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L’école autrichienne : l’économie sans équation

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Le vendredi 31 janvier 2014

L’Institut Coppet vous invite à son séminaire sur l’école autrichienne d’économie Lire la Suite →

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Réponse à Comte-Sponville et Onfray sur le capitalisme

A la suite du débat entre Michel Onfray et André Comte-Sponville, j’aimerais proposer une synthèse.

Le capitalisme est-il moral ? La thèse d’ACS est que le capitalisme est amoral. MO soutient que le capitalisme est immoral. Je ne suis pas complètement d’accord avec ACS et un peu d’accord avec MO.

Selon moi, le capitalisme peut être dit 1° amoral, 2° moral et 3° immoral, sous trois rapports différents bien entendu.

1° Le capitalisme est amoral.
En tant que théorie économique, le capitalisme peut être entendu comme une description des mécanismes de la production et de la division du travail, dans le contexte d’une économie de marché, fondée sur la propriété des moyens de production et le salariat. Une théorie descriptive n’a pas à être morale ou immorale, elle décrit les causes et les effets et elle peut seulement être dite vraie ou fausse, point.
De ce point de vue, ACS a raison de dire que seuls des individus, sujets de droits et de devoirs, sont moraux ou immoraux. Le capitalisme n’est pas un individu, c’est un être de raison. Il ne pense pas, il n’a pas de volonté, ni d’intentions.

« Prétendre que le capitalisme pourrait être moral n’a pas de sens. En effet, le possible et l’impossible n’ont que faire du bien et du mal. (…) Imaginez la réaction d’un physicien qui vous expliquerait la grande équation d’Einstein, E=mc2, et à qui vous objecteriez que cette équation n’est pas morale puisqu’elle fait exploser des bombes atomiques. Ce physicien vous répondrait que vous ne parlez pas de la même chose! Dans l’ordre économico-techno-scientifique, rien n’est jamais moral ni immoral. Tout y est plutôt amoral car la morale n’a rien à faire ici. A la question : Le capitalisme est-il moral? je réponds donc évidemment non puisqu’il ne le peut pas! Conséquence, si nous voulons qu’il y ait une morale dans une société capitaliste, celle-ci doit venir d’ailleurs que du marché.»

2° Le capitalisme est moral.
Mais l’économie n’est pas une science expérimentale au sens strict, ni une science de la nature. Ce n’est pas une branche de la physique, même si elle peut lui emprunter certains critères de scientificité. C’est une science humaine. Et au XIXe siècle, on disait même : c’est une science morale et politique. Tout ce qui a trait à l’homme comporte nécessairement une dimension morale. L’économie est constituée de pratiques humaines, indissociables de droits et de devoirs. On peut même dire que l’objet de l’économie, c’est l’action humaine, avec ses motivations, ses croyances, ses opinions. Morale est un mot qui vient du latin mores, les mœurs. Or l’économie ne porte pas sur des agrégats statistiques, mais bien sur les mœurs humaines dans le domaine de la production, de l’échange et de la consommation.

C’est pourquoi le capitalisme ne peut être défini comme une théorie purement descriptive. C’est aussi une théorie normative, qui inclut un certain nombre de jugement de valeurs. Le plus fondamental : le droit de propriété, fondé sur le travail, est un droit inaliénable de l’individu. On peut être ou ne pas être d’accord avec ce jugement mais on ne peut pas l’ignorer.
C’est pourquoi  je suis en désaccord avec Comte-Sponville. Pour lui, la seule légitimité du capitalisme serait son succès matériel, fondé sur la recherche de l’intérêt égoïste. Conception matérialiste et purement utilitariste. Pour moi la légitimité du capitalisme tient d’abord et avant tout à son socle moral : le droit de propriété, droit naturel et universel. En cela, ma conception du capitalisme se situe davantage dans la lignée de la tradition libérale française et autrichienne, plutôt que dans celle du libéralisme anglo-saxon, dont Marx fut le disciple.

De ce point de vue, le capitalisme est moral car il est fondé sur la propriété privée, qui est un droit de l’homme, et sur la liberté des contrats. Au contraire, l’appropriation collective (socialisme réel) ou même la limitation de la propriété au nom de l’intérêt général (social-démocratie) constitue une violation des droits individuels parfaitement immorale.

3° Le capitalisme est immoral
Onfray, comme tous les indignés, a raison sur un point et ce point a été souligné par Marx. Un capitalisme qui reposerait sur l’intervention de l’Etat, serait par définition immoral. En effet, il serait à l’abri des faillites, il aurait des rentes de situations garanties à jamais. Il socialiserait ses pertes et il privatiserait ses bénéfices.
Ce que dit Onfray décrit assez bien la situation du capitalisme en France comme aux Etats-Unis : « le capitalisme voudrait pouvoir fabriquer des déchets sociaux pour le bon fonctionnement de sa machine immorale et laisser la gestion des déchets sociaux à l’Etat ! Le profit pour lui, les dépenses pour les instances publiques… »  Tel est le capitalisme de copinage qui s’est développé dans le monde financier, celui des banques. Mais c’est aussi le cas de grosses entreprises (le big businness), comme Renault ou Peugeot, subventionnées par l’Etat sous différentes formes.

L’erreur d’Onfray, c’est de confondre libéralisme et loi du plus fort. C’est un vieux cliché. Le libéralisme n’est pas la liberté d’empiéter sur les droits d’autrui. C’est la liberté de faire ce qu’on veut avec ce qu’on a justement acquis. Cette liberté-là conduit-elle, comme il le prétend, aux inégalités et à l’injustice sociale ? La conviction des libéraux c’est que la liberté, entendue comme liberté responsable respectueuse et des droits individuels, est le plus sûr chemin vers la réduction de la misère, la paix et l’harmonie sociale, c’est-à-dire précisément l’idéal socialiste. (MO est partisan d’un capitalisme libertaire auto-géré, voir ici)

Il existe donc deux formes de capitalisme : moral et immoral
En conclusion et là je m’éloigne autant de MO que d’ACS, il faut distinguer deux sortes de capitalisme : le capitalisme de libre-marché et le capitalisme de copinage. Ce dernier est un perversion du premier, il est moralement condamnable. L’idée d’un capitalisme amoral me semble relever davantage de la pétition de principe.
Marx avait raison sur un point : l’exploitation est un mal moral. Et si le capitalisme est fondé sur un cartel de patrons, protégé par la force des lois, alors le capitalisme est immoral, il s’apparente à de la spoliation légale, comme l’avait bien montré Frédéric Bastiat. Mais Marx avait tort sur un point : ce capitalisme là n’est pas le seul envisageable. Il existe un capitalisme de libre-marché, fondé sur la libre concurrence et la liberté des contrats. La seule condition pour qu’il fonctionne : limiter le pouvoir de l’Etat à la répression des atteintes aux droits individuels.

A lire pour approfondir

Une vidéo passionnante d’ACS sur le management (excellent orateur, comme il était très bon professeur à la Sorbonne il y a quelques années !)

Introduction à Michel Onfray par MO

A voir : vidéos sous-titrées par l’Institut Coppet

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