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Archives de Catégorie: etatisme

Atlas, Prométhée, Etienne de la Boétie et Ayn Rand

discours-de-la-servitude-volontaire-412Voici un passage clé du roman d’Ayn Rand : Atlas Shrugged (traduit en français La Grève par Sophie Bastide-Foltz, aux éditions des Belles Lettres, 2011). 10 millions d’exemplaires vendus dans le monde depuis sa parution en 1957.

La thèse de l’auteur dans ce passage fait immédiatement penser à celle d’Etienne de la Boétie dans le Discours de la servitude volontaire : Le système étatique et prédateur ne tient que parce que les gens consentent volontairement à se laisser opprimer et exploiter. Pourquoi cela ? L’arme du pouvoir pour obtenir le consentement des gens c’est la fausse culpabilité, c’est-à-dire la culpabilité imméritée.

Ayn Rand et l'Etat minimal

 

L’un des héros du roman, Francisco d’Anconia, s’adresse à l’entrepreneur Hank Rearden :

« Ce ne sont pas vos échecs qui vous valent d’être détesté, mais vos succès. On vous méprise pour ces qualités qui sont les vôtres et dont vous tirez la plus grande fierté. On vous a traité d’égoïste parce que vous aviez le courage d’agir selon votre jugement et d’en accepter toute la responsabilité. On vous a accusé d’arrogance en raison de votre indépendance d’esprit. On vous a taxé de cruauté parce que vous avez témoigné d’une totale intégrité. On a qualifié votre conduite d’antisociale parce que vous regardiez loin devant vous et que vous vous aventuriez sur des routes inconnues. On vous dit sans pitié à cause de l’énergie et de la discipline personnelle dont vous avez fait preuve pour atteindre votre objectif. On vous a traité de requin parce que vous avez la merveilleuse faculté de créer des richesses.

Francisco d'Anconia

(Image tirée du film Atlas Shrugged, part I)

Vous qui avez toujours déployé une incroyable énergie, on vous a traité de parasite. Vous qui avez créé l’abondance, là où, auparavant, il n’y avait rien que déserts et famine, on vous a traité de voleur. Vous qui avez procuré à tant d’individus de quoi subsister, on vous a traité d’exploiteur. Vous, l’être le plus droit, le plus pur, vous avez été méprisé comme un “vulgaire matérialisteˮ. Leur avez-vous demandé : de quel droit ? En vertu de quelles règles, de quels critères ? (You, who’ve expended an inconceivable flow of energy, have been called a parasite. You, who’ve created abundance where there had been nothing but wastelands and helpless, starving men before you, have been called a robber. You, who’ve kept them all alive, have been called an exploiter. You, the purest and most moral man among them, have been sneered at as a ‘vulgar materialist.’ Have you stopped to ask them: by what right?—by what code?—by what standard?)

Non, vous avez tout enduré en silence. Vous avez subi leurs lois sans même essayer de défendre vos principes. Vous aviez ce qu’il fallait de droiture pour produire le moindre clou, mais vous les avez laissés vous taxer d’immoral. Vous savez que l’homme, dans ses rapports avec la nature, doit impérativement respecter certaines règles, mais vous les avez crues inutiles dans vos rapports avec les hommes. Vous avez laissé les armes les plus dangereuses aux mains de vos ennemis, des armes dont vous ne connaissiez même pas l’existence, auxquelles vous ne compreniez rien. Ces armes, c’est leur code moral. Réfléchissez à tout ce que vous avez accepté. Réfléchissez au rôle des principes dans la vie d’un homme. Demandez-vous s’il peut vivre sans principes moraux. Et demandez-vous ce qu’il advient de lui s’il accepte de faire fausse route, au point de confondre le bien et le mal. Voulez-vous savoir pourquoi je vous attire, même si vous pensez que vous auriez dû m’envoyer au diable ? Parce que je suis le premier à vous avoir donné ce que le monde entier vous doit, ce que vous auriez dû exiger de tous les hommes avant d’entrer en relation avec eux ! La reconnaissance de votre valeur morale. »

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Rearden leva son regard vers lui, puis resta ainsi, parfaitement immobile, comme paralysé. Tel un pilote se préparant à un atterrissage délicat, Francisco se pencha vers lui. Ses yeux ne cillaient pas, mais son regard brûlait d’intensité.

« Vous êtes coupable d’une grande faute. Bien plus coupable qu’ils ne le disent, mais pas de la faute dont ils vous accusent. Votre plus grande faute est d’endosser une faute que vous n’avez pas commise ! Vous l’avez fait toute votre vie. Vous avez cédé à un chantage, non à cause de vos défauts, mais au contraire de vos qualités. Vous avez accepté de porter le fardeau d’un châtiment que vous ne méritiez pas, et ce fardeau s’est alourdi à mesure que vos qualités se sont affirmées. Mais vos qualités sont de celles qui maintiennent les hommes en vie. Votre propre code moral, celui qui guide toute votre vie, celui que vous n’avez jamais formulé, reconnu ou défendu, est un code qui préserve l’existence de l’individu. S’il vous a valu d’être mis au ban, qui sont ces gens qui vous ont puni ? Si votre code des valeurs est celui de la vie, quel est le leur ? Sur quoi repose-t-il ? Pensez-vous qu’il ne s’agit que d’une conspiration pour s’emparer de votre fortune ? Vous qui savez comment se bâtit une fortune, vous devriez savoir qu’il s’agit de bien plus et de bien pire que cela. Demandez-vous où mène leur code moral et quel en est le but ultime ? Il n’y a pas crime plus grand que de faire croire à un individu que le suicide est une vertu, un acte de courage. Jeter un homme dans les flammes du bûcher sacrificiel est un crime. Mais c’est un crime plus grand encore que d’exiger qu’il se jette lui-même au feu, après avoir en prime construit le bûcher. Ils ont besoin de vous, mais n’ont absolument rien à vous offrir en retour, vous devez les nourrir parce qu’ils ne peuvent pas survivre sans vous. Pensez à ce qu’il y a d’obscène dans l’idée qu’ils puissent offrir leur impuissance, leur besoin – leur besoin de vous – comme justification à votre tourment. Allez-vous accepter cela ? Voulez-vous vraiment continuer – au prix de votre incroyable résistance, au prix d’une grande souffrance – à satisfaire les besoins de ceux qui vous détruisent ?

– Non !

477543– Monsieur Rearden, continua Francisco, solennel et calme, si vous voyiez Atlas, le géant qui porte le monde sur ses épaules, si vous le voyiez devant vous, du sang coulant sur sa poitrine, ployant sous son fardeau, les bras tremblants, mais essayant encore de porter le globe avec ses dernières forces, que lui diriez-vous ? (If you saw Atlas, the giant who holds the world on his shoulders, if you saw that he stood, blood running down his chest, his knees buckling, his arms trembling but still trying to hold the world aloft with the last of his strength, and the greater his effort the heavier the world bore down on his shoulders – what would you tell him to do?)

– Je… je ne sais pas. Qu’est-ce… qu’il pourrait faire ? Et vous, que lui diriez-vous ?

– De se libérer de son fardeau. » (en anglais dans le texte : to shrug)

Et cette citation de Francisco d’Anconia (en anglais) :

John Galt is Prometheus who changed his mind. After centuries of being torn by vultures in payment for having brought to men the fire of the gods, he broke his chains-and he withdrew his fire-until the days when men withdraw their vultures.

Pour conclure, citons de La Boétie : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres ». Ou encore :

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Découvrir Ayn Rand dans Philosophie Magazine

Ayn Rand 2Philosophie Magazine n°94 offre ce mois de novembre un très bon dossier spécial intitulé : Ayn Rand et l’égoïsme, avec des articles d’Alain Laurent, Dominique Lecourt (ancien professeur de philo à la Sorbonne) et Peter Thiel (cofondateur de PayPal).

Également dans ce numéro, le discours de John Galt (le héros d’Ayn Rand dans son roman de 1957 Atlas Shrugged) en version abrégée et dans la traduction  de Sophie Bastide-Foltz (La Grève, les Belles Lettres, 2012) est offert dans un feuillet détachable.

Sommaire du dossier de Philosophie Magazine :
Le parti de soi. Par Dominique Lecourt
Une passion américaine. Par Martin Duru
Un pessimisme visionnaire. Par Peter Thiel
Une morale fondée en raison. Par Alain Laurent
Ayn Rand, une vie. Par Martin Duru
Ayn Rand, une œuvre. Par Martin Duru

A lire en complément, cet article d’Alain Laurent dans L’Opinion du 26 octobre.

Voir également une présentation de l’objectivisme, la philosophie d’Ayn Rand, dans cette vidéo

Pour une autre Europe

« La Communauté européenne est une manifestation de l’identité européenne. Ce n’est pas la seule. » Margaret Thatcher.

Deux conceptions de l’Europe s’affrontent. La première pense qu’une zone de marché unique ne peut pas fonctionner si une autorité centrale ne se préoccupe pas d’organiser pour chaque activité un ensemble préalable de règles et de normes communes. C’est la position de la Commission de Bruxelles, celle de son Président, mais aussi celle du gouvernement français.

L’autre approche considère que l’harmonisation des règles et des normes ne doit pas être « organisée » a priori par une autorité centrale, mais ne peut être que le produit de la libre concurrence interétatique sur un marché libéré de toute entrave douanière et administrative ; c’était l’esprit de l’Acte Unique de 1985. C’était aussi l’esprit du discours de Margaret Thatcher à Bruges en Belgique  le 20 septembre 1988. Lire la Suite →

Ayn Rand, le nouveau fascisme, le règne du consensus

Ayn Rand le nouveau-fascisme, par Matthieu et Camille (TES1)

Télécharger le texte d’Ayn Rand ici.

I)                    Mise en place de l’étatisme : dictature du consensus
II)                  Encadrement de la société
III)                Socialisme ou fascisme ?

Lire la Suite →

Théorie du genre à l’école : réalité ou propagande ?

GenderSurprise130x97dPar Guy Schart pour Nicomaque

Voir aussi cet article et celui-ci (la redécouverte de la nature humaine I et II).

Le ministère a décidé de lancer en 2013 une mobilisation pour « l’égalité entre les filles et les garçons à l’école », rendue impérative par le fait que « la construction, dès le plus jeune âge, dès la maternelle, d’une éducation qui porte et transmet la culture de l’égalité entre les sexes est un impératif républicain ». « Elle définit trois grands axes d’action : la transmission d’une culture de l’égalité entre les sexes, l’engagement pour la mixité dans toutes les filières de formation, la promotion du respect mutuel entre les sexes. »

Nous n’évoquerons pas ici la mixité dans les filières de formation (bien qu’il y ait beaucoup à dire sur l’intérêt d’orienter des jeunes hommes en CAP fleuriste  et les jeunes filles en BEP mécanique au nom de l’égalité) et nous concentrerons donc sur les deux autres axes : la transmission d’une culture de l’égalité et  la promotion du respect mutuel. Lire la Suite →

Faillite de Detroit : le cauchemar d’Ayn Rand devient réalité

f1746-atlas-shrugged-ii-the-strikePar Daniel Hannan*, Oxford.

Vous pensiez que La Grève (Atlas Shrugged) d’Ayn Rand était une fiction ?

Voici la description que The Observer fait de Detroit :

Tout ce qui n’est pas jeté est volé. Les usines et maisons ont été dépouillées de quasiment tout objet de valeur. Les voleurs s’en prennent désormais aux pots d’échappement de voitures. L’analphabétisme atteint les 47%. La moitié des adultes de certaines zones sont au chômage. Dans de nombreux quartiers, le seul signe d’activité est une personne marchant lentement vers le magasin de spiritueux.

Maintenant, voici la description étrangement prophétique de Starnesville, une ville du centre-ouest des États-Unis dans le roman dystopique d’Ayn Rand, La Grève (Atlas Shrugged). Cette ville avait été le foyer de la grande Twentieth Century Motor Company, mais avait décliné à cause du socialisme. Lire la Suite →

#381

« On a maintenant tâté de toutes les variantes de l’étatisme et elles ont toutes échoué. »

— Murray N. Rothbard

Source : La stratégie de la liberté, in Ethique de la liberté

Hegel et la divinisation de l’État

Par Damien Theillier*

Le XXe siècle fut le siècle de la croissance ininterrompue de l’État. Mais pour comprendre ce phénomène, il est nécessaire de regarder un peu en arrière. C’est en effet à partir de la Révolution Française qu’on trouve les grands théoriciens de l’État moderne. Et Hegel fait partie de ceux-là.
Dans La société ouverte et ses ennemis (1945), Karl Popper range la pensée hégélienne, avec celle de Platon, au nombre des ennemis de la société ouverte. Selon lui, les idées principales du totalitarisme au XXe siècle sont presque toutes directement inspirées de Hegel : nationalisme, marxisme, fascisme. Pour notre part, nous nous contenterons de souligner l’apport original de Hegel à deux grandes idées constitutives de la pensée moderne et contemporaine, de droite comme de gauche : l’historicisme et l’étatisme.
L’historicisme
L’historicisme est une doctrine philosophique qui affirme que les connaissances, les courants de pensée ou les valeurs d’une société sont le reflet d’une situation historique contextuelle. Karl Popper compte parmi ses principaux critiques (Voir son livre : Misère de l’historicisme). Popper reproche en effet aux historicistes de présupposer l’existence d’une loi de l’évolution du monde, une prétendue détermination de l’histoire : ainsi pour Hegel, nous avançons progressivement vers une étape ultime de l’humanité, guidés par une certitude semblable à celle que nous donnerait une loi de la nature. Ce but de l’histoire, c’est le développement de l’Esprit ou de la Raison à travers les peuples.
Hegel affirme tout d’abord « la conviction générale que la Raison a régné et règne dans le monde aussi bien que dans l’histoire ». L’Histoire, selon lui, n’est pas autre chose que l’Absolu en devenir. L’Absolu n’est pas transcendant, mais immanent et l’Histoire est Dieu en marche.
Avec sa théorie de « la ruse de la raison », Hegel pose que dans l’histoire « tout s’est déroulé rationnellement », y compris ce qui semble irrationnel et absurde (passions, guerres, ce que Hegel appelle « le négatif »). Dans cette perspective, le cours de l’histoire est nécessaire, rendant impossible la distinction entre être et devoir-être car « l’histoire du monde est le tribunal du monde ». Tout ce qui arrive devait arriver de toute éternité. L’historicisme est donc la réduction du droit au fait, la négation de toute norme transcendante pour juger le réel puisque toutes les normes sont à penser comme historiques et relatives. À chaque époque particulière, un État peut devenir le véhicule privilégié de l’Absolu. Cet État est reconnu par sa position dominante dans l’arène des nations. Cette nation a un droit absolu sur toutes les autres, y compris le droit de provoquer des guerres. Pour Hegel, les guerres entre les nations sont des étapes inévitables et saines de l’évolution de l’Absolu. La nation qui gagne les guerres pendant une période donnée est une incarnation plus parfaite de la Raison du monde que les autres. 
Au XXe siècle, la gauche marxiste substitue la guerre des classes à la guerre hégélienne des nations, la droite lui substitue la guerre des races. Mais le principe reste le même : l’histoire justifie tout.
L’étatisme
Pour Hegel, l’État est la plus haute réalisation de l’idée divine sur terre et le principal moyen utilisé par l’Absolu pour se manifester dans l’histoire. Il est la forme suprême de l’existence sociale et le produit final de l’évolution de l’humanité. En effet, l’État hégélien n’est pas un simple pouvoir institutionnel, c’est une réalité spirituelle. Pour Hegel, l’Esprit s’incarne dans l’État, rejoignant ainsi l’idée du « Léviathan » de Hobbes, qui identifie le divin et l’État. « Il faut donc vénérer l’État comme un être divin-terrestre », écrit-il dans Les principes de la philosophie du droit (Principes de la philosophie du droit, § 272, add.).
Bien entendu, Hegel distingue l’État comme réalité spirituelle des États historiques qui n’en sont que des manifestations imparfaites. Il reste que l’État n’est pas considéré comme un moyen d’être libre mais comme une fin en soi. Il est la liberté. 

« Si l’on confond l’État avec la société civile et si on lui donne pour destination la tâche de veiller à la sûreté, d’assurer la promotion de la propriété privée et de la liberté personnelle, c’est l’intérêt des individus comme tels qui est le but final en vue duquel ils se sont unis et il s’ensuit qu’il est laissé au bon vouloir de chacun de devenir membre de l’État. Mais l’État a un tout autre rapport avecl’individu ; étant donné que l’État est Esprit objectif, l’individu ne peut avoir lui-même de vérité, une existence objective et une vie éthique que s’il est membre de l’État ». (Principes de la philosophie du droit, § 258, Rem.) 

L’État n’est pas un simple instrument qui permettrait à la société civile de mieux se gérer elle-même, il est ce par quoi l’individu se réalise, moralement et spirituellement. L’obéissance à la volonté de l’État est la seule façon pour un homme d’être fidèle à son moi rationnel, parce que l’État est le vrai soi de l’individu.
Dans les Principes de la philosophie du droit, Hegel écrit encore : « L’État est la réalité en acte de la liberté concrète » ou encore « l’Esprit enraciné dans le monde » (§260, §270). « Tout dans l’État, rien contre l’État, rien en dehors de l’État » disait Benito Mussolini à la Chambre des députés en 1927, faisant ainsi écho à Hegel.
Hegel vs. Adam Smith
L’idée hégélienne d’un développement spontané de l’Esprit dans l’histoire rejoint, à certains égards, l’idée d’ordre auto-organisé, à la racine de la « main invisible » de Smith. Ce dernier, dans Les recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776) développait l’idée d’une harmonie naturelle des individus guidés par leur intérêt : « Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il [l’individu] travaille de manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but d’y travailler »
Mais la théorie hégélienne de l’histoire est aux antipodes de celle de Smith. Selon Hegel, le développement historique est l’œuvre de la Raison, entendue comme un processus supra-individuel. Dans ce processus, les libres initiatives des individus ne jouent aucun rôle créatif. Les initiatives individuelles se juxtaposent mais ne créent pas un ordre. La Forme est uniquement l’œuvre de la Raison.
Du point de vue de la Raison, la volonté individuelle n’existe pas. C’est une abstraction qui ne se réalise que dans les collectivités (les peuples, les nations, l’État). « Les individus disparaissent devant la substantialité de l’ensemble et celui-ci forme les individus dont il a besoin. Les individus n’empêchent pas qu’arrive ce qui doit arriver. (…) Il est fort possible que l’individu subisse une injustice – mais cela ne concerne pas l’histoire universelle et son progrès, dont les individus ne sont que les serviteurs, les instruments. » (La Raison dans l’histoire). Les souffrances individuelles ne sont que les nécessaires dégâts collatéraux de la Raison en marche. Le vrai sujet de l’Histoire est pour Hegel les peuples en lesquels, à chaque époque, s’incarne l’Esprit.
Hegel admirait Napoléon comme celui qui avait su restaurer l’État comme puissance absolue après la Révolution. Il voyait dans la victoire de Napoléon à Iena en 1806, « l’Esprit du monde à cheval ». Plus réaliste, Germaine de Staël voyait en Napoléon un « Robespierre à cheval ». En déclarant que « l’État est l’Idée divine telle qu’elle existe sur terre » (Leçons sur la philosophie de l’Histoire, p.46), Hegel n’a pas voulu les sombres événements du XXe siècle, certes, mais il n’est pas dénué de toute responsabilité intellectuelle. Il n’a pas prôné toutes les mesures sociales, économiques et politiques prises par les partis uniques du XXe siècle, mais il a réduit à rien, philosophiquement, les valeurs et les principes de la société de droit.

Quelle éducation donner aux enfants en matière d’instruction civique ?

Par Pierre-Guy Veer (*) source : Le Québécois Libre

Les enfants sont des êtres curieux. Chaque jour, ils veulent connaître quelque chose de nouveau. Il se pourrait même qu’ils vous questionnent sur le gouvernement. Si cela arrive, plutôt que de vous fier aux contes de fées créés par les bureaucrates, agissez exactement comment agirait un politicien au pouvoir.
Pour les tout jeunes, commencez par leur apprendre à jouer à la Bataille. Après quelques tours, ils auront compris que les cartes les plus fortes ont le dessus. Après, apprenez-leur à jouer au Gouvernement. Dans ce jeu, peu importe les cartes jouées par les enfants, vous gagnerez. Ils risquent de se lasser très vite, mais ils auront au moins appris une leçon très importante pour la vie.
Lorsque les enfants voudront obtenir plus de responsabilités, vous pourrez en profiter pour leur enseigner le système fiscal. Laissez-les tondre le gazon en leur promettant, disons, 10 $. Lorsqu’ils ont terminé, ne leur remettez que cinq dollars. Après des protestations prévisibles, expliquez-leur que c’est de l’impôt. Donnez un dollar à leur frère cadet sous prétexte que c’est plus «juste» ainsi; le reste servira aux coûts administratifs de cette division de l’argent. Après les avoir laissé crier à l’injustice, accusez-les copieusement d’égoïsme et d’avarice. Ils vous en remercieront plus tard.
Pour tous les âges, créez autant de règle que possible aux justifications aussi obscures que possible. Appliquez-les arbitrairement et accusez vos enfants de les briser même s’ils n’en ont jamais entendu parler. Faites en sorte qu’ils aient le sentiment que les règles sont totalement irrationnelles. Cela les préparera à vivre sous un gouvernement démocratique.
Promettez-leur souvent des sorties (cinéma, parc), mais à l’heure promise, installez-vous confortablement dans votre fauteuil devant la télévision en déclarant que vous avez changé d’idée. Devant les protestations de bris de promesse, expliquez que ce n’était qu’une promesse électorale.
Lorsqu’ils auront grandi encore plus, ils seront prêts à apprendre le fonctionnement du système judiciaire. Annoncez-leur une heure de coucher et exigez, une heure avant, qu’ils aillent au lit. Devant les accusations de bris de règlements, défendez-vous en affirmant que les règles peuvent être interprétées de façon différente selon le moment de la journée. Ils seront ainsi prêts à accepter l’idée que la Constitution est un «document vivant» qui change de sens selon les époques, comme le croient les juges qui siègent à la Cour suprême du Canada et des États-Unis.
De temps à autre, et sans crier gare, frappez vos enfants. Précisez immédiatement que c’est de la défense; vous devez toujours être prudent afin de contrôler un ennemi potentiel avant qu’il ne devienne trop puissant et vous fasse mal. Vos enfants apprécieront ce geste; peut-être pas tout de suite, mais plus tard dans la vie.
Évidemment, devant un tel traitement, vos enfants seront mécontents de vos méthodes d’éducation. Ils pourraient même souhaiter vivre dans une autre famille. Pour minimiser cette réaction, dites-leur qu’ils sont chanceux de vivre avec les parents les plus aimants et indulgents du monde. N’oubliez pas de mentionner les histoires d’horreur d’autres parents dont vous avez entendu parler. Ils vous seront ainsi loyaux et, plus tard, ils seront réceptifs aux affirmations voulant que le Canada (ou n’importe quel autre pays industrialisé) et son État-providence représentent un summum de liberté.
Enfin, n’oubliez pas la règle d’or pour élever des enfants: mentir. Mentez constamment à vos enfants. Enseignez-leur que les mots ne veulent rien dire, ou plutôt que les mots «évoluent». Ainsi, un mot ayant certaine définition aujourd’hui pourrait en avoir une diamétralement opposée demain.
Certains lecteurs pourraient être choqués par mes suggestions; d’autres pourraient même m’accuser d’encourager la violence envers les enfants. C’est exactement l’intention: c’est le meilleur cadeau que vous pouvez leur offrir. Ils seront ainsi bien mieux préparés, une fois adulte, à affronter la réalité et à accepter avec sérénité notre forme actuelle de gouvernement.
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(*) Ce texte est inspiré de «Teach Your Children Well» de Joseph Sobran
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