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Archives de Catégorie: Benjamin Constant

Bac de philo 2016 : comment parler de la liberté en philosophie ?

applicoursdephiloPar Damien Theillier, professeur de philosophie, auteur du blog : nicomaque.com

Le bac de philo approche. Chaque année, sont donnés au programme un certain nombre de notions ainsi qu’une liste d’auteurs académiques, de Platon à Sartre, pour résumer.

C’est un programme éclectique, qui laisse au professeur une grande marge de manœuvre pour faire les choix qui conviennent à son cours. La contrainte étant de donner aux élèves un aperçu suffisamment complet des grandes écoles de pensée, afin qu’ils puissent traiter les sujets du bac sans faire de récitation, mais en exerçant leur jugement et leur raisonnement.

Plutôt que de confiner le libéralisme dans l’étude de quelques auteurs canoniques, anciens ou modernes, il m’a toujours semblé plus utile de montrer que des philosophies comme celles d’Aristote, de S. Thomas, de Descartes, de Spinoza, de Schopenhauer, d’Alain, de Nietzsche ou même de Freud, comportent de nombreuses affinités avec la pensée libérale, telle qu’on la trouve formulée chez les auteurs estampillés « officiellement » comme libéraux dans les manuels, comme Smith, Locke, Tocqueville, ou Constant. Lire la Suite →

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Y a-t-il un droit de mentir ? Benjamin Constant vs Emmanuel Kant

Est-il permis de mentir afin de sauver la vie d’un ami ? Cette question classique de la philosophie morale reçoit un éclairage politique dans la controverse qui opposa Benjamin Constant (1767-1830), homme politique et écrivain français, et le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804).
Les éditions Mille et une nuits ont eu la bonne idée de réunir dans un court volume (Le droit de mentir, Emmanuel Kant, Benjamin Constant, Mille et une nuits, La petite collection) tous les textes de Kant et Constant relatifs à la question du mensonge en une anthologie chronologique qui permet de saisir tous les enjeux de la polémique.
Cette polémique fut engagée par Constant dans son ouvrage de1797, Des réactions politiques, sorte de méditation critique au lendemain de la Terreur. Constant y dénonce l’arbitraire de la prohibition inconditionnée du mensonge et se réfère à la thèse « d’un philosophe allemand qui va jusqu’à prétendre qu’envers des assassins qui vous demanderaient si votre ami qu’ils poursuivent n’est pas réfugié dans votre maison, le mensonge serait un crime. » 
En effet, pour Kant, la morale de l’impératif catégorique a pour conséquence l’obligation de dire la vérité en toutes circonstances. L’impératif catégorique commande d’agir selon une maxime qui soit universalisable sans contradiction. Or celui qui ment ne peut admettre le mensonge comme une règle universelle. En effet le mensonge présuppose la crédulité. Or si tout le monde mentait, le mensonge se détruirait de lui-même puisque personne ne croirait personne. Pour faire son devoir, il n’est donc pas nécessaire de prendre en compte les conséquences de l’acte.
A l’opposé, Constant objecte que ce principe de dire la vérité, « s’il était pris d’une manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible ». Dois-je par exemple dire la vérité à des assassins qui me demandent si mon ami qu’ils poursuivent n’est pas réfugié chez moi ?
Constant citait cet exemple pour illustrer l’idée qu’un principe moral abstrait, par exemple le devoir de dire la vérité, ne doit pas être séparé du « principe intermédiaire » qui en guide l’application. Il convient certes d’avoir des principes, mais il faut distinguer les principes généraux et la nécessaire adaptation à une situation précise. Ainsi certaines personnes ne méritent pas qu’on leur fasse l’honneur de leur dire la vérité. 
Voici comment Constant argumente : 
« Dire la vérité est un devoir. Qu’est-ce qu’un devoir ? L’idée de devoir est inséparable de celle de droits : un devoir est ce qui, dans un être, correspond aux droits d’un autre. Là où il n’y a pas de droits, il n’y a pas de devoirs. Dire la vérité n’est donc un devoir qu’envers ceux qui ont droit à la vérité. Or nul homme n’a droit à la vérité qui nuit à autrui. »
Lisant cela dans un recueil intitulé La France en 1797, Kant se reconnaît dans l’exemple, sans pouvoir cependant se souvenir où il a dit cela (c’était dans les Fondements de la Métaphysique des Mœurs, parut en 1785). Il rapporte l’argument de Constant, et entreprend de le réfuter en un opuscule de 6 pages (Sur un prétendu droit de mentir par humanité, dans Théorie et Pratique. Droit de mentir, tr. L. Guillermit, Vrin, 1967).
Dans sa réponse, Kant maintient que le mensonge est absolument contraire au devoir de l’homme envers lui-même. Sans la vérité comme devoir absolu, on ne pourrait même pas envisager de société possible puisqu’on ne pourrait plus accorder à aucun contrat la moindre valeur. A commencer par le contrat social.Kant cherche à démontrer que l’usage du mensonge ne se justifie en aucune circonstance, ni au niveau des principes ni en termes d’efficacité. Y compris dans une situation d’urgence absolue. Si des assassins me demandent où est la victime qu’ils recherchent et qui se trouve réfugiée dans ma maison, je n’ai pas le droit de leur mentir, réaffirme-t-il.
Dans sa correspondance, Kant précise qu’il n’est en revanche pas nécessaire de dévoiler la vérité tout entière. La réserve s’impose parfois, sans que cela nuise à la sincérité de ce qui est dit.
Mais dans sa façon de refuser toute exception à cette règle, quelles que soient les circonstances singulières, il semble bien que Kant passe à coté de la réalité concrète de l’oppression. La vérité n’est pas toujours due car elle peut être instrumentalisée et elle-même mise au service d’une fin malhonnête. Saint Thomas avait abordé cette question à propos du droit de prendre une pomme dans un jardin en cas de nécessité vitale. Il expliquait que, dans ce cas extrême de survie, il ne s’agissait plus d’un vol à proprement parler.
En complément, lire aussi :
Boituzat Fr., Un droit de mentir ? (Constant ou Kant), Coll. « Philosophies », Puf, 1993
Écrits politiques de Benjamin Constant, textes rassemblés et présentés par Marcel Gauchet, Gallimard, Poche, 870 pages, 1997


Publié sur 24HGold

Benjamin Constant, penseur de la liberté sous toutes ses formes

Benjamin Constant est né en 1767 à Lausanne dans une famille française exilée en Suisse pour échapper à la persécution religieuse. Sa mère meurt à sa naissance. Son père s’occupe de son éducation et l’envoie étudier à Édimbourg ou le jeune Benjamin se familiarise avec l’école écossaise de philosophie et d’économie. Ses professeurs sont Adam Smith et Adam Ferguson. Constant étudie la tradition de l’ordre spontané et il lit Godwin, qu’il traduira plus tard en français. Il écrit : « La France avec l’Angleterre et l’Écosse, a contribué plus que toute autre nation à la théorisation, si ce n’est à la pratique, de la liberté. »
À vingt ans, il assiste à la Révolution française. Il fréquente le salon des Idéologues et rencontre Germaine de Staël, fille de Necker le trésorier de Louis XVI, qui deviendra sa muse et sa maîtresse. Il est nommé par Napoléon au Tribunat et joue un rôle politique auprès de lui dans la rédaction d’une constitution républicaine. Mais il devient vite un opposant à Bonaparte, critiquant son militarisme et son despotisme. À cette époque, il rédige son De l’esprit de conquête et d’usurpation, qui démontre que les gouvernements se servent de la guerre comme d’un « moyen d’accroître leur autorité ». Ce livre, paru en 1813, est une source majeure de la pensée industrialiste.
En 1803, il est interdit de séjour en France avec Madame de Staël. C’est l’exil au château de Coppet en Suisse, la demeure de Necker, père de Germaine de Staël. Pendant plusieurs années, il sera le leader du « groupe de Coppet ». Des intellectuels venus de toute l’Europe vont se rencontrer là de façon informelle et étudier la liberté sous toutes ses formes : philosophie, littérature, histoire, économie, religion. Leurs travaux portent sur les problèmes de la création d’un gouvernement constitutionnel limité, sur les questions du libre-échange, de l’impérialisme et du colonialisme français, sur l’histoire de la Révolution française et de Napoléon, sur la liberté d’expression, l’éducation, la culture, la montée du socialisme et de l’État-providence, la philosophie allemande, le Moyen Âge, etc.
En 1814, Constant revient à Paris. À partir de 1816, il siège à la Chambre des Députés  et il devient le chef de file du Parti libéral. Il meurt en 1830 et le marquis de La Fayette, son ami, prononce son éloge funèbre. Sir Isaiah Berlin a appelé Constant « le plus éloquent de tous les défenseurs de la liberté et de la vie privée ».
En 1819, dans son célèbre discours à l’Athénée royal, Benjamin Constant compare la liberté des « modernes » à celle des « anciens ». La liberté, dans nos sociétés modernes, ne peut plus se comprendre à la manière des sociétés de l’Antiquité comme participation directe aux affaires de la cité. Chez les anciens, l’individu est souverain dans les affaires publiques, mais esclave dans tous ses rapports privés. Le sacrifice de la liberté individuelle est compensé par l’usage des droits politiques : droit d’exercer directement plusieurs parties de la souveraineté, de délibérer sur la place publique, de voter les lois, de prononcer les jugements, d’évaluer et de juger les magistrats. C’est une liberté politique.
Benjamin Constant n’a cessé de rappeler qu’une « ère du commerce » avait remplacé « l’ère de la guerre » et que la liberté des modernes, la liberté individuelle, était aux antipodes de la liberté des anciens, la liberté collective. Cette distinction entre la civilisation ancienne et moderne implique deux formes d’organisation distinctes. C’est précisément ce que Rousseau, et les révolutionnaires à sa suite, n’ont pas compris. En voulant réactiver le modèle de la cité antique, ils ont fait basculer la révolution dans la Terreur.
« La liberté des anciens, écrit  Benjamin Constant, se composait de la participation active et constante au pouvoir collectif. Notre liberté, à nous, doit se composer de la jouissance paisible de l’indépendance privée ; il s’ensuit que nous devons être bien plus attachés que les anciens à notre indépendance individuelle. » La liberté moderne est une liberté individuelle, elle repose sur le droit à la vie privée. C’est le droit de n’être soumis à aucun arbitraire, le droit d’expression, de réunion, de déplacement, de culte et d’industrie. Pas de liberté sans la possibilité de choisir son mode de vie et ses valeurs, donc pas de liberté sans la possibilité de se soustraire à la communauté et par conséquent pas de liberté sans une limitation de l’État pour permettre l’existence de cet espace privé. C’est une liberté civile, qui correspond à ce que les Américains appellent les droits civiques. Le pouvoir politique correspondant à la liberté des modernes est donc un pouvoir limité : « Que l’autorité se borne à être juste, nous nous chargeons de notre bonheur ». Ce n’est pas à l’État de nous dire comment être heureux.
Or, selon Constant, « la confusion de ces deux espèces de libertés a été, parmi nous, durant des époques trop célèbres de notre révolution, la cause de beaucoup de maux ». Jean-Jacques Rousseau, en pensant la liberté uniquement comme participation collective des citoyens à l’action politique, a incité Robespierre à contraindre les citoyens par la terreur. Les errements de la Révolution sont donc le résultat de l’application moderne de principes politiques valables chez les anciens.
Mais il n’est pas question pour autant de sacrifier la liberté politique, la participation au pouvoir. Constant précise qui si la liberté moderne diffère de la liberté antique, elle est menacée d’un danger d’une espèce différente. Le danger de la liberté des anciens était l’arbitraire. Le danger de la liberté des modernes serait de renoncer aux garanties politiques de cette liberté par une sorte d’indifférence au bien public. Autrement dit, il appartient aux citoyens d’exercer une surveillance permanente sur leurs représentants.
Dans ses Principes de politique, Benjamin Constant affirme : « la souveraineté du peuple n’est pas illimitée, elle est circonscrite dans les bornes que lui tracent la justice et les droits des individus. La volonté de tout un peuple ne peut rendre juste ce qui est injuste ». C’est une nouvelle critique de Rousseau et du Contrat Social : même une volonté générale est soumise à des limites et elle ne peut changer ce qui relève du droit naturel. Il existe un droit antérieur et supérieur à l’autorité politique : c’est le droit naturel. Ce droit fixe les bornes du pouvoir politique et limite les libertés individuelles.
Dire que tout pouvoir légitime doit être fondé sur la volonté générale ne veut pas dire que tout ce que la volonté générale décide est légitime. Constant se rattache ainsi à la Déclaration des droits de l’homme de 1789, article II, qui stipule que l’État n’est institué que pour conserver les droits naturels. Il y a donc des domaines dans lesquels le pouvoir politique n’a aucune influence : la morale et la religion, mais aussi la science (les mathématiques, l’histoire) qui relève de l’autorité du savoir. 
Pour finir, Benjamin Constant ne sépare pas libéralisme politique et libéralisme économique. La liberté est une et le libéralisme est une seule et même doctrine :
J’ai défendu quarante ans le même principe, liberté en tout, en religion, en philosophie, en littérature, en industrie, en politique : et par liberté, j’entends le triomphe de l’individualité, tant sur l’autorité qui voudrait gouverner par le despotisme, que sur les masses qui réclament le droit d’asservir la minorité à la majorité. Le despotisme n’a aucun droit. La majorité a celui de contraindre la minorité à respecter l’ordre : mais tout ce qui ne trouble pas l’ordre, tout ce qui n’est qu’intérieur, comme l’opinion ; tout ce qui, dans la manifestation de l’opinion, ne nuit pas à autrui, soit en provoquant des violences matérielles, soit en s’opposant à une manifestation contraire ; tout ce qui, en fait d’industrie, laisse l’industrie rivale s’exercer librement, est individuel, et ne saurait être légitimement soumis au pouvoir social.
Publié sur 24HGold

Constant et Mme de Staël

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Constant et Mme de Staël par Damien Theillier by Constant et Mme de Staë est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://nicomaque.blogspot.com/.

Benjamin Constant par Mathilde D.

Voici un second essai de présentation ppt. à partir du cours de philo. Mathilde propose une présentation de Benjamin Constant fort bien pensée et très complète.

De la liberté des modernes comparée à celle des anciens


Le célèbre texte de Benjamin Constant datant de 1819 est en ligne sur Catallaxia.net

Messieurs,

Je me propose de vous soumettre quelques distinctions, encore assez neuves, entre deux genres de liberté, dont les différences sont restées jusqu’à ce jour inaperçues, ou du moins, trop peu remarquées. L’une est la liberté dont l’exercice était si cher aux peuples anciens ; l’autre celle dont la jouissance est particulièrement précieuse aux nations modernes. Cette recherche sera intéressante, si je ne me trompe, sous un double rapport.
Premièrement, la confusion de ces deux espèces de liberté a été parmi nous, durant des époques trop célèbres de notre révolution, la cause de beaucoup de maux…

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