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Archives de Catégorie: democratie

Donald Trump est un contrecoup des excès du politiquement correct aux USA

trump 2Entretien avec Tom Palmer par TV Contrepoints.

« Le politiquement correct est allé trop loin dans une direction et cela a généré un contrecoup excessif dans l’autre direction. Voilà pour le premier facteur. » Tom Palmer.

Tom Palmer est un ami personnel et un philosophe politique auquel je dois beaucoup. Il est aussi Vice-Président des programmes internationaux au sein du Réseau Atlas (États-Unis), une organisation qui oeuvre pour la diffusion des idées et des institutions de la liberté dans le monde. Il est l’auteur de Realizing Freedom : The Theory, History, and Practice of Liberty, et a publié les anthologies After the Welfare State, The Economics of Freedom : What Your Professors Won’t Tell You et The Morality of Capitalism. (On trouvera  traduction française de ce dernier ici).

Dans le cadre d’une conférence à Bruxelles le 31 mars, il s’est exprimé sur le phénomène Donald Trump. « La bonne nouvelle, dit-il,  est que Donald Trump n’a pas d’idéologie, à part se considérer comme la personne la plus importante au monde et estimer que son pouvoir devrait être absolu, arbitraire et illimité. Contrairement à Mussolini et aux mouvements fascistes en Europe qui eux avaient une idéologie, un parti, des livres. Si Trump devait disparaître demain, ce serait la fin de ce mouvement particulier. »

A lire également cet excellent article de Simone Walper sur Trump : Donald est mon candidat comique préféré !

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Peut-on voter sur tout ? La démocratie et ses limites.

Comte_Sponville-3Seul le peuple, dans une République, est souverain. Mais il n’y a pas de souveraineté absolue. Le suffrage universel, s’il prétendait régner sur tout, ne serait qu’une tyrannie de l’opinion, qui le vouerait à sa perte.

La vérité n’obéit à personne, fût-ce au peuple souverain

Les limites théoriques de la démocratie sont simples : on ne vote pas sur le vrai et sur le faux. Sinon, ce n’est plus de la démocratie mais de la sophistique. D’ailleurs tout vote suppose qu’on compte les voix. Mais cela n’est possible que parce que l’arithmétique, elle, n’est pas soumise au vote ! Si tout se vote, on ne peut plus voter : c’est parce que l’arithmétique n’est pas soumise à la démocratie que la démocratie est possible. 

La vérité n’est pas démocratique : elle n’est pas soumise à la souveraineté du peuple. Le jour où un vote sera organisé pour savoir si la Terre tourne ou non autour du soleil, il s’agira moins de démocratie que de sophistique. De même si nous devions voter pour savoir s’il y a eu des chambres à gaz d’Auschwitz ou non. La loi Gayssot, qui punit le négationnisme, est une fausse bonne idée. Le négationnisme étant dépourvu de toute plausibilité historique, il était absurde — c’est ce que beaucoup d’historiens ont souligné — de voter une loi pour l’interdire.

Cela est vrai, également, d’un point de vue logique. Si tout se vote, on ne peut plus voter : la démocratie n’est possible que grâce à l’arithmétique, qui n’en dépend pas. Car enfin il faudra compter les bulletins. Et qui voudrait voter, avant de le faire, pour savoir si 1 + 1 font 2 ? Ce serait d’ailleurs impossible, puisque ce vote lui-même devrait faire l’objet d’un décompte, qui n’est possible qu’à la condition que l’arithmétique n’ait pas besoin, pour être vraie, de quelque vote que soit… On peut se tromper dans les calculs ? Certes. C’est pourquoi il est d’usage, lors de nos dépouillements, de compter deux fois les bulletins, et à plusieurs. Mais nul ne peut voter pour savoir si un décompte est juste ; on ne peut voter, le cas échéant, que pour décider si l’on comptera à nouveau. Les suffrages sont soumis à l’arithmétique, non l’arithmétique aux suffrages.

On ne vote pas non plus sur le bien et le mal. Qui voudrait mettre sa conscience aux voix ? Autant la vendre au plus offrant… Au demeurant, s’il fallait voter sur les valeurs qui sont les nôtres, au nom de quoi voterait-on ? C’est précisément parce qu’il y a des principes qui ne dépendent pas de la démocratie, ni de quelque régime que ce soit, qu’il y a un sens à dire que la démocratie vaut mieux, malgré ses imperfections, que les autres régimes. Par exemple, parce qu’elle est plus favorable aux droits de l’homme, à la liberté des individus, à la justice… Quand bien même le peuple français, un jour, renoncerait à ces valeurs-là, elles n’en cesseraient pas moins, pour tous les démocrates, de valoir. C’est dire qu’elles ne dépendent pas du suffrage universel ; mais le suffrage universel, sans elles, ne vaudrait rien.

Limites de la démocratie

La démocratie est le meilleur des régimes ; mais elle n’est légitime que dans son ordre, qui est celui du droit et de la politique. Vouloir en étendre le modèle à toute notre vie, c’est la desservir : la démocratie n’est possible que si tout n’est pas soumis à la démocratie. Elle n’est possible qu’à la condition d’accepter ses propres limites, sa propre finitude, sa propre incomplétude, comme diraient les logiciens. Sans quoi ce n’est plus démocratie, mais sophistique et nihilisme. Si tout se vote, rien n’est vrai et rien ne vaut. C’est au contraire parce qu’il y a des choses qui ne se votent pas – spécialement ce qui relève de la connaissance et de la morale – que l’on peut voter sur les autres, qui relèvent de la politique. La démocratie ne tient lieu ni de raison ni de conscience : elle ne vaut, et même elle n’est possible, qu’à la condition de le reconnaître. C’est ce qu’on appelle la laïcité, qui interdit au souverain – fût-il le peuple lui-même – de gouverner les esprits.

André Comte-Sponville, philosophe

Tocqueville en Amérique. Retour sur un film de Dinesh D’Souza

tocqueville 16Les controverses politiques sur la scène médiatique masquent souvent la réalité d’un combat d’idées qui fait rage en coulisses, dans les livres, les revues et dans les universités. L’Amérique d’aujourd’hui est divisée en deux groupes très opposés : l’un de ces groupes est un produit de la révolution culturelle des années 1960, et l’autre continue de se référer à l’esprit de 1776 et aux Pères fondateurs. Bienvenue dans la guerre culturelle !

Dès les années 1960, des chercheurs américains ont suggéré que l’Amérique, telle qu’elle a été voulue par les Pères fondateurs, est criminelle et qu’elle doit disparaître. Le documentaire examine un par un les actes d’accusation suivants :

  • L’Amérique a été fondée sur la conquête et le génocide des Indiens.
  • Elle a construit sa richesse sur le dos des esclaves africains.
  • Elle s’est développés en volant injustement terres de son voisin du Mexique.
  • Elle est impérialiste et agressive envers les autres pays.
  • Elle est dominée par un système capitaliste injuste et abusif qui nuit aux pauvres.

dinesh2L’auteur à succès Dinesh D’Souza vient de consacrer un film documentaire, accompagné d’un livre : America: Imagine the World Without Her. Il propose un examen critique des accusations portées contre l’Amérique. Disponible en DVD (sous-titres anglais), ce documentaire est à voir, notamment pour l’extraordinaire passage consacré à Alexis de Tocqueville. Lire la Suite →

Formes de gouvernement


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Selon Aristote

Selon Aristote

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Alexis de Tocqueville revisité

Tocqueville_AlexisPar Damien Theillier

« Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui. »

On ne le dira jamais assez, Alexis de Tocqueville est un de nos plus grands écrivains du XIXe siècle. Non seulement par le style mais aussi par l’extraordinaire clairvoyance de sa pensée.

I] Le despotisme doux selon Tocqueville, une nouvelle physionomie de la servitude

De la démocratie en Amérique se présente sous la forme deux livres :

– Le premier est consacré au principe de la souveraineté du peuple, son mode de fonctionnement. Tocqueville analyse les institutions politiques américaines, l’équilibre des pouvoirs, le suffrage universel, etc.

– Le second livre est consacré à la société démocratique, c’est-à-dire aux nouvelles manières de penser et d’être engendrées par l’égalisation des conditions. Il est question notamment de l’individualisme, de ses conséquences et des moyens de le combattre. Lire la Suite →

« Hayek : le gardien de la tradition libérale ». Par Pierre-Amaury Monard, TS5

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Exposé en classe le lundi 13 janvier 2014

 

INTRODUCTION

       Friedrich August von Hayek (1899-1992) fut un économiste autrichien et un philosophe qui fréquenta le Cercle de Vienne mais qui s’inscrivit résolument dans la tradition libérale. Son œuvre entière fut une critique du socialisme. Selon lui le socialisme est la nostalgie de la société tribale où tous les biens acquis par les individus étaient mis en commun et partagés équitablement.

Tout d’abord, voici quelques points de repère qui permettront au lecteur de bien situer la doctrine de Hayek, d’un point de vue théorique. Il s’agit des grandes lignes directrices de sa pensée . Lire la Suite →

Les idées de Ron Paul expliquées simplement

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Ron Paul, ancien représentant du Texas à la Chambre, n’est pas un homme de pouvoir, c’est un homme d’idées, chose rare pour un homme politique, bien que ses idées soient non-conventionnelles.

Si vous voulez un simple aperçu de ses idées, on en trouve une bonne présentation dans un article d’Alex Altman dans le Time magazine du 5 Septembre 2011. Lire la Suite →

Marcel Gauchet : histoire politique de la religion. Textes choisis

MARCEL GAUCHETNé en 1946, Marcel Gauchet est directeur à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) et rédacteur en chef de la revue Le Débat. Parmi ses publications les plus intéressantes, on peut mentionner Le désenchantement du monde en 1985, La démocratie contre elle-même en 2002 et La condition historique  en  2003. Lire la Suite →

Test politique : existe-t-il un autre choix que la droite ou la gauche ?

Diagramme_de_Nolan par Nicomaque 2Depuis le XIXe siècle, le positionnement politique se divise en deux groupes : la droite et la gauche, avec des variations plus au moins radicales aux deux extrêmes. Une grille de lecture aussi simpliste n’est pas capable de rendre compte correctement de la diversité des débats et des positionnements idéologiques. Le problème principal de l’axe gauche-droite est qu’il ne laisse aucune place à la pensée libérale, celle-ci ne pouvant être rangée ni avec l’égalitarisme de la gauche, ni avec le nationalisme de la droite.

David Nolan, expert en sciences politiques, ancien élève du Massachussetts Institute of Technology (MIT) a eu l’idée de créer un diagramme (voir ci-dessus) qui ajoute à l’axe gauche-droite un deuxième axe liberté-contrainte qui va de l’étatisme (point zéro) au « libertarianisme », dont nous parlerons plus bas. Lire la Suite →

#359

« Pour « planifier » à la mode socialiste, il faut imposer la volonté des hommes de l’Etat à un degré tel, et à un tel niveau de détail, que la démocratie est vidée de sa substance. »

— François Guillaumat

Source : Dans National-Socialisme, il y a Socialisme

#351

« Tant mieux si la démocratie est en crise. La démocratie est un système immoral. La préoccupation principale des libertariens doit être de réduire le rôle de l’État et d’éliminer les raisons de prendre des décisions collectives, non d’aider la clique de parasites étatiques à consolider son pouvoir sous prétexte de mieux refléter la volonté collective. »

— Martin Masse

Source : La Démocratie contre la Liberté , 2002

Obama ou Romney ? Peu importe…

Obama ou Romney, peu importe. Le président américain n’a pas un si grand poids que cela, malgré les apparences. 

Sur le plan sociétal, l’essentiel se joue au niveau des États, dans les référendums notamment. Les électeurs de 38 États vont se prononcer sur 176 mesures portant notamment sur :
La réforme du système de santé (Alabama, Floride, Montana, Wyoming) ; le mariage des homosexuels (Maine, Maryland, Etat de Washington) ; la possession de marijuana pour consommation personnelle (Oregon, Colorado et Etat de Washington) ou l’utilisation de la marijuana à des fins médicales (Arkansas et Massachusetts) ; l’interdiction du financement public de l’avortement (Floride) ; le suicide médicalement assisté (Massachusetts) ; l’abolition de la peine de mort (Californie) ; la signalisation des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans les produits alimentaires (Californie).

Par ailleurs, onze des 50 Etats votent pour désigner leur gouverneur. Aujourd’hui huit de ces onze Etats sont aux mains des démocrates mais les sondages suggèrent que le Parti républicain pourrait en remporter jusqu’à quatre (Caroline du Nord, New Hampshire, Montana et Etat de Washington). Déjà au pouvoir dans 29 Etats, le parti de Mitt Romney pourrait le 6 novembre obtenir au total 30 à 33 postes de gouverneur.

Sur le plan économique, la culture américaine a une extraordinaire capacité de résilience à la crise. Je voudrais citer à cet égard un article de Guy Sorman qui résume assez bien la situation : 

La campagne aux États-Unis aura entièrement gravité autour de la capacité supposée du Président sortant ou de son rival de relancer la croissance et d’accroître le nombre des emplois, emplois de qualité et bien payés, il va de soi.

Belle imposture écrit Guy Sorman :

Car un Président américain sortant ou entrant ne crée pas d’emplois du tout en dehors de la fonction publique fédérale : au mieux, il suscite des conditions favorables aux entreprises qui recrutent (…) les Présidents détruisent l’emploi plus qu’ils ne le créent par les incertitudes que leurs initiatives font peser sur l’avenir, par l’excès des prélèvements publics et avant tout, par le délire des réglementations environnementales et sociales, environnementales surtout.

Et malgré ses Présidents passés et à venir, l’économie américaine se porte tout de même mieux que l’Europe. La raison tient à une culture économique sur laquelle les gouvernants de Washington ont au fond peu d’influence :

Le principal ingrédient de ce capitalisme américain est l’innovation. (…) Milton Friedman observait en son temps qu’il était difficile d’empêcher les Américains d’entreprendre : les politiciens s’y emploient mais même Obama, avec son fort tropisme social démocrate n’y sera pas parvenu. On pariera donc qu’en 2013, quel que soit le prochain Président américain, les États-Unis dépasseront 2% de croissance et que le chômage descendra en dessous de 8,5%, qui sont les chiffres présents.

Hans-Hermann Hoppe, la chimère d’un gouvernement mondial et la faillite des démocraties

Hans-Hermann Hoppe (HHH) est un économiste et philosophe d’origine allemande, professeur à l’université du Nevada à Las Vegas, Senior Fellow du Ludwig von Mises Institute et rédacteur en chef de la Review of Austrian Economics.

« Toute philosophie politique qui n’est pas construite comme une théorie des droits de propriété passe complètement à côté de son objet et doit par conséquent être rejetée d’emblée comme un verbiage dépourvu de sens pour une théorie de l’action » HHH


Interview réalisée par Anthony Wile pour The Daily Bell, publiée le 27 mars 2011.
Traduction et synthèse : Arthur Gautier, Institut Coppet.
Daily Bell (DB) : Pourquoi la démocratie est-elle, pour reprendre le titre de votre ouvrage le plus célèbre, un « Dieu qui a échoué »[1] ?
Dr. Hans-Hermann Hoppe (HHH) : La monarchie absolue fut l’archétype traditionnel, pré-moderne de l’Etat. Le mouvement démocratique s’est avant tout dressé contre le pouvoir héréditaire des rois et de la noblesse, critiqué pour son incompatibilité foncière avec « l’égalité de tous devant la loi ». Le régime monarchique reposait en effet sur des privilèges synonymes d’injustice et d’exploitation. La démocratie était supposée en finir avec tout ceci. Par la participation des citoyens et la possibilité pour tous d’accéder au pouvoir via les urnes, celle-ci était censée réaliser l’égalité de tous devant la loi et faire advenir le règne de la liberté. Or, ce fut là une grossière méprise !
Certes, en régime démocratique, tout un chacun peut en théorie devenir le chef de l’Etat, et non plus un cercle de privilégiés par la naissance. Ainsi, il n’existe pas de privilèges personnels en démocratie. Cela dit, il y a bel et bien des privilèges fonctionnels. Le « droit public » s’applique aux élus et hauts fonctionnaires et les protège, leur offrant de fait une position privilégiée par rapport à tous ceux qui sont simplement gouvernés par le « droit privé ». Les fonctionnaires ont ainsi le droit de financer leurs propres activités par le biais de l’impôt. En clair, il leur est permis de vivre en toute légalité de ce qui est considéré, dans le droit privé entre sujets privés, comme du vol pur et simple. Il est donc bien évident que les privilèges et la discrimination devant la loi – ainsi que la distinction entre souverains et sujets – n’ont pas disparu avec la démocratie.
Pire encore. En régime monarchique, il y a une claire distinction entre gouverneurs et gouvernés. Je sais par exemple que je ne deviendrai jamais roi ; sachant cela, je vais avoir tendance à m’opposer aux hausses d’impôts ordonnées par le roi. En démocratie, cette distinction entre gouverneurs et gouvernés devient nébuleuse. On peut céder à l’illusion du « gouvernement du peuple par le peuple » ; résister à une augmentation de la pression fiscale devient d’autant moins probable. Pourquoi ? Parce que je peux espérer me retrouver du bon côté de l’impôt, en étant un bénéficiaire plutôt qu’un contribuable ! Je verrai donc l’impôt d’un œil bien plus favorable.
Dernier point. Bénéficiant d’un monopole héréditaire, un roi aura tendance à considérer le territoire et le peuple sous son règne comme sa propriété propre, et donc à s’en occuper et à l’exploiter comme tel. En démocratie, l’exploitation monopolistique ne disparaît pas. Au contraire, voici ce qui se passe : en lieu et place d’un roi et d’une noblesse qui font du pays leur propriété privée, un gérant temporaire et interchangeable administre le pays de manière monopolistique. Ce « gardien » ne possède pas le pays, mais tout au long de son mandat, il a le droit de l’utiliser à son avantage et à celui de ses protégés. Il en a l’usufruit mais pas la nue propriété, en somme. Cela n’élimine en rien l’exploitation qui était celle des monarques. Pire, l’exploitation du pays par le gérant démocratiquement élu est moins consciencieuse, moins rationnelle qu’en régime monarchique, car le chef de l’Etat n’a aucune incitation à entretenir le capital du pays. Il l’exploite à court terme, et donc à courte vue, consommant le capital du pays au lieu de le préserver et de le faire fructifier.
DB : Si la démocratie est un échec, quel régime lui substituer ? Quel est votre idéal de société ? L’anarcho-capitalisme ?
HHH : Je préfère parler de « société de droit privé » (private law society). Dans une telle société, chaque individu et chaque institution obéissent au même ensemble de lois. Il n’y a pas de droit public qui privilégie certaines personnes ou certains statuts au détriment des autres. Il n’y a que le droit privé et la propriété privée qui règnent, également applicables à tout le monde. Personne n’a le droit d’acquérir un bien autrement que par son appropriation initiale (s’il n’appartient réellement à personne), sa production effective, ou par le biais d’un échange volontaire. Personne n’a le droit de taxer ou d’exproprier qui que ce soit. De plus, chacun est libre d’utiliser ses possessions comme il l’entend, de produire ce qu’il souhaite et de concurrencer qui il veut.
DB : Qui assurerait la loi et l’ordre dans une société de ce type ? Comment fonctionnerait la justice, idéalement ?
HHH : Dans une société de droit privé, la production de la loi et de l’ordre – de la sécurité, donc – serait assurée par le même mécanisme que pour n’importe quel autre bien et service, à savoir un système de marché libre où des sociétés de sécurité entreraient en compétition pour gagner les faveurs d’une clientèle consentante. Pour comprendre comment un tel système fonctionnerait, il suffit de comparer avec l’actuel système étatique que nous connaissons bien. Si l’on devait résumer en un seul mot la différence fondamentale – et l’avantage majeur – d’un marché concurrentiel de la sécurité, ce serait celui-ci : contrat.
L’Etat agit dans un véritable vide juridique. Il n’y a aucun contrat réel entre l’Etat et ses citoyens. Ce qui doit être protégé n’est absolument pas défini contractuellement. Rien n’est formalisé à propos du service promis par l’Etat à ses citoyens, rien ne dit ce qui adviendra en cas d’échec dans la fourniture de ce service, rien ne précise le prix que les « consommateurs » d’un tel « service » devront payer. Bien au contraire, c’est l’Etat qui fixe arbitrairement les règles du jeu et qui s’arroge le droit de les modifier en cours de partie, en légiférant. Vous comprenez bien qu’un tel comportement serait inacceptable de la part d’un prestataire privé. Imaginez une seconde une entreprise de sécurité (de police, d’assurance ou d’arbitrage) qui vous propose le deal suivant : « Je ne vais rien vous garantir contractuellement. Je ne vous dirai pas ce que je m’engage à faire si, d’après vous, je ne remplis pas mes obligations. Dans tous les cas, je choisirai seul le prix que vous devrez payer pour obtenir ce service indéfini. » Un tel prestataire serait immédiatement éliminé de n’importe quel marché concurrentiel : il n’y aurait aucun client pour ce genre d’offres.
Chaque prestataire de sécurité privé devra, au contraire, offrir à ses clients potentiels un contrat. Afin de paraître acceptable à des acheteurs libres et consentants, ce contrat définira très clairement le bien ou service offert ainsi que les obligations mutuelles des parties. Pendant la durée du contrat ou jusqu’à exécution, les parties seront liées par ses termes ; tout changement de termes ou de conditions requerra bien sûr le consentement unanime de toutes les parties concernées.
En particulier, pour paraître acceptable aux acheteurs de sécurité, ces contrats doivent préciser très clairement les recours des parties en cas de litige ou de conflits entre le fournisseur de sécurité et son client, ou entre différents fournisseurs et leurs clients respectifs. Il n’existe à cet égard qu’une solution mutuellement admissible : accepter l’arbitrage d’un tiers de confiance, mais indépendant. Et bien entendu, ce tiers est lui aussi choisi librement parmi un marché concurrentiel d’agences d’arbitrage. Ses clients attendent de ce tiers qu’il rende un verdict tenu pour juste par l’ensemble des parties. Seuls les arbitres qui satisferont à ce critère auront du succès. Les arbitres incompétents ou impartiaux seront de fait écartés du marché concurrentiel.
DB : Donc, vous réfutez le fait que nous ayons besoin de l’Etat pour nous défendre ?
HHH : Absolument. L’Etat ne nous défend pas, c’est même tout le contraire ; l’Etat nous agresse et utilise ce qu’il nous a confisqué par l’impôt pour se défendre lui-même. On peut définir l’Etat standard comme une agence ayant deux propriétés particulières et liées entre elles. D’une part, l’Etat exerce un monopole localisé de décision en dernier ressort. Cela signifie que l’Etat a le dernier mot dans chaque conflit qui survient sur le territoire qu’il contrôle, y compris les conflits dans lesquels lui-même et ses agents sont impliqués. On ne peut pas faire appel lorsque l’Etat décide en dernier ressort. D’autre part, l’Etat détient le monopole de la taxation sur un territoire donné. L’Etat est une organisation qui fixe de manière unilatérale le prix que doivent payer ses sujets pour les services de décideur en dernier ressort qu’il leur fournit. On peut facilement prévoir les conséquences d’un tel montage institutionnel. Premièrement, au lieu de régler les conflits, l’Etat-monopole de la décision en dernier ressort va causer et provoquer des conflits à son propre avantage. L’Etat ne protège pas la loi mais la pervertit par l’inflation législative. Contradiction numéro un : l’Etat est un protecteur de la loi qui enfreint la loi. Deuxièmement, au lieu de défendre ou protéger qui que ce soit, l’organisation qui détient le monopole de la taxation va inévitablement chercher à maximiser ses dépenses de protection tout en minimisant la production effective de protection. L’Etat se porte d’autant mieux qu’il dépense plus d’argent avec moins d’efforts. Contradiction numéro deux : l’Etat confisque les biens d’autrui qu’il est censé protéger.
DB : Pensez-vous qu’il existe de bonnes lois, de bonnes réglementations ?
HHH : Oui. Il y a un petit nombre de lois simples que tout le monde ou presque reconnaît intuitivement comme telles, et dont on peut facilement démontrer qu’elles sont « vraies » et « bonnes ». J’en citerai trois. Premièrement, s’il n’y avait aucun conflit interpersonnel et que nous vivions tous dans l’harmonie la plus parfaite, les lois et les normes seraient inutiles. La raison d’être des lois et des normes est d’empêcher,tant que possible, que des conflits éclatent entre les hommes. Seules peuvent êtres déclarées bonnes les lois qui y parviennent. Toute loi qui génère des conflits au lieu d’aider à les prévenir est une loi mauvaise, ratée ou pervertie.
Deuxièmement, les conflits surviennent uniquement quand ils portent sur des biens rares. Les êtres humains se disputent lorsqu’ils veulent utiliser le même bien mais de manière incompatible. Soit je gagne, soit tu gagnes. Il ne peut y avoir deux vainqueurs. Pour les biens rares, donc, nous avons besoin de règles ou de lois qui nous aident à choisir entre des revendications rivales, conflictuelles. En revanche, les biens « gratuits » – par leur surabondance, leur caractère inépuisable ou leur reproductibilité infinie – ne peuvent par définition être source de conflit. Lorsque j’utilise un bien non-rare, cela ne réduit pas la quantité de ce bien disponible pour les autres.  Je peux en faire ce que je veux et les autres aussi, conjointement. Il n’y a pas de perdant, nous sommes tous gagnants. Il en découle que nous n’avons pas besoin de lois en ce qui concerne les biens non-rares.
Troisièmement, tous les conflits concernant des biens rares peuvent être évités si et seulement si chaque bien est la propriété privée de quelqu’un. Autrement dit, si et seulement si chaque bien est contrôlé par une personne en particulier plutôt qu’une autre, si bien qu’il est toujours possible de savoir qui possède quoi. Si l’on revient aux origines de l’humanité, il est théoriquement possible d’éviter tout conflit en appliquant la règle selon laquelle toute appropriation initiale de biens sans propriétaire, donnés par la nature, devient la propriété légitime du preneur.
En définitive, je dirais qu’il existe trois « bonnes lois » essentielles à l’interaction pacifique des hommes, qui sont les suivantes :
a)      Celui qui s’approprie quelque chose qui auparavant n’appartenait à personne en devient le propriétaire exclusif ;
b)      Celui qui produit quelque chose à l’aide de son corps et de biens qui lui appartiennent en est le propriétaire, à condition qu’il ne nuise pas pour cela à l’intégrité physique de la propriété d’autrui ;
c)    Celui qui acquiert quelque chose par le biais d’un échange volontaire avec son propriétaire précédent – c’est-à-dire un échange qui est jugé mutuellement bénéfique – en devient le nouveau propriétaire.
DB : Comment définissez-vous la liberté ? Comme l’absence de contrainte de la part de l’Etat ?
HHH : Une société est libre dès lors que l’on reconnaît chaque personne comme le propriétaire exclusif de son corps physique (qui est un bien rare), que chacun est libre de s’approprier des biens auparavant sans propriétaire, que chacun est libre d’utiliser son corps et ses possessions pour produire ce qu’il souhaite, et que chacun est libre d’échanger contractuellement ses biens avec autrui de n’importe quelle façon jugée bénéfique par les deux parties. Tout ce qui interfère avec ces quelques règles constitue une forme d’agression. Une société est d’autant moins libre que ces attaques envers la liberté sont nombreuses.
[…]
DB : Quelle est votre position concernant le modèle actuel des banques centrales ? Est-ce là la calamité majeure de l’époque ?
HHH : Le système de banque centrale est effectivement l’un des principaux fléaux de notre époque. Les banques centrales, au premier rang desquelles la FED, sont responsables d’avoir détruit l’étalon-or, qui fut de tout temps un rempart contre les politiques inflationnistes, pour le remplacer à partir de 1971 par un système de monnaie purement fiduciaire. Depuis lors, les banques centrales ont le pouvoir créer de la monnaie de papier à l’envi. Bien entendu, imprimer plus de papier-monnaie ne crée pas plus de richesses – seulement une plus grande quantité de papier-monnaie. Car comment expliquer qu’il y ait encore de la pauvreté dans le monde après 40 ans de politique monétaire inflationniste ? En revanche, davantage de papier-monnaie en circulation enrichit nécessairement son producteur monopolistique (la banque centrale) et ses premiers bénéficiaires (le gouvernement, les grandes banques liées à l’Etat et leurs principaux clients) au détriment de tous les utilisateurs ultérieurs, qui eux s’appauvrissent.
Grâce au pouvoir d’impression sans limite de papier-monnaie accordé aux banques centrales, les gouvernements peuvent supporter des déficits budgétaires toujours plus grands et accumuler des dettes gigantesques leur permettant de financer des activités inimaginables autrement, telles que les expéditions militaires les plus hasardeuses.  Grâce aux banques centrales, les « économistes » les plus en vue et autres « experts monétaires » peuvent devenir, moyennant finances, des porte-parole de l’Etat nous expliquant par quel miracle le papier peut se transformer en richesse. Grâce aux banques centrales, les taux d’intérêt peuvent être maintenus à un niveau artificiellement bas, proche de zéro, ce qui oriente le capital vers des investissements de moins en moins solides (au détriment de projets plus sains), créant des bulles spéculatives de plus en plus fortes, suivies de dépressions plus spectaculaires encore. Enfin, grâce aux banques centrales, nous sommes confrontés à un risque d’hyperinflation de plus en plus réel, qui surviendra lorsque le roi sera finalement nu.
DB : Dans notre journal, nous avons souvent rappelé que les Sept Collines de Rome étaient initialement des sociétés indépendantes, tout comme les cités italiennes de la Renaissance ou les treize colonies de la république américaine. Il semble que tous les grands Empires commencent modestement sous la forme de petites communautés, où chacun garde la possibilité, en cas d’oppression, de quitter l’une pour refaire sa vie dans celle d’à côté. Comment expliquer la pente centralisatrice des Empires ? Sur quoi repose-t-elle ?
HHH : Tout Etat commence petit. Il est effectivement assez simple de s’enfuir d’un Etat de taille réduite. Mais n’oublions pas la nature agressive des Etats, comme je l’ai déjà expliqué. Ils sous-traitent le coût de leur agression auprès des contribuables. Ils n’aiment donc pas voir des personnes productives quitter le territoire, aussi, étendre leurs frontières permet de limiter les fuites, en quelque sorte. Plus un Etat contrôle d’individus productifs, plus il a de ressources à extorquer et donc mieux il se porte. Dans ce jeu expansionniste, les Etats s’affrontent donc entre eux : sur un territoire donné, il ne peut y avoir qu’un détenteur monopolistique de la décision en dernier ressort. La compétition entre Etats est éliminatoire. Soit l’Etat A gagne et contrôle le territoire, soit c’est l’Etat B. Or, qui gagne en réalité ? Au moins à long terme, c’est l’Etat qui peut vivre au crochet de l’économie la plus productive qui l’emporte – et qui agrandit donc son territoire et ses revenus fiscaux. Ainsi, toutes choses égales par ailleurs, ce sont paradoxalement les Etats les plus libéraux (qui laissent donc davantage prospérer leurs citoyens) qui l’emportent sur les Etats moins libéraux, les plus tyranniques.
C’est ainsi qu’en se limitant à l’histoire moderne, on peut expliquer à mon sens l’ascension de la Grande-Bretagne libérale au rang de puissance impériale, et celle des Etats-Unis après elle. Et nous pouvons alors comprendre un curieux paradoxe : le fait que des puissances libérales comme les Etats-Unis soient plus agressives et guerrières dans leur politique étrangère que des puissances autoritaires et despotiques telles que l’URSS.
Mais tout Empire porte en lui les germes de sa propre destruction. Plus un Etat se rapproche de l’utopie d’un gouvernement mondial, plus il a de raisons d’abandonner son libéralisme intérieur et de suivre sa pente répressive, en exploitant sans limite les habitants productifs qui demeurent sous son autorité. La pénurie de nouveaux tributaires à exploiter et la baisse de la productivité intérieure rendent alors insolvables les politiques intérieures de l’Empire. La crise survient et la perspective d’un effondrement économique pousse à la décentralisation, incite les mouvements séparatistes et sécessionnistes, si bien que l’Empire finit par craquer. C’est ce qui est arrivé à la Grande-Bretagne, et c’est ce que nous observons aujourd’hui avec les Etats-Unis et leur Empire vacillant.
N’oublions pas non plus l’aspect monétaire du processus. Un Empire dominant émet généralement la première monnaie de réserve au plan international : la Grande-Bretagne avec la livre sterling et ensuite les Etats-Unis avec le dollar. L’usage du dollar comme monnaie de réserve par les banques centrales étrangères permet aux Américains de mener une politique indolore de déficits permanents. Pour payer leurs importations massives de biens étrangers, les Etats-Unis n’ont pas besoin d’exporter davantage et d’équilibrer leur balance commerciale, comme la logique le voudrait. C’est même tout le contraire. Au lieu d’utiliser le produit de leurs exportations pour acheter des biens américains, les gouvernements étrangers et leur banque centrale utilisent leurs réserves en dollars pour acheter des bons du trésor américain, permettant ainsi aux Américains de continuer de vivre au-dessus de leurs moyens.
Je ne connais pas assez la Chine pour comprendre pourquoi elle utilise ses gigantesques réserves de dollars pour acheter des bons du trésor américain. La Chine n’est pas censée être un vassal de l’Amérique. Ses dirigeants ont peut-être été abreuvés aux enseignements d’économistes américains, au point de croire eux aussi en l’alchimie monétaire. Pourtant, si du jour au lendemain la Chine décidait de céder ses obligations U.S. et d’accumuler des réserves en or à la place, ce serait la fin immédiate de l’Empire américain et du dollar tels que nous les connaissons.
DB : Est-il concevable qu’un petit nombre de familles richissimes, basées notamment dans la City de Londres, soient responsables de la situation actuelle ? Ces élites cherchent-elles à établir un gouvernement mondial, comme on le dit parfois ? Est-ce une conspiration ? Dit autrement, partagez-vous la vision du monde qui oppose une élite globalisatrice et les aspirations démocratiques du reste de la population ?
HHH : Je ne suis pas sûr que le terme de conspiration soit encore valable. Grâce aux travaux de Carrol Quigley et d’autres, ce dont nous parlons ici est finalement bien documenté. Quoiqu’on en dise, il est certain qu’à Londres, New York ou Tel-Aviv, plusieurs familles incroyablement fortunées ont bien compris l’intérêt personnel qu’elles pouvaient retirer de la construction d’Etats et d’Empires. Aux Etats-Unis, les dirigeants des principales banques ont joué un rôle prépondérant dans la création de la FED car ils savaient que la politique inflationniste et d’expansion du crédit de la banque centrale leur permettrait de croître à leur tour. Sans parler du rôle de « prêteur en dernier ressort » de la FED, qui a permis aux banques de privatiser leurs gains quand les affaires se portaient bien et de socialiser les pertes dans le cas contraire.
L’étalon-or classique est apparu aux élites bancaires comme une barrière naturelle à l’inflation et à l’expansion du crédit. Il n’est pas étonnant qu’ils aient d’abord mis en place un étalon-or bidon (le Gold Exchange Standard) avant d’instaurer, en 1971, un système de monnaie purement fiduciaire. Ensuite, ils se sont aperçus que le principe de monnaies nationales flottant librement faisait encore obstacle à leurs désirs inflationnistes, le dollar pouvant être concurrencé par un deutsche mark fort, par exemple. Afin d’affaiblir cette concurrence entre monnaies, il n’est pas étonnant qu’ils aient soutenu « l’intégration monétaire » incarnée par la création de l’euro et de la banque centrale européenne (BCE).
L’histoire n’est pas qu’une simple succession d’accidents et de conséquences inattendues. La plupart des événements historiques ont été préparés et voulus. Pas par le premier venu, bien sûr, mais par les élites qui contrôlent les appareils d’Etat. Si nous voulons éviter que l’histoire suive son cours actuel et aboutisse à un désastre économique sans précédent, il faut éveiller l’indignation du grand public quant aux desseins et aux machinations des élites qui détiennent les clefs du pouvoir. En ciblant non seulement ceux qui travaillent au sein de l’appareil d’Etat, mais aussi ceux qui en tirent les ficelles depuis l’extérieur.
DB : Nous avons souvent dit que, à l’image de l’imprimerie au XVe siècle, l’invention d’Internet était en train de révolutionner complètement les structures sociales de notre époque. Nous sommes tentés de croire qu’Internet annonce une nouvelle Renaissance, après les ténèbres du XXe siècle. Qu’en pensez-vous ?
HHH : Il est vrai que ces deux inventions ont révolutionné nos sociétés et ont grandement amélioré nos existences. Il nous paraît difficile aujourd’hui d’envisager ce qu’étaient nos vies avant Internet, a fortiori avant Gutenberg. Cela dit, je doute fortement que les avancées technologiques soient des sources intrinsèques de progrès et de liberté. A mon avis, la technologie est « neutre ». Internet peut aussi bien être utilisé pour découvrir et diffuser la vérité que le mensonge et la confusion. Nous avons gagné la possibilité inédite d’échapper à l’emprise des Etats et à affaiblir celle-ci, comme les Etats ont maintenant à leur disposition des moyens inédits pour espionner, contrôler et ruiner nos vies. Avec Internet aujourd’hui, nous sommes plus riches qu’en 1900 (et ce en dépit de l’Etat). Mais il me semble très clair que nous sommes moins libres qu’en 1900.
DB : Pour conclure cet entretien, pouvez-vous nous dire ce sur quoi vous travaillez en ce moment ? Avez-vous des ouvrages ou des sites web à recommander ?
HHH : Je ne dérogerai plus au principe que je me suis fixé, à savoir ne jamais parler de mon travail en cours avant qu’il soit terminé ! À propos de livres, je recommande avant tout de lire les œuvres majeures de mes deux maîtres, Ludwig von Mises et Murray Rothbard. Et pas seulement une seule fois, mais en y replongeant de temps en temps. Leurs travaux sont à mes yeux inégalés à ce jour et le resteront longtemps. En ce qui concerne les sites web, je consulte très régulièrement www.mises.org etwww.lewrockwell.com. Ayant été successivement traité d’extrémiste de droite, de réactionnaire, de révisionniste, d’élitiste, de suprématiste, de raciste, d’homophobe, d’antisémite, de théocrate, d’athée cynique, de fasciste et – un must quand on est Allemand – de nazi, j’avoue avoir une certaine sympathie pour tout ce qui est « politiquement incorrect » sur le web. Bref, tout ce qu’un individu « moderne », « décent », « civilisé », « tolérant » et « humaniste » se doit d’éviter et d’ignorer m’intéresse.
[1] H. Hoppe (2001). Democracy : The God That Failed, Transaction Publishers.

A lire aussi : http://www.institutcoppet.org/2011/03/13/interview-de-hans-h-hoppe-pour-philosophie-magazine/

Tocqueville prophète de la démocratie despotique

La crainte du désordre et l’amour du bien-être [portent] insensiblement les peuples démocratiques à augmenter les attributions du gouvernement central, seul pouvoir qui leur paraisse de lui-même assez fort, assez intelligent, assez stable pour les protéger contre l’anarchie. J’ai à peine besoin d’ajouter que toutes les circonstances particulières qui tendent à rendre l’état d’une société démocratique troublé et précaire augmentent cet instinct général et portent, de plus en plus, les particuliers à sacrifier à leur tranquillité leurs droits. Alexis de Tocqueville

L’analyse de la démocratie par Tocqueville ne fait que prolonger en un sens la distinction de Constant entre la liberté des anciens et celle des modernes. Dans un article de 1836 (« État social et politique de la France avant et depuis 1789 »), Tocqueville établit une comparaison méthodique entre la liberté aristocratique et la liberté démocratique. La première se définit comme « la jouissance d’un privilège » et Tocqueville de citer en exemple le citoyen romain qui tient sa liberté non de la nature mais de son appartenance à Rome. La seconde notion, qui est « la notion juste de la liberté », consiste dans un « droit égal et imprescriptible à vivre indépendant de ses semblables. » Cette notion moderne de la liberté n’est donc pas comme la première une notion politique, elle se fonde sur le droit naturel et elle est « juste » parce qu’elle s’étend également à tout homme. Ainsi c’est le fait que la liberté soit égale pour tous qui constitue le changement le plus radical. Autrement dit, ce qui est nouveau, ce n’est pas la liberté mais l’égalité.

La démocratie comme égalisation des conditions

En 1841, dans La Démocratie en Amérique, Tocqueville analyse ce principe démocratique qui s’affirme par l’égalisation des conditions contre la hiérarchie des classes et l’autorité des traditions. Car les sociétés aristocratiques sont des sociétés fortement hiérarchisées, elles sont donc fondées sur des liens de dépendance et d’obéissance. C’est la relation de maître à serviteur qui prédomine.

Dans cette égalité des conditions, qui définit selon Tocqueville la démocratie, il y a toujours des riches et des pauvres mais le riche peut devenir pauvre et le pauvre devenir riche. Il n’y a plus de classes sociales rigides, les hommes se ressemblent de plus en plus et deviennent de plus en plus indépendants les uns des autres.

Un texte éclairant à cet égard est celui consacré à l’influence de la démocratie sur les rapports du serviteur et du maître. Leur relation est provisoire et contractuelle. On ne naît plus serviteur. Le maître et le serviteur deviennent étrangers l’un à l’autre, il n’y a plus entre eux de lien de nature comme un père avec son fils.

L’homo democraticus

Mais paradoxalement, constate-t-il, cette idée démocratique tend à produire de mauvais effets. Plus les hommes deviennent égaux, plus ils deviennent semblables et moins ils se sentent liés les uns aux autres. L’égalité fait donc apparaître une manière d’être radicalement nouvelle que l’auteur décrit de plusieurs façons.

Il s’agit d’abord d’un conformisme que Tocqueville nomme « tyrannie de la majorité ». En effet, l’égalité tend à dissoudre l’idée de supériorité naturelle ainsi que l’influence des traditions, ou des anciens. L’homme démocratique en vient à considérer que son opinion vaut celle de tout autre et qu’il n’y a aucune raison de croire un homme sur parole. Chacun veut donc se faire son opinion et ne se fier qu’à sa propre raison. Mais en se repliant sur lui-même, il sent sa faiblesse et son isolement et il se tourne alors naturellement vers la masse en pensant que la vérité réside dans le plus grand nombre. Les points de vue minoritaires sont alors combattus comme ennemis de la démocratie.

Il y a une autre conséquence de l’égalité des conditions, ce que Tocqueville nomme « individualisme », c’est-à-dire le « désintérêt pour les affaires publiques » et « l’amour des jouissances matérielles ». Il définit l’individualisme comme un sentiment d’autosuffisance qui conduit le citoyen à s’isoler de la masse et à se replier sur lui-même, sans lien qui le rattache aux autres.

Or ce processus d’égalisation constitue une menace pour la liberté et la responsabilité politique du citoyen. Quelle est cette menace ? Le conformisme et l’individualisme rendent les hommes « apathiques » et les prépare à consentir au despotisme. Ils sont prêts à sacrifier leur liberté à leur tranquillité, à leurs « petits et vulgaires plaisirs ». Ce n’est pas une tyrannie qui reposerait sur le caprice du gouvernant ni un despotisme classique qui reposerait sur la force brutale.

Selon Tocqueville, la passion égalitaire conduit les hommes à étendre indéfiniment le champ de la politique. Les sociétés démocratiques sont envieuses, elles demandent à l’État de protéger toujours davantage leur bien-être, au prix d’un sacrifice de leur liberté. Tocqueville décrit admirablement ce phénomène et anticipe avec lucidité l’accroissement indéfini et inéluctable de l’État. Ce dernier finit par prendre en charge et par contrôler toutes les sphères de la vie économique et sociale.

Démocratie et socialisme

En 1848, aux côtés de Bastiat, Tocqueville prend position contre l’inscription du droit au travail dans la Constitution. À cette occasion, il s’en prend violemment au socialisme. Esquissant un projet de discours, il écrit dans ses notes :

« N’y a-t-il pas quelques traits communs qui permettent de discerner le socialisme de toutes les autres doctrines ? Oui, trois :
1. Appel à toutes les jouissances matérielles, au sensualisme sous toutes ses formes.
2. Atteinte directe ou indirecte à la propriété individuelle.
3. Mépris de l’individu. Défiance profonde de la liberté humaine. »
Et Tocqueville de poursuivre :

Partout où ces trois caractères sont réunis, là est le socialisme. Le socialisme ainsi entendu, ce n’est pas une modification de la société que nous connaissons. Les socialistes pour se faire bien voir, prétendent être les continuateurs, les héritiers légitimes de la Révolution française, les apôtres par excellence de la démocratie. C’est un masque qu’il faut leur enlever. […] Vous vous dites les continuateurs de la Révolution ! Vous en êtes les corrupteurs. Vous prétendez continuer son œuvre, vous faites quelque chose de différent, de contraire. Vous nous ramenez vers les institutions qu’elle avait détruites. […] La démocratie et le socialisme sont non seulement des choses différentes mais profondément contraires, qui veut l’une ne peut pas vouloir l’autre, qui dit République démocratique et sociale dit un contresens. La démocratie c’est l’égalité dans l’indépendance, la liberté, le socialisme, c’est l’égalité dans la contrainte, la servitude. (A. de Tocqueville, séance de la Constituante du 12 septembre 1848, in O.C. t. IX)

Tocqueville, on le voit, oppose les principes de 89, libéraux, à ceux de 93, collectivistes et totalitaires. La République n’a pas, ne peut pas avoir à charge d’assurer le bien-être à chaque citoyen. Elle ne doit à chacun que les lumières et la liberté. Et l’auteur de La Démocratie en Amérique nous met en garde : « Les nations de nos jours ne sauraient faire que dans leur sein les conditions ne soient pas égales ; mais il dépend d’elles que l’égalité les conduise à la servitude ou à la liberté, aux lumières ou à la barbarie, à la prospérité ou aux misères. »

Publié sur 24HGold

Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin, je mets à disposition les textes de Tocqueville :
On peut consulter ses discours à l’Assemblée sur archive.org :
http://archive.org/details/oeuvrescomplte09tocquoft
Le discours du 12 septembre 1848 sur le droit au travail, p. 536. est téléchargeable ici

#320

« Suffrage universel veut dire: suffrage universel des capables. Restent ces questions de fait: quels sont les capables? l’âge, le sexe, les condamnations judiciaires sont-ils les seuls signes auxquels on puisse reconnaître l’incapacité?
Si l’on y regarde de près, on aperçoit bien vite le motif pour lequel le droit de suffrage repose sur la présomption de capacité, le système le plus large ne différant à cet égard du plus restreint que par l’appréciation des signes auxquels cette capacité peut se reconnaître, ce qui ne constitue pas une différence de principe, mais de degré. »

— Claude-Frédéric Bastiat (1802 – 1850)

Source : La Loi (1848)

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