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Archives de Catégorie: Bastiat

Bastiat, conception négative et conception positive de la loi

frédéric bLa Loi est un livre écrit il y a plus de 150 ans qui analyse ce qui se passe dans une société quand la loi devient un instrument entre les mains de ceux qui sont au pouvoir, plutôt qu’un outil pour protéger les droits et les libertés des individus. Le résultat de ce que Bastiat appelle « la spoliation légale » généralisée est chaos moral et politique, précisément parce que le droit et la morale ont été pervertis.

Pour Bastiat, la loi doit avoir un contenu négatif. Elle ne doit pas organiser la société, l’éducation, le travail ou la famille. Elle a pour fonction d’empêcher l’injustice.  Tant que l’on admettra que la loi peut être  détournée de son véritable but pour violer la propriété au lieu de la protéger, alors tout le monde voudra participer à ce détournement de la loi, tant pour se protéger de la spoliation que pour en profiter.

Pour bien le comprendre, voici une vidéo de Academy of Ideas, traduite par l’Institut Coppet : Lire la Suite →

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La théorie libérale de la lutte des classes

constantLa vraie inégalité sociale en France n’est pas entre les riches et les pauvres ou entre les hommes et les femmes, mais entre la classe politique, issue de la fonction publique, et les autres. 

Par Damien Theillier

Tout le monde connaît aujourd’hui la théorie marxiste de l’exploitation et de la lutte des classes. Mais on a oublié qu’elle fut d’abord développée par des libéraux tels que Jean-Baptiste Say, Benjamin Constant et leurs disciples, dans un sens tout à fait différent et d’une grande actualité pour nous aujourd’hui.

Marx lui-même écrivait :

« En ce qui me concerne, ce n’est pas à moi que revient le mérite d’avoir découvert ni l’existence des classes dans la société moderne, ni leur lutte entre elles. Longtemps avant moi des historiens bourgeois avaient décrit le développement historique de cette lutte des classes et des économistes bourgeois en avaient exprimé l’anatomie économique. Ce que je fis de nouveau, ce fut : 1. de démontrer que l’existence des classes n’est liée qu’à des phases de développement historique déterminé de la production ; 2. que la lutte des classes conduit nécessairement à la dictature du prolétariat ; 3. que cette dictature elle-même ne constitue que la transition à l’abolition de toutes les classes, et à une société sans classes »[1]. Lire la Suite →

Test politique : existe-t-il un autre choix que la droite ou la gauche ?

Diagramme_de_Nolan par Nicomaque 2Depuis le XIXe siècle, le positionnement politique se divise en deux groupes : la droite et la gauche, avec des variations plus au moins radicales aux deux extrêmes. Une grille de lecture aussi simpliste n’est pas capable de rendre compte correctement de la diversité des débats et des positionnements idéologiques. Le problème principal de l’axe gauche-droite est qu’il ne laisse aucune place à la pensée libérale, celle-ci ne pouvant être rangée ni avec l’égalitarisme de la gauche, ni avec le nationalisme de la droite.

David Nolan, expert en sciences politiques, ancien élève du Massachussetts Institute of Technology (MIT) a eu l’idée de créer un diagramme (voir ci-dessus) qui ajoute à l’axe gauche-droite un deuxième axe liberté-contrainte qui va de l’étatisme (point zéro) au « libertarianisme », dont nous parlerons plus bas. Lire la Suite →

Résumé d’un dialogue entre Bastiat et Proudhon sur le crédit

proudhon-bastiat

Proudhon : Quel monde injuste ! Les riches, qui peuvent payer comptant, achètent à crédit et les pauvres, qui n’ont pas un sou, doivent payer comptant. L’inverse serait plus juste. Les pauvres devraient avoir le droit d’acheter à crédit et les riches devraient payer comptant.
Bastiat : Mais les propriétaires de magasin qui font crédit aux pauvres ne tarderaient pas à devenir pauvres à leur tour.
Proudhon : Tant mieux ! Ils pourraient aussi acheter à crédit !

http://bastiat.org/fr/gratuite_du_credit.html

Présentation powerpoint sur La loi de Bastiat

Voici un excellent diaporama présenté lors d’un exposé en ECJS (éducation civique, juridique et sociale) par deux de mes élèves de terminale :

Les lumières landaises. Bulletin du Cercle Frédéric Bastiat

Synthèse des conférences au 5e week-end de la liberté à Dax, en l’honneur de Frédéric Bastiat, député des Landes et lumière pour notre temps.

http://www.bastiat.net/IMG/pdf/lumiereslandaises_88_2_final.pdf

Vidéo de ma conférence

lumières landaises

Les harmonies naturelles du monde social selon Frédéric Bastiat

Les intérêts humains, laissés à eux-mêmes, sont-ils harmoniques ou antagoniques ? Telle est la grande question qui sous-tend l’analyse des sociétés.

Il y a deux sortes d’harmonies selon Bastiat :
– celle qui est imposée d’en haut par des législateurs omniscients : c’est l’harmonie construite, c’est l’harmonie forcée.
– celle qui résulte de l’action volontaire des hommes sur un marché libre : c’est l’harmonie naturelle.
La première relève de l’ingénierie sociale, de l’organisation scientifique de la société, de la planification comme le dira plus tard Hayek. Elle part du principe faux que l’humanité tend vers la dégradation et le mal. C’est la théorie des antagonismes : l’humanité est traversée par des tendances perverses qui la conduisent au désordre et à l’anarchie. Paradoxalement, cette école n’est pas pessimiste mais au contraire optimiste. Elle crois qu’on peut redresser l’humanité par un traitement de choc : le contrat social. Elle a une confiance absolue dans le politique. Elle repose en outre sur un postulat épistémologique : la capacité par l’esprit humain d’une maîtrise rationnelle de l’ensemble des données économiques et sociales.
La seconde relève de l’humilité et de la conscience de nos limites. Elle suppose que la raison n’est pas en mesure de tout connaître et de tout contrôler. Elle suppose qu’un ordre auto-organisé peut surgir de la libre coopération des hommes dans le cadre de certaines règles de droit (en particulier le droit de propriété) de principes éthiques (la responsabilité individuelle) et politiques (la primauté de l’initiative privée sur l’action publique).
On le voit, l’optimisme de Bastiat est conditionnel. Il est conditionné par la conscience des limites de la connaissance humaine et par l’hypothèse de la responsabilité sans laquelle la liberté n’est qu’un vain mot.
L’utopie véritable, c’est donc l’utopie d’une société parfaite, rationnellement dirigée et organisée par des législateurs et des bureaucrates.
Lisons Bastiat :
« La dissidence profonde, irréconciliable sur ce point entre les socialistes et les économistes, consiste en ceci: les socialistes croient à l’antagonisme essentiel des intérêts. Les économistes croient à l’harmonie naturelle, ou plutôt à l’harmonisation nécessaire et progressive des intérêts. Tout est là.
Partant de cette donnée que les intérêts sont naturellement antagoniques, les socialistes sont conduits, par la force de la logique, à chercher pour les intérêts une organisation artificielle, ou même à étouffer, s’ils le peuvent, dans le cœur de l’homme, le sentiment de l’intérêt. C’est ce qu’ils ont essayé au Luxembourg. Mais s’ils sont assez fous, ils ne sont pas assez forts, et il va sans dire qu’après avoir déclamé, dans leurs livres, contre l’individualisme, ils vendent leurs livres et se conduisent absolument comme le vulgaire dans le train ordinaire de la vie.
Ah! sans doute, si les intérêts sont naturellement antagoniques, il faut fouler aux pieds la Justice, la Liberté, l’Égalité devant la loi. Il faut refaire le monde, ou, comme ils disent, reconstituer la société sur un des plans nombreux qu’ils ne cessent d’inventer. À l’intérêt, principe désorganisateur, il faut substituer le dévouement légal, imposé, involontaire, forcé, en un mot la Spoliation organisée; et comme ce nouveau principe ne peut que soulever des répugnances et des résistances infinies, on essaiera d’abord de le faire accepter sous le nom menteur de Fraternité, après quoi on invoquera la loi, qui est la force.
Mais si la Providence ne s’est pas trompée, si elle a arrangé les choses de telle sorte que les intérêts, sous la loi de justice, arrivent naturellement aux combinaisons les plus harmoniques; si, selon l’expression de M, de Lamartine, ils se font par la liberté une justice que l’arbitraire ne peut leur faire; si l’égalité des droits est l’acheminement le plus certain, le plus direct vers l’égalité de fait, oh! alors, nous pouvons ne demander à la loi que justice, liberté, égalité, comme on ne demande que l’éloignement des obstacles pour que chacune des gouttes d’eau qui forment l’Océan prenne son niveau.
Et c’est là la conclusion à laquelle arrive l’Économie politique. Cette conclusion, elle ne la cherche pas, elle la trouve; mais elle se réjouit de la trouver; car enfin, n’est-ce pas une vive satisfaction pour l’esprit que de voir l’harmonie dans la liberté, quand d’autres sont réduits à la demander à l’arbitraire? (…)
Supposons qu’un professeur de chimie vienne dire: « Le monde est menacé d’une grande catastrophe; Dieu n’a pas bien pris ses précautions. J’ai analysé l’air qui s’échappe des poumons humains, et j’ai reconnu qu’il n’était plus propre à la respiration; en sorte qu’en calculant le volume de l’atmosphère, je puis prédire le jour où il sera vicié tout entier, et où l’humanité périra par la phtisie, à moins qu’elle n’adopte un mode de respiration artificielle de mon invention. »
Un autre professeur se présente et dit: « Non, l’humanité ne périra pas ainsi. Il est vrai que l’air qui a servi à la vie animale est vicié pour cette fin; mais il est propre à la vie végétale, et celui qu’exhalent les végétaux est favorable à la respiration de l’homme. Une étude incomplète avait induit à penser que Dieu s’était trompé; une recherche plus exacte montre qu’il a mis l’harmonie dans ses œuvres. Les hommes peuvent continuer à respirer comme la nature l’a voulu. »
Que dirait-on si le premier professeur accablait le second d’injures, en disant: « Vous êtes un chimiste au cœur dur, sec et froid; vous prêchez l’horrible laisser-faire; vous n’aimez pas l’humanité, puisque vous démontrez l’inutilité de mon appareil respiratoire? »
Voilà toute notre querelle avec les socialistes. Les uns et les autres nous voulons l’harmonie. Ils la cherchent dans les combinaisons innombrables qu’ils veulent que la loi impose aux hommes; nous la trouvons dans la nature des hommes et des choses.
Si l’Économie politique arrive à reconnaître l’harmonie des intérêts, c’est qu’elle ne s’arrête pas, comme le Socialisme, aux conséquences immédiates des phénomènes, mais qu’elle va jusqu’aux effets ultérieurs et définitifs. » C’est là tout le secret. Les deux écoles différent exactement comme les deux chimistes dont je viens de parler; l’une voit la partie, et l’autre l’ensemble. Par exemple, quand les socialistes voudront se donner la peine de suivre jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au consommateur, au lieu de s’arrêter au producteur, les effets de la concurrence, ils verront qu’elle est le plus puissant agent égalitaire et progressif, qu’elle se fasse à l’intérieur ou qu’elle vienne du dehors. Et c’est parce que l’économie politique trouve, dans cet effet définitif, ce qui constitue l’harmonie, qu’elle dit: « Dans mon domaine, il y a beaucoup à apprendre et peu à faire. Beaucoup à apprendre, puisque l’enchaînement des effets ne peut être suivi qu’avec une grande application; peu à faire, puisque de l’effet définitif sort l’harmonie du phénomène tout entier. » (Justice et fraternité)

Citations en français pour 2013

Citations pour 2013 : Le XIXe siècle français

Citations pour 2013 : Bastiat

 

 

« La politique est l’art de ce qui se voit et l’économie, la science de ce qui ne se voit pas »

Students For Liberty Paris organise avec Alain Madelin un cycle de conférences à la découverte de l’économie. La deuxième conférence d’Alain Madelin, donnée le 4 décembre 2012 et intitulée Ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas, était consacrée à Frédéric Bastiat.

« La politique est  l’art de ce qui se voit et l’économie, la science de ce qui ne se voit pas ». Telle est la leçon de Bastiat. Voir la vidéo ci-dessous et la synthèse plus bas.

La prochaine conférence se déroulera le lundi 7 janvier à 18h30. Pour en savoir plus voir ici.

Synthèse de la première conférence : A la découverte de l’économie
Découvrir Students for Liberty Paris : une organisation étudiante fondée aux USA et présente sur tous les continents.
Frédéric Bastiat sur Coppet

Synthèse de la conférence par Danielle :

Frédéric Bastiat (1801-1850)

Il étudie à Sorèze, dans le Tarn, où il échoue au baccalauréat. Il découvre l’économie et s’intéresse à Jean-Baptiste Say, puis apprend les langues, ce qui l’amène à découvrir en Angleterre Cobden qui se bat contre les lois céréales, en tant que protectionniste (on dit de lui qu’il serait l’inventeur de la propagande politique). En France devient rédacteur en chef du journal des économistes. 
Également homme politique, il se présente pour la première fois en 1830 à députation, devient conseiller général puis membre de la constituante (le 23 avril 1848), avant d’être élu à l’assemblée législative où il siège à gauche. C’est un libéral (de gauche), qui se fait défenseur des petites gens, des ouvriers, consommateurs, du droit de grève et coalition. Il reconnaît le besoin de sécurité des ouvriers. Il promeut le secours mutuel, même s’il prophétise le projet de nationalisation pour donner la sécurité sociale payée par l’impôt et où « feindre une maladie ne sera autre chose que de jouer un bon tour au gouvernement ». 
Bastiat défend le capital pour expliquer à la manière moderne que l’accumulation du capital ; le capital est deux fois l’enrichissement du travailleur : il augmente la production, donc diminue le prix du bien à la consommation ce qui augmente le salaire (donc bénéficie à la population). Il a souvent anticipé les théories économiques qui s’affirmèrent plus tard ; il a montré que la libre concurrence sur le marché est une découverte qui permet aux individus de coordonner leur actions pour atteindre chacun leurs objectifs qu’Hayek théorisera. La valeur est par nature subjective. Il faut regarder les préférences du consommateur révélées dans le marché. 
Le génie de l’auteur est d’expliquer l’économie et les principes complexes par la satire et la parabole ; il dénonce les sophistes, un sophisme étant un raisonnement d’apparence logique, mais s’avérant finalement erroné. En économie, l’art du raisonnement gagne beaucoup à connaître toutes les formes de sophismes, qui est « L’art d’avoir toujours raison » – Schopenhauer. Toutefois, la force des sophismes est plus grande aujourd’hui puisque c’est ce qui se voit et qui est nourri et amplifié par la force des images. Le raccourci des mots, de la communication privilégie l’image, comme disait Marx : « qui croyez-vous ? Moi ou vos propres yeux? ». Dans ce qui se voit, les apparences sont trompeuses. Mais notre culture conduit à privilégier l’apparent et la pensée prélogique. Dans la pensée prélogique, tous les faits sociaux sont le résultat d’actes intentionnels. On regarde les maux sociaux sous l’angle de coupable/victime. L’enchainement des mécanismes logiques du marché est ignoré, alors que l’on dénonce ce « grand méchant marché » ; la solution proposée est alors l’action publique de l’Etat. A travers la victimisation, on recherche des coupables, que l’intervention du gouvernement va punir, tout en récompensant « les bons ». C’est l’arme nouvelle de la fiscalité du bien et du mal. 
Dans notre époque d’image, la parabole de Bastiat est plus que jamais utile, car puissance des sophismes et de la rhétorique est mise au service de la représentation animiste. Il réfute ainsi les sophismes sur l’emploi, en dénonçant la balance du commerce avec la parabole du négociant qui achète pour 10 000 francs de vin, qui consiste à vouloir protéger, encourager le travail national contre concurrence étrangère et celle des machines. 

Ce qui se voit et ce qui ne se voit pas 

L’auteur suggère comme l’indique le titre de son œuvre qu’il y a des choses que l’on voit, et a contrario d’autres que l’on ne voit pas. Ex : si on casse la fenêtre d’un tiers, ce qui se verra, ce sera le carreau qu’il faudra remplacer pour 6 francs ce qui permettra de faire vivre le vitrier. En revanche, ce qui ne se voit pas, c’est l’autre utilité que l’on aurait pu faire des 6 francs (acheter un livre, etc.), l’argent qui aurait pu être déversé ailleurs. 

La main qui donne et la main qui prend 

Frédéric Bastiat cita la lettre d’un électeur dans laquelle ce dernier suggérait d’incendier Paris pour créer des emplois. 
Ex : Ce que l’on voit : l’Etat construit pour votre avenir. Ce qu’on ne voit pas : l’impôt, et surtout l’Etat qui les dépense. Il prélève 4 pour distribuer 3 car au passage il faut faire vivre l’administration. 
Ex : les emplois verts, censés créer des milliers d’emplois. Or, les bons emplois résultent de l’innovation, et les mauvais sont ceux qui pour prospérer ont besoin de subvention. Ainsi, un emploi vert détruit 4 emplois normaux. Ce qu’on ne voit pas, c’est la destruction d’emplois ailleurs. 
Ex : Prenons le droit à l’éolienne. Tout le monde n’a pas le même accès au vent. A cet effet, on crée des ventilateurs, que l’on place face aux éoliennes. Les calculs sont formels : le coût de consommation du ventilateur (tarif EDF normal) étant moins élevée que celui de la production par éolienne (Tarif de rachat réglementée), on gagne de l’argent. Néanmoins, ce qui ne se voit pas, c’est le gaspillage de richesse. 
L’économie est avant tout un raisonnement logique. On différencie le bon du mauvais économiste ; l’un s’en tient à l’effet visible, l’autre à ce que l’on ne voit pas. Ex : Le traité d’économie politique de Joseph Garnier (fin XIXe) débute par ce qui se voit et ce qui ne se voit pas. Ex : l’économie politique en une leçon d’Henri Hazlitt, où on envisage les effets plus lointains de l’économie. 

Un profit, deux pertes 

Si un couteau anglais se vend dans notre pays pour 2 francs, et qu’en France, un couteau fabriqué nationalement en vaut 3, si on laisse le consommateur libre d’acheter le couteau qu’il veut, il gagne un franc, qu’il peut investir ailleurs (dans un livre par ex). Donc la censure des couteaux anglais reviendrait à perdre deux fois (une perte pour une autre industrie et pour le consommateur). Une protection, c’est l’équivalent d’un impôt ; elle rend le produit national plus cher. 
Les faux emplois chassent les vrais (cf lettre fabriquant de draps, qui met plus une heure de plus par drap qu’un autre). Le travail n’est pas un but en soi ; le but est la satisfaction des besoins, la limitation des obstacles au bonheur des hommes. La richesse, c’est l’efficacité. Et l’efficacité grandissante d’une société ne détruit pas des emplois, mais rend le travail disponible pour surmonter d’autres obstacles. Pour Bastiat, le gouvernement serait un enrailleur, mettant des obstacles sur le chemin des entrepreneurs. 

La main droite et la main gauche

L’auteur met en avant la création d’obstacles, avec l’image d’une société dans laquelle l’usage de la main droite serait interdit. 
Pour Alfred Sauvy, pour créer de l’emploi, on pourrait remplacer des camions par des brouettes. Bastiat établit un parallèle entre le protectionnisme à l’encontre des importations étrangères et la lutte contre les machines. Ces deux actes procèdent de la même doctrine. Ce qui est machinal, la machine le fait ou le fera. Ce que la machine ne fait pas chez nous, le chinois peut-il le faire ? Ce qui est certain, c’est que nos machines pourront le faire ; c’est la robot-localisation. L’objection rencontrée est axée sur l’idée que si une machine libère du travail, elle fabrique des chômeurs. Les richesses ne bénéficieraient ainsi qu’à une personne mais ce raisonnement omet la théorie du déversement, selon lequel on obtient moins d’emplois industriels mais plus de productivité. Pour qu’il y ait un déversement, il faut au préalable le laissez-faire et les suppléments de salaire d’un cadre permettront par exemple de payer des emplois de service. 

Ces problèmes sont rencontrés par l’action politique et économique

Dans une parabole, Bastiat met en exergue la connivence entre le mauvais capitaliste de l’époque qui cherche à obtenir un avantage de l’Etat par le protectionnisme (cf. : Monsieur Prohibant qui fabrique du fer moins bon marché qu’en Belgique, et qui prend dans un premier temps sa carabine pour aller supprimer ses confrères belges, avant de se résigner et de chercher de l’aide auprès de l’Etat français). Ou encore la pétition des fabricants de chandelles qui désirent que les lois interviennent pour bloquer l’accès à la lumière du jour afin que les chandelles n’aient plus le soleil en concurrence. 
Mais derrière la problématique de l’économie, il y a la logique de l’action humaine. Au cœur de l’économie, on trouve l’homme dit « rationnel », avec l’hypothèse de la rationalité des comportements humains. 
Mieux vaut parler d’action intentionnelle, au sens où il y a toujours une raison d’agir et qu’elle part de l’homme. Si on veut refaire le raisonnement, rien ne vaut la parabole de Robinson Crusoé comme point de départ ; Robinson est seul sur son île, il a faim, soif, doit chercher un abri et guetter un bateau ; ce qu’il va faire en premier dépend de ses choix ; s’il privilégie la faim, il va chasser, pour la soif trouver source…. Tout seul sur son île, il doit faire des choix économiques. Faut-il construire un récipient pouvant contenir de l’eau ou chercher une source ? Pour se nourrir, il va pêcher, mais cela prend du temps. Faut-il fabriquer un filet ? Mais avec l’arrivée de Vendredi, Samedi et Dimanche sur l’île, apparaît une situation d’échange avec un rapport de droit, usage de troc, division du travail, que l’on n’a pas lorsque Robinson est seul sur son ile. Les rapports humains dans une telle communauté relèvent de la théorie des jeux, la logique de l’action humaine. L’économie part de l’Homme qui agit et entreprend. Qui dit action humaine dit action individuelle. Évidemment, les Hommes agissent collectivement, mais toute action est le propre de l’individualisme. 
On ne peut pas dire la société veut, exige, la société ne mange pas, ne bois pas, seuls les individus agissent. L’individualisme méthodologique s’oppose au holisme (consistant à croire qu’il existe un tout supérieur à la somme des parties). 

La logique de l’action humaine 

Ludwig von Mises (1881-1973, école autrichienne) évoque l’action et la nature humaine, la société d’échange et la coopération dont l’économie n’est qu’une partie. Il met en exergue la praxéologie, qui se définit comme étant une science de l’action efficace, théorie de la pratique. A travers la praxéologie, on recherche les lois pures, la logique de l’action indépendante de toute conception. Chaque homme agit en fonction de sa propre échelle de valeur, de ses besoins qui sont l’héritage de sa culture et de sa propre expérience. S’il adopte comportement moutonnier, c’est un choix. C’est le schéma traditionnel de celui qui économise la prise d’informations et préfère puiser dans son stock de savoir. Le marché favorise les comparaisons et permet de prendre des choix entre plusieurs projets concurrents. La praxéologie distingue l’action même des limites institutionnelles, extérieures avec la religion ou intérieures comme la conscience. On prend en compte les moyens utilisés et les objectifs recherchés. Remarque : avec Bastiat, on parvient aisément à comprendre la praxéologie puisque l’on repère la faille et la logique pour faire percevoir l’action logique. 
Les statistiques ou prétentions mathématiques sont utilisées à l’appui de raisonnements sophistiques pour faire perdre le vrai, le réel. Ex : fêter des anniversaires c’est bon pour la sante ; plus on en fête plus on devient vieux 

L’illusion des apparences : la loi de l’incidence fiscale 

Celui qui paie l’impôt n’est pas toujours celui qui le supporte. Ex : si on impose une taxe au propriétaire bailleur, celle-ci sera répercutée sur les loyers. 
L’autre tromperie des apparences est celle prétendant supprimer le marché (ce que l’on voit), mais dont la résurgence est le côté que l’on ne voit pas. Ce n’est pas car on ne voit pas au premier regard un marché, qu’il n’existe pas. Les politiques d’apparence généreuse le sont moins comme le démontre l’ « effet Matthieu », consistant à prendre aux pauvres pour donner aux riches, illustré aujourd’hui par les aides au développement par lesquelles on enrichit les riches des pays pauvres. 
On peut également citer les « faux droits » de jacques Rueff (1896-1978), tels que les droits sociaux non financés et donc non honorés.
Rueff est dans son action connu pour les réformes économiques mises en œuvre en France en 1958. Il a réuni un comité d’expert pour frapper l’inflation, relancer la croissance et assainir les finances publiques. Il a eu dans ses entreprises le soutien de Charles de Gaulle, et le « plan Rueff » a été annoncé pour lancer la nation dans le marché commun. Toutefois, ce rapport a été amendé par les blocages rencontrés avec la société française. Rueff mettait en avant les droits de créance généreusement distribués et les droits gagés par les fausses créances. « Avec une autre machine de planche à billets, les faux droits sont remboursés en fausse monnaie ; c’est la recette du gouvernement gratuit. L’égout collecteur des faux droits est la monnaie ». Mais cela constitue en réalité une fuite en avant de l’endettement ; à son époque, les faux droits conduisaient à l’inflation, et aujourd’hui ils mènent à la dévaluation de l’État et des autorités publiques. 
Ainsi, le mensonge est à bannir ; « soyez libéraux, soyez socialiste… mais ne soyez pas menteur » (Jacques Rueff). 

Conclusion 

Le refus du mensonge économique, c’est le message de Bastiat ; il faut différencier ce qui se voit de ce qui ne se voit pas pour démasquer la manipulation des mots et ajouter les chiffres pour apprendre à raisonner en économiste.

La leçon d’économie de Bastiat

L’édito du Point par François Lenglet il y a un mois : 

L’économiste le plus maltraité par les Français est un Français et, s’il n’avait pas eu l’esprit de disparaître en 1850, il eût été malheureux en cette rentrée 2012. Frédéric Bastiat, dans l’un de ses pamphlets les plus éclairants, s’est attaqué aux idées reçues avec une thèse simple, qui a traversé un siècle et demi sans une piqûre de rouille : en économie, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Tel acte, telle décision a des conséquences visibles, et d’autres qui, pour être invisibles, n’en sont pas moins bien plus profondes et durables. Or, explique Bastiat,« il arrive presque toujours que, lorsque la conséquence immédiate est favorable, les conséquences ultérieures sont funestes, et vice versa. D’où il suit que le mauvais économiste poursuit un petit bien actuel qui sera suivi d’un grand mal à venir, tandis que le vrai économiste poursuit un grand bien à venir, au risque d’un petit mal actuel »(1).

Subventionner les prix du carburant, comme l’envisage le gouvernement pour tempérer la hausse du pétrole ? L’avantage, quoique modeste, est immédiat pour le budget des ménages. Mais, si le consommateur paie moins, c’est le contribuable qui prendra la relève : 1 centime de moins sur le prix du litre, c’est plusieurs centaines de millions d’euros d’impôts – ou de déficit – en plus. Dans le même temps, le gouvernement projette de mettre en place une fiscalité écologique, pour inciter les ménages et entreprises à réduire la consommation en énergies fossiles. L’argent prélevé avec les « impôts verts » servira donc, indirectement, à subventionner l’essence. C’est-à-dire à faire grimper la consommation en énergies fossiles. S’il y avait un championnat mondial de l’usine à gaz, nous aurions ici un bon candidat pour le podium. Usine à gaz à effet de serre, cela va de soi.

Créer des emplois publics pour les jeunes ? Là encore, le bénéfice immédiat est réel, pour occuper les armées qui s’épuisent à l’entrée du marché du travail à force de chômage et de stages. Mais, parallèlement, le gouvernement veut supprimer les allégements de charges sociales dans le secteur privé. Pour trouver de l’argent, on va donc augmenter le coût du travail, au risque de détruire des emplois. Ce qui se voit : quelques dizaines de milliers d’emplois créés dans le public. Ce qui ne se voit pas : quelques dizaines de milliers d’emplois supprimés dans le privé, au fil des prochains trimestres. »Vous comparez la nation à une terre desséchée et l’impôt à une pluie féconde ,écrivait Bastiat. Soit. Mais vous devriez vous demander aussi où sont les sources de cette pluie, et si ce n’est pas précisément l’impôt qui pompe l’humidité du sol. » Voilà une adresse fort contemporaine.

A dire vrai, le martyre posthume de Bastiat n’est pas plus douloureux sous la gaucheque sous la droite. Les mânes de notre économiste oublié ont été fort malmenés par le quinquennat Sarkozy et son feu d’artifice de mesures fiscales contradictoires. Quel que soit le président, en France, on s’attache d’abord à ce qui se voit, au détriment de ce qui ne se voit pas. Le mythe des « cent jours » aggrave encore ce travers : comment peut-on espérer raisonnablement redresser le pays en trois mois, sinon avec des mesures symboliques, donc superficielles et improductives ? Qui pouvait croire de telles fariboles ?
A lire sur votre smartphone

Voilà une quinzaine d’années que gauche et droite se succèdent et ignorent délibérément ce qui ne se voit pas : la lente détérioration de la compétitivité française, dissimulée par l’union monétaire européenne, qui nous a protégés des crises de change – l’euro a été utilisé par la France comme un chiffon pour assourdir le signal d’alarme – et lui a permis de continuer à financer des dépenses supérieures aux recettes. C’est cette chute de compétitivité qui est la cause première des maux français : le chômage et le déficit. Pendant les Trente Glorieuses, nous avions réglé ce problème grâce à la dévaluation et à l’inflation. A partir du milieu des années 80, nous nous sommes interdit de dévaluer, et nous avons trouvé un nouvel expédient, l’endettement, qui nous a permis de tenir un quart de siècle de plus, au prix de déséquilibres budgétaires croissants. C’était bien, mais c’est fini. Après avoir épuisé tous les recours disponibles, nous voici revenus à l’impératif fondamental : il faut rétablir la compétitivité de la production française, sans dévaluer et sans s’endetter davantage. Faute de quoi ce qui ne se voit pas finira par nous aveugler.

 

1. « Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas », 1850.
Pour lire le texte de Bastiat (cité par Lenglet ci-dessus) sur votre Smartphone, cliquez sur l’image ou ici : http://www.institutcoppet.org/2011/03/30/bastiat-ce-quon-voit-et-ce-quon-ne-voit-pas-1850/

 

Bastiat dans le hors-série de Capital

Dans ce numéro hors-série de mai-juin, Capital dresse un panorama de la pensée économique depuis trois siècles à travers cinq thématiques et consacre un article fort bien fait à Bastiat :

  • les hérauts du libéralisme (Adam Smith, Friedrich Hayek, Milton Friedman…); 
  • les pourfendeurs des inégalités (Marx, James Tobin, Amartya Sen…) ; 
  • les penseurs de la mondialisation (Frédéric Bastiat, JS Mill, Joseph Stiglitz…); 
  • les observateurs de la société (Gunnar Myrdal, Alfred Sauvy, John Kenneth Galbraith…);
  • les inclassables (John Maynard Keynes, Joseph Schumpeter, Nikolaï Kondratiev…).
Voir le sommaire complet plus bas.

Sommaire complet :
Interview de Jean-Marc Daniel «On attend de l’économiste un remède, pas une polémique»
Aux premières loges d’une histoire chahutée
Les hérauts du libéralisme
John Locke On lui doit le concept de propriété privé
Adam Smith Le marché n’a ¬besoin de personne pour fonctionner
Jean-Baptiste Say Avec sa loi de l’offre, un nouveau produit trouve forcément un débouché
Friedrich Hayek Ses idées néolibérales font fureur chez les conservateurs du Tea Party
Milton Friedman Il a prêché toute sa vie contre les méfaits de la dépense publique
Arthur Laffer Son «trop d’impôt tue l’impôt» a influencé Reagan et… Sarkozy
Les pourfendeurs des inégalités
Charles Fourier Il a jeté les bases du modèle coopératif
KARL Marx Son œuvre donne des clés pour comprendre la crise
William Beveridge L’inventeur de la Sécurité sociale
James Tobin Sa taxe sur les transactions financières agite l’Union européenne
Amartya Sen Les fruits de la croissance doivent être mieux répartis
Muhammad Yunus L’apôtre du microcrédit plaide pour une finance humaniste
Les penseurs de la mondialisation
David Ricardo Il a codifié les pratiques du commerce international
Friedrich List Le théoricien du protectionnisme «temporaire»
Frédéric Bastiat Refuser le libre-échange, c’est mourir à petit feu
John Stuart Mill Le développement durable était au cœur de ses réflexions
Fernand Braudel Il a décrypté l’économie à l’échelle des millénaires
Joseph Stiglitz Le gourou ¬préféré des altermondialistes
Les observateurs de la société
Max Weber Les croyances des hommes influent sur la production
Gunnar Myrdal Il a démontré que les inégalités ont des causes multiples
Alfred Sauvy A long terme, le progrès est créateur d’emplois
John kenneth Galbraith Il a dénoncé l’excès de pouvoir des managers
Gary Becker Son analyse coût-bénéfice est devenue un classique
Les inclassables
Thomas Malthus Il a mis en garde contre l’explosion démographique
Vilfredo Pareto Grâce à sa loi des 80/20, les entreprises ont appris à doser leurs efforts
Thorstein Veblen Il a fustigé l’avènement de la classe bling bling
John Maynard keynes Ce dandy a révolutionné le rôle de l’Etat
Joseph Schumpeter Il a vu dans l’innovation le moteur du business
Nikolaï Kondratiev Pour lui, le capitalisme renaît toujours de ses cendres
John Von Neumann Sa théorie des jeux a changé les règles de la négociation
Sélection d’ouvrages pour aller plus loin

Comment voter pour Frédéric Bastiat dimanche ?

A lire pour ceux qui s’interrogent, qui sont indécis :
Comment voter pour Frédéric Bastiat dimanche ? | Contrepoints

http://bastiat2012.fr

Et un clip de campagne qui fait fureur (déjà 20 000 vues) :

Rousseau vs Hobbes : le faux duel de la présidentielle

En ce mois d’avril, Philosophie magazine consacre un dossier à l’élection présidentielle. L’idée centrale de ce dossier ne manque pas d’intérêt : « Rousseau contre Hobbes, le vrai duel de la présidentielle ». 
L’image de couverture est bien trouvée. Et surtout, à la lecture du contenu du dossier, on est frappé par la justesse des analyses. Hobbes était convaincu que « l’homme est un loup pour l’homme » et a donc imaginé un État-Léviathan, qui fasse peur aux hommes, pour éviter le retour à « la guerre de tous contre tous », qui caractérise l’état de nature. Rousseau, de son côté, défendait au contraire une bonté naturelle originelle, corrompue par la société et appelée à être réactivée par un « contrat social ». Or, il est bien vrai que Nicolas Sarkozy est proche de la philosophie autoritaire de Hobbes, là où François Hollande rejoint l’aspiration égalitariste de Rousseau. Vu sous cet angle, le débat, en apparence atone, de la présidentielle prend un relief tout à fait inattendu. On peut même aller plus loin, c’est toute la droite française qui est hobbesienne, tandis que la gauche est rousseauiste. 
  

Pourtant il y a quelque chose qui cloche dans tout cela. Un fait qui échappe complètement à l’analyse de Philosophie Magazine et qui mérite une attention toute particulière. Loin d’être l’affrontement de deux visions opposées de la politique, l’opposition entre Hobbes et Rousseau propose en fait  deux versions peu différentes d’un même dogme : celui de l’étatisme ou de l’État comme fin et non comme moyen. L’un défend la souveraineté absolue du Prince, l’autre la souveraineté absolue de la volonté générale, c’est-à-dire du législateur. On ne trouvera ni chez Hobbes, ni chez Rousseau, une philosophie du gouvernement limité, ni même une philosophie de la protection des droits individuels, en particulier du droit de propriété. La vision de Hegel au XIXe siècle, s’inscrira d’ailleurs dans l’héritage classique de Hobbes et de Rousseau en ce sens qu’il maintiendra la suprématie quasi divine de l’État et du politique sur la sphère « inférieure » de la vie économique et sociale.

Le philosophe J.F. Kervégan (professeur à Paris I), spécialiste des penseurs du contrat social, écrit justement : « Comme Hobbes, Rousseau pense que l’unité d’une société ne peut être que politique, et cette conviction se traduit par la position éminente du « souverain » ; simplement, chez lui, le souverain est et ne peut être que la « volonté générale », et non plus celle d’un homme ou d’une assemblée ; la structure de la théorie hobbesienne de la souveraineté est maintenue, seul change l’identité du sujet auquel celle-ci est attribuée. » (Ce qui fait société : le politique, l’économie, le droit ? Conférence à l’AJEF, le 14 octobre 2009)

Le fait que la souveraineté réside dans une volonté ou bien qu’elle réside dans le peuple ne fait pas une grande différence si cette souveraineté n’est pas d’abord limitée, faisait déjà remarquer Benjamin Constant après la Révolution française. « Prions l’autorité de rester dans ses limites, nous nous chargeons de notre bonheur », écrivait-il. Et il ajoutait : « la souveraineté n’existe que de manière limitée et relative ». 

La philosophie politique de Constant se fonde sur une conviction fondamentale : « il y a une partie de l’existence humaine qui est de droit hors de toute compétence sociale » (entendre ici : compétence politique). Constant rejoint ainsi Smith, Locke et les physiocrates français, pour qui la société peut s’auto-organiser et s’autoréguler, dans le cadre de la concurrence et du droit naturel de propriété. Les penseurs du libre marché au XXe siècle, comme Mises et Hayek notamment, contesteront à leur tour le modèle constructiviste et artificialiste de Hobbes et de Rousseau. 
On le voit donc, l’opposition entre Hobbes et Rousseau, entre Sarkozy et Hollande, est une fausse opposition idéologique qui trompe les électeurs. L’analyse de la vie politique française depuis plus de quarante ans nous le confirme : la droite et la gauche convergent de plus en plus vers un centre mou, à la fois étatiste et corporatiste, conservateur et progressiste, renonçant de plus en plus à tout ce qui pouvait encore les distinguer. La droite a renoncé au libre marché au profit d’un interventionnisme moralisateur (« moraliser le capitalisme » comme on dit) et d’une politique fiscale collectiviste. De son côté, la gauche a renoncé aux dogmes de la planification collectiviste et de la lutte des classes et se veut pragmatique. Bref, à droite comme à gauche, on rejette les doctrines, qualifiées d’ « idéologies » et on accepte tous les compromis. 

Résultat : la « droiche » ! Ce mouvement historique correspond en fait à l’avènement de ce qu’on appelle la social-démocratie : État-providence, justice sociale, prélèvements obligatoires, assistanat, multiculturalisme… c’est le prix de la paix sociale. Au programme donc : immobilisme et statu quo. Surtout ne changeons rien au système. Et la différence entre droite et gauche n’est en fait qu’une affaire de dosage, de nuances, car les deux principaux partis sont des clones (voir mon article : Peut-on sortir du statu quo des grands partis politiques ?).

La ligne de clivage qui séparait jadis la droite et la gauche s’est donc déplacée. Ou passe-t-elle désormais ? Le véritable duel, le seul qui soit digne de ce nom, est celui qui oppose les défenseurs de l’individu et de la société aux défenseurs de l’État, ceux qui font confiance dans la capacité des individus à s’organiser librement par eux-mêmes et ceux qui pensent que l’État est la fin de l’Histoire. C’est l’individualisme responsable et la philosophie du libre marché contre le collectivisme social-démocrate. 

Malheureusement, ce libéralisme-là n’existe plus dans le paysage politique français, comme il existe encore aux États-Unis avec Ron Paul. Au XIXe siècle, il était porté en France dans le débat intellectuel et politique par Say, Constant et Bastiat, notamment. Mais les Français ont la mémoire courte et il faut leur rappeler que le libéralisme n’est pas une spécificité anglo-saxonne et qu’il existe bien en France une tradition libérale qui remonte à Turgot et à Quesnay (Voir le travail de l’Institut Coppet pour promouvoir l’école libérale française). 

Un François Bayrou peut-il aujourd’hui incarner ce courant, comme l’affirme Philosophie Magazine qui le classe comme un digne représentant de la philosophie de Locke ? Il est permis d’en douter, vu son approbation à toutes les mesures collectivistes votées depuis vingt ans. On est bien loin d’un Ron Paul. Alternative libérale avait su incarner cet espoir en 2006-2008, comme Alain Madelin à son époque. Aujourd’hui, l’espoir renaît avec la vraie-fausse candidature de Frédéric Bastiat (bastiat2012.fr), portée par une génération d’étudiants qui a découvert Ron Paul et a compris où se trouvait la véritable alternative. Soutenons cette initiative, même modeste, qui mérite en France un bel avenir.

En annexe :

En 1848, l’économiste Frédéric Bastiat comparait la Constitution des Etats-Unis à celle de la France : 

Ce qui suit est le début du préambule de la Constitution [française] : « La France s’est constituée en République [dans le] but (…) de faire parvenir tous les citoyens (…) à un degré toujours plus élevé de moralité, de lumières et de bien-être. » (…) N’est-ce pas en cédant à cette étrange illusion que nous sommes conduits à tout attendre d’une énergie qui n’est pas la nôtre ?… Les Américains ont conçu une autre idée des relations des citoyens et du gouvernement. (…) Il n’y a pas ici [dans le préambule de leur Constitution] de création chimérique, pas d’abstraction desquelles les citoyens puissent tout exiger. Ils n’attendent rien sauf d’eux-mêmes et de leur propre énergie.

A lire aussi : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/12/l-antiliberalisme-le-seul-point-d-accord-entre-les-dix-candidats_1684574_3232.html

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