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Pour ou contre le droit au travail ? De Tocqueville à Macron

450px-Alexis_de_Tocqueville_2Par Robert Jules, La Tribune, 8 octobre 2015

Le 12 septembre 1848, Alexis de Tocqueville, député de la Manche, prononce un discours critiquant un amendement socialiste qui défend l’inscription d’un « droit au travail » dans la constitution. Le texte est réédité par les éditions Les Belles Lettres (1), occasion de (re)lire les arguments développés contre le socialisme par l’auteur de « De la démocratie en Amérique », et dont on trouve des échos dans les prises de position du ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, qui veut réformer le marché du travail à l’ère numérique.

Alexis de Tocqueville aurait sans nul doute apprécié le rapport publié par le think tank « progressiste » Terra Nova – rédigé par l’économiste Gilbert Cette et l’avocat Jacques Barthélémy, et remis à la nouvelle ministre du Travail Myriam El Khomri. Les auteurs préconisent en effet que les règles du « droit du travail » ne soient plus fixées par la loi mais par des accords d’entreprise. En fait, de substituer le contrat à la loi.

Le rôle de l’Etat dans l’organisation du marché du travail justifie précisément l’intervention du député de la Manche à l’Assemblée nationale le 12 septembre 1848. Ce dernier s’oppose à l’amendement d’un député socialiste ouvrant un « droit au travail », qui serait intégré dans le projet de nouvelle constitution.

L’intérêt du texte de ce discours, que les éditions Les Belles Lettres rééditent en y joignant les notes préparatoires (1), réside dans la démonstration et les arguments développés par Tocqueville pour réfuter ce « droit au travail », un débat idéologique qui reste d’actualité comme l’ont montré les discussions sur la loi Macron.

« L’unique entrepreneur de l’industrie »

Tocqueville, qui veut contribuer à consolider la deuxième république, proclamée après la révolution de 1848, qui a fait chuter la Monarchie de Juillet, s’oppose aux socialistes.

A ses yeux, contrairement aux propositions de la Commission qui « a voulu accroître, consacrer, régulariser la charité publique » (aujourd’hui les associations d’entraide, sociale et humanitaires), l’amendement socialiste change de registre en accordant « à chaque homme en particulier le droit général, absolu, irrésistible, au travail » avec pour conséquence finale que l’Etat deviendra « l’unique entrepreneur de l’industrie »,« accumulant ainsi dans ses mains tous les capitaux des particuliers », se transformant en « propriétaire unique de toutes choses », bref  imposera « le communisme ».

En agitant le chiffon rouge, Tocqueville veut aller rapidement au cœur du débat en durcissant les positions : « Il faut que la France toute entière sache si la révolution de Février est ou non une révolution socialiste. » En effet, pour le député de la Manche, l’amendement proposé se fonde sur deux caractéristiques communes aux socialismes : un « appel aux passions matérielles de l’homme », dont le but est de« procurer à tout le monde une consommation illimitée », et une attaque contre la propriété individuelle.

 Une trahison de l’esprit de la Révolution française

Pour montrer combien le socialisme est dans l’erreur, Tocqueville considère qu’il trahit la révolution de 1789 et même celle de 1793 qui n’ont remis en cause ni le principe de la propriété privée, ni les idéaux. « Croyez-vous que c’est en parlant de bien-être que la Révolution entraînait toute une génération au milieu des misères et des dangers d’une guerre universelle ? », écrit-il dans ses notes préparatoires.

Quant à la liberté individuelle, Tocqueville ironise en traçant un parallèle entre Ancien régime et socialisme :

« L’Ancien régime professait cette opinion, que la sagesse seule est dans l’Etat, que les sujets sont des êtres infirmes et faibles qu’il faut toujours tenir par la main, de peur qu’ils ne tombent ou ne se blessent ; (…) qu’il est nécessaire de règlementer l’industrie, d’assurer la bonté des produits, d’empêcher la libre concurrence. L’ancien régime pensait, sur ce point, précisément comme les socialistes d’aujourd’hui. Et qu’est-ce qui a pensé autrement, je vous prie ? La Révolution française. »

Au contraire des socialistes, qui trahissent l’esprit républicain, et infantilisent les citoyens, Tocqueville recommande que l’Etat se cantonne à « veiller » à ce que tous les ouvriers qui se présentent pour chercher du travail, « en trouvent toujours chez les particuliers ». Autrement dit, laisser les acteurs libres de passer le contrat qui leur convient.

« Donner à chaque citoyen des lumières et de la liberté »

Tocqueville ne manque pas de faire la leçon historique à ses adversaires politiques en rappelant pour quoi le peuple français a fait chuter l’Ancien Régime et abolit ses privilèges : « La révolution française n’a pas eu la prétention ridicule de créer un pouvoir social qui fit directement par lui-même la fortune, le bien-être, l’aisance de chaque citoyen, qui substituât la sagesse très contestable des gouvernements à la sagesse pratique et intéressée des gouvernés ; elle a cru que c’était assez remplir sa tâche, que de donner à chaque citoyen des lumières et de la liberté. »

C’est la même leçon de responsabilité individuelle qu’Emmanuel Macron, ministre de l’Economie dans un gouvernement socialiste, dispense au fil des mois en affirmant par exemple que « le libéralisme est une valeur de la gauche », jugeant que « l’Etat a sa place mais il en a trop pris. »  Bref, que Tocqueville est de gauche mais qu’il n’est pas socialiste.

(1) Alexis de Tocqueville « Contre le droit au travail », préface de Pierre Bessard, éditions Les Belles Lettres, 96 pages, 13,50 euros.

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Une Réponse

  1. […] défend Frédéric Bastiat dans La Loi. Ou encore, quand Alexis de Tocqueville s’oppose à la création d’un droit du travail, au nom de la Révolution Française. Il oppose l’Ancien Régime, qui veut tout réglementer, […]

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