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Archives de Catégorie: Choix Publics

James Buchanan et la théorie des choix publics

James Buchanan, lauréat du prix Nobel d’économie en 1986, vient de décéder à l’âge de 93 ans, est l’initiateur de l’économie des choix publics (ou analyse économique de la démocratie). Publié en 1975, Les limites de la liberté : entre l’anarchie et le Léviathan a donné à cet économiste américain sa place parmi des philosophes politiques tels que John Rawls ou Robert Nozick, en tant que « contractualiste ». Pour l’occasion, nous republions cet article de vulgarisation écrit l’an dernier.

Par Damien Theillier

Elections, piège à cons ? Selon la théorie des choix publics, développée à l’Université George Mason de Virginie par les professeurs Gordon Tullock et James Buchanan, les élections font partie intégrante d’un marché politique. Les acheteurs de ce marché, les électeurs, recherchent des faveurs et des privilèges du gouvernement. Les politiciens sont les fournisseurs de ces faveurs et de ces privilèges, dans le but de satisfaire les intérêts de la majorité.
James Buchanan explique ainsi que les politiques ont plus intérêt à flatter l’opinion dominante qu’à vouloir la faire évoluer. Et comme dans ce beau pays, à peine 30 % des Français croient aux vertus de l’économie de marché, aucun candidat ne veut prendre le risque de leur dire la vérité. C’est pourquoi il est rationnel pour les politiques de fustiger le libéralisme, de s’en prendre aux riches, à la finance et à la liberté d’entreprendre. 
Une petite révolution mentale

L’école du Public Choice est à l’origine d’une nouvelle manière d’envisager la politique. Elle ambitionne d’appliquer l’analyse économique aux institutions politiques, afin de mieux comprendre le processus de formation des politiques publiques. 

Comment les décisions collectives sont-elles prises ?

Le point de départ de la théorie des choix publics est que les hommes politiques ou les électeurs qui prennent ces décisions doivent être considérés comme des gens ordinaires qui cherchent à maximiser leur propre intérêt et non comme des personnes désintéressées, au service d’un hypothétique bien commun. Nous croyons naïvement que lorsque les gens sont élus, ils sont en quelque sorte transformés et motivés par l’intérêt public. Une telle chose n’arrive que très rarement. Quand une personne devient un homme politique ou un bureaucrate, il est toujours d’abord motivé par son intérêt personnel. Les gouvernants cherchent par exemple à maximiser la taille de leurs budgets, car ils peuvent ainsi augmenter leur rémunération réelle en termes de salaire et de divers avantages.

Même si un décideur unique voulait agir pour le bien public, la théorie des Choix Publics nie qu’un intérêt collectif puisse exister en dehors des multiples intérêts individuels. Le résultat de l’analyse, c’est donc la démystification complète de l’État, censé être l’incarnation de l’intérêt général.
Si ses objets d’étude restent ceux de la science politique traditionnelle (l’État, les règles de vote et les élections), son originalité tient à sa méthode, héritée de la théorie économique traditionnelle, l’individualisme méthodologique et la théorie de l’action rationnelle. Pour comprendre les phénomènes politiques, il faut partir des comportements individuels et supposer que les agents cherchent à agir rationnellement dans leur propre intérêt.
La naissance de l’école des choix publics peut être datée de la publication en 1962 de The Calculus of Consent. Logical Foundations of Constitutionnal Democracy (Le Calcul du consentement. Fondations logiques de la démocratie constitutionnelle) par James Buchanan et Gordon Tullock. Ils ont ensuite créé le Center for the Study of Public Choice (Centre pour l’étude des Choix Publics) à l’Institut polytechnique de Virginie en 1969, où la revue Papers in Non-MarketDecision-Making est devenue The Journal of Public Choice. En 1982, le Centre a été transféré à George Mason University à Fairfax en Virginie, près de Washington DC. En 1986, James Buchanan a reçu le prix Nobel d’économie pour son travail de pionnier dans les Choix Publics. Buchanan fut aussi jusqu’en 1985 le président de la Société du Mont Pèlerin. 

Homo politicus et homo economicus

Le modèle du Public Choice insiste sur le fait que l’intérêt personnel, qui motive l’action humaine dans le secteur privé, peut être appliqué aussi bien à la prise de décision dans le secteur public. En bref, homo politicus et homo economicus sont les mêmes… Pour les universitaires de l’école des Choix Publics, marché économique et marché politique sont un seul et même marché, en ce sens que les personnes qui interagissent dans ces marchés sont motivées par des objectifs similaires et leur comportement peut être analysé avec les mêmes outils.
La théorie des Choix Publics suppose que les politiciens veulent gagner les élections – sans quoi ils ne seraient pas des politiciens longtemps. Pour atteindre leur but, ils proposent des mesures censées refléter les préférences de la majorité. Ils font donc des études de marché : les sondages.
Les résultats sont différents, non pas parce que les élections seraient guidées par d’autres raisons que celles qui guident les choix privés, mais parce que, dans les marchés privés, ceux qui cherchent leurs propre intérêt prennent des décisions qui ne touchent qu’eux-mêmes ou leur entreprise. Au contraire, sur les marchés politiques, les électeurs et leurs représentants, guidés par leurs propres intérêts, prennent des décisions qui touchent tout le monde.

L’ignorance rationnelle des électeurs

Il y a une tendance surprenante dans notre société à considérer l’ignorance comme étant synonyme de manque d’intelligence ou de bêtise. La vérité, selon l’École du Public Choice, c’est qu’il est « rationnel » pour la plupart des gens de rester dans l’ignorance de certains sujets.
La raison pour laquelle l’ignorance peut être rationnelle, c’est que l’acquisition de l’information entraîne des coûts. Ces coûts peuvent être payés en temps ou en argent, mais dans tous les cas, ils ne sont pas nuls. Cela signifie que de nombreuses situations existent dans lesquelles il est tout à fait rationnel pour des gens normaux de ne pas investir trop de temps ou d’argent sur un sujet particulier.
Le cas le plus fréquent d’ignorance rationnelle se produit en période électorale. Très peu d’électeurs peuvent se permettre d’investir de leur temps ou de leur argent pour s’informer sur les questions politiques et sur les programmes des candidats. Or plus l’électeur est occupé, plus il est rationnel pour lui de rester politiquement ignorant. En effet, le coût d’acquisition de l’information est très supérieur aux avantages pouvant être retirés de cette information, d’autant que l’influence d’un vote sur le résultat de l’élection est infinitésimale par rapport à ce coût.
Le résultat de ce phénomène est la propension des électeurs à croire ce que les politiciens leur disent. La balance est systématiquement favorable aux candidats qui présentent les propositions les plus extravagantes en termes de nouveaux droits (et donc de coûts cachés). L’examen détaillé de la façon dont ces promesses seront accomplies peut toujours être remis à plus tard ou abandonné et remplacé par une nouvelle plate-forme de promesses farfelues.
A lire : 

James Buchanan, Les limites de la liberté. Henri Lepage en a résumé les grandes lignes dans sa préface à l’édition française (Litec, 1992). Disponible ici
La dette publique expliquée par le marché politique par Bertrand Lemennicier, professeur agrégé à l’Université Paris II Panthéon-Assas.
Le professeur Lemennicier explique pourquoi l’endettement public est inhérent à la démocratie politique.
L’homme politique qui fait carrière dans ce métier a un objectif simple : être élu et réélu par une majorité d’électeurs.
  • Dans un système électoral où chaque électeur a le même poids, il faut emporter le vote de l’électeur médian ou, plus largement, celui de la classe moyenne.
  • Pour cela, l’homme politique doit proposer un programme de dépenses publiques dont les bénéfices profiteront essentiellement à cet électeur clef.
L’homme politique concentre ainsi les bénéfices des politiques économiques et sociales sur cette classe sociale, et plus particulièrement sur son électeur médian, et en disperse les coûts (c’est-à-dire les impôts) sur les autres – les pauvres via la TVA, et les riches via l’impôt progressif sur le revenu et l’ISF.
Mais les riches et les pauvres sont trop peu nombreux pour financer la masse des dépenses publiques que l’on offre aux électeurs de la classe moyenne.
Il faut donc que l’électeur médian de cette classe tire un bénéfice net de la dépense publique sans à avoir à payer par l’impôt la totalité de la dépense. Sinon il se désintéresse de la politique, ou ne vote pas pour le parti politique qui s’éloigne de ses préférences.
Le seul recours dont dispose l’homme politique pour obtenir la voix de cet électeur médian, et se faire ainsi réélire, est de favoriser un mode de financement qui lui masque l’impôt qu’il va payer pour la dépense publique dont il va bénéficier.
L’emprunt, qui est un impôt différé (d’où l’illusion fiscale), reporte le paiement de cet impôt dans le futur (souvent à la prochaine échéance électorale), mais chaque parti au pouvoir est contraint de respecter la même loi d’airain s’il veut rester en place.
Résultat : des déficits budgétaires récurrents, financés par l’emprunt, qui s’accumulent sous forme d’une dette publique durable.
LA DETTE PUBLIQUE EST DONC IMMORALE ET ANTI DÉMOCRATIQUE
Elle est anti démocratique parce que l’on fait supporter le poids de l’impôt à des personnes qui ne peuvent pas participer au processus de décisions au moment où l’emprunt à été initié et qui, par définition, lorsque l’emprunt finance des dépenses courantes, n’en bénéficient pas.
Ces prises de décisions collectives qui externalisent les coûts sur le futur et les générations à venir (pour des emprunts de longue durée) qui ne peuvent être représentées au Parlement sous prétexte qu’elles sont trop jeunes, ou qu’elles n’existent pas encore, est malhonnête et injuste.
Ceci dit, la démocratie contemporaine, telle qu’elle a évoluée, est profondément injuste et immorale parce qu’elle :
  • Offre à n’importe quel groupe d’électeurs aux intérêts concentrés et politiquement puissants (capable de capter le pouvoir politique ou de créer des nuisances et d’influer sur l’opinion publique) la possibilité d’externaliser les coûts de ses actions sur d’autres électeurs aux intérêts dispersés et, de ce fait, peu puissants politiquement.
  • De manière identique, elle offre la possibilité à ces mêmes groupes aux intérêts concentrés de s’approprier les bénéfices des actions des autres (par le protectionnisme et la redistribution des revenus) dont les intérêts sont dispersés et divergents et, de ce fait, peu enclins à une action collective pour s’y opposer.
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Le capitalisme de copinage

De tout temps, la collusion Big Business – Big Government a été dénoncée par de nombreux libéraux. Ainsi Bastiat dénonçait ce qu’il appelait la « recherche de rentes ». Aujourd’hui, cette même idée, plus que jamais d’actualité, se répand chez les anglo-saxons sous l’appellation « crony capitalism ».
L’expression « capitalisme de copinage » désigne une économie dans laquelle la réussite en affaires dépend de relations étroites entre le business et le pouvoir : favoritisme dans la distribution des autorisations légales, subventions gouvernementales, allègements fiscaux etc.  Plus le budget de l’Etat est grand, plus les occasions de copinage se multiplient.

Le capitalisme de copinage avec le pouvoir politique, est une perversion du capitalisme de laissez-faire ou de libre marché. Bastiat a montré que lorsqu’un gouvernement outrepasse sa fonction de protection des personnes et des biens, cela incite des groupes d’intérêt à rechercher des privilèges et à influer sur le gouvernement pour obtenir des avantages au détriment des contribuables et des consommateurs. Les revenus et les richesses sont alors redistribués et les ressources gaspillées.

C’est aussi ce que décrit très bien Ayn Rand dans La Grève, son roman-culte. C’est ainsi que James Taggart utilise ses amitiés politiques pour influencer l’Alliance nationale des chemins de fer et faire passer des lois à son avantage. Le capitalisme n’est pas nécessairement libéral.

 L’Ecole du Public Choice, à la suite du prix Nobel d’économie James Buchanan, a repris ce thème pour le développer scientifiquement au sein de l’université George Mason en Virginie. (A lire : Bastiat et les choix publics).

Voici  quelques vidéos pédagogiques pour comprendre le phénomène. Elles sont produites aux Etats-Unis et sont sous-titrées par l’Institut Coppet. (https://www.youtube.com/user/Icoppet/videos)


Bastiat et les choix publics

Extrait de Logique du libéralisme, de Jacques de Guenin (voir les autres extraits 1 et 2)

L’État n’est pas une construction divine dotée du don d’ubiquité et d’infaillibilité. C’est une organisation humaine, où les décisions sont prises par des êtres humains comme les autres, ni meilleurs ni pires, eux aussi susceptibles de se tromper. Henri Lepage[1]

Une des grandes contributions de l’école néoclassique a été de montrer qu’une économie pouvait très bien fonctionner sans État. Un peu en réaction contre les Keynésiens, l’école autrichienne est allée plus loin en montrant que l’État ne pouvait guère intervenir dans l’économie sans créer de catastrophes, bientôt corrigées par de nouvelles catastrophes. Utilisant l’individualisme méthodologique, elle a décortiqué la genèse des décisions publiques afin de comprendre pourquoi il en était ainsi. Un des premiers à avoir expliqué ce phénomène est le grand Frédéric Bastiat lui-même, et l’on peut trouver dans son œuvre chacun des concepts qui sont décrits ci-dessous. Jacques Garello s’est d’ailleurs amusé à le faire dans un brillant exposé délivré au Cercle Frédéric Bastiat en 1996[2]. Mais dans l’œuvre de Bastiat, ces concepts sont dispersés et ils sont souvent subsidiaires d’un autre sujet. Le mérite d’avoir méthodiquement démontré et illustré tous ces concepts en les reliant les uns aux autres sous le nom de « théorie des choix publics » revient aux deux américains James Buchanan et Gordon Tullock.
Derrière l’écran des institutions, il y a des hommes et des femmes comme les autres. Ces personnes ne sont ni pires ni meilleures que les autres. Elles agissent conformément à leurs intérêts au sens large, que ces intérêts soient sordides ou édifiants. Mais dès qu’elles ont un quantum de pouvoir, elles veulent l’accroître et elles en abusent. Lord Acton disait : « le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument. » En échange de nos votes, elles nous promettent des « services publics », des interventions, des subventions, des règlements et des lois. Toute leur habileté consiste à détecter les attentes des diverses catégories d’électeurs, et à faire des promesses à chacune.
Les attentes individuelles des électeurs n’ont aucune chance de se réaliser si ces électeurs ne se constituent pas en groupe de pression. Un candidat n’a pas le temps d’écouter chaque électeur. Il est beaucoup plus efficace pour lui d’écouter quelqu’un qui parle au nom d’un groupe. Cela explique le pouvoir des syndicats. Ils ne représentent qu’une faible minorité d’électeurs, mais leur statut privilégié, les largesses de l’État, leur permettent de faire beaucoup de bruit et de nuisances. Ils peuvent ainsi faire croire à l’opinion publique qu’ils parlent au nom de beaucoup de personnes. Pour les hommes politiques, ce sont donc des interlocuteurs incontournables.
Les groupes de pression sont formés de gens qui ont intérêt à ce que l’État fasse de nouvelles dépenses en leur faveur, et les hommes politiques s’y prêtent facilement. Pour un  groupe de pression qui bénéficie de l’argent public, les effets sont assez significatifs pour inciter ses membres à soutenir l’homme politique qui lui assure cet avantage. En revanche, le financement de cette dépense supplémentaire va être noyé dans la masse des impôts, et il ne sera ni visible, ni très sensible, au niveau du contribuable individuel. Mais le phénomène est contagieux. Les gens dont l’éthique personnelle est contre les avantages obtenus au détriment des autres, finissent par demander des subventions pour eux-mêmes ou leurs association[3]. « Après tout je paie des impôts, pourquoi n’en aurais-je pas moi aussi quelque retour? »
Une fois élus, mais ayant toujours en vue leur réélection, les hommes politiques se livrent à des négociations avec leurs collègues pour satisfaire leurs électeurs. Supposons qu’un député veuille faire passer un projet favorable à un groupe de ses électeurs. Un autre député pourra très bien voter le projet en question à charge de revanche, si ce projet ne lèse pas ses propres électeurs, ou s’il a lui-même des électeurs dans la catégorie qui va bénéficier de ce projet. « Si tu votes pour mes paysans, je voterai pour tes industriels ». C’est ce que les américains appellent le « logrolling », par analogie avec les billots de bois que l’on fait rouler les uns sur les autres.
Les dépenses publiques sont aggravées par l’administration. Les hauts fonctionnaires sont motivés par leur importance. Or chaque loi va augmenter cette importance en engendrant plus de travail donc plus de moyens et de personnel.
Cette analyse permet de comprendre pourquoi les dépenses publiques augmentent indéfiniment. Il ne sera jamais facile d’inverser ce phénomène, notamment parce qu’il est très difficile à l’électeur de se faire une opinion sur l’enjeu véritable d’une décision politique. Les médias de grande diffusion véhiculent des événements ou des opinions superficielles de gens connus et se repaissent des querelles de personnes. Ils ne fournissent pas de données, d’analyses, d’explications, ou s’ils fournissent quelques données fracassantes, elles sont rarement suivies d’analyses un tant soit peu pédagogiques. Il faut donc investir beaucoup de son temps, beaucoup d’imagination et d’énergie, pour arriver à se faire une opinion claire sur un sujet donné, ou sur les capacités, voire la sincérité de tel ou tel. On ferait à la rigueur cet effort si l’on pensait que son vote pouvait avoir quelque influence. Mais ce n’est pas le cas. Pas seulement parce que le vote isolé n’est pas efficace, on l’a vu, si l’électeur ne fait pas partie d’un groupe de pression.
Mais à quoi bon se donner le mal de convaincre les autres, lorsqu’on sait que de toutes façons, qu’on élise un homme de gauche ou un homme de droite, cela ne changera rien. Le résultat de l’élection dépend en effet de « l’électeur médian » : si l’on classe les électeurs par la pensée sur une file, en mettant en tête les plus à gauche, et en queue les plus à droite, l’électeur médian est celui qui se trouve au milieu. Autour de lui, dans un système bipartite, il y a une frange de gens dont on ne sait pas de quel côté ils vont voter. Pour gagner, un candidat doit faire un effort particulier vis-à-vis de ce type d’électeur. Un candidat qui affirme une doctrine, qui affiche un discours radical n’a aucune chance d’être élu. Pour être élu, il faut un discours qui plaise sans rien affirmer. Un discours acceptable par les gens d’en face sans déplaire à ceux de son bord. Giscard disait « La France aspire à être gouvernée au centre ». Il serait plus exact de dire « la France est condamnée à être gouvernée au centre », car c’est toujours en face que l’on va chercher les électeurs qui manquent.
A la limite, ne vont voter que les gens qui pensent que c’est un devoir, ou ceux qui ont un avantage spécifique à le faire. Ceux qui pensent que leur vote ne servira à rien, préfèrent « aller à la pêche ». 
C’est cette attitude que les économistes de l’École des Choix Publics qualifient « d’ignorance rationnelle ». Ce faisant, ces électeurs n’exercent pas le droit de regard qu’ils ont sur le comportement des hommes politiques et leur attitude fait le jeu de ces derniers.
On voit que le jeu de la démocratie représentative conduit à favoriser les profiteurs au détriment de ceux qui produisent les richesses; à favoriser ceux qui cherchent à améliorer leur sort par prélèvement sur les revenus ou les économies des autres. Lorsqu’un groupe de pression obtient un avantage en spoliant d’autres personnes, il n’est pas obligé d’aller chercher lui-même l’argent auprès de ces personnes. Il lui suffit de s’adresser à l’Etat. L’Etat moderne est ainsi devenu une immense machine à transfuser de l’argent de l’un à l’autre. Bastiat disait déjà de l’État :
« c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde« .

[1] Demain le capitalisme. Hachette. Collection pluriel. 1983.

[2] Décisions publiques et comportement des hommes politiques. On en trouvera l’intégralité sur le site « bastiat.net », section « Les activités du Cercle Frédéric Bastiat », » Les textes des précédents dîners-débats« .   Plusieurs des idées présentées dans ce chapitre sont empruntées à cette conférence.
[3] Les associations libérales constituent une heureuse exception : elles s’interdisent généralement de mendier des subventions. Il n’en va pas de même de nombre d’associations d’inspiration socialiste.

Démystifier les élections avec la théorie des choix publics

Article publié originellement sur 24hGold

Par Damien TheillierCours de philosophie

Élections, piège à cons ? Nous croyons naïvement que lorsque les gens sont élus, ils sont en quelque sorte transformés et motivés par l’intérêt public. Une telle chose n’arrive que très rarement. Quand une personne devient un homme politique ou un bureaucrate, il est toujours motivé par l’intérêt personnel.
Selon la théorie des choix publics, développée à l’Université George Mason de Virginie par les professeurs Gordon Tullock et James Buchanan, les élections font partie intégrante d’un marché politique. Les acheteurs de ce marché, les électeurs, recherchent des faveurs et des privilèges du gouvernement. Les politiciens sont les fournisseurs de ces faveurs et de ces privilèges, dans le but de satisfaire leur intérêt : le pouvoir ou l’argent.
Une petite révolution mentale
L’école du Public Choice est à l’origine d’une nouvelle manière d’envisager la politique. Elle ambitionne d’appliquer l’analyse économique aux institutions politiques, afin de mieux comprendre le processus de formation des politiques publiques.
Comment les décisions collectives sont-elles prises ? Le point de départ de la théorie des choix publics est que les hommes politiques ou les électeurs qui prennent ces décisions doivent être considérés comme des gens ordinaires qui cherchent à maximiser leur propre intérêt et non comme des personnes désintéressées, au service d’un hypothétique bien commun. Les gouvernants cherchent par exemple à maximiser la taille de leurs budgets, car ils peuvent ainsi augmenter leur rémunération réelle en termes de salaire et de divers avantages.
Même si un décideur unique voulait agir pour le bien public, la théorie des Choix Publics nie qu’un intérêt collectif puisse exister en dehors des multiples intérêts individuels. Le résultat de l’analyse, c’est donc la démystification complète de l’État, censé être l’incarnation de l’intérêt général.
Si ses objets d’étude restent ceux de la science politique traditionnelle (l’État, les règles de vote et les élections), son originalité tient à sa méthode, héritée de la théorie économique traditionnelle, l’individualisme méthodologique et la théorie de l’action rationnelle. Pour comprendre les phénomènes politiques, il faut partir des comportements individuels et supposer que les agents cherchent à agir rationnellement dans leur propre intérêt.
La naissance de l’école des choix publics peut être datée de la publication en 1962 de The Calculus of Consent. Logical Foundations of Constitutionnal Democracy (Le Calcul du consentement. Fondations logiques de la démocratie constitutionnelle) par James Buchanan et Gordon Tullock. Ils ont ensuite créé le Center for the Study of Public Choice (Centre pour l’étude des Choix Publics) à l’Institut polytechnique de Virginie en 1969, où la revue Papers in Non-Market Decision-Making est devenue The Journal of Public Choice. En 1982, le Centre a été transféré à George Mason University à Fairfax en Virginie, près de Washington DC. En 1986, James Buchanan a reçu le prix Nobel d’économie pour son travail de pionnier dans les Choix Publics. Buchanan fut aussi jusqu’en 1985 le président de la Société du Mont Pèlerin.
Homo politicus et homo economicus
Le modèle du Public Choice insiste sur le fait que l’intérêt personnel, qui motive l’action humaine dans le secteur privé, peut être appliqué aussi bien à la prise de décision dans le secteur public. En bref, homo politicus et homo economicus sont les mêmes…. Pour les universitaires de l’école des Choix Publics, marché économique et marché politique sont un seul et même marché, en ce sens que les personnes qui interagissent dans ces marchés sont motivées par des objectifs similaires et leur comportement peut être analysé avec les mêmes outils.
La théorie des Choix Publics suppose que les politiciens veulent gagner les élections – sans quoi ils ne seraient pas des politiciens longtemps. Pour atteindre leur but, ils proposent des mesures censées refléter les préférences de la majorité. Ils font donc des études de marché : les sondages.
Les résultats sont différents, non pas parce que les élections seraient guidées par d’autres raisons que celles qui guident les choix privés, mais parce que, dans les marchés privés, ceux qui cherchent leurs propre intérêt prennent des décisions qui ne touchent qu’eux-mêmes ou leur entreprise. Au contraire, sur les marchés politiques, les électeurs et leurs représentants, guidés par leurs propres intérêts, prennent des décisions qui touchent tout le monde.
L’ignorance rationnelle des électeurs
Il y a une tendance surprenante dans notre société à considérer l’ignorance comme étant synonyme de manque d’intelligence ou de bêtise. La vérité, selon l’École du Public Choice, c’est qu’il est « rationnel » pour la plupart des gens de rester dans l’ignorance de certains sujets.
La raison pour laquelle l’ignorance peut être rationnelle, c’est que l’acquisition de l’information entraîne des coûts. Ces coûts peuvent être payés en temps ou en argent, mais dans tous les cas, ils ne sont pas nuls. Cela signifie que de nombreuses situations existent dans lesquelles il est tout à fait rationnel pour des gens normaux de ne pas investir trop de temps ou d’argent sur un sujet particulier.
Le cas le plus fréquent d’ignorance rationnelle se produit en période électorale. Très peu d’électeurs peuvent se permettre d’investir de leur temps ou de leur argent pour s’informer sur les questions politiques et sur les programmes des candidats. Or plus l’électeur est occupé, plus il est rationnel pour lui de rester politiquement ignorant. En effet, le coût d’acquisition de l’information est très supérieur aux avantages pouvant être retirés de cette information, d’autant que l’influence d’un vote sur le résultat de l’élection est infinitésimale par rapport à ce coût.
Le résultat de ce phénomène est la propension des électeurs à croire ce que les politiciens leur disent. La balance est systématiquement favorable aux candidats qui présentent les propositions les plus extravagantes en termes de nouveaux droits. L’examen détaillé de la façon dont ces promesses seront accomplies peut toujours être remis à plus tard ou abandonné et remplacé par une nouvelle plate-forme de promesses farfelues.
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