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Archives de Catégorie: Ayn Rand

Pourquoi aller voir Snowden ?

92d8f01faeec07db26f782d6c123fe77Pourquoi aller voir le dernier film d’Olvier Stone : Snowden ? Soyons clairs, ce n’est pas un chef-d’oeuvre artistique. Ne vous attendez pas non plus à vibrer, vous allez être déçus. Alors pourquoi voir ce film ? Tout simplement parce que ce film a une vertu pédagogique et éducatrice très forte et nous pousse hors de la caverne. Ce n’est pas seulement un reflet de notre époque, mais c’est un film qui nous ouvre les yeux sur des enjeux nouveaux, souvent cachés, avec un vrai héros, un cyber agent secret révolté, un lanceur d’alerte (« whistlebloewer ») courageux et  lucide.

Pour ceux qui ont déjà vu le documentaire de Laura Poitras, Citizen Four, le film de Stone fait un peu doublon. Mais il nous dévoile avec la magie du cinéma les facettes de l’époque dans laquelle nous vivons, le monde post 11-Septembre 2001.

1° La surveillance de masse

L’enjeu de la surveillance de masse, c’est la vie privée. Pourquoi vouloir protéger la vie privée ? Souvent ce sont les voyous et les crapules qui veulent défendre leur vie privée. On entend souvent dire, comme la petite amie de Snowden dans le film, je n’ai rien à cacher, pourquoi voudrais-je protéger ma vie privée ? C’est ce qu’on peut appeler l’argument : « rien à cacher ».

Or à cet argument, Snowden répond : « Arguing that you don’t care about the right to privacy because you have nothing to hide is no different than saying you don’t care about free speech because you have nothing to say. »

Et il ajoute :

« Même si vous ne faites rien de mal, vous êtes épiés et enregistrés. … ça en arrive au point où vous n’avez pas besoin de faire quelque chose de mal, il vous suffit d’être suspecté par quelqu’un, même par erreur, et alors ils peuvent utiliser ce système pour remonter dans le temps et examiner minutieusement chaque décision que vous avez prise, chaque ami avec lequel vous avez parlé, pour vous attaquer sur ces bases et extrapoler des soupçons à partir d’une vie inoffensive. »

De telles violations de notre vie privée  nous privent du pouvoir de dire non. L’esclavage commence quand il devient impossible de dire non à son maître, à son chef. C’est alors qu’il n’y a plus de place pour l’exploration et la créativité intellectuelles. Car en perdant l’anonymat, nous perdons notre capacité d’action, nous perdons la liberté elle-même car on ne se sent plus libre d’exprimer ce qu’on pense.

Glenn Greenwald, est le journaliste américain qui a travaillé avec Edward Snowden pour révéler le scandale des écoutes de la NSA. Dans un livre consacré à cette affaire, il écrit :

« La vie privée est essentielle à la liberté et au bonheur des hommes pour des raisons rarement abordées, mais qui sont pourtant irréfutables. Premièrement, quand les individus se savent observés, ils changent radicalement de comportement. Ils s’efforcent de faire ce qu’on attend d’eux. Ils veulent s’éviter toute honte et toute condamnation. Ils y parviennent en adhérant étroitement aux pratiques sociales couramment admises, en se cantonnant dans des limites acceptées, en évitant toute action susceptible de paraître déviante ou anormale. (…) C’est dans le domaine privé que la créativité, le dissentiment et les défis à l’orthodoxie peuvent germer. Une société où tout le monde sait qu’il peut être observé par l’État – où, dans les faits, le domaine privé n’existe plus – est une société où ces attributs sont perdus, tant au niveau collectif qu’individuel. » (Nulle part où se cacher, J.-C. Lattès, mai 2014).

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2° Le crime bureaucratique

Dans le film, un des agents de la NSA dit « si c’est le gouvernement qui le fait, ce n’est pas un crime ». On appelle cela la raison d’Etat. C’est vieux comme le monde. Rappelez-vous, Créon aussi invoquait la raison d’Etat pour persécuter Antigone. Aujourd’hui, l‘argument de la sécurité face au terrorisme ne tient pas. D’abord parce que la frontière qui sépare un groupe terroriste d’une opposition politique s’estompe assez facilement.

Ensuite parce que la sécurité totale (risque zéro) n’est ni possible, ni souhaitable. Car protéger la liberté en supprimant la liberté est un non-sens, une contradiction. La liberté est plus précieuse que la sécurité.

En effet, la liberté n’est pas définie par la sécurité. La liberté est définie par la capacité des citoyens à vivre sans subir l’interférence du gouvernement dans leur vie privée. Or une sécurité totale ne pourrait être mise en place sans un contrôle total sur la vie des citoyens. Seule une société totalitaire pourrait se vanter d’apporter la sécurité totale à son peuple. C’est pourquoi, le gouvernement ne peut pas nous protéger contre toute forme de violence. Il ne doit pas non plus nous protéger à n’importe quel prix.

Je cite encore une fois Snowden :

« La NSA dira que… à cause de la crise, des dangers auxquels nous devons faire face dans le monde, d’une nouvelle menace imprévisible elle a besoin de plus de pouvoirs, et à ce moment-là personne ne pourra rien faire pour s’y opposer. Et ce sera une tyrannie clé-en-main… Je pense qu’aujourd’hui, le plus grand danger pour notre liberté et notre mode de vie vient de ce que la peur raisonnable du pouvoir d’un État omniscient n’est contrôlée par rien de plus que par des textes d’orientation. »

C’est pourquoi nous sommes en droit d’exiger la transparence de l’État et de son gouvernement, ainsi que la protection de notre vie privée. Or c’est tout le contraire qui semble s’affirmer aujourd’hui : plus de transparence est exigée du citoyen et plus de secret pour les actions de l’État au nom de la sécurité. Si les actions des gouvernants qui nous dirigent demeurent secrètes, comment pourrons-nous leur demander des comptes ? Et si nos vie privées sont espionnées et risquent d’être dévoilées, comment pourrons-nous résister aux puissants qui nous gouvernent et exercer notre jugement critique en tout liberté ?

En conclusion, la droiture morale ne doit pas seulement être exigée de l’individu, elle doit l’être également de ceux qui exercent le pouvoir et surtout de ceux-ci, car ils ont plus que d’autres le pouvoir de nuire.

A lire également :
Edward Snowden, héros moderne de Ayn Rand
Socrate vs Snowden : suffit-il d’obéir aux lois de son pays pour être juste ?

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L’avant-première d’Atlas Shrugged à Las Vegas

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Début juillet, juste après le bac, j’irai à la Freedomfest à Las Vegas. Sommes-nous à l’ère de Big Brother ? Tel est le thème de la rencontre cette année. La Freedomfest est le plus grand rassemblement libertarien au monde. C’est un festival culturel et indépendant de tout parti politique. Des centaines de think-tanks (sociétés de pensée) et d’instituts y sont représentés. Une conviction philosophique commune anime tous les participants de ce festival unique au monde : une société libre, prospère et pacifique doit être construite autour de l’échange volontaire plutôt que sur la relation inégale entre un pouvoir centralisé et des citoyens dépendants. Plus de responsabilité individuelle et moins d’État, tel est le « credo » des libertariens américains. Lire la Suite →

Faillite de Detroit : le cauchemar d’Ayn Rand devient réalité

f1746-atlas-shrugged-ii-the-strikePar Daniel Hannan*, Oxford.

Vous pensiez que La Grève (Atlas Shrugged) d’Ayn Rand était une fiction ?

Voici la description que The Observer fait de Detroit :

Tout ce qui n’est pas jeté est volé. Les usines et maisons ont été dépouillées de quasiment tout objet de valeur. Les voleurs s’en prennent désormais aux pots d’échappement de voitures. L’analphabétisme atteint les 47%. La moitié des adultes de certaines zones sont au chômage. Dans de nombreux quartiers, le seul signe d’activité est une personne marchant lentement vers le magasin de spiritueux.

Maintenant, voici la description étrangement prophétique de Starnesville, une ville du centre-ouest des États-Unis dans le roman dystopique d’Ayn Rand, La Grève (Atlas Shrugged). Cette ville avait été le foyer de la grande Twentieth Century Motor Company, mais avait décliné à cause du socialisme. Lire la Suite →

Comment « Atlas Shrugged » (La Grève) d’Ayn Rand a pu prédire une Amérique ayant perdu le contrôle…

Par Honkar GHATE
Publié le 31/11/2011 – Fox news
Traduction Chris Drapier, Institut Coppet
 
Près de trente ans après sa mort, les romans d’Ayn Rand continuent de rencontrer un succès qui ne se dément pas.  «  La Grève » à lui seul, se vend plus aujourd’hui que lors de sa parution en 1957. Plus d’un million d’exemplaires ont été écoulés depuis les élections de 2008.
Tout particulièrement auprès des sympathisants du Tea Party où elle est considérée comme un prophète. Comment a-t-elle pu anticiper, il y a plus de cinquante ans, des Etats Unis perdant totalement le contrôle de leurs finances, englués dans des dettes abyssales et paralysés par une déferlante de régulations ? Comment a-t-elle pu dépeindre des voyous semblant tout droit sortis de notre quotidien ?
 
On y trouve Wesley Mouch, qui, devant l’échec des programmes gouvernementaux, hurle comme l’élu démocrate du Massachussets Barney Frank pour en élargir les pouvoirs.
On y découvre Eugene Lawson, le « banquier au grand cœur » qui à l’instar de l’ancien secrétaire au trésor Henry Paulson ou Ben Bernanke, actuel président de la réserve fédérale, est toujours prêt à couvrir les dépenses les plus folles.
On y trouve Mr Thomson, qui comme le président Obama, tente de rallier la population autour de vœux pieux.
Il y a Orren Boyle, qui comme le président Bush, prétend qu’il faut abandonner les principes fondamentaux du libre marché pour sauver le libre marché.
Confrontés à ce massacre, que pouvons-nous faire ? Devriez-vous, comme les héros d’Ayn Rand, faire du « John Galt », cesser le travail, vous retirer en quelque vallée isolée et attendre l’effondrement du pays pour mieux le reconstruire ?
On a posé beaucoup de questions à Ayn Rand de son vivant. Ses réponses pourraient vous surprendre.
Dans les années 1970, les Etats Unis traversaient une grave crise financière (on y a inventé le mot « stagflation »), la violence urbaine se développait, et les politiciens en quête de pouvoir tel que le président Nixon, ont alors institué un salaire minimum, le contrôle des prix qui ont abouti, entre autres, à trouver des pompes à essence sans essence.
Comment, se demandent les gens, a-t-elle pu prévoir tout ça ? Était elle prophète ? Absolument pas, répondit-elle. Elle n’avait fait qu’identifier les causes fondamentales entraînant le pays de crise en crise.
La solution consistait-elle à « faire du Galt » en s’éloignant de la société ? Ayn Rand répondit à nouveau par la négative. La solution était à la fois plus simple et plus compliquée. « Tant que nous n’en sommes pas arrivés à la censure des idées » énonça-t-elle, « nous n’avons pas à quitter la société comme le font les personnages de La Grève… Mais savez-vous ce qu’il faut faire ? Il vous faut couper les ponts d’avec la culture, en rejeter toutes les idées, l’entière philosophie dominante d’aujourd’hui. »
Le fait que La Grève ne soit pas un roman politique peut vous étonner. Mais le cœur du roman expose l’idée que notre sort n’est pas dû à la corruption des politiciens (ce n’est qu’un symptôme) ni à une défaillance naturelle dans le logiciel humain. La raison de ce malheur repose dans les idées philosophiques et les idéaux moraux que la plupart d’entre nous embrassent.
« Vous avez crié que les péchés de l’Homme détruisent le monde et maudit la nature humaine pour son absence de volonté à pratiquer les vertus que vous exigez » déclare John Galt, le héros du roman, à un pays en crise. « A partir du moment où, à vos yeux, vertu signifie sacrifice, vous avez demandé toujours plus de sacrifices à chaque nouveau désastre ».
 
Il développe : « Vous avez sacrifié la Justice à la pitié » (par exemple en exigeant que le droit de propriété soit accessible à ceux qui n’en ont pas les moyens au prix de subventions et d’abandons de saisies pour les épargner quand ils ne pouvaient plus payer) »
« Vous avez sacrifié la raison aux croyances » (par exemple la rhétorique délibérément creuse qu’emploie Mr Obama pour nous faire croire que l’espoir et le changement produiront de la prospérité comme par un coup de baguette magique.
« Vous avez sacrifié la richesse aux besoins » (comme par exemple les mesure de santé prises par Mr Bush ou l’Obamacare, toutes deux mises en œuvre sous prétexte que les gens auraient besoin d’une « santé gratuite »).
« Vous avez sacrifié l’estime de soi au déni de soi ». (par exemple en attaquant Bill Gates pour avoir fait fortune et en l’idolâtrant quand il la distribue).
Le résultat ? Pourquoi vous recroquevillez-vous d’horreur à la vue du monde qui vous entoure ? Ce monde n’est pas le produit de vos défauts, ce n’est que le produit et l’image de vos vertus. Ce n’est que la concrétisation de votre idéal moral.
C’est ce qu’Atlas Shrugged nous demande de remettre en question : nos idéaux. Repenser nos convictions, notre philosophie de A à Z. A défaut de le faire, nous continuerons à passer d’une crise à l’autre.
Faîtes grève, nous exhorte le livre, mais intellectuellement, puisque la grève signifie le rejet des termes fondamentaux de nos opposants et le fait d’affirmer les nôtres.
Cette façon de penser est ardue, affirme Rand, mais nécessaire pour parvenir aux rives d’un autre monde, tel que décrit à la fin du livre.
Si La Grève fait partie de vos prochains achats, vous serez étonné de voir qu’une histoire publiée en 1957 capte avec autant d’acuité le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui et présente avec autant de discernement la route à suivre pour un futur plus prometteur.
Le docteur Onkar Ghate est vice-président et membre d’honneur de l’Ayn Rand Institute. Il enseigne à L’Institute’s Objectivist Academic Center, donne des conférences sur la philosophie et l’objectivisme à travers l’Amérique du Nord et publie des articles sur les romans et la philosophie d’Ayn Rand. Il a récemment publié « A teacher’s guide to Atlas shrugged » un manuel pédagogique édité chez Penguin.
* Publié en français sous le titre « La grève » aux éditions Les belles lettres et traduit de l’anglais par Sophie Bastide-Foltz (2011).

Citations pour 2013 : Ayn Rand

C’est John Galt qui vous parle…

Atlas Shrugged (le film)
 
Résumé du contexte :
La scène se passe dans un futur proche. John Galt, inventeur de génie, a réussi à convaincre les principaux producteurs, entrepreneurs et capitalistes des États-Unis, pressurés par un gouvernement de plus en plus totalitaire, insultés par les médias et haïs par les bien-pensants en tous genres, de se mettre en grève pour démontrer au monde leur utilité. Ils se sont tous réfugiés dans un lieu secret où ils ont fondé une société nouvelle, libre. Pendant ce temps, privée de ses cerveaux, l’Amérique sombre dans le chaos et la violence. Au moment où M. Thomson, chef du gouvernement, se prépare à parler à la radio pour rassurer la population épouvantée par l’effondrement social et économique, l’antenne est interceptée par John Galt lui-même…
 

Ayn Rand, Extrait de « Atlas Shrugged », Troisième partie, Chapitre VII*.

Traduction de Pierre-Louis Boitel 

« Mesdames et Messieurs », dit une voix provenant du haut-parleur de la radio, une voix claire, calme, une voix décidée, de celles qu’on n’entendait plus depuis des années sur les ondes ; Monsieur Thompson ne s’adressera pas à vous ce soir. Il n’est plus temps pour lui, c’est à mon tour. Vous étiez sur le point d’écouter un compte-rendu de la crise mondiale. C’est ce que allez entendre ».

Trois personnes sursautèrent en reconnaissant la voix, mais nul n’y prêta garde au milieu du vacarme et des cris de la foule. La première poussa un soupir de triomphe ; la deuxième, de terreur ; la troisième ; d’ahurissement. Ces trois personnes étaient Dagny, le Docteur Stadler et Eddie Willers. Personne ne se tourna vers Eddie ; mais Dagny et le Docteur Stadler se regardèrent. Elle vit sur son visage les marques de la plus horrible terreur dont on puisse soutenir la vue. Il comprit qu’elle savait, et son regard le dévasta comme si l’orateur en personne l’avait giflé.

« Pendant douze ans, vous avez posé la question : « Qui est John Galt ? » C’est John Galt qui vous parle. Je suis l’homme qui attache un prix à son existence. Je suis l’homme qui ne sacrifie pas sa vie et qui ne sacrifie pas ses valeurs. Je suis l’homme qui vous a privé de vos victimes, détruisant ainsi votre monde, et si vous voulez savoir pourquoi vous périssez, vous qui redoutez la connaissance, je vais maintenant vous le révéler. »

Le chef technicien était seul encore à pouvoir bouger : il courut vers un poste de télévision et manipula frénétiquement les boutons. Mais l’écran restait noir : l’orateur ne voulait pas être vu. Seule sa voix emplissait les ondes du pays – du monde entier, songea le chef technicien, comme s’il parlait ici, dans cette pièce, non à un groupe, mais à un seul homme ; ce n’était pas le ton d’un tribun, mais celui du sage qui s’adresse à l’esprit humain.

« Vous avez entendu dire que nous traversions un âge de crise morale. Vous l’avez dit vous-même, en tremblant et en espérant que les mots n’aient pas de sens. Vous avez gémi que les péchés des hommes étaient en train de détruire le monde et vous avez maudit la nature humaine pour sa réticence à pratiquer les vertus que vous exigiez. Comme pour vous la vertu est le sacrifice, vous avez demandé plus de sacrifice lors de chaque nouveau désastre. Au nom du retour à la morale, vous avez sacrifié tous les démons que vous avez cru être la cause de votre malheur. Vous avez sacrifié la justice à la pitié. Vous avez sacrifié l’indépendance à l’unité. Vous avez sacrifié la raison à la foi. Vous avez sacrifié la richesse au besoin. Vous avez sacrifié l’estime de soi à l’auto-dénigrement. Vous avez sacrifié le bonheur au devoir.

« Vous avez détruit tout ce que vous pensiez être mauvais et réalisé tout ce que vous croyiez être bon. Alors, pourquoi frémissez-vous d’horreur à la vue du monde qui vous entoure ? Ce monde n’est pas le produit de vos péchés, il est le produit et l’image de vos vertus. C’est votre idéal moral réalisé dans sa plénitude. Vous vous êtes battus pour lui, vous en avez rêvé et vous l’avez désiré, et moi, je suis celui qui vous l’a accordé.

« Votre idéal avait un ennemi implacable, que vos principes moraux étaient conçus pour détruire. J’ai supprimé cet ennemi. Je l’ai retiré de votre chemin et placé hors de votre portée. J’ai tari la source de tous ces maux que vous étiez en train de sacrifier un à un. J’ai mis un terme à votre combat. J’ai arrêté votre moteur : j’ai privé votre monde de l’esprit humain.

« Vous dites que les hommes ne vivent pas de leurs facultés intellectuelles ? J’ai fait disparaître ceux qui en vivaient. Vous dites que l’intelligence est stérile ? J’ai fait disparaître ceux dont l’intelligence ne l’était pas. Vous dites qu’il y a des valeurs plus hautes que les facultés intellectuelles ? J’ai fait disparaître ceux pour qui il n’y en avait pas.

« Pendant que vous traîniez vers l’autel du sacrifice les hommes qui incarnaient la justice, l’indépendance, la raison, la fortune, l’estime de soi, j’ai été plus prompt que vous ; je les ai atteints le premier. Je leur ai révélé la nature du jeu auquel vous vous livriez et les principes moraux qui étaient les vôtres, car ils avaient été trop innocemment généreux pour les comprendre. Je leur ai montré la voie pour vivre selon d’autres principes : les miens. Et ce sont ceux-là qu’ils ont choisis.

« Tous les hommes qui ont disparu, ces hommes que vous haïssiez avant d’être affolés de les avoir perdus, c’est moi qui les ai séparés de vous. N’espérez pas nous retrouver. Nous ne vous donnerons pas cette possibilité. Ne prétendez pas que notre devoir est de vous servir. Nous ne reconnaissons pas ce genre de devoirs. Ne gémissez pas que vous avez besoin de nous. À nos yeux, le besoin ne donne aucune légitimité à quelque exigence que ce soit. Ne prétendez pas que vous avez des droits sur nous. Vous n’en avez aucun. Ne nous suppliez pas de revenir. Nous sommes en grève, nous les hommes de l’esprit.

« Nous sommes en grève contre l’auto-immolation. Nous sommes en grève contre le principe des récompenses imméritées et des obligations sans contrepartie. Nous sommes en grève contre la doctrine qui condamne la poursuite du bonheur personnel. Nous sommes en grève contre le dogme selon lequel toute vie est entachée de culpabilité.

« Il y a une différence entre notre grève et toutes celles que vous avez menées pendant des siècles. Notre grève ne consiste pas à formuler des revendications, mais à les satisfaire. Nous sommes mauvais, selon vos principes : nous avons choisi de ne pas vous nuire plus longtemps. Nous sommes inutiles, d’après vos théories économiques : nous avons décidé de ne pas vous exploiter davantage. Nous sommes dangereux, il faut nous enfermer, selon vos idées politiques : nous avons choisi de ne plus vous mettre en danger et de ne pas encombrer vos prisons. Nous ne sommes qu’une illusion, à en croire votre philosophie : nous avons choisi de cesser de vous égarer en vous laissant libres de regarder la réalité en face. La réalité que vous vouliez, c’est le monde tel que vous le voyez maintenant, un monde privé de l’esprit humain.

Nous vous avons accordé tout ce que vous nous avez demandé, nous qui avons toujours été les donneurs sans jamais le comprendre jusqu’à présent. Nous n’avons aucune revendication à vous transmettre, aucune clause à discuter, aucun compromis à négocier. Vous n’avez rien à nous offrir. Nous n’avons pas besoin de vous.

« Est-ce que vous vous lamentez, maintenant, disant : « Non, ce n’est pas ce que nous voulions » ? Un monde de ruines d’où la pensée a disparu, n’était-ce pas votre but ? Ne vouliez-vous pas que nous vous quittions ? Sournois cannibales que vous êtes, vous avez toujours su ce que vous vouliez, je le sais bien. Mais votre jeu est terminé, parce que maintenant, nous le savons aussi.

« À travers les siècles, devant les désastres engendrés par votre code moral, vous vous êtes plaint qu’il avait été enfreint et que les fléaux qui vous accablaient étaient autant de punitions à ces infractions. Vous avez prétendu que les hommes étaient trop faibles et trop égoïstes pour supporter la discipline sanguinaire qu’il exigeait. Vous avez maudit l’homme, vous avez maudit l’existence, vous avez maudit cette Terre, mais vous n’avez jamais osé remettre vos principes en question. Vous avez maudit vos victimes en remerciement de leur martyr, vous les avez accablées de reproches – tout en vous apitoyant sur la noblesse de vos principes, et en déplorant que la nature humaine ne soit pas assez bonne pour les mettre en pratique. Et personne ne s’est élevé pour poser la question : « ‘Bonne ? Selon quelle norme ? »

« Vous vouliez connaître l’identité de John Galt ? Je suis celui qui a posé cette question.

« Oui, ceci est une époque de crise morale. Oui, vous subissez la punition méritée pour le mal que vous avez fait. Mais ce ne sont ni l’homme ni la nature humaine qu’il faut montrer du doigt. Ce sont vos principes moraux qui sont en cause. Vos principes ont été observés, et ils vous ont mené dans l’impasse où ils devaient conduire. Et si vous voulez continuer à vivre, ce que vous devez faire maintenant n’est pas de retourner vers la morale – vous qui ne l’avez jamais connue –, mais de la découvrir.

« Vous ne connaissez rien d’autre que la morale mystique et sociale. On vous a enseigné que la morale était un code de conduite arbitraire, imposé par le caprice d’un pouvoir surnaturel ou la fantaisie d’une société ; que ce code de conduite était destiné à servir les desseins de Dieu ou le bien-être de votre voisin, dans un futur d’outre-tombe ou le présent de quelqu’un d’autre que vous-mêmes, mais jamais votre vie et votre bien-être. On vous a dit que votre plaisir relevait de l’immoralité, de même que la recherche de votre intérêt. On vous a dit que la morale n’était pas faite pour vous servir et vous aider, mais pour freiner vos élans.

« Pendant des siècles, le débat sur la morale a opposé ceux qui proclamaient que votre vie appartenait à Dieu et ceux qui proclamaient qu’elle appartenait à vos voisins ; ceux qui prêchaient que le bien était le sacrifice pour l’amour de fantômes dans le Ciel et ceux qui prêchaient que le bien était le sacrifice pour l’amour d’incapables sur la Terre. Personne n’est venu vous dire que votre vie vous appartient et que le bien est d’en jouir.

« Les deux camps étaient d’accords pour dire que la morale exige de renoncer à vos facultés et à vos intérêts personnels, qu’elle est incompatible avec la vie pratique, qu’elle ne relève pas de la raison, mais de la foi et de la force. Les deux camps s’accordaient sur l’impossibilité d’une morale fondée sur la raison, qui puisse distinguer rationnellement entre le bien et le mal, et déterminer pourquoi il fallait agir moralement.

« Quels que soient les points sur lesquels ils s’opposaient par ailleurs, tous vos moralistes se sont retrouvés sous l’étendard de la lutte contre l’intelligence et la raison humaines. Ce sont elles que leurs systèmes cherchaient à détruire. Désormais vous avez le choix de mourir ou d’apprendre que ce qui est contre la raison est contre la vie.

« L’esprit de l’homme est son moyen fondamental de survie. La vie lui est donnée, mais pas les moyens de la perpétuer. Son corps lui est donné, mais pas la nourriture nécessaire à son entretien. Son esprit lui est donné, mais pas le contenu de cet esprit. Pour rester en vie, l’homme doit agir, et avant d’agir, il doit connaître la nature et le but de ses actes. Il ne peut se nourrir sans savoir ce qu’est la nourriture, et sans connaître le moyen d’en obtenir. Il ne peut creuser un trou ou construire un cyclotron sans la connaissance des moyens nécessaires à ces réalisations. Pour rester en vie, il doit penser.

« Mais penser est un choix. La clef de ce que vous appelez avec insouciance la « nature humaine », le secret qui vous hante et que vous redoutez tellement de formuler, est que l’homme est un être de conscience volontaire. La raison n’est pas un automatisme ; penser n’est pas un processus machinal. Les enchaînements logiques ne sont pas instinctifs. Votre estomac et votre coeur fonctionnent mécaniquement. Pas votre esprit. Dans toute situation et à chaque instant de votre vie, vous êtes libres de penser ou de ne pas penser. Mais vous n’êtes pas libres d’échapper à votre nature, au fait que la raison est votre moyen de survie. De sorte que pour vous, êtres humains, « être ou ne pas être » signifie « penser ou ne pas penser ». Un être de conscience volontaire n’a pas un comportement prédéterminé. Il a besoin d’un code de valeurs pour guider ses actes. Une « valeur » est ce qu’on cherche, à travers l’action, à obtenir et à conserver. Une « vertu » est une action par laquelle on obtient et conserve une valeur. Une « valeur » présuppose une réponse à la question : une valeur pour qui et pour quoi ? Une « valeur » présuppose une norme, un but et la nécessité d’une action face à un choix. Là où il n’y a pas d’alternative, aucune valeur n’est possible.

« Il n’y a fondamentalement qu’une alternative dans l’univers : l’existence ou la non existence ; et elle ne concerne qu’une catégorie d’entités : les êtres vivants. L’existence de la matière inanimée est inconditionnelle, mais l’existence de la vie ne l’est pas : elle dépend d’un processus d’action particulier. La matière est indestructible : elle peut changer de forme, mais non cesser d’exister. Il n’y a que les organismes vivants qui soient constamment face à une alternative : la question de la vie ou de la mort. La vie est un processus d’action qui s’auto-perpétue et s’auto-entretient. Si un organisme échoue dans cette tâche, il meurt. Les éléments qui le composent subsistent, mais sa vie disparaît. Seul le concept de « vie » rend possible celui de « valeur ». C’est seulement pour des entités vivantes qu’une chose peut être bonne ou mauvaise.

« Une plante doit se nourrir pour survivre ; la lumière, l’eau, les éléments chimiques dont elle a besoin sont les valeurs que sa nature lui ont fixé pour but ; sa vie est la norme des valeurs qui fondent ses actions. Mais une plante n’a pas le choix de ses actes. Les conditions qu’elle rencontre peuvent varier, mais pas son fonctionnement propre. Elle agit automatiquement pour perpétuer sa vie, elle ne peut agir pour sa propre destruction.

« Un animal est outillé pour entretenir sa vie. Ses sens lui fournissent un code d’action figé, un savoir immuable de ce qui est bon et de ce qui est mauvais. Il n’a pas la capacité d’étendre ce savoir ou de l’ignorer. Dans les cas où ce savoir s’avère inadéquat, il meurt. Mais aussi longtemps qu’il vit, il agit sur la base de ce savoir, d’une manière automatique, assurée et déterminée ; il est incapable d’ignorer ce qui est bon pour lui, incapable de décider de choisir le mal et d’agir pour sa propre destruction.

« L’homme n’a pas de norme automatique de survie. Sa spécificité par rapport aux autres organismes vivants est la nécessité d’agir face à des alternatives, en faisant des choix volontaires. Il n’a pas de savoir prédéfini de ce qui est bon ou mauvais pour lui, des valeurs dont sa vie dépend, et des moyens d’action appropriés pour les atteindre. Allez-vous objecter qu’il possède un instinct de survie ? L’instinct de survie est précisément ce qui lui fait défaut. Un « instinct » est un genre de savoir infaillible et systématique. Un désir n’est pas un instinct. Le désir de vivre ne vous donne pas le savoir nécessaire à la vie. Et le désir de vivre n’est même pas systématique chez l’homme : votre funeste secret d’aujourd’hui est justement que vous ne désirez pas vivre. Votre peur de la mort n’est pas un amour de la vie et ne vous donnera pas la connaissance nécessaire pour la préserver. L’homme doit construire son savoir et choisir ses actions par un processus de pensée, et la nature ne lui donne pas d’indication pour le réaliser. L’homme a le pouvoir d’agir en vue de sa propre extermination – et c’est largement ce qu’il a fait jusqu’à présent.

« Un être vivant qui considère ses moyens de survie comme mauvais ne survit pas. Une plante qui s’acharnerait à détruire ses racines ou un oiseau qui chercherait à se casser les ailes ne demeureraient pas longtemps présents à l’existence qu’ils affrontent. Mais l’histoire de l’homme a été une lutte pour nier et détruire son propre esprit.

« L’homme est un être rationnel, mais sa rationalité est une question de choix – et l’alternative que sa nature lui offre est la suivante : exister en tant qu’être rationnel ou exister en tant qu’animal suicidaire. L’homme doit être homme – par choix ; il doit considérer sa vie comme une valeur – par choix ; il doit apprendre à l’entretenir – par choix ; il doit découvrir les valeurs nécessaires à sa survie et pratiquer les vertus correspondantes – par choix.

« Un code de valeurs accepté par choix est un code moral.

« Qui que vous soyez, vous qui m’écoutez, je m’adresse aux débris de vie restés intact au fond de vous-mêmes, à votre reste d’humanité, à votre intelligence, pour vous dire : il existe une morale rationnelle, une morale propre à l’homme, et c’est la vie humaine qui en est la base et le point de départ.

« Tout ce qui est favorable à la vie d’un être rationnel constitue le bien ; tout ce qui lui est nuisible constitue le mal.

« La vie de l’homme, en accord avec sa nature, n’est pas la vie de la brute décérébrée, du voyou saccageur, ou du mystique chapardeur. C’est la vie d’un être pensant, qui s’entretient non par la force et la fraude, mais par l’usage de ce qu’il y a de plus haut et de plus efficace à cette fin : la raison.

« La vie de l’homme est la référence de la morale, mais c’est votre vie personnelle qui en est l’objectif. Si l’existence sur terre est votre but, vous devez choisir vos actions et vos valeurs en fonction de ce qui est propre à l’homme – dans l’intention de préserver et d’accomplir cette irremplaçable valeur qu’est votre vie.

« Puisque la vie exige un certain mode d’action, tout autre mode la détruit ; un être qui ne regarde pas sa propre vie comme le motif et le but de ses actions, agit en fonction de motifs et de normes dont l’issue est la mort. Un tel être est une monstruosité métaphysique, qui lutte pour nier et contredire le fait même qu’il existe et qui court aveuglément sur la voie de la destruction dans une folie meurtrière incapable de propager autre chose que la douleur.

« Le bonheur est la conséquence d’une vie réussie, le malheur est une immixtion de la mort dans la vie.

« Le bonheur est l’état de conscience engendré par l’accomplissement de ses valeurs. Un code moral qui vous défie de trouver le bonheur dans la renonciation au bonheur – d’approuver l’échec de vos valeurs, est une insolente négation de la moralité. Une doctrine qui vous propose comme idéal le rôle d’un animal sacrificiel demandant à être égorgé sur l’autel de l’altruisme, vous présente la mort comme modèle. Par la grâce de la réalité et de la nature de la vie, l’homme – tout homme – est une fin en lui-même, il existe pour lui-même, et la poursuite de son propre bonheur constitue son plus haut but moral.

« Mais ni la vie ni le bonheur ne peuvent s’accomplir dans la poursuite de lubies irrationnelles. Un homme peut certes tenter de survivre sans tenir compte des exigences de sa nature : mais il périra. De même, un homme peut chercher son bonheur dans n’importe quelle escroquerie intellectuelle au lieu de poursuivre celui qui est propre à sa nature ; mais il ne trouvera que les affres de la frustration. L’objectif de la morale est de vous enseigner, non la souffrance et la mort, mais l’épanouissement et la vie.

« Rejetez donc ces parasites subventionnés, qui vivent à profit de l’esprit des autres et proclament que l’homme n’a nul besoin de moralité, de valeurs, de code de conduite. Eux qui se prétendent scientifiques et claironnent que l’homme n’est qu’un animal, le considèrent pourtant moins comme un élément de la nature soumis comme tel à ses lois, que le moindre des insectes. Ils reconnaissent que chaque espèce vivante possède un mode particulier de survie propre à sa nature, ils ne prétendent pas qu’un poisson puisse vivre hors de l’eau ou qu’un chien puisse survivre sans son odorat ; mais l’homme, le plus complexe des êtres, peut survivre, selon eux, de n’importe quelle manière ; l’homme n’a pas d’identité, pas de nature, et il n’y a pas de raison pratique pour qu’il périsse quand ses moyens de survie sont détruits, quand son esprit étranglé est mis à la disposition de leurs fantaisies.

« Rejetez ces mystiques de la haine dévastatrice qui feignent d’aimer l’humanité tout en prêchant que la plus haute vertu humaine consiste à n’accorder aucune valeur à sa propre vie. Vous disent-ils que le but de la morale est de réprimer l’instinct de survie ? C’est précisément pour sa survie que l’homme a besoin d’un code moral. Le seul homme qui veut pratiquer la morale est celui qui veut vivre.

« Non, vous n’êtes pas tenus de vivre si vous ne le voulez pas ; mais si vous choisissez de vivre, vous devez vivre en êtres humains – par l’effort et le jugement de votre esprit.

« Non, vous n’êtes pas tenus de vivre en êtres humains : c’est un acte de choix moral. Mais vous ne pouvez pas vivre autrement – et l’alternative est cette vie pire que la mort que vous observez maintenant en vous et autour de vous, cette situation impropre à l’existence, qui vous rabaisse en dessous de l’animal, une situation qui vous entraîne d’année en année à travers une douloureuse agonie, vers une absurde et aveugle autodestruction.

« Non, vous n’êtes pas tenus de penser : c’est un acte de choix moral. Mais il a fallu que quelqu’un pense pour vous maintenir en vie. Si vous choisissez de vous dérober à la pensée, vous vous dérobez à l’existence en en transmettant la charge à un être moral, en espérant qu’il sacrifiera son bien-être pour vous permettre de survivre dans votre vice.

« Non, vous n’êtes pas tenus d’être des hommes ; et il est vrai que les hommes véritables ne sont plus parmi vous aujourd’hui. J’ai éloigné vos moyens de survie – vos victimes.

« Comment je m’y suis pris et ce que je leur ai dit pour qu’ils s’en aillent, c’est ce que vous entendez maintenant. Je leur ai tenu le discours que je prononce ce soir. C’était des hommes qui vivaient selon mes principes, mais qui ne savaient pas quelles grandes vertus cela représentait. Je les leur ai fait voir. Je les ai aidé, non à réévaluer, mais simplement à identifier leurs valeurs.

Nous, les hommes de l’esprit, sommes désormais en grève contre vous au nom de l’unique axiome qui est le fondement de notre code moral, et qui est exactement l’antithèse du vôtre : cet axiome est que l’existence existe.

« L’existence existe – et cela implique deux corollaires : que la perception existe et que la conscience existe ; la conscience étant la faculté de percevoir ce qui existe.

« Si rien n’existe, il ne peut pas y avoir de conscience : une conscience dénuée d’objet dont elle puisse être consciente est une contradiction dans les termes. Une conscience consciente uniquement d’elle-même est une contradiction dans les termes : avant de pouvoir s’identifier elle-même comme conscience, il faut qu’elle soit consciente de quelque chose. Si ce que vous prétendez percevoir n’existe pas, vous n’avez aucune conscience.

« Quel que soit le degré de votre savoir, vous ne pouvez échapper à ces deux axiomes – existence et conscience ; ils constituent les préalables irréductibles à toute action que vous engagez, à toute connaissance, vaste ou minuscule, depuis le premier rayon de lumière que vous percevez à la naissance jusqu’à l’érudition, aussi étendue soit-elle, que vous aurez acquise à la fin de vos jours. Que vous sachiez reconnaître un caillou ou décrire la structure du système solaire, les axiomes demeurent identiques : que cela existe et que vous le savez.

« Exister, c’est être quelque chose, différent du néant de l’inexistence, c’est être une entité d’une nature spécifique, munie d’attributs particuliers. Il y a des siècles, l’homme qui reste malgré ses erreurs, le plus grand de nos philosophes, a commencé à formuler le concept d’existence et le principe de tout savoir : A est A. Une chose est elle-même. Vous n’avez jamais saisi le sens de cet énoncé. Je suis ici pour le compléter : L’existence c’est l’identité, la conscience c’est l’identification.

« Quoique vous considériez, action, qualité ou objet, les lois de l’identité restent les mêmes. Une feuille n’est pas une pierre, elle ne peut être au même moment et sous le même rapport entièrement rouge et entièrement verte, elle ne peut geler et se consumer en même temps. A est A. Plus familièrement : vous ne pouvez manger deux fois le même gâteau.

« Vous voulez savoir ce qui ne va pas dans le monde ? Tous les désastres qui l’ont ruiné sont dus aux tentatives de vos chefs de nier que A est A. L’horrible secret que vous craignez de découvrir et tout le malheur qui s’abat sur vous sont dus à vos propres tentatives de nier que A est A. Le but de ceux qui vous ont entraîné dans cette voie était de vous faire oublier que l’homme est l’homme.

« L’homme ne peut survivre que par la connaissance et la raison est son seul moyen de l’acquérir. La raison est la faculté qui perçoit, identifie et intègre les informations fournies par les sens. La fonction des sens est de lui donner des preuves de l’existence, mais la tâche de l’identification incombe à la raison ; les sens se bornent à l’informer que quelque chose existe, mais c’est à l’esprit d’apprendre ce que c’est.

« Toute pensée est un processus d’identification et d’intégration. Un homme perçoit une forme colorée ; en intégrant les données de sa vue et de son toucher, il apprend à l’identifier comme un objet solide ; il apprend à identifier cet objet comme une table ; il apprend que la table est faite de bois ; il apprend que le bois est constitué de cellules, que les cellules sont formées de molécules, que les molécules sont composées d’atomes. Pendant tout ce processus, le travail de son esprit consiste à répondre à une seule question : « Qu’est-ce que c’est ? ». Le moyen dont il dispose pour établir la vérité est la logique, et la logique est fondée sur l’axiome qui énonce que l’existence existe. La logique est l’art de l’identification non contradictoire.

« Une contradiction ne peut exister. Un atome est lui-même, l’univers aussi. Rien ne peut contredire sa propre identité. Pas plus que la partie ne peut contredire le tout. Aucun concept formé par l’homme n’est valide s’il n’est intégré sans contradiction dans la somme de ses connaissances. Parvenir à une contradiction, c’est avouer la présence d’une erreur de pensée ; accepter une contradiction, c’est renoncer à son esprit et s’exclure soi-même du domaine de la réalité.

« La réalité est ce qui existe ; l’irréel ne peut exister ; l’irréel n’est rien de plus que cette négation de l’existence que devient toute conscience humaine qui tente d’abandonner la raison. La vérité est la reconnaissance de ce qui est ; la raison est le seul moyen de parvenir à la connaissance, le seul critère de la vérité.

« La question la plus perverse que vous puissiez poser est : « La raison de qui ? » La réponse est : la vôtre. Il importe peu que votre savoir soit vaste ou modeste, c’est votre esprit à vous qui doit l’acquérir. Il n’y a que votre propre savoir qui vous permette d’agir. Vous ne pouvez revendiquer, vous ne pouvez demander aux autres de prendre en considération que votre savoir personnel. Votre esprit est votre seul juge de la vérité – et si certains ont une opinion différente de la vôtre, c’est la réalité qui tranchera entre vous. Seul l’esprit humain peut accomplir ce processus d’identification complexe, délicat et crucial qu’est le fait de penser. Seul votre jugement personnel peut diriger ce processus. Et seule l’intégrité morale peut guider votre jugement.

« Vous parlez de « l’instinct moral » comme s’il s’agissait d’une aptitude opposée à la raison alors que la raison humaine est précisément sa faculté morale. Une conduite rationnelle est un processus de choix permanent en réponse à la question : vrai ou faux ? Oui ou non ? Une graine doit-elle être plantée en terre pour grandir – oui ou non ? Faut-il désinfecter la plaie d’un blessé pour le soigner – oui ou non ? Peut-on convertir l’électricité atmosphérique en énergie cinétique – oui ou non ? Ce sont les réponses à de telles questions qui sont à l’origine de tout ce que vous avez aujourd’hui – et ces réponses ont été fournies par un esprit humain, dans un dévouement sans faille à la vérité.

« Un processus rationnel est un processus moral. Vous pouvez vous tromper à chaque étape, sans aucune autre garantie que votre propre rigueur ; vous pouvez chercher à tricher, à falsifier les faits et éviter l’effort de la recherche – mais dans la mesure où le dévouement à la vérité est le sceau de la moralité, il n’y a rien de plus grand, de plus noble et de plus héroïque que l’acte d’un homme qui prend la responsabilité de penser.

« Ce que vous appelez « âme » ou « esprit », c’est votre conscience ; ce que vous appelez « libre arbitre », c’est votre liberté de penser ou de ne pas penser : c’est l’origine de toute votre volonté, de toute votre liberté, le choix ultime qui commande tous les choix que vous faites, qui détermine votre personnalité et votre vie.

« La pensée est la vertu première de l’homme, de laquelle toutes les autres découlent. Et son vice premier, la source de tous ses maux, est cet acte inqualifiable que vous pratiquez tous en refusant obstinément de l’admettre : la fuite, la suspension intentionnelle de la conscience, le refus de penser – non l’aveuglement, mais le refus de voir ; non l’ignorance, mais le refus de savoir. C’est l’acte de ne pas concentrer votre esprit, de le noyer dans un brouillard intellectuel, afin de n’avoir pas à endosser la responsabilité de juger, et cet acte repose ultimement sur cette prémisse inavouable : que les choses cesseront d’exister si vous refusez de les identifier, que « A » ne sera pas « A » tant que vous ne l’aurez pas admis.

« Ne pas penser est un acte nihiliste, un désir de nier l’existence, une tentative d’anéantissement de la réalité. Mais l’existence existe ; la réalité est inébranlable, c’est elle qui détruit ceux qui la rejettent. En refusant de dire « Cela est », vous refusez de dire « Je suis ». En suspendant votre jugement, vous reniez votre personne. Quand un homme déclare : « Qui suis-je pour savoir ? », il déclare : « Qui suis-je pour vivre ? »

« Voilà votre premier choix moral, à chaque instant et en toute circonstance : la pensée ou la non pensée, l’existence ou la non-existence, A ou non A, la réalité ou le néant.

« La tendance rationnelle d’un homme place la vie à l’origine de toute action. Sa tendance irrationnelle y place la mort.

« Vous dîtes sottement que la morale est relative au contexte social et que l’homme pourrait s’en passer sur une île déserte – alors que c’est précisément sur une île déserte qu’il en aurait le plus besoin. Laissez-le claironner, votre Robinson, quand il n’y a pas de dupe à exploiter, qu’un rocher peut servir de maison et un tas de sable de vêtements, que la nourriture va lui tomber toute cuite dans le bec, qu’il pourra moissonner demain en consommant son stock de semences aujourd’hui ; la réalité aura vite fait de le dresser, comme il le mérite. La réalité lui montrera que la vie est une valeur à conquérir et que la pensée est nécessaire à cette conquête.

« Si j’utilisais votre langage, je dirais qu’il n’y a qu’un commandement moral : « Tu penseras ». Mais un « commandement moral » est une contradiction dans les termes. Est moral ce qui est choisi, non ce qui est imposé ; ce qui est compris, non ce qui est aveuglément exécuté. Est moral ce qui est rationnel, et la raison ne reçoit pas d’ordres.

« La morale dont je vous parle, celle qui se fonde sur la raison, se résume à un seul axiome : l’existence existe ; et à un seul choix : la vie. Tout le reste en découle. Pour vivre, l’homme doit tenir trois valeurs en haute estime : la raison, l’intentionnalité et l’estime de soi. La raison, comme son seul moyen de connaissance ; l’intentionnalité, comme son choix en faveur du bonheur que ce moyen doit lui permettre d’atteindre ; l’estime de soi, comme la certitude inébranlable que son esprit est capable de penser et qu’il est digne d’être heureux, ce qui signifie : digne de vivre. Ces trois valeurs sont la base de toutes les vertus humaines, qui sont elles-mêmes liées à l’existence et à la conscience. Ces vertus sont la rationalité, l’indépendance, l’intégrité, l’honnêteté, la justice, la productivité et la fierté.

« La rationalité est la reconnaissance du fait que l’existence existe, que rien ne peut modifier la réalité et que rien ne doit supplanter l’acte de la percevoir, c’est-à-dire l’acte de penser ; que la raison est notre seul juge des valeurs et notre seul guide d’action ; que la raison est un absolu qui n’admet pas de compromis ; que la moindre concession à l’irrationnel détruit la conscience en la détournant de la perception des faits de la réalité au profit de leur falsification ; que la foi, loin d’être un raccourci vers la connaissance, n’est qu’un court-circuit qui détruit l’esprit, que l’acceptation d’une allégation mystique est un désir d’annihilation de l’existence qui concrètement, dévaste la conscience.

« L’indépendance est la reconnaissance du fait que vous êtes responsables de votre jugement et que rien ne peut vous y soustraire ; que personne ne peut penser à votre place, de même que personne ne peut vivre à votre place ; que le plus destructeur, le plus méprisable abaissement est d’accepter de subordonner votre esprit à celui d’un autre, de reconnaître son autorité sur votre cerveau, de considérer ses assertions comme des faits, ses affirmations comme des vérités, ses ordres comme des intermédiaires entre votre conscience et votre existence.

« L’intégrité est la reconnaissance du fait que vous ne pouvez nier votre conscience, de même que l’honnêteté est la reconnaissance du fait que vous ne pouvez nier l’existence : que l’homme est une entité indivisible de matière et de conscience, et qu’on ne peut opérer aucune séparation entre son corps et son esprit, entre son action et sa pensée, entre sa vie et ses convictions ; que, tel un juge incorruptible, il ne peut sacrifier ses convictions aux désirs d’autrui, quand bien même l’humanité entière l’en supplierait ou le menacerait ; que le courage et l’assurance sont des nécessités pratiques, le courage étant la façon concrète de vivre une existence véridique, de vivre dans la vérité, et l’assurance la façon concrète d’être véridique vis-à-vis de sa propre conscience.

« L’honnêteté est la reconnaissance du fait que l’irréel est irréel et qu’il ne peut avoir aucune valeur, que ni l’amour, ni la gloire, ni l’argent ne sont des valeurs s’ils sont obtenus frauduleusement ; que toute tentative d’obtenir une valeur en abusant l’esprit des autres revient à placer vos dupes dans une position plus élevée que celle qu’ils méritent, à encourager leur aveuglement, leur refus de penser et leur fuite devant la réalité, et à faire de leur intelligence, leur rationalité et leur perception, des ennemis à fuir et à redouter ; que vous devez refuser de vivre dans la dépendance, surtout quand il s’agit de dépendre de la bêtise d’autrui, ou comme un idiot qui cherche à prospérer en faisant l’idiot ; l’honnêteté n’est pas un devoir social, ni un sacrifice au bénéfice d’autrui, mais la plus profondément égoïste des vertus que l’homme puisse pratiquer : son refus de renoncer à la réalité de sa propre existence au profit de la conscience égarée des autres.

« La justice est la reconnaissance du fait que vous ne pouvez tricher avec la nature humaine, de même que vous ne pouvez falsifier les lois de l’univers ; que vous devez juger chaque homme aussi consciencieusement que vous jugeriez un objet inanimé, dans le même respect incorruptible de la vérité, par un processus d’identification et d’analyse strictement rationnels ; que chaque homme doit être jugé pour ce qu’il est et traité en conséquence ; que, de même que vous achetez moins cher un morceau de fer rouillé qu’un lingot l’or, vous avez moins d’estime pour un bon à rien que pour un héros ; que votre jugement moral est la monnaie avec laquelle vous rémunérez les hommes pour leurs vertus et leurs vices, et que ce paiement exige de vous la même conduite irréprochable que celle que vous adoptez lors de vos transactions financières ; que vous devez tenir les vices des hommes pour méprisables, et admirer leurs vertus ; que laisser d’autres soucis prendre le pas sur celui de la justice revient à dévaluer votre monnaie morale, corrompre le bien en faveur du mal, car une défaillance de la justice affaiblit toujours le bien et renforce toujours le mal ; que la banqueroute morale consiste à accepter que les hommes soient punis pour leurs vertus et récompensés pour leurs vices ; qu’enfin la disparition de la justice mène à l’effondrement, à la dépravation complète et à ce culte de la mort qu’est la consécration de la conscience à la destruction de l’existence.

« La productivité est votre acceptation de la moralité, la reconnaissance du fait que vous choisissez de vivre ; que le travail productif est le processus par lequel la conscience de l’homme entretient sa vie, un processus perpétuel et intentionnel d’acquisition de la connaissance et de transformation de la nature, de matérialisation des idées, d’imprégnation de ses propres valeurs dans le monde ; que tout travail est créatif s’il est issu d’un esprit pensant et non de la répétition stupide d’une routine que d’autres lui ont enseigné ; qu’il vous appartient de choisir votre travail, dans un champ de possibilités aussi étendu que votre esprit même, car rien de plus ne vous est possible et rien de moins n’est digne d’un humain ; que chercher à exercer des emplois qui dépassent vos capacités ferait de vous un automate stressé gaspillant son temps et son énergie ; de même que vous complaire dans un métier qui n’exige pas que vous donniez le meilleur de vous-même, serait freiner vos élans et vous fourvoyer tout autant : car ce serait oublier que votre travail est le processus par lequel vous réalisez vos valeurs, et que perdre l’ambition de réaliser vos valeur, c’est renoncer à vivre ; ce serait oublier que si votre corps est une machine, c’est à votre esprit de le guider, aussi loin qu’il le pourra, avec la réussite comme objectif ; qu’un homme sans but est une barque à la dérive prête à être broyée par le premier rocher venu, qu’un homme qui ne développe pas son esprit est une machine en panne vouée à la rouille, qu’un homme qui laisse autrui décider de son destin n’est qu’un déchet qu’on amène au tas d’ordures ; qu’un homme qui fait des autres son but est un auto-stoppeur sans destination qu’aucun conducteur ne devrait jamais prendre ; que votre travail est le but de votre vie et que vous devez écarter à l’instant tous ceux qui prétendent avoir des droits dessus, que chaque valeur que vous pouvez trouver ailleurs que dans votre travail, amour ou admiration, ne doit être partagée qu’avec ceux que vous choisissez, et qui poursuivent les mêmes buts que vous en toute indépendance.

« La fierté est la reconnaissance du fait que vous êtes vous-même votre plus haute valeur et que, comme toutes les valeurs de l’homme, celle-ci doit être méritée, que la construction de votre propre personnalité est la condition préalable à toute réussite ; que votre caractère, vos actes, vos désirs, vos émotions émanent de votre esprit ; que, de même que l’homme doit produire les biens matériels nécessaires à sa vie, il doit acquérir les traits de caractère qui donnent de la valeur à cette vie ; que, de même que l’homme est un autodidacte dans le domaine matériel, il est un autodidacte dans le domaine spirituel ; que vivre exige une certaine estime de soi, mais que l’homme, qui n’a pas de valeurs innées, n’a pas non plus de fierté innée : il doit la construire en façonnant son âme à l’image de son idéal moral, celle de l’Homme avec un grand “H”, cet être rationnel qu’il est fait pour devenir, s’il le veut ; que la condition nécessaire à l’estime de soi est cet amour-propre rayonnant d’une âme qui désire ce qu’il y a de meilleur dans tous les domaines, matériels ou intellectuels, une âme qui aspire par-dessus tout à sa propre perfection morale, ne plaçant rien au-dessus d’elle ; et que la preuve de votre estime de vous-mêmes est votre répugnance et votre révolte contre le rôle d’animal sacrificiel, contre l’odieuse impertinence de tout credo qui propose d’immoler cette valeur irremplaçable qu’est votre conscience et cet incomparable trésor qu’est votre existence en faveur de la fuite aveugle et de la pourriture intellectuelle qu’on vous propose à la place

« Est-ce que vous commencez à comprendre qui est John Galt ? Je suis l’homme qui a gagné ce pour quoi vous ne vous êtes pas battus, ce à quoi vous avez renoncé, ce que vous avez trahi et corrompu sans toutefois réussir à le détruire complètement, et que vous cachez maintenant comme un secret honteux, en passant votre vie en excuses devant chaque cannibale professionnel, de peur qu’on découvre que quelque part à l’intérieur de vous, vous mourrez d’envie de dire ce que je dis maintenant devant le monde entier : je suis fier de ma propre valeur et je suis fier d’aimer la vie.

« Ce désir – que vous partagez quoique vous vouliez le considérer comme mauvais – est la dernière étincelle de bien au dedans de vous, mais c’est un désir dont il faut se rendre digne. Le bonheur est le seul but moral de l’homme, mais il ne peut être atteint que par l’exercice de la vertu. La vertu n’est pas un but en soi. Il n’y a pas de récompense propre à la vertu, et la vertu n’est pas non plus la rançon du mal. La vie est la récompense de la vertu et le bonheur est le but et la récompense de la vie.

« Votre corps connaît deux sensations fondamentales, le plaisir et la douleur, en signe de bien-être ou d’altération, qui sont un baromètre de l’alternative ultime, la vie ou la mort ; de même votre conscience connaît deux émotions fondamentales, la joie et la peine, en réponse à la même alternative. Vos émotions sont une appréciation de ce qui est favorable à votre vie ou de ce qui la menace et qui synthétisent en un éclair la somme de vos pertes ou profits. Vous ne pouvez agir sur votre capacité à sentir ce qui est bon ou mauvais pour vous, mais ce que vous considérez comme bon ou mauvais, ce qui vous donne de la joie ou de la peine, ce que vous aimez ou haïssez, ce que vous désirez ou redoutez, cela dépend de votre échelle de valeurs. Les émotions sont inhérentes à votre nature, mais leur contenu est dicté par votre esprit. Votre capacité émotionnelle est un moteur vide, et vos valeurs sont le carburant avec lequel votre esprit le remplit. Si vous choisissez un mélange contradictoire, votre moteur sera obstrué, votre transmission grippée, et vous serez brisé à votre première tentative de mettre en marche la machine que vous, le conducteur, aurez sabotée.

« Si vous tenez l’irrationnel comme échelle de valeur et l’impossible comme concept du bien, si vous attendez des récompenses que vous n’avez rien fait pour mériter, une fortune ou un amour dont vous n’êtes pas dignes, si vous espérez que les lois de la causalité seront défaillantes, que A deviendra non A selon vos caprices, c’est que vous désirez l’opposé de l’existence ; et vous allez l’avoir. Ne vous plaignez pas alors de ce que la vie est frustrante et que le bonheur n’est pas accessible à l’homme ; vérifiez votre carburant : il vous a amené là où vous vouliez aller.

« Le bonheur ne peut être atteint sur ordre de caprices émotionnels. Le bonheur n’est pas la satisfaction de n’importe quel désir irrationnel auquel vous pourriez vous abandonner aveuglément. Le bonheur est un état de joie non contradictoire – une joie sans ombre ni culpabilité, une joie qui ne s’oppose à aucune de vos valeurs et qui ne vous mène pas à votre perte ; vous ne pouvez l’atteindre en échappant à la raison, que vous devez au contraire utiliser pleinement, vous ne pouvez l’atteindre non plus en falsifiant la réalité, mais en accomplissant des valeurs réelles ; le bonheur n’est pas le lot de l’ivrogne, mais celui du producteur. Le bonheur n’est permis qu’à l’homme rationnel, celui qui ne poursuit rien d’autre que des buts rationnels, n’aspire qu’à des valeurs rationnelles, et trouve sa joie seulement dans des actes rationnels.

« De même que j’entretiens ma vie, non pas en volant ou en mendiant, mais par mon propre effort, de même je ne cherche pas à trouver mon bonheur dans l’affrontement ou la supplication, mais dans l’accomplissement personnel. De même que je ne considère pas le plaisir des autres comme le but de ma vie, je ne considère pas non plus mon plaisir comme le but de la vie des autres. De même qu’il n’y a pas de contradiction dans mes valeurs ni de conflit entre mes désirs, il n’y a pas non plus de victimes ou de conflits d’intérêt entre des hommes rationnels, des hommes qui ne désirent pas ce qu’ils n’ont pas gagné et qui ne se regardent pas les uns les autres avec une avidité de cannibales, des hommes qui ne font ni ne demandent aucun sacrifice.

« Le symbole de toute relation entre de tels hommes, le symbole moral du respect de l’être humain, c’est le commerce. Nous qui vivons de nos valeurs et non du pillage, sommes des commerçants, à la fois matériellement et spirituellement. Un commerçant est un homme qui gagne ce qu’il possède et donne ce qu’il doit en retour. Un commerçant ne demande pas d’être payé pour ses manquements, pas plus qu’il ne veut être aimé pour ses défauts ; un commerçant ne donne pas son corps en pâture ni son âme en aumône. De même qu’il ne donne le fruit de son travail qu’en échange de valeurs matérielles, il donne les valeurs de son esprit – son amour, son amitié, son estime – seulement en échange de vertus humaines, en paiement pour le plaisir personnel et égoïste, qu’il reçoit des hommes qu’il juge dignes de traiter avec lui. Les parasites mystiques qui, à travers les âges, ont insulté et méprisé les commerçants, tout en honorant les mendiants et les pillards, avaient un motif secret : le commerçant était l’être qu’ils redoutaient, le modèle de l’homme juste.

« Savez-vous quelle est mon obligation morale envers mes frères en humanité ? Aucune, si ce n’est celle que je me dois à moi-même, aux objets de l’univers et à tout ce qui existe : la rationalité. Je traite avec les hommes comme l’exige ma nature et la leur : à l’aide de la raison. Je n’attends rien d’autre de leur part que des relations dans lesquelles ils désirent entrer parce qu’ils l’ont choisi. Il n’y a qu’avec leur esprit que je peux traiter et uniquement dans mon intérêt personnel, lorsqu’ils constatent que mon intérêt coïncide avec le leur. Quand ce n’est pas le cas, je ne noue pas de relation. Je laisse ceux qui n’ont pas d’intérêt commun avec moi passer leur chemin sans dévier du mien. Je convaincs uniquement par des moyens logiques et ne me rends qu’à la logique. Je n’abandonne pas ma raison ou mes affaires parce que des hommes ont abandonné les leurs. Je n’ai rien à attendre des idiots et des lâches ; je n’attends aucun bénéfice des vices humains, de la bêtise, de la malhonnêteté ou de la peur. La seule valeur que les hommes puissent m’offrir est le fruit de leur pensée. Quand je suis en désaccord avec un homme rationnel, je laisse la réalité trancher entre nous ; celui de nous deux qui a tort en tire les leçons. L’un de nous gagne, mais les deux en profitent. Quel que soit le sujet du désaccord, il y a un acte funeste qui ne doit être commis en aucun cas contre quiconque, et que personne ne doit tolérer ni pardonner. Aussi longtemps que les hommes désireront vivre ensemble, aucun d’entre eux – m’entendez-vous ? – aucun d’entre eux ne devra prendre l’initiative de la force physique contre les autres.

 
 

Atlas Shrugged, part II

Aux États-Unis vient de sortir sur les écrans la seconde partie du film adapté du roman culte d’Ayn Rand : Atlas Shrugged (traduction française Sophie Bastide-Foltz : La Grève, éditions des Belles Lettres). 

Pour ceux qui auraient raté la première partie, cliquez ici. Voir aussi cet article de Mathieu Laine, professeur à Sciences-Po : La prophétie d’Ayn Rand.

A lire encore : La philosophie d’Ayn Rand en deux minutes

Ci-dessous, deux vidéos sous-titrées par l’Institut Coppet, qui décryptent le message d’Ayn Rand :





“Galt’s Gulch” in Colorado

For a few days in April 2012, “Galt’s Gulch” in Colorado will become a reality. Principled friends of liberty from more than 30 countries will assemble in Colorado Springs to enjoy an “Atlas Experience” – great ideas and great speakers, including Gabriel Calzada, incoming president of Universidad Francisco Marroquín in Guatemala as the keynote speaker for the Fisher Award dinner. 

Broadmoor Hotel

http://atlasnetwork.org/

https://events.heritage.org/rbcomp/

Ayn Rand, ou le culte de l’individualisme raisonnable… et raisonné

Ayn Rand, ou le culte de l’individualisme raisonnable… et raisonné:

La Tribune

La romancière et philosophe américaine d’origine russe a développé une pensée de l’individualisme radical qui tente de justifier moralement le capitalisme. Ayn Rand est devenue une référence incontournable outre-Atlantique.
Vu de France, les personnages qui symbolisent l’esprit du capitalisme américain se nomment Henry Ford, Rockefeller ou, version moderne, Bill Gates ou Steve Jobs. Vu des États-Unis, ce serait plutôt Ayn Rand. Inconnue en France, à part quelques « aficionados » au nombre croissant, Ayn Rand n’est pas un entrepreneur dont la « success story » serait devenue une source d’inspiration. Elle a seulement écrit des romans devenus des best-sellers – des millions d’exemplaires ont été vendus dans des dizaines de langues – comme « The Fountainhead », « Atlas Shrugged » (lire encadré), mais aussi des essais aux titres explicites comme « la Vertu de l’égoïsme » et « le Capitalisme, cet idéal méconnu ». Ces ouvrages parus dans les années 1940 et 1950 ont marqué des générations d’Américains et symbolisé l’esprit d’entreprise. À l’exemple de Michael Shermer, président de la Société sceptique américaine, chroniqueur au « Scientific American », qui se souvient dans l’introduction de son best-seller « The Mind of Market » (« l’Esprit du marché ») de l’impression que lui a procurée la découverte d’« Atlas Shrugged » et d’Ayn Rand, dont il n’avait jamais entendu parler : « L’épaisseur du roman était tellement intimidante que je refusais de rejoindre le rang des étudiants qui s’enthousiasmaient depuis des mois, jusqu’à ce que la pression sociale me pousse à plonger dans l’ouvrage. » Et de poursuivre : « C’était un livre remarquable, et Rand m’a conduit à lire ensuite une vaste littérature sur les entreprises, les marchés et l’économie. »

Un sondage réalisé en 1991 auprès des Américains par la Bibliothèque du Congrès sur les livres qu’ils jugeaient les plus importants plaçait « Atlas Shrugged » à la deuxième place, derrière la Bible. L’ouvrage – qui compte plus de 1.000 pages et est paru en 1957 – est même venu s’installer dans la liste des meilleures ventes en 2009 dans le sillage de la crise financière en compagnie d’un autre « classique », « la Route de la servitude » de Friedrich Hayek. Et il compte parmi les livres de référence du mouvement du Tea Party, qui a modifié le paysage politique américain de ces dix dernières années.

D’où vient un tel succès qui ne se dément pas ? Ayn Rand aura beaucoup fait pour justifier, en le radicalisant, le « Laissez-faire » en matière d’économie au nom de l’impératif moral lié à la liberté de l’individu perçu comme fondement de la société, et renouant avec l’esprit des pères fondateurs de la Constitution américaine. Le capitalisme dans la version « randienne » n’est pas perçu comme intrinsèquement immoral, car il n’est pas fondé sur le cynisme et le pur pragmatisme où seul importe l’intérêt mais comme l’affirmation la plus haute de la création et de la liberté. Cette philosophie est d’ailleurs illustrée par les héros de ses romans qui sont animés par des valeurs et dont la lutte contre le pouvoir corrompu des politiques est un leitmotiv. En ce sens, le véritable héros randien est l’entrepreneur qui, par son travail, son imagination, crée une richesse qui profite à tous.

La défense de cet idéal est assurément à chercher dans sa biographie. Avant de devenir américaine, Ayn Rand s’appelait Alissa Rosenbaum. Née en 1905 en Russie, elle a vécu adolescente la révolution et la prise du pouvoir par les Bolcheviks. Ne supportant plus cette oppression découlant du chaos économique et de la répression politique, devenue viscéralement anticommuniste et anticollectiviste, elle réussit à quitter son pays en 1926, puis s’embarque au Havre pour rejoindre les États-Unis considérés comme la terre de la liberté.

Pour gagner sa vie, elle va devenir scénariste à Hollywood, qui lui apprendra à maîtriser tous les ingrédients de la culture populaire, avant de connaître le succès en tant que romancière. Elle rencontre aussi des personnalités libérales de premier ordre, comme l’économiste autrichien Ludwig von Mises, qui a fui le régime nazi, ou Alan Greenspan, le futur président de la Réserve fédérale, qui deviendra un de ses proches.

Autodidacte, elle va développer une philosophie fondée sur un individualisme éthique et politique sous la forme d’ouvrages plus théoriques pour synthétiser ses idées sous le concept « d’objectivisme », inspiré en large part de sa lecture personnelle d’Aristote, et qui repose en métaphysique, sur le principe de l’objectivité de la réalité ; en matière de connaissance, sur l’exercice de la raison ; en éthique, sur l’intérêt propre de l’individu ; et en politique, sur le capitalisme. Sa « passion de l’égoïsme rationnel », selon l’expression du philosophe Alain Laurent (*), la conduira à incarner ses idées dans un mouvement politique qui, par la suite, ne sera pas exempt de dérives sectaires.

Dès lors, et jusqu’à sa mort en 1982, elle devient une commentatrice de la vie politique et culturelle américaine à l’ironie mordante comme en témoignent ses interventions télévisées souvent controversées. Malgré cela, elle reste une référence de la culture américaine, comme le résume parfaitement Hillary Clinton : « Tout le monde a eu son moment Rand. »

(*) C’est le titre de l’excellente biographie que ce philosophe lui consacre (éditions Les Belles Lettres, 2011).

Robert Jules – 29/12/2011

La prophétie d’Ayn Rand

Par Mathieu Laine, avocat, enseignant à Sciences-Po.

Les Echos, 20/12/2011
Tous les candidats à l’élection présidentielle, déclarés ou non, sont unanimes : il faut sauver et préserver notre « modèle social », nous protéger contre la mondialisation, renforcer les réglementations, moraliser le capitalisme et taxer davantage les « plus riches » pour préserver la « justice sociale ». 
A force de marteler ces « évidences », la pensée « mainstream » s’enkyste et condamne toute pensée différente. Et tout sauvetage réel du pays. 
La crise maximale que nous connaissons, dans une grande majorité des démocraties occidentales et plus encore en France, est bien celle d’un mode de pensée : l’échec et l’effondrement non pas du libéralisme, mais de la social-démocratie, qui domine le monde dit « développé » depuis plus de cinquante ans. La crise des dettes souveraines et l’échec aussi vertigineux qu’annoncé des derniers plans de relance en fournissent une preuve irréfutable. 
Pourtant, fondés sur un diagnostic biaisé, les propositions constructivistes, les réflexes protectionnistes, les ambitions de régulation planétaire et les innovations fiscales confiscatoires pleuvent. Même François Bayrou, supposé incarner une alternative au discours dominant, nous propose… le grand retour du Commissariat général au plan ! 
Les chiffres parlent pourtant d’eux-mêmes : le secteur public domine et a asséché la sphère privée, qui représente à peine plus de 40 % du PIB ; nous avons 500.000 fonctionnaires de plus qu’en Allemagne, qui a pourtant 15 millions d’habitants en plus et des services publics des plus performants ; l’heure de travail est 5 euros plus chère en France qu’en Allemagne et notre pression fiscale et réglementaire, comme notre dette, atteignent des sommets. Notre pays ne meurt pas de « pas assez d’Etat », mais de « trop d’Etat », et d’un secteur privé exsangue, assassiné sur l’autel de la « justice sociale », au point d’être désormais incapable de payer la facture d’un monde où, le modèle échouant, la pauvreté progresse et le découragement triomphe. 
Nous vivons, sans le savoir, la prophétie d’Ayn Rand. Un documentaire américain révèle, exemples à l’appui, combien la romancière-philosophe, farouche anticollectiviste et championne de l’objectivisme, avait anticipé, dès les années 1950 et avec une lucidité époustouflante, les méfaits de la montée en puissance de l’interventionnisme larvé et de la collusion pernicieuse entre certains dirigeants d’entreprise et de gouvernement cherchant, au mépris de la morale et de la liberté individuelle, à asseoir, bons sentiments à l’appui, leur pouvoir, à accroître leurs privilèges et à écraser leurs concurrents. 
« Atlas Shrugged », son immense roman prophétique, dont plus de 10 millions d’exemplaires ont été vendus et qui a été lu par plus de 30 millions d’Américains (on lui prête une influence déterminante dans l’élection de Ronald Reagan à la Maison-Blanche) vient, nous l’avons déjà mentionné, d’être traduit et publié en français (« La Grève », Ayn Rand, Les Belles Lettres, 2011. On lira aussi, avec délectation, l’excellente biographie « Ayn Rand ou la passion de l’égoïsme rationnel », par Alain Laurent, chez le même éditeur). Tout le monde devrait lire cette fantastique dénonciation de la tyrannie démocratique et cette ode vibrante à l’entreprenariat. 
Ce roman, véritable grand cru littéraire, remarquablement construit, bouscule les idées reçues, pulvérise le conservatisme droite-gauche et donne, y compris dans l’hypothèse de rébellion des producteurs et des innovateurs, du souffle et de l’espoir pour demain. 
Le moment est sans doute venu d’aller jusqu’au bout de la prophétie randienne : les entrepreneurs, les professions libérales, les inventeurs doivent s’unir et dénoncer le monopole des professionnels de l’égalitarisme et l’immoralité de l’irresponsabilité publique. Sans eux, rien n’est possible.

Mathieu Laine

L’éthique objectiviste d’Ayn Rand

Voici un beau travail réalisé par trois élèves de l’ISEP :

Entretien publié sur Contrepoints, avec un dossier spécial La Grève

Damien Theillier, comment avez-vous découvert Ayn Rand ? 
Je l’ai découverte en lisant un extrait de The virtue of selfishness sur le web il y a déjà pas mal d’années. J’avais l’impression de lire du Aristote moderne, ce qui n’est pas banal. Certains passages de ce livre sont très proches de l’Ethique à Nicomaque d’Aristote. Par suite j’ai pu me procurer le DVD du film The Fountainhead et m’en servir comme support d’un cours de philosophie sur l’éthique en classes préparatoires. 
S’il vous fallait résumer La Grève en une phrase, que diriez-vous ? 
Son objectif est de montrer concrètement ce qui peut arriver à une société (à une civilisation ?) quand la réussite individuelle est discréditée, diabolisée par des bureaucrates collectivistes. 
Parmi les personnages du roman, quel est celui dont vous vous sentez le plus proche ? Pourquoi ? 
Fransisco d’Anconia m’amuse beaucoup par sa gaité et sa dérision. C’est un provocateur doué d’une ironie assez géniale. Sa manière à lui de faire la grève, c’est de ruiner par tous les moyens le système collectiviste et de ridiculiser les bureaucrates arrogants et prétentieux. Mais Dagny Taggart est l’une des plus belles héroïnes de la littérature moderne : humaine, intelligente, courageuse, incorruptible et attractive. Elle est un exemple rare, en littérature, d’une vie dont les actions illustrent la logique propre au libre marché. Elle comprend le sens de la responsabilité personnelle et du choix. Elle vit par ses propres moyens et pour ses propres valeurs. 
Quelle a été votre réaction à la lecture du discours de John Galt ? 
J’ai été médusé, fasciné. Beaucoup trouvent ce morceau de bravoure trop long et didactique. Mais pour ma part j’ai beaucoup aimé le fait que, pour Ayn Rand, la clé du problème est philosophique et morale. La crise de civilisation qui est décrite dans ce roman et que nous voyons devant nos yeux tous les jours (la réalité rattrape la fiction) est une crise de l’esprit, une crise intellectuelle. Et c’est exactement ce qu’explique John Galt dans son discours. 
Parmi les thématiques – nombreuses – que le roman aborde (l’entrepreneur, le courage, le progrès scientifique, la jalousie, l’entraide, l’égoïsme, la symbolique, …), quelle est celle qui vous touche le plus ? Pourquoi ? 
C’est la thématique de la grève. C’est pour cette raison que j’ai aimé le choix du titre français du roman. C’est le cœur même de l’intrigue : un appel à la résistance à l’oppression (passive ou active). C’est une belle illustration moderne du droit de résistance tel qu’il a été défini par la scolastique médiévale, par John Locke au XVIIe siècle, puis par la Déclaration des Droits de l’homme de 1789. Les révolutions sont souvent sanglantes. La révolution imaginée par Ayn Rand dans La Grève, est différente : son héros n’est pas un chef de guerre mais un ingénieur. 
Est-ce votre œuvre préférée de Rand ? Pourquoi ? 
Comme philosophe, je suis plus intéressé par les travaux théoriques d’Ayn Rand qui développent, avec des arguments philosophiques, les principaux thèmes abordés dans ses romans. Cela dit son talent d’écrivain (d’œuvres de fiction) est certainement supérieur à son talent de philosophe. Dans ses essais, elle a tendance à jeter un peu vite l’anathème sur tous ses prédécesseurs, sans les avoir bien lus, ce qui est assez agaçant… Mais il faut lui reconnaître un talent pédagogique incomparable et un ton iconoclaste qui tranche avec le discours académique lénifiant et creux de la plupart des philosophes du XXe siècle. 

La Grève, enfin en librairie !

 La Grève (Atlas Shrugged en français) arrive aujourd’hui en librairie, traduit par Sophie Bastide-Foltz et édité aux Belles Lettres, après plus de 50 ans !

De Sparte à Miami, la question est la même…

Pourquoi le monde semble-t-il se détraquer ?

Pourquoi sans raison apparente, un sentiment de désespoir et de frustration se répand-il partout ?

Pourquoi dans les pires moments, entend-on ce nom, sans visage et sans origine ?

Qui est John Galt ?

Un début de réponse ici


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