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Archives de Catégorie: ideologie

Transhumanisme et humanisme : ce qui est possible est-il toujours souhaitable ?

transhumaLe transhumanisme est un nouveau concept philosophique à la frontière de l’humanisme et des nouvelles technologies. Le transhumanisme est-il un humanisme ?

L’idée de fusionner l’homme et la machine est très populaires depuis depuis le XXe siècle, chez les auteurs américains de science-fiction par exemple. Plusieurs films illustrent ce thème : certains qui datent comme « Terminator » ou « Blade Runner » et d’autres plus récents comme « Transcendance », avec Johnny Depp.  Aujourd’hui c’est la Silicon Valley, Google en tête, qui relève le défi. Raymond Kurzweil, chef de projet chez Google, véritable star du transhumanisme aux USA, a fondé une université entièrement consacrée à la recherche dans ce domaine.

Les transhumanistes  préconisent l’utilisation des sciences et de la technologie afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des humains. D’après eux, le corps humain se doit d’être un terrain d’expérimentation technologique pour lui éviter notamment le vieillissement et lui permettre d’acquérir des facultés supérieures dépassant la simple évolution biologique. Selon les penseurs de ce mouvement, la pensée est infinie tandis que le corps est limité. Il s’agit donc de libérer la pensée de ses limites corporelles. Et cela devient possible avec la convergence des technologies émergentes dites NBIC : nanotechnologies, biotechnologies, informatique (intelligence artificielle) et sciences cognitives. Dans cette perspective, l’idée même de la mort devient obsolète. Dualisme platonicien ou hédonisme ? Idéalisme ou matérialisme ?

Max More (philosophe du transhumanisme) a écrit : « Nous considérons l’humanité comme une étape transitoire dans le développement de l’intelligence. Grâce à la science, nous accélérerons notre transition d’une condition humaine à une condition transhumaine ou posthumaine.»

S’agit-il d’une folie ? D’une utopie ? Certains parlent d’eugénisme, de « meilleur des mondes », en référence à Huxley. Mais les enjeux mis en avant par les transhumanistes méritent un débat plutôt qu’un simple mépris. C’est d’ailleurs un thème qui peut constituer la matière d’un très bon sujet de philo tel que : « Ce qui est possible est-il toujours souhaitable ? »

La question porte sur les limites de ce qu’on peut faire avec l’humain. Si nous soumettons nos vies à des forces qui nous affranchissent de nos limites, ces mêmes forces risquent bien de nous asservir à leur tour. Par ailleurs, le projet de création d’un homme nouveau a de quoi inquiéter. C’était le rêve d’un autre humanisme, qui a fait faillite au siècle dernier : le communisme. Il nous faudra sans doute revenir à la question fondamentale : qu’est-ce que l’homme ?

google.cover.inddA lire :

Qu’est ce que le Transhumanisme ?
http://iatranshumanisme.com/a-propos/transhumanisme/quest-ce-que-le-transhumanisme-version-3-2/

Le transhumanisme est-il un humanisme ?

La déclaration Transhumaniste
http://iatranshumanisme.com/a-propos/transhumanisme/la-declaration-transhumaniste/

Quelques vidéos :

Faut-il avoir peur du transhumanisme ? Un philosophe s’inquiète

Un humain presque parfait : https://www.youtube.com/watch?v=yiMHz1_ZZSk

Un monde sans humains : https://www.youtube.com/watch?v=QkFRxbXbYdQ

Le transhumanisme et l’homme de demain : https://www.youtube.com/watch?v=7u9qW9xn5vY

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La nouvelle lutte des classes

le-pointJe voudrais proposer ici un long extrait d’un article du Point que j’ai trouvé exceptionnel. Il est très rare de trouver dans la presse « mainstream » des articles d’une telle qualité, tant sur le plan philosophique que sur le plan de l’analyse économique et politique. Il faut dire que l’auteur s’appuie sur un entretien avec le penseur Alain Laurent, publié il y a quelques semaines dans un dossier du Point consacré au libéralisme. Pour une fois, on peut lire une présentation du libéralisme qui restitue sa signification historique et philosophique, loin des clichés stupides qui s’étalent dans les manuels scolaires de la maternelle à l’université… A lire jusqu’au bout ! Lire la Suite →

#377

« Les idéologues de l’étatisme ont pour fonction de tisser les faux habits de l’empereur, de faire admettre à la population un système de deux poids et deux mesures, vu que lorsque les hommes de l’Etat commettent le pire des crimes, en fait ce n’en est pas un, mais quelque chose d’autre, qui est nécessaire, juste, vital et même – à d’autres époques – conforme à la volonté même de Dieu. Le succès immémorial de ces chiens de garde idéologiques de l’Etat dans leur entreprise représente peut-être la plus grande supercherie de l’histoire de l’humanité. »

— Murray N. Rothbard

Source : La nature de l’Etat, in Ethique de la liberté

Dictionnaire politique

Le jeune dictionnaire en ligne de théorie politique, contient deux ou trois notices très intéressantes.

Pour commencer, une excellente notice sur l’idéologie.
L’auteur, Gwendal Châton, est docteur en science politique, titulaire d’une maîtrise en histoire, et membre du Centre d’Etudes et de Recherches Autour de la Démocratie (CERAD) de l’Université Rennes 1. Il poursuit des recherches sur le libéralisme français contemporain, dans le sillage de Raymond Aron ou de Raymond Boudon.

G. Châton rappelle que dans un passage célèbre de L’idéologie allemande Karl Marx propose une définition inédite de l’idéologie comme déformation intellectuelle de la réalité matérielle : « À toute époque, les idées de la classe dominante sont les idées dominantes ; autrement dit, la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est en même temps la puissance spirituelle dominante. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose en même temps, de ce fait, des moyens de la production intellectuelle, si bien qu’en général, elle exerce son pouvoir sur les idées de ceux à qui ces moyens font défaut. Les pensées dominantes ne sont rien d’autre que l’expression en idées des conditions matérielles dominantes, ce sont ces conditions conçues comme idées, donc l’expression des rapports sociaux qui font justement d’une seule classe la classe dominante, donc les idées de sa suprématie » (Marx, 1845, 1994 : 338, souligné par l’auteur).

L’auteur montre ensuite que Raymond Aron a rompu avec la conception marxiste de l’idéologie.
Selon Raymond Aron, le marxisme n’est pas devenu, comme Marx l’ambitionnait, une science capable de débusquer l’idéologie. Il s’est au contraire dégradé en une idéologie inédite soutenant un régime totalitaire. À côté du « monopole du parti » et de « l’étatisation de la vie économique », la « terreur idéologique » est ainsi une des trois clés permettant de comprendre le totalitarisme.

Hannah Arendt, quant à elle, fera de l’idéologie l’élément central de son approche phénoménologique du totalitarisme.

La notice se poursuit avec une présentation de l’analyse de Raymond Boudon. Celui-ci propose de rompre avec la conception de l’idéologie comme produit de comportements irrationnels pour la soumettre à l’exigence wébérienne de compréhension : il veut comprendre les bonnes raisons que peut avoir un acteur social de croire à une idée fausse. Boudon applique ici le principe de l’individualisme méthodologique : les idées et les croyances ne sont pas produites par des forces impersonnelles et obscures mais elles sont le fait d’individus qui pensent, en relation avec leur environnement.

A signaler aussi, du même auteur, une excellente notice sur Aron.
Aron a souvent été classé comme libéral de gauche. Son penchant pour la social-démocratie, sa tentative de synthèse des droits formels et des droits matériels ont pu alimenter cette thèse. Pourtant, l’auteur montre dans sa notice que le libéralise aronien a connu une très nette évolution.

A partir du milieu des années soixante dix, Aron prend un tournant et évolue vers un libéralisme plus classique, moins teinté de socialisme. Ainsi, en 1976, dans la postface à son Essai sur les libertés, il affirme :

« En 1965, il m’importait de montrer que le libéral d’aujourd’hui accepte la critique que l’on appellera indifféremment sociologique ou marxiste. Il ne suffit pas que la loi accorde les droits, il faut encore que l’individu possède les moyens de les exercer. Aujourd’hui, c’est la contrepartie de cette thèse que je mettrais au premier plan. Autant la liberté non-interdiction entraîne par elle-même l’égalité, autant la liberté-capacité exclut l’égalité » (p. 222)

Sans congédier l’idée d’égalité, Raymond Aron retrouve alors les accents combatifs de la tradition libérale contre un « égalitarisme doctrinaire » qui « ne parvient pas à l’égalité mais à la tyrannie » (Aron, 1965, 1998 : 240). Dans ses Mémoires, il se montre pour le moins sceptique face au concept de justice sociale (Mémoires, p. 1035-1036) : il est alors plus proche de la critique hayékienne du « mirage de la justice sociale » (Friedrich Hayek, Droit, législation et liberté) que de la théorie rawlsienne de la justice.

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