Publicités

Archives de Catégorie: conservatisme

Test politique : existe-t-il un autre choix que la droite ou la gauche ?

Diagramme_de_Nolan par Nicomaque 2Depuis le XIXe siècle, le positionnement politique se divise en deux groupes : la droite et la gauche, avec des variations plus au moins radicales aux deux extrêmes. Une grille de lecture aussi simpliste n’est pas capable de rendre compte correctement de la diversité des débats et des positionnements idéologiques. Le problème principal de l’axe gauche-droite est qu’il ne laisse aucune place à la pensée libérale, celle-ci ne pouvant être rangée ni avec l’égalitarisme de la gauche, ni avec le nationalisme de la droite.

David Nolan, expert en sciences politiques, ancien élève du Massachussetts Institute of Technology (MIT) a eu l’idée de créer un diagramme (voir ci-dessus) qui ajoute à l’axe gauche-droite un deuxième axe liberté-contrainte qui va de l’étatisme (point zéro) au « libertarianisme », dont nous parlerons plus bas. Lire la Suite →

Publicités

#329

« Tout ce que nos sociétés contemporaines comptent de forces réactionnaires est arc-bouté contre le souffle de vie que l’économie fait passer sur le monde. »

— Christian Michel

Source : Comment penser l’économie aujourd’hui ? (1999)

Du conservatisme culturel, distingué du conservatisme politique

Cher Kaplan

(suite du débat)

J’admets avec toi que la morale a souvent servi de prétexte à des intrusions inadmissibles dans la vie privée des individus. Mais je maintiens qu’il ne peut y avoir de droit sans morale. Un droit purement utilitariste est impossible. Tu reconnais d’ailleurs toi-même que le droit est « un système fondé sur un nombre aussi limité que possible de principe moraux, des idées suffisamment simples et consensuelles pour qu’elles puissent faire l’unanimité ». Cette idée d’un droit naturel comme seule base d’un système juridique me convient parfaitement.
Mais entendons-nous sur le concept de morale pour clarifier le débat et là peut-être aurons-nous quelques différents. Qu’est-ce que la morale ? Je considère, avec la tradition occidentale issue de la philosophie grecque, qu’il existe une rationalité morale et que le bien et le mal ne sont pas des notions arbitraires, relatives à l’opinion ou à l’époque. Étant donnée la nature même de l’homme : animal doué de raison, il y a des actes qui sont en eux-mêmes justes ou injustes et ceci de façon universelle. Ainsi l’initiative de la violence contre autrui est toujours moralement condamnable car elle détruit le fondement même de la rationalité : la discussion argumentée. Le viol détruit le principe du libre consentement, privilège des animaux doués de raison. Le vol détruit le principe de la propriété, fondée sur le travail c’est-à-dire sur le libre exercice de nos facultés.
En bref, la morale interdit de faire tout ce qui porte atteinte à l’intégrité physique et mentale. Elle condamne de ce fait l’injustice et prescrit la justice. Mais en dehors de ces grands principes généraux, auxquels tu adhères comme moi je pense et comme une très grande majorité d’êtres humains raisonnables, il y a aussi ce qu’on appelle la morale particulière ou l’application des principes généraux à des contextes particuliers. Elle concerne l’usage du corps, le mariage, la famille, le sexe et la religion. Et là, les choses deviennent beaucoup plus complexes… il y a sur ces questions des formes de justifications et de conceptions du bien tout à fait antagonistes et incompatibles.

En matière culturelle (non en matière politique), je suis conservateur. Je crois en la supériorité éthique des valeurs traditionnelles : le mariage entre un homme et une femme, la fidélité, l’éthique de la vertu et la croyance en Dieu. Je ne souscrit pas à l’idéologie collectiviste branchée des LGBT et des féministes, à la pseudo-théorie du gender, ni à l’athéisme militant, ni au nietzschéisme moral (bien que j’ai une grande admiration pour Nietzsche et un grand respect pour toutes les formes de vie, qu’elles soient athées ou homosexuelles). Tu trouveras mon point de vue sans doute très « old school » et peut-être que le tien est plus « rock’n roll ». Mais j’y reviendrai un peu plus loin.

Ceci posé, je reprends question du droit et de la loi. Car contrairement à la plupart des conservateurs, je ne demande pas à la loi d’imposer mes valeurs morales ou de combattre les valeurs de mes adversaires. En cela, je ne suis pas un conservateur politique.

Je m’explique :

Selon moi, la loi a pour unique rôle de faire respecter les contrats, par la force si nécessaire, et d’assurer la défense des personnes et des droits de propriété privés. Elle n’a pas pour objet de rendre les hommes vertueux ou sages. Elle n’a pas pour objet de faire le bonheur des gens. Cependant, comme nous l’avons déjà évoqué, elle a bien une dimension morale dans la mesure où elle a pour objet la justice dans la vie en société, au moins dans ses principes généraux.
Tout comportement qui viole le droit d’autrui devrait être déclaré illégal. L’esclavagisme, le kidnapping, le viol ou le meurtre sont des comportements criminels, parce que leur victime est brutalisée, dans son corps comme dans son esprit.
Partant de là, il faut en déduire logiquement que tout comportement qui ne viole pas le droit d’autrui devrait être légal, y compris les comportements jugés immoraux par la morale traditionnelle. Par exemple toutes les formes de négation de soi comme la bestialité et le sado-masochisme, la prostitution et la toxicomanie. Même si la raison peut réprouver ces comportements nihilistes, tant qu’ils n’impliquent pas l’usage de la force de coercition contre autrui, la loi n’a pas à leur opposer la force punitive : incarcération ou contravention. C’est le point de vue des libéraux classiques comme des libertariens.
Néanmoins, ce n’est pas parce que ces actions sont légales qu’on ne doit pas prendre position sur leur valeur morale ou qu’on ne doit pas les combattre. Ce n’est pas parce qu’on refuse de criminaliser les vices qu’on doit rester moralement neutres vis-à-vis de tels comportements. Tolérance légale oui, relativisme moral non. Je suis un partisan inconditionnel du libre marché. Mais je n’en conclus pas pour autant que l’accroissement des possibilités de consommation, permises par ce libre marché, nous oblige à adopter un mode de vie matérialiste ou libertin. (Attention : juger ce mode de vie comme étant déficient, ne veut pas dire que je méprise les personnes !).
Je te l’ai dit, je défends un conservatisme culturel et je ne crois pas qu’il soit incompatible avec une défense fondamentale de la liberté en toute chose. Je pense que l’homme, pour être heureux, a besoin d’élévation de l’âme mais aussi de respect de son propre corps. Il a besoin de valeurs spirituelles, d’une certaine noblesse de sentiments. Il faut donc dénoncer le nihilisme moral et le combattre, non par la force de la loi mais par l’éducation, la parole et le témoignage de sa propre vie.
La seule bonne façon de combattre ce nihilisme moral serait de faire davantage confiance aux institutions intermédiaires entre l’individu et l’État comme l’entreprise, le marché, la famille et les communautés religieuses, à condition qu’elles soient ouvertes au libre marché et à la concurrence.
Le nihilisme moral a parfois des conséquences coûteuses, pas seulement en termes financiers mais aussi en termes psychologiques ou sociaux : délinquance, toxicomanies, suicides. Bien entendu, ces phénomènes sont aussi à mettre au compte des effets pervers de l’interventionnisme étatique : déresponsabilisation, confiscation de l’épargne des ménages, éducation nationalisée, chômage de masse, etc. Aussi je n’attends absolument rien de l’État dans le domaine éducatif, ni sous forme de prévention, ni sous forme d’école publique obligatoire avec cours de morale et de propagande d’éducation civique.
Ce n’est pas non plus à l’État de prendre en charge les dégâts causés par la toxicomanie par exemple. Si la drogue est dépénalisée, que chacun prenne ses responsabilités et que ceux qui en consomment assument les conséquences de leur choix sans obliger les autres à payer pour les dégâts causés. La compassion est une vertu morale qui humanise la société mais pas la solidarité obligatoire, ni la redistribution forcée. Une société humaine se doit moralement de prendre en considération les plus faibles, ceux qui sont plus fragiles face à la vie. Mais la société, ce n’est pas l’État. Là encore, les familles, les communautés privées, religieuses ou non, seront toujours mieux à même d’accueillir la misère humaine et d’exercer la solidarité que n’importe quel appareil administratif d’État.
Tu l’auras compris, je ne suis pas de ces conservateurs, religieux ou républicains, qui sacralisent l’État et attendent de lui le salut. Je considère même que cette attitude est profondément contraire au christianisme authentique auquel je suis attaché. Malheureusement depuis longtemps, les catholiques se raccrochent à l’État et à la coercition dans l’espoir de sauver l’ordre social. Ils ne comprennent pas qu’ils accélèrent ainsi la décomposition de la société et leur propre disparition. Mais je ne suis pas non plus de ces libertariens libertins, qui s’imaginent naïvement que tout ce qui est légal est moral et qui invoquent la formule relativiste, « à chacun sa vérité », comme une vérité éternelle…

Bien amicalement !

ps : je n’ai pas voulu alourdir ce message par des considérations historiques. Mais pour ceux qui le souhaitent, j’ajoute que ma position s’inspire de celle des libéraux classiques français de Say à Molinari en passant pas Constant, Tracy ou Bastiat. Aujourd’hui aux Etats-Unis, on trouvera l’équivalent chez les paléo-libertariens : Murray Rothbard, Lew Rockwell, Walter Block, Thomas Woods, Hans Hermann Hoppe, Ron Paul et Rand Paul, proches du Mises Institute. On pourrait citer aussi bien le think tank Acton Institute ou le journal de Pat Buchanan : American Conservative.

Lire la réponse de Kaplan

Conservatisme et progressisme


La gauche vient de subir une nouvelle défaite, une défaite historique, écrasante.
La victoire de Nicolas Sarkozy apparaît de son côté comme la victoire d’une droite décomplexée, libérée de la repentance et de la culpabilité imposée par la gauche depuis tant d’années. Le 12 avril dernier, à Toulouse, il affirmait : « Si je suis élu président, tout ce que la droite républicaine n’osait plus faire parce qu’elle avait honte d’être la droite, je le ferai. » Chirac fut l’incarnation de cette mauvaise conscience de droite, de cette fausse droite, qui trahit ses électeurs. Il porte lui aussi une lourde responsabilité dans l’immobilisme et la régression du pays. C’est pourquoi le programme de rupture porté par Sarkozy a entraîné une immense adhésion, bien au-delà de son propre parti.

C’est pourquoi aussi les notions traditionnelles de droite et de gauche s’en trouvent bouleversées. La gauche est historiquement du côté du progressisme et la droite du côté du conservatisme. Or paradoxalement, ce programme de rupture fait basculer le progressisme dans le camp de la droite, qui devient désormais le camp du changement, de la réforme, de l’innovation. Inversement, la gauche s’est repliée sur un programme de défense des avantages acquis et du « modèle social français », de résistance à la mondialisation, à la flexibilité du travail, à la réforme des retraites… L’avenir lui fait peur, elle veut retourner à de vieux modèles du siècle passé.

Selon Hayek le conservatisme peut facilement devenir l’alibi de l’immobilisme et se retourner contre la liberté.
« Le libéralisme n’est hostile ni à l’évolution ni au changement; et là où l’évolution spontanée a été étouffée par des contrôles gouvernementaux, il réclame une profonde révision des mesures prises. Si on considère l’essentiel des actions politiques aujourd’hui dans le monde, on peut dire que ces actions donnent à un libéral bien peu de raisons de vouloir conserver les choses en l’état. Et qu’elles lui donnent plutôt le sentiment que le plus urgent serait un peu partout de balayer les obstacles à la libre croissance. (…) La résistance commune à la marée collectiviste ne devrait pas jeter dans l’ombre le fait que la foi dans la liberté intégrale se fonde essentiellement sur une attitude de préparation de l’avenir, et non sur un attachement nostalgique aux temps révolus, ou sur une admiration romantique pour ce qui a été. » (Pourquoi je ne suis pas un conservateur)

Ainsi donc, il y a deux sortes de conservatismes et la différence entre un conservatisme de droite et un conservatisme de gauche, c’est le libéralisme. Le conservatisme de gauche n’est qu’une réaction anti-libérale et anti-américaine, marquée par le pessimisme social. Certains socialistes, il est vrai, (dont Madame Royale, avant d’entrer en campagne) lorgnent sur le social-libéralisme de Tony Blair et aimeraient bien s’en inspirer en France, au sein du parti socialiste. Mais ils oublient que Blair n’aurait rien pu faire sans l’héritage de Margaret Tatcher. C’est elle qui a réformé l’Angleterre, avec un courage politique hors du commun et a remis le pays sur les rails de la croissance. Or aujourd’hui encore, elle passe aux yeux de l’opinion française pour la pire des fascistes.

De son côté, le conservatisme de droite a longtemps été réactionnaire, porté par un courant maurassien anti-libéral. Réactionnaires et libéraux sont séparés par un profond clivage philosophique. Les libéraux acceptent par réalisme une souveraineté populaire limitée que les réactionnaires refusent par principe.
C’est pourquoi la vraie droite, libérale et conservatrice, a échoué en France. (cf. François Huguenin, Le conservatisme impossible, libéraux et conservateurs en France depuis 1789, La table ronde, 2006).

La victoire de Sarkozy sonne-t-elle la fin de cette malheureuse exception française ? Le style « parler vrai » de Sarkozy et son programme de « rupture » ne sont pas sans rappeler la révolution conservatrice de Reagan dans les années 80, imitée par l’Angleterre, l’Espagne, la Pologne… Le président Sarkozy réussira-t-il une révolution conservatrice à la française ? Pourra-t-il créer une vraie droite en France associant conservatisme des valeurs et libéralisme efficace ? Un véritable conservatisme, ouvert à l’innovation et au changement, un conservatisme libéral peut-il s’installer durablement en France ? On se prend à rêver…

Le 16 mai, le nouveau président de la France aura 100 jours pour faire ses preuves. Il aura pour lui une forte légitimité populaire mais il aura aussi en face de lui une résistance acharnée, des usagers pris en otage, des émeutes. Il lui faudra briser « la tyrannie du statu quo » imposée par les gardiens du « tout-Etat » : bureaucrates, énarques, fonctionnaires, syndicalistes, assistés sociaux. Après des décennies d’Etat Providence le pouvoir politique a multiplié passe-droits, subventions et exemptions. Ils ont tous intérêt à ce que rien ne change.

(A suivre : la révolution conservatrice américaine, petit rappel historique)

%d blogueurs aiment cette page :