pour autant, je considère la pluralité des opinions politiques comme légitime et je ne déteste pas l’humour satirique de Charlie Hebdo, très français en fait, dans la veine de Voltaire, de Rabelais. Lire la Suite →

La sécurité totale conduit à l’État total

paris-peur-et-se-barricade_2Lorsque des crimes terribles sont commis, comme les attaques sanglantes contre Charlie Hebdo à Paris, nombreux sont ceux qui demandent que le pouvoir « fasse quelque chose » en vue de prévenir d’autres drames similaires dans le futur. La sûreté est une fonction reconnue à l’État dans la philosophie classique et pour les libéraux, c’est la seule fonction qui soit vraiment légitime. Mais le pouvoir est-il fondé à intervenir pour contrôler la population et lui imposer des mesures exceptionnelles au nom de la sûreté ? Lire la Suite →

La liberté de penser. Paul Janet (1866)

10467478_10152514646889784_1292853872_o (1)Paul Janet (1823-1899), brillant élève de Victor Cousin, fut également son secrétaire en 1845-1846 avant d’enseigner la philosophie morale. « La Liberté de penser » est un article paru en 1866 dans la Revue des Deux Mondes. L’auteur rend compte d’un ouvrage d Emile Beaussire, De la liberté intellectuelle et morale, paru la même année.

Beaussire est l’un des fondateurs, avec Émile Boutmy, de l’École libre des sciences politiques en 1871, l’ancêtre de l’Institut d’études politiques de Paris, dit familièrement Sciences Po. Paul Janet y donna lui-même une série de cours.

Dans cette recension, l’auteur se propose d’exposer les principes du droit naturel touchant la liberté de pen­ser et d’examiner les objections qu’elle peut soulever.

La liberté de penser ou d’écrire, dit Janet, a pour fondement ce principe de Descartes : « Ne reconnaître pour vrai que ce qui paraîtra évidemment être tel. » Puisque c’est un devoir pour l’esprit de ne se soumettre qu’à l’évidence, il faut que ce soit en même temps un droit ; car comment pourrions-nous obéir au devoir, si on nous refuse le droit ? Il découle de ceci que l’État n’est pas juge du vrai et du faux, et qu’il est seulement garant des droits de chacun. La liberté de penser n’est donc susceptible de répression qu’en tant qu’elle porte atteinte aux droits des individus.

On prétend que Paul Janet ne serait pas un philosophe original. C’est peut-être vrai mais c’est tout à son honneur. Il appartient à la catégorie des grands pédagogues de la philosophie. Comme son maître Victor Cousin, c’est un génie de la synthèse, de l’exposé clair et rigoureux, du style limpide et sans fioritures. On regrette de ne pas trouver d’équivalent au XXe siècle, comme si la capacité à penser dans un langage clair s’était perdue dans les brumes de la nouveauté, de l’originalité à tout prix. Disponible sur amazon.fr au prix de 5,7 euros

Formes de gouvernement


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Selon Aristote

Selon Aristote

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La théorie libérale de la lutte des classes

constantLa vraie inégalité sociale en France n’est pas entre les riches et les pauvres ou entre les hommes et les femmes, mais entre la classe politique, issue de la fonction publique, et les autres. 

Par Damien Theillier

Tout le monde connaît aujourd’hui la théorie marxiste de l’exploitation et de la lutte des classes. Mais on a oublié qu’elle fut d’abord développée par des libéraux tels que Jean-Baptiste Say, Benjamin Constant et leurs disciples, dans un sens tout à fait différent et d’une grande actualité pour nous aujourd’hui.

Marx lui-même écrivait :

« En ce qui me concerne, ce n’est pas à moi que revient le mérite d’avoir découvert ni l’existence des classes dans la société moderne, ni leur lutte entre elles. Longtemps avant moi des historiens bourgeois avaient décrit le développement historique de cette lutte des classes et des économistes bourgeois en avaient exprimé l’anatomie économique. Ce que je fis de nouveau, ce fut : 1. de démontrer que l’existence des classes n’est liée qu’à des phases de développement historique déterminé de la production ; 2. que la lutte des classes conduit nécessairement à la dictature du prolétariat ; 3. que cette dictature elle-même ne constitue que la transition à l’abolition de toutes les classes, et à une société sans classes »[1]. Lire la Suite →

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