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Archives de Catégorie: capitalisme

Howard Zinn et son histoire populaire de l’Amérique

Zinn A people historyHoward Zinn (1922–2010), militant politique puis universitaire militant, a enseigné l’histoire et les sciences politiques à la Boston University. Militant de la première heure pour les droits civiques et contre les guerres, il a conçu son métier d’historien comme indissociable d’un engagement dans les luttes sociales et politiques de son temps. Son œuvre (une vingtaine d’ouvrages) est essentiellement consacrée aux minorités et à leur destin dans la société américaine. Lire la Suite →

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Deux présentations de synthèse pour le bac

Deux prêtres jésuites s’opposent sur le capitalisme et le rôle de l’État

sirico giraudSolène Tadié, journaliste à Aleteia, une agence de presse catholique à Rome, vient de publier un article sur deux pères  jésuites dont l’un, le père Sirico, est l’auteur d’un livre que j’ai présenté sur mon blog il y a quelques semaines.

Si le père Gaël Giraud et le père Robert Sirico font tous deux les mêmes constats, les conclusions qu’ils en tirent sont pour le moins divergentes.

A lire ici :

http://www.aleteia.org/fr/economie/article/deux-pretres-jesuites-sopposent-sur-le-capitalisme-et-le-role-de-letat-5845544207384576

Citation du père Sirico :

« Les pauvres sont les plus vulnérables dans toute société. Le meilleur remède à la pauvreté est une économie en croissance. Une telle économie fournit des emplois, des rémunérations plus élevées, de meilleures possibilités de carrières ou de réussite personnelle. Or une économie ne peut être en croissance que si le marché peut fonctionner de façon suffisamment efficace.
[…] La solution n’est pas alors d’entraver ou de détruire les institutions qui sont à la source du développement économique, mais plutôt de favoriser une éthique où ceux qui possèdent devront se pencher sur le sort de ceux qui n’ont pu bénéficier de ce développement et les aider. »

L’invention des institutions de la liberté en Europe

starkCet article propose une explication originale de l’émergence en Europe, à partir du XVIIe siècle, de la liberté politique et économique et, par conséquent, du capitalisme moderne (capitalisme d’entreprise). Première raison, le territoire européen était fragmenté et favorable au polycentrisme et à la concurrence institutionnelle. Seconde raison, « l’éthique de la liberté », condition de possibilité du développement économique, a pu se répandre sur le territoire européen parce que l’Europe avait été unifiée entre le V° et X° siècles par la religion chrétienne, laquelle est favorable à la reconnaissance de cette éthique de la liberté.

Parmi les références citées dans l’article, nous recommandons tout particulièrement Rodney Stark, professeur de sciences sociales à l’université Baylor, à Waco (Texas), traduit aux Presses de la Renaissance : Le triomphe de la raison : Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, 2006. Ce livre étant épuisé, j’en mettrai bientôt quelques extraits en ligne.

L’INVENTION DES INSTITUTIONS DE LA LIBERTE EN EUROPE : FRAGMENTATION POLITIQUE FRAGMENTATION TERRITORIALE ET LA RELIGION

François Facchini[1]

Publié dans Economie Appliquée Tome LXI – N°1, mars 2008, pp.71 – 106 Lire la Suite →

Le capitalisme est-il moral ? Ce que vos professeurs ne vous diront pas…

Recension de l’ouvrage : La moralité du capitalisme, Tom Palmer, traduction française Emmanuel Martin.

Par Damien Theillier

Le capitalisme a gagné la bataille des faits mais paradoxalement, il a perdu la bataille des idées. Dans les faits, il a procuré à l’humanité un accroissement considérable de sa richesse matérielle et réduit la pauvreté. Mais du point de vue des idées, sa légitimité morale est contestée. En effet, beaucoup d’enseignants dénoncent dans le capitalisme l’exploitation des masses, la cupidité des riches, le matérialisme hédoniste, etc.

Un livre récent vient démentir cette légende noire : La moralité du capitalisme, ce que vos professeurs ne vous diront pas. Édité par Tom Palmer, ce recueil de textes est un projet conjoint de l’Atlas Economic Research Foundation et de Students For Liberty. Il vient d’être traduit en français par Emmanuel Martin. Il s’adresse tout particulièrement à ceux qui ont reçu à l’école une idée négative du capitalisme.

Tom Palmer souligne dans son introduction que le capitalisme « est un système de valeurs culturelles, spirituelles et éthiques ». En effet, les essais réunis dans ce livre montrent que le capitalisme peut non seulement améliorer la vie des personnes à travers le monde, mais aussi favoriser le développement d’une société libre et pacifique, fondée sur l’échange volontaire mutuellement bénéfique. Le capitalisme, « c’est l’érosion de systèmes de pouvoir, de domination, et de privilèges ancrés de longue date, et c’est l’ouverture des carrières au talent. C’est le remplacement de la force par la persuasion. C’est le remplacement de l’envie par l’accomplissement », écrit encore Tom Palmer.

Précisons toutefois que le mot capitalisme est fortement « piégé », car il peut désigner des réalités très opposées. C’est pourquoi les auteurs de ce livre prennent soin de distinguer entre « capitalisme de marché » libre et « capitalisme de copinage ». Dans ce dernier, des fonctionnaires, des hommes politiques et des lobbyistes manigancent pour récompenser certaines entreprises et punir les autres. C’est ainsi que les entreprises qui ont échoué sont « renflouées » avec l’argent du contribuable, tandis que d’autres sont subventionnées.

« On subventionne certaines entreprises et, en définitive, puisque l’État ne dispose pas d’argent en propre, il le prend aux contribuables et le redistribue à ceux qui bénéficient de faveurs politiques. Je vois ce qui se passe aujourd’hui avec General Electric, du point de vue des impôts qu’ils paient, avec toutes les exemptions et déductions spéciales des lois fiscales. Et comme ils sont fortement impliqués dans ces technologies d’énergie alternative, ou au moins certaines d’entre elles, ils sont parvenus à un point où ils n’ont pas à payer d’impôt sur la plupart de leurs revenus, juste parce qu’ils ont des connexions politiques », écrit John Mackey.

Et il ajoute :« Je vois en ce moment du capitalisme de copinage dans l’ensemble de ces subventions qui vont aux technologies vertes ».

La plupart des critiques estiment que le capitalisme est basé sur la cupidité, mais John Mackey, fondateur et PDG de Whole Foods Market, montre que l’accusation est fausse. La richesse que son entreprise a créée (une capitalisation boursière actuelle de plus de 10 milliards de dollars), à partir d’une idée simple, ne conduit pas seulement à des profits pour les actionnaires. La richesse créée par les capitalistes se propage à tous d’innombrables façons.

« Les stock-options, que je serais en droit de toucher, sont remis à la Whole PlanetFoundation pour accorder des micro-crédits aux populations pauvres dans le monde », souligne John Mackey. Il affirme également que le capitalisme est un meilleur débouché pour l’espèce humaine que le militarisme et les conflits politiques. « Il suffit de penser aux pertes en vies humaines, aux biens détruits et à la misère causée par les régimes anticapitalistes du XXe siècle », dit-il.

(Voir aussi cet entretien avec John Mackey, traduit par l’Institut Coppet.)
Le capitalisme conduit-il à l’américanisation de la planète ? C’est une objection souvent entendue chez ceux qui diabolisent le capitalisme. Paranoïa idéologique, répond Mario Vargas Llosa. Dans son essai, le romancier péruvien (lauréat Nobel de littérature 2010) réfute l’idée que le capitalisme saperait les cultures indigènes. Il écrit : « les allégations contre la mondialisation et en faveur de l’identité culturelle révèlent une conception statique de la culture qui n’a aucun fondement historique. Quelles sont les cultures qui sont restées stables au cours du temps ? »

L’une des accusations les plus fréquentes entendues contre le capitalisme, c’est qu’il serait incompatible avec la « justice sociale ». La Kenyane June Arunga affirme dans son essai, « Le capitalisme mondial et la justice », que le libre-échange, loin de nuire aux pauvres d’Afrique, leur a permis d’être beaucoup mieux lotis. Ils jouissent de revenus plus élevés, de meilleurs produits et d’une vie plus facile parce que le capitalisme (là où il est autorisé) leur permet de gagner plus et d’échanger de meilleures marchandises. Malheureusement, plusieurs États en Afrique maintiennent leurs propres peuples en dehors du marché et favorisent des étrangers ou des groupes d’intérêts spéciaux locaux.

« Nos propres États, écrit-elle, nous font du mal : ils nous volent, ils nous empêchent de commercer, ils maintiennent les pauvres dans la misère. Les investisseurs locaux ne sont pas autorisés à jouer la concurrence en raison de l’absence de l’état de droit dans les pays à faible revenu ».

Ce n’est pas du « libre échange » quand les entreprises internationales peuvent obtenir des faveurs spéciales de l’État ou quand les entreprises locales voient leur accès au marché bloqué par leur propre État. Le libre-échange exige l’état de droit pour tous et la liberté pour tous de s’engager dans la plus naturelle des actions : l’échange volontaire.

La grande leçon de cet ouvrage est que les défenseurs du capitalisme ont l’avantage moral. Malheureusement, ils se retrouvent souvent en position défensive face à leurs adversaires, imprégnés de la « mentalité anticapitaliste », pour reprendre le titre d’un livre de Ludwig von Mises. C’est pourquoi la lecture de La moralité du capitalisme est indispensable à tous ceux qui veulent en découdre avec les défenseurs de la planification, du dirigisme économique et de la bureaucratie. Le livre est disponible gratuitement sur le site de l’Institut Coppet en version numérique avec un extrait de l’introduction.

Publié sur 24hGold

La moralité du capitalisme. Ce que vos professeurs ne vous diront pas…

J’ai modestement contribué à la traduction de ce livre. Bonne lecture ! (Bientôt en version papier).
Version pdf allégée
Version epub
Version kindle


Partie I :Les vertus du capitalisme entrepreneurial
    Entretien avec un entrepreneur :
    La liberté et la dignité expliquent le monde moderne
    La concurrence et la coopération
    Médecine à but lucratif et incitation à la compassion
Partie II : Interaction volontaire et intérêt personnel
    Le paradoxe de la morale
    La logique morale de l’égalité et de l’inégalité dans la société de marché
    Adam Smith et le mythe de la cupidité
    Ayn Rand et le capitalisme : la révolution morale
Partie III : La production et la distribution de la richesse
    L’économie de marché et la distribution de la richesse
    Les libertés politiques et économiques génèrent ensemble les miracles de l’humanité
Partie IV : Mondialisation du capitalisme
    Le capitalisme mondial et la justice
    L’amélioration humaine à travers la mondialisation
    La culture de la liberté
    Quelques lectures complémentaires

#382

« C’est à tort qu’on compare le capitalisme existant à une situation purement idéale où n’existerait jamais d’erreur de gestion, jamais de dissimulation comptable, jamais de faillite, jamais de licenciements, jamais de baisse de valeur des actifs. Car l’erreur est humaine, elle est nécessairement présente dans toute organisation sociale et elle est bien souvent un élément essentiel de tout processus d’apprentissage. Ne poursuivons donc pas la chimère d’un monde idéal sans problème, mais demandons-nous plutôt quel est le système qui donne le plus de chances à tous de poursuivre efficacement leurs propres objectifs. La réponse est simple : c’est le capitalisme, car il repose ­ plus que tout autre ­ sur la discipline de la responsabilité individuelle, parce que l’erreur y est sanctionnée et parce qu’il incite à la création de connaissances (éventuellement à partir des leçons tirées des erreurs). »

— Pascal Salin

Source : Citations sur le capitalisme

Débat : le capitalisme est-il moral ?

Ce débat me parait être un bon point de départ pour une réflexion de fond. Il présente deux thèses opposées. Je prétends pour ma part qu’il en existe une troisième, la synthèse ! Mais commençons par la thèse et l’antithèse.
Présentation de Jean-Louis Servan-Schreiber
Le capitalisme a toujours été critiqué. Ça ne l’a pas empêché de survivre et de prospérer.
La première critique du capitalisme a été celle de l’Eglise au cours du XIXe siècle. C’est aussi au XIXe siècle, vers 1848, que Marx a rédigé Das Kapital, première contestation radicale du capitalisme. 
Aujourd’hui, début du XXIe siècle, le fonctionnement capitaliste est critiqué à trois niveaux : par les consommateurs, c’est une critique d’ordre pratique sur la qualité des produits et les prix ; par les actionnaires, ce sont des critiques financières, plus récentes mais qui enflent désormais avec les scandales financiers à répétition ; par les altermondialistes, qui le remettent violemment en cause mais, cette fois, sans débouché idéologique construit. 
Nos débatteurs répondront à la question préalable : qu’appelle-t-on capitalisme ? Y a-t-il une vraie définition ? Puis ils nous diront s’il y a une sorte de péché originel du capitalisme. Car dès que l’on aborde les références morales, la notion de péché n’est jamais loin.
André Comte-Sponville
Qu’est-ce que le capitalisme ? C’est un système économique caractérisé par la propriété privée des moyens de production et d’échange, par la liberté du marché et par le salariat. Dans un pays capitaliste, l’entreprise est donc au service de ceux qui la possèdent – propriété vaut usage –, c’est-à-dire des actionnaires, bien plus que des clients ou des salariés. Il m’arrive également de proposer une définition plus personnelle du capitalisme : c’est un système économique qui sert, avec de l’argent, à faire davantage d’argent. Dans un pays capitaliste, l’argent va d’abord aux plus riches et non à ceux qui en auraient le plus besoin, les plus pauvres.
On voit que le capitalisme est loin de correspondre à ce que voudrait spontanément la morale. Cela veut-il dire qu’il est immoral ? Ce n’est pas si simple. Il y a toute une série de phénomènes qui ne sont ni moraux ni immoraux. Pour ma part, j’ai été amené à distinguer, dans toute société, quatre domaines ou, comme dirait Pascal, quatre ordres différents.
D’abord, ce que j’appelle l’ordre techno-scientifique, structuré intérieurement par l’opposition du possible et de l’impossible. L’économie en fait partie. Ensuite, l’ordre juridico-politique, structuré intérieurement par l’opposition du légal et de l’illégal. Troisièmement, l’ordre de la morale, structuré intérieurement par l’opposition du devoir et de l’interdit. Enfin, l’ordre éthique : l’ordre de l’amour. Vouloir que le capitalisme soit moral, ou même qu’il le devienne, ce serait vouloir que l’ordre techno-scientifique se soumette à l’ordre de la morale, ce qui me paraît exclu par leur type respectif de structuration interne. Les sciences n’ont pas de morale, les techniques pas davantage. Je me demande par quel miracle l’économie, qui est à la fois une science et une technique, en aurait une ! Mon idée est donc que le capitalisme n’est ni moral ni immoral, parce qu’il est radicalement amoral.
Quant au « péché originel » du capitalisme, c’est sans doute son fonctionnement à l’égoïsme. Seulement, ce péché originel, d’un point de vue moral, est aussi sa principale vertu d’un point de vue économique. C’est justement parce que le capitalisme fonctionne à l’égoïsme qu’il fonctionne si bien !
Michel Onfray
Je souscris évidemment à la définition d’André sur le capitalisme. La propriété privée des moyens de production, c’est effectivement ce qui définit le capitalisme.
Mais quid, à ce moment-là, d’un boulanger, par exemple, qui possède sa petite boulangerie ? Est-ce un capitaliste ? On s’aperçoit que cette définition, marxienne plutôt que marxiste, est vraisemblablement dépassée parce que le capitalisme s’est modifié. Donc, première chose, il faut repenser le capitalisme aujourd’hui. Deuxième chose : je pense qu’il faudrait aussi distinguer capitalisme et libéralisme. Le libéralisme, c’est la possibilité pour le capitalisme de faire ce qu’il veut, quand il veut, comme il veut, sans éthique, sans morale, sans contre-pouvoir. Et nous sommes dans une période libérale…
Le libéralisme permet au capitalisme de faire de l’argent avec de l’argent, donc de générer la paupérisation actuelle : la condition de l’enrichissement du riche est clairement l’appauvrissement du pauvre, pas seulement sur le terrain national mais sur le terrain planétaire. Quant au péché originel, s’il existe, c’est vraisemblablement la toute-puissance que donne l’argent.
On le constate tous les jours : il existe des justices, des médecines, des santés, des cultures, des urbanismes, des façons de vivre qui sont totalement déterminées par les quantités d’argent mises en jeu par les protagonistes. Le péché originel consiste en cette évidence que posséder l’argent, c’est posséder le monde. Posséder beaucoup d’argent, c’est posséder beaucoup du monde.
Jean-Louis Servan-Schreiber : André Comte-Sponville dit à un moment dans son livre que le critère de la valeur morale, c’est le désintéressement. Dans ce cas, le capitalisme serait automatiquement condamnable puisqu’il ne peut pas fonctionner dans le désintéressement. Donc, si le péché originel c’est l’argent, peut-on fonctionner sans argent ?
André Comte-Sponville : Chercher son intérêt, ce n’est pas une vertu morale, mais ce n’est pas immoral pour autant ! Que le capitalisme fonctionne à l’intérêt, cela suffit à prouver qu’il n’est pas moral, mais cela ne prouve pas qu’il soit immoral. Le péché originel du capitalisme, qu’on l’appelle l’égoïsme ou l’argent, c’est d’abord le péché originel de l’humanité. Les êtres humains n’ont pas attendu le capitalisme pour être égoïstes et cupides.
Quant à ce que disait Michel sur le libéralisme qui laisserait faire au capitalisme tout ce qu’il veut, je ne suis pas d’accord : le capitalisme, dès le départ, est soumis à la loi. C’est la différence entre une économie capitaliste et une économie mafieuse. Le capitalisme fonctionne avec un droit de propriété, un droit du commerce, etc. Or le droit n’est pas soumis au marché (il n’est pas à vendre) ; c’est le marché qui est soumis au droit.
Autre point de désaccord, je ne crois pas que « faire de l’argent avec de l’argent » revienne à fabriquer de la paupérisation. Dans notre société, depuis deux cents ans, le capitalisme fait de l’argent avec de l’argent. Et pourtant le niveau de vie moyen d’un Rmiste aujourd’hui aurait fait rêver n’importe quel pauvre du xixe siècle. C’est le paradoxe du capitalisme : l’argent va à l’argent, et pourtant ce système injuste et amoral s’est avéré historiquement plus profitable, y compris pour les plus pauvres, que tous les autres systèmes !
Le capitalisme n’est pas moral, la morale n’est pas rentable. C’est pour ça qu’on a besoin des deux. Et, entre les deux, nous avons besoin et du droit et de la politique, c’est-à-dire d’agir ensemble pour apporter au marché, de l’extérieur, un certain nombre de limites et de régulations.
Michel Onfray : La morale vient d’ailleurs que du capitalisme ; en l’occurrence, elle peut venir de l’Etat. Je disais tout à l’heure que le capitalisme était à repenser en fonction de ses nouvelles conditions d’existence, il me semble que l’Etat est à repenser également aujourd’hui. Il est l’instance et la puissance qui peut rendre possible la force des faibles.
On peut trouver que le capitalisme donne beaucoup d’argent aux Rmistes, que nos pauvres sont beaucoup plus riches qu’au début du siècle dernier, mais ça ne me semble pas suffire pour considérer que la pauvreté est défendable ou acceptable ! Je pense effectivement que le gâteau n’est pas susceptible d’être partagé à l’infini. Et que, quand certains disposent des grosses parts, d’autres sont obligés de se contenter des petites.
La création de richesses ici suppose de la pauvreté ailleurs. Or le capitalisme voudrait pouvoir fabriquer des déchets sociaux pour le bon fonctionnement de sa machine immorale et laisser la gestion des déchets sociaux à l’Etat ! Le profit pour lui, les dépenses pour les instances publiques…
André Comte-Sponville
La morale ne vient pas du marché, on est d’accord. Mais je ne dirais pas non plus qu’elle vient de l’Etat. L’Etat n’est pas là pour dire le bien et le mal. Il est là pour dire le légal et l’illégal. L’Etat a d’abord une fonction juridique. La morale est à la charge de l’individu. Au fond, l’objet essentiel de mon livre, c’est de renvoyer la responsabilité morale aux individus. D’où vient la morale ? Du passé de la société, comme disait Freud, qui l’appelle le Surmoi. Elle vient de la culture, de la civilisation. Et il est clair que la richesse n’a jamais suffi à faire une civilisation. C’est pourquoi l’économie, même efficace, ne suffit pas !
Jean-Louis Servan-Schreiber : A propos de l’amoralisme, j’ai une question simple. André Comte-Sponville dit : « Le capitalisme n’est pas immoral, il est amoral. » Michel Onfray dit : « Le capitalisme est immoral. » Ma question, c’est : est-ce qu’être amoral n’est pas immoral ?
André Comte-Sponville : Etre amoral, c’est immoral pour un individu. Mais le capitalisme, ce n’est pas un individu, c’est un système. C’est donc à nous d’être moraux : ne comptons pas sur le capitalisme pour l’être à notre place !
Jean-Louis Servan-Schreiber : Je voudrais vous poser une dernière question, sur la mode de l’entreprise citoyenne qui vend et vante tel ou tel produit fabriqué selon des normes éthiques. Dans votre livre, André Comte-Sponville, vous dites que comme cette démarche est « conforme à l’intérêt de l’entreprise, elle n’a pas de vertu morale particulière ». N’empêche que ce que l’on vend, c’est de la vertu morale. Alors faut-il pour autant le critiquer ?
André Comte-Sponville : L’individu ou le consommateur que je suis ne peut que se féliciter de cette tendance. Mais l’intellectuel que je suis aussi n’en attend pas grand-chose : je ne compte pas sur cette mode pour changer l’essence du capitalisme ! Cela dit, si l’on arrive à faire en sorte qu’une entreprise ait intérêt à avoir un comportement économique qui corresponde un peu plus à nos valeurs morales, on ne va pas s’en plaindre !
Michel Onfray : C’est en effet une ruse de la raison, mais elle est intéressante. On ne peut pas ne pas être consommateur. On est obligé de consommer. Donc, à l’évidence, quand on a le choix, mieux vaut choisir de le faire de manière éthique. Qui pourrait penser l’inverse ? Et quand on a à choisir entre deux produits ou trois, on doit pouvoir, si l’on est informé, en choisir un qui produira des effets éthiques. Seul, un produit n’induit pas de conséquence mesurable, sinon sur l’image de soi du consommateur ; associé, en groupe, collectivement, l’effet peut se révéler redoutable et dévastateur…
Le principe du boycott en a fait la démonstration. Ça me semble très intéressant de pouvoir savoir que tel produit a été fabriqué avec le minimum d’exploitation ou au contraire avec une exploitation maximale des employés, des femmes et des enfants. Je pense que ça peut être une occasion, non pas pour des entreprises d’être citoyennes, comme on le dit maintenant, mais pour des consommateurs d’agir en citoyens.

Le capitalisme de copinage

De tout temps, la collusion Big Business – Big Government a été dénoncée par de nombreux libéraux. Ainsi Bastiat dénonçait ce qu’il appelait la « recherche de rentes ». Aujourd’hui, cette même idée, plus que jamais d’actualité, se répand chez les anglo-saxons sous l’appellation « crony capitalism ».
L’expression « capitalisme de copinage » désigne une économie dans laquelle la réussite en affaires dépend de relations étroites entre le business et le pouvoir : favoritisme dans la distribution des autorisations légales, subventions gouvernementales, allègements fiscaux etc.  Plus le budget de l’Etat est grand, plus les occasions de copinage se multiplient.

Le capitalisme de copinage avec le pouvoir politique, est une perversion du capitalisme de laissez-faire ou de libre marché. Bastiat a montré que lorsqu’un gouvernement outrepasse sa fonction de protection des personnes et des biens, cela incite des groupes d’intérêt à rechercher des privilèges et à influer sur le gouvernement pour obtenir des avantages au détriment des contribuables et des consommateurs. Les revenus et les richesses sont alors redistribués et les ressources gaspillées.

C’est aussi ce que décrit très bien Ayn Rand dans La Grève, son roman-culte. C’est ainsi que James Taggart utilise ses amitiés politiques pour influencer l’Alliance nationale des chemins de fer et faire passer des lois à son avantage. Le capitalisme n’est pas nécessairement libéral.

 L’Ecole du Public Choice, à la suite du prix Nobel d’économie James Buchanan, a repris ce thème pour le développer scientifiquement au sein de l’université George Mason en Virginie. (A lire : Bastiat et les choix publics).

Voici  quelques vidéos pédagogiques pour comprendre le phénomène. Elles sont produites aux Etats-Unis et sont sous-titrées par l’Institut Coppet. (https://www.youtube.com/user/Icoppet/videos)


#315

« Sous le capitalisme, chacun est l’architecte de sa propre fortune. »

— Ludwig von Mises

Source : Bureaucracy (p. 100) (1944)

V.O. : « Under capitalism everybody is the architect of his own fortune. »

#307

« L’État-providence est une pornographie de la générosité, car il nous force à accomplir les gestes, même si nous n’éprouvons pas le sentiment. Le capitaliste connaît la valeur de la générosité, car il connaît la valeur de la propriété. »

— Christian Michel

Source : Sagesse des Anciens, Capitalisme et Pornographie (2003)

#282

« Le capitalisme ne s’oppose pas au communisme. Le capitalisme s’oppose à la violence. »

— Christian Michel

Source : Communisme et Politique (2003)

#273

« Il est évident que l’âge du libre capitalisme touche à sa fin et qu’un pays après l’autre est en train d’adopter une économie centralisée que l’on peut appeler socialisme ou capitalisme d’État, comme on veut. Dans ce système, la liberté économique de l’individu et dans une large mesure sa liberté tout court – liberté d’agir, de choisir son travail, de circuler – disparaissent. Ce n’est que tout récemment que l’on a commencé à entrevoir les implications de ce phénomène.
Précédemment on n’avait jamais imaginé que la disparition de la liberté économique pourrait affecter la liberté intellectuelle. On pensait d’ordinaire que le socialisme était une sorte de libéralisme augmenté d’une morale. L’État allait prendre votre vie économique en charge et vous libérerait de la crainte de la pauvreté, du chômage, etc, mais il n’aurait nul besoin de s’immiscer dans votre vie intellectuelle privée. Maintenant la preuve a été faite que ces vues étaient fausses. »

— Georges Orwell

Source : Liberté, ou allez-vous ? (19??)

#262

« Le capitalisme a donné au monde ce dont il a besoin, un plus haut niveau de vie pour un nombre toujours croisant de personnes. »

— Ludwig von Mises

Source : Human Action (pp. 860)(1949)

V.O. : « Capitalism gave the world what it needed, a higher standard of living for a steadily increasing number of people. »

#227

« Le processus économique ‘capitaliste’ peut être comparé à un plébiscite continu dans lequel chaque pièce de monnaie représente un scrutin et dans lequel les consommateurs, via leur demande, votent constamment pour décider quels types et quelles quantités de marchandises doivent être produites. »

— Wilhelm Röpke

Source : Economics of the Free Society (1963)

V.O. : « The ‘capitalistic’ economic process can be compared to a continuing plebiscite in which each piece of currency represents a ballot and in which the consumers, via their demand, are constantly voting to decide what types and amounts of goods shall be produced. »

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