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Parution du dictionnaire du libéralisme

Le premier dictionnaire du libéralisme jamais édité en France vient de sortir chez Larousse, un ouvrage collectif sous la direction de Mathieu Laine. La liste de tous les rédacteurs serait trop longue (liste complète sur wikipedia) mais en voici quelques uns parmi les plus prestigieux : Gary Becker, prix Nobel d’économie, Monique Canto-Sperber, directrice de Normale sup, Pascal Salin, professeur émérite à l’université Paris-Dauphine Pierre Garello, professeur à l’université d’Aix-Marseille, Augustin Landier, professeur à l’école d’économie de Toulouse, David Thesmar, professeur à HEC ou encore Jean-Philippe Feldman, qui anime à Sciences-Po un séminaire sur le libéralisme avec Mathieu Laine. Ce dernier est déjà l’auteur de plusieurs livres, dont le dernier, Post politique, que je recommande à tous ceux qui veulent élargir leur culture historique et philosophique.

Enfin j’ai moi-même l’honneur de participer à ce dictionnaire en tant que rédacteur de 7 entrées : Pierre de Boisguilbert, François Quesnay, Gustave de Molinari, conservatisme américain, néoconservatisme, holisme et socialisme. Car l’ambition de ce dictionnaire est aussi de faire redécouvrir aux Français l’existence d’une très forte tradition libérale en France aux XVIIIe et XIXe siècles. Cette tradition, née dans un dialogue constant avec nos voisins anglais et écossais, a irrigué l’Amérique dès l’origine, via Franklin et Jefferson. Mais c’est aussi en France qu’est né le socialisme et c’est en France qu’il triomphe dans les esprits depuis un siècle.

Le dictionnaire compte près de 300 entrées, allant de Action humaine à Max Weber, avec une introduction remarquable de Mathieu Laine et Jean-Philippe Feldman. Cette introduction comprend deux parties et Mathieu Laine a aimablement autorisé l’Institut Coppet à mettre en ligne sur son site un extrait, intitulé : le libéralisme en questions : le libéralisme est-il un produit d’importation ? Un économisme ? Un anarchisme sauvage ? Un « laissez-faire » immoral ? Une doctrine de droite ? Un nouveau totalitarisme ?
La seconde partie est intitulée : Temps forts. C’est un panorama de l’histoire du libéralisme à travers ses différents courants.

L’objectif de ce dictionnaire est  de donner aux Français les moyens de dépasser les caricatures et de se prononcer sur une pensée occultée, caricaturée ou encore calomniée. Il est aussi de montrer que le libéralisme bien compris est une alternative à la pensée unique étatiste, de droite comme de gauche. Contre les vieilles recettes mercantilistes et protectionnistes, il montre que l’avenir se trouve dans l’échange et la coopération libre et volontaire.

Extrait d’un entretien avec M. Laine publié dans Atlantico le 12 avril :


« J’ai rassemblé dans cet ouvrage les meilleurs spécialistes du sujet. En présentant, dans chaque entrée, ce que pensent les différentes écoles libérales (des socialistes libéraux aux anarcho-capitalistes en passant par les enfants de Aron, de Tocqueville, de Hayek ou de Rand), nous apportons au débat public une occasion de se réinventer et de découvrir que, sur toutes les grandes questions contemporaines, de la politique monétaire à l’éducation en passant par la guerre, la démocratie, le chômage, le maternage, l’ordre spontané ou le rôle de l’entrepreneur, les libéraux ont une multitude d’idées innovantes et pertinentes. Je crois pouvoir dire que nous avons réussi à faire un ouvrage qui n’a pas son pareil en langue française : c’est un concentré, référencé mais accessible, sur la pensée libérale dans sa totalité. « 

Aperçus du dictionnaire :

Capitalisme
« Le capitalisme est un système socio-économique idéal qui se caractérise, positivement, par le droit de chaque personne d’utiliser sa propriété comme bon lui semble, à condition de ne pas violer ce même droit chez les autres… »

Concurrence
« La théorie traditionnelle attache une grande importance au nombre de producteurs parce qu’elle est obsédée par ce qu’on appelle le « pouvoir de marché », c’est-à-dire la capacité qu’aurait un producteur à exercer un pouvoir asymétrique sur les acheteurs de son produit et donc, de manière ultime, de les exploiter. C’est en particulier ce qui est censé se passer lorsqu’il y a un seul producteur, c’est-à-dire un monopole. »

Entrepreneur
« Selon Joseph Schumpeter, le rôle de l’entrepreneur est primordial dans la croissance économique car il enclenche le processus de destruction créatrice par lequel les entreprises existantes sont remplacées par de nouvelles, produisant de manière plus efficace des biens de meilleure qualité. »

Individualisme
« Là où les uns ne voient qu’un synonyme de l’égoïsme porteur d’asocialité et de repli frileux ou narcissique sur soi et la sphère privée, d’autres associent avant tout l’individualisme à une révolution copernicienne centrant l’humain sur l’affirmation de la souveraineté morale de l’individu, sur son aspiration au libre gouvernement de soi et sa capacité à l’assurer…. Dans un environnement complexe où l’on dépend toujours les uns des autres. »

Main invisible
« La métaphore antique de la main invisible (la main des dieux) a été reprise par Adam Smith afin de décrire le fonctionnement du marché. Sur le marché, remarque-t-il, chacun poursuit son intérêt personnel et, paradoxalement, cela crée une dynamique bénéfique pour tous ; comme si une main invisible avait dirigé les intérêts privés vers l’intérêt général. »

Marché
« Tout échange qui a effectivement lieu est bénéfique du point de vue de chacun des contractants au moment de leur choix. L’explication de ce bénéfice mutuel se trouve dans l’inégalité de la valeur des biens échangés. Le fait que Paul achète un pain à Pierre au prix de 1 euro n’implique nullement une égalité de valeur du pain et de l’euro, mais bien au contraire une double inégalité. Pour Paul et pour Pierre, les deux biens n’ont pas la même valeur subjective ; chacun préfère l’un des deux à l’autre (1 re inégalité). Mais tandis que Paul préfère le pain à l’euro, Pierre préfère l’euro au pain (2 e inégalité). »

Ordre spontané
« Ce processus est celui du marché qui est à l’oeuvre par l’intermédiaire de l’activité entrepreneuriale. En effet, ce sont les entrepreneurs qui découvrent l’information nécessaire (qui était auparavant dispersée) pour établir des échanges nouveaux. Chemin faisant, ils communiquent l’information qui améliore la coordination des plans individuels. Ainsi, de façon décentralisée et locale, les entrepreneurs sont les agents de la coordination sociale, c’est-à-dire de l’ordre spontané du marché. »

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De l’antilibéralisme primaire chez les intellectuels et certains catholiques (normaliens)

Mon cher ami Kaplan, avec qui j’ai eu d’excellents échanges par blogs interposés, vient de publier un article auquel je suis particulièrement sensible. Il rappelle utilement à tous les ayatollahs qui se réclament de l’abbé Lacordaire (XIXe siècle), sans l’avoir lu et en s’appuyant sur wikipedia, que celui-ci ne fut pas l’antilibéral qu’ils se plaisent à décrire. Je cite Kaplan : 

 » Le Révérend-Père Lacordaire se méfiait des gouvernements humains… il considérait que la propriété privée des moyens de production était un droit consacré par l’Évangile et qu’en priver un homme revenait à le réduire à l’état d’esclave… il s’opposait vigoureusement aux idées collectivistes dont il pressentait déjà le potentiel de dérive autocratique… il se prononçait contre toutes formes de redistribution autoritaire des richesses, plaidait pour une société fondée sur le libre-consentement et fut un ardent défenseur de la liberté religieuse, de la liberté de l’enseignement et de la liberté de la presse. »

Il faut aussi revenir sur un mot célèbre du philosophe Donoso Cortès au Parlement espagnol (30 janvier 1850) : « Le socialisme est fils de l’économie politique, comme le vipereau de la vipère, lequel, à peine né, dévore celle qui vient de lui donner la vie » (Œuvres, Paris, 1862, t. I, p.386).
Cette thèse, selon laquelle l’économie politique serait inconciliable avec la morale chrétienne et aurait engendré le socialisme revient constamment sous la plume des antilibéraux de droite, souvent catholiques. Ces derniers ignorent tout des réalités économiques et se complaisent dans un moralisme purement incantatoire, exactement comme Sartre, Bourdieu et les intellectuels marxistes des années 60. 
C’est le cas par exemple récemment d’un catholique, normalien, agrégé de philosophie et adjoint au maire de Versailles. Il écrit : « Cet ultralibéralisme nous a entraînés dans la crise écologique et économique que nous traversons. Il a écrasé les plus faibles et produit des injustices inouïes. Il nous a conduits à détruire notre propre environnement, dans l’aveuglement consumériste qui nous saisissait. » Bref, à l’entendre le libéralisme serait la cause de tous nos maux. 
Mais de quel libéralisme parle-t-il ? Je le cite : « Son credo était la consommation, son obsession, la dérégulation, sa référence, l’individualisme ». 
Une petite leçon d’économie s’impose : 
1° La consommation est un thème typiquement keynésien (étatisme pur jus). C’est l’influence de Keynes qui a poussé les gouvernements à augmenter toujours plus la masse monétaire et les dépenses publiques, dans l’espoir de relancer la consommation. Résultat : l’inflation, les bulles économiques à répétition, le copinage des banques avec le pouvoir, l’épargnant spolié et finalement les Etats ruinés par leur dette abyssale. 
2° La dérégulation est un mythe. L’augmentation des réglementations est au contraire le fait massif des ces 40 dernière années dans nos démocraties. Cette inflation législative a une cause : la volonté des politiques d’assurer leur réélection, de satisfaire les intérêts de groupes de pression bien organisés. Les économistes de l’Ecole du Public Choice l’ont bien montré.
3° Enfin l’individualisme irresponsable est une pure production de l’égalitarisme démocratique, comme l’a bien montré Tocqueville. Plus les hommes sont égaux, plus ils se replient sur eux-mêmes, demandant à l’Etat toujours plus d’assistance et de protection sociale. Relisez vos classiques mon cher collègue, avant de nous ressortir vos poncifs à la Bourdieu. 
Le malheur des intellectuels français, disait Aron dans cette vidéo (voir à partir de 0.48 mn), c’est qu’ils n’ont jamais lu une ligne d’économie digne de ce nom, ils sont déconnectés des réalités concrètes et ils rêvent d’une solution totale des problèmes sociaux… c’est un normalien qui le dit et un ancien ami de Sartre ! (Cf. aussi ce magnifique extrait de J.F. Revel, sur les « piètres truismes » et les « âneries » de ses collègues).
Heureusement, tous les catholiques ne sont pas ignares en économie ! En réponse à Cortès, l’économiste catholique Daniel Villey (frère de Michel Villey, grand historien du droit), écrivait dans les années 50 :

« Nous estimons, quant à nous, que la question est mal posée. Démontrez, si vous pouvez, que l’économie politique est une prétendue science qui n’a découvert que des erreurs, et alors nous vous l’abandonnerons : mais si elle est une science véritable, s’il faut tenir pour exactes des relations qu’elle découvre ou des propositions qu’elle formule, nous ne pouvons pas admettre l’antagonisme prétendu de la vérité scientifique et de la vérité religieuse, parce que la contradiction de deux vérités serait un monstre logique dont la simple hypothèse révolte le bon sens. » (D. Villey, L’économie de marché devant la pensée catholique, 1954)

Comme l’affirmait constamment Bastiat, si l’économie politique est une science, c’est-a-dire si elle découvre et possède des vérités, ces vérités doivent avoir leur place dans l’ordre divin et les lois naturelles qui les coordonnent entre elles doivent être quelqu’une des innombrables manifestations de l’éternelle Sagesse qui a disposé le monde. 
Un économiste libéral catholique du XIXe siècle, Alexandre de Metz-Noblat, ajoutait : « En y regardant de plus près, les publicistes catholiques eussent reconnu que, loin d’être en contradiction avec l’esprit de l’Evangile, l’économie politique en prouve à sa manière l’origine divine. Elle montre, en effet, que (…) par la pratique des vertus chrétiennes, toutes les questions économiques intéressant l’humanité reçoivent, de fait, la solution la plus favorable aux faibles et aux malheureux » (A. de Metz-Noblat, Lois économiques, préface, p. XXXIX).
A voir pour se former aux réalités économiques : http://www.youtube.com/user/Icoppet
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