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Tocqueville en Amérique. Retour sur un film de Dinesh D’Souza

tocqueville 16Les controverses politiques sur la scène médiatique masquent souvent la réalité d’un combat d’idées qui fait rage en coulisses, dans les livres, les revues et dans les universités. L’Amérique d’aujourd’hui est divisée en deux groupes très opposés : l’un de ces groupes est un produit de la révolution culturelle des années 1960, et l’autre continue de se référer à l’esprit de 1776 et aux Pères fondateurs. Bienvenue dans la guerre culturelle !

Dès les années 1960, des chercheurs américains ont suggéré que l’Amérique, telle qu’elle a été voulue par les Pères fondateurs, est criminelle et qu’elle doit disparaître. Le documentaire examine un par un les actes d’accusation suivants :

  • L’Amérique a été fondée sur la conquête et le génocide des Indiens.
  • Elle a construit sa richesse sur le dos des esclaves africains.
  • Elle s’est développés en volant injustement terres de son voisin du Mexique.
  • Elle est impérialiste et agressive envers les autres pays.
  • Elle est dominée par un système capitaliste injuste et abusif qui nuit aux pauvres.

dinesh2L’auteur à succès Dinesh D’Souza vient de consacrer un film documentaire, accompagné d’un livre : America: Imagine the World Without Her. Il propose un examen critique des accusations portées contre l’Amérique. Disponible en DVD (sous-titres anglais), ce documentaire est à voir, notamment pour l’extraordinaire passage consacré à Alexis de Tocqueville.

Né en 1961 à Mumbai, en Inde, au sein d’une famille catholique évangélisée par les portugais, D’Souza a émigré aux États-Unis comme étudiant à la fin des années soixante-dix et a adopté la nationalité américaine en 1991. Diplômé de Darthmouth College, il devient, après un passage à Stanford, directeur de King’s College à New York. Son premier livre, Illiberal Education (1991), discute du phénomène de la « political correctness » dans les collèges et universités de l’Amérique. En 1995, D’Souza a publié The End of Racism, qui est devenu un best-seller national aux USA. Son premier film documentaire, intitulé « 2016: Obama’s America », a été classé au second rang des documentaires politiques les plus regardés aux USA, dépassant Sicko de Michael Moore et Une vérité qui dérange d’Al Gore.

america-imagine-a-world-pstr01America: Imagine the World Without Her est sorti sur les écrans américains le 4 juillet 2014. J’ai pu le voir en salle cet été, avec un public local enthousiaste, debout à la fin pour une standing ovation de dix minutes. J’ai d’abord été agacé par le style assez manichéen, inhérent au genre, opposant les bons et les méchants de façon simpliste. Mais en le revoyant aujourd’hui, et en faisant abstraction de certains passages un peu emphatiques, c’est un film qui ne manque pas d’intérêt car il traite avec sérieux de questions morales, politiques et philosophiques essentielles et ne manque pas d’arguments. L’Amérique est-elle coupable de tous les maux de la planète ? Doit-elle renier son héritage pour laisser place à d’autres formes de civilisations ? Le capitalisme est-il immoral ? La richesse est-elle volée ? Autant de questions qui nous renvoient également à notre propre histoire française et européenne.

washington-DSouza-America2D’Souza, s’appuyant sur Tocqueville, pense que l’Amérique des Pères fondateurs, celle de 1776, est toujours grande et mérite d’être défendue. Selon lui, elle a été fondée non sur la conquête et la force, mais sur le libre choix, la responsabilité individuelle et l’entrepreneuriat. Dans son film, il tente de démystifier les arguments progressistes : l’Amérique n’a jamais eu le monopole de l’ethnocentrisme, du colonialisme ni de l’esclavagisme. Et par suite, un monde sans elle ne serait pas un monde sans injustice. Oui, l’esclavage est un vol. Mais « la particularité de l’Amérique, dit-il, n’est pas d’avoir créé l’esclavage, mais de l’avoir aboli ».

L’auteur part à la rencontre de ces intellectuels radicaux. Il s’entretient avec certains d’entre eux devant la caméra. On peut lui reconnaître un mérite : il traite son sujet avec équité. Contrairement à Michael Moore, il ne cherche pas à interrompre ses interlocuteurs, ou à déformer ce qu’ils ont à dire. Il laisse ces gens parler, écoute leur point de vue, puis se tourne vers la caméra et se demande : « Ce point de vue est-il valable ? »

Lincoln02 (2)Ses réponses critiques ne sont pas toujours convaincantes, loin de là. Il y a des raccourcis, une présentation également sélective des faits, notamment sur la politique étrangère américaine, la moins justifiable à mon sens et la partie la plus faible du film. Mais il y a aussi des moments remarquables. Le documentaire a recours à une galerie de portraits, joués par des acteurs, allant du général Washington à Alexis de Tocqueville en passant par Abraham Lincoln et Frederick Douglass, pour les plus connus. Ce sont les meilleurs moments du film.

L’Amérique coupable

howard_zinnLa critique progressiste fonde sa critique systématique de l’Amérique et du capitalisme sur une seule idée : sa richesse est un vol. Elle fait écho à ce qu’écrivait le leader anticolonialiste Frantz Fanon : « Les nations européennes se vautrent dans l’opulence la plus ostentatoire. Cette opulence européenne est littéralement scandaleuse car elle a été bâtie sur le dos des esclaves, elle s’est nourrie du sang des esclaves, elle vient en droite ligne du sol et du sous-sol de ce monde sous-développé. Le bien-être et le progrès de l’Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres des Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes. » Les Damnés de la Terre (1961),  éd. La Découverte poche, 2002, p. 94

Les Amérindiens, les Afro-Américains et les Américains mexicains ont souvent été victimes de la cupidité et de l’ambition des colons blancs, c’est un fait. Mais D’Souza choisit de s’attaquer à la vision très sélective des faits historiques, qui est enseignée systématiquement, non seulement dans les universités, mais aussi dans les écoles, à travers des manuels comme A People’s History of the United States (Une histoire populaire des États-Unis), d’Howard Zinn. Ce livre, qui a été lu par des centaines de milliers d’étudiants américains est acclamé par des acteurs comme Matt Damon.

Peopleshistoryzinn (2)Howard Zinn (1922–2010), militant politique puis universitaire militant, a enseigné l’histoire et les sciences politiques à la Boston University. Son œuvre (une vingtaine d’ouvrages) est essentiellement consacrée aux minorités et à leur destin dans la société américaine. Il écrit l’histoire « par en bas », une histoire des oubliés, des vaincus. Son œuvre est surtout un travail de mémoire. Zinn voyait « dans les plus infimes actes de protestation, les racines invisibles du changement social ». Pour lui, les héros des États-Unis n’étaient ni les Pères fondateurs, ni les politiques, mais les paysans en révolte, les militants des droits civiques, les syndicalistes, tous ceux qui s’étaient battus, parfois victorieux, parfois non, pour l’égalité.

Si une telle perspective est séduisante et ne manque pas de pertinence, l’histoire américaine revue et corrigée par Howard Zinn tend souvent à devenir exclusivement un récit de la honte. L’Amérique ne serait pas une terre de liberté pour le monde mais un repoussoir. Les jeunes américains qui ont lu ce livre, largement utilisé dans les écoles et les universités, finissent pas penser que la richesse et l’abondance de leur pays n’est que le résultat des crimes de leurs ancêtres. Si l’histoire avait été équitable, ils n’auraient pas cette grande maison et ce joli canapé, ce téléviseur grand écran et cette belle voiture. La conclusion du livre est que le gouvernement a le droit de piller les riches et la classe moyenne, parce que ces gens n’ont pas produit leur richesse, ils l’ont volée.

ward 4D’Souza dans son film donne la parole à un professeur Chicano qui souhaite que la partie sud-ouest des États-Unis soit rendue au Mexique, à Noam Chomsky et à Ward Churchill – le professeur qui a comparé les victimes du 11 septembre 2001 à des fonctionnaires nazis comme Eichmann. Ils voient le capitalisme comme un système qui empêche la majorité des travailleurs d’obtenir leur juste part. D’un point de vue moral si l’Amérique a été fondée sur le vol, l’inégalité et l’injustice, elle ne mérite pas de reconnaissance. Il faut la punir.

Au-delà des polémiques historiques, une telle vision des choses est déjà erronée d’un point de vue philosophique, pour une raison très simple : on ne peut porter de jugement que sur des individus et non sur des groupes.  L’Amérique n’est pas un individu, c’est un être collectif. Il est toujours dangereux de désigner un coupable collectif et de faire peser sur tout le monde une responsabilité qui incombe seulement à certains individus. Accuser tout un pays pour des fautes que certains de ses membres auraient commises est absolument contraire à la justice. Tous les Allemands ne sont pas coupables des crimes de leurs dirigeants. Et, de même, tous les Américains ne portent pas la responsabilité de l’esclavage ou de la guerre en Irak. Inversement, D’Souza tombe dans le même piège en parlant de l’Amérique comme le Bien. En revanche il a raison de mettre en valeur certaines figures singulières qui ont marqué de leur emprunte le pays. Ces figures-là restent des modèles pour toutes les générations. Et je voudrais focaliser mon article sur Tocqueville.

Tocqueville et l’esprit de 1776

Tocqueville 12En réponse aux actes d’accusation énoncés plus haut, D’Souza se tourne vers Alexis de Tocqueville qui a écrit il y a plus de 150 ans un livre considéré par tous comme une source fiable : De la démocratie en Amérique. C’est la partie la plus intéressante du film et à mes yeux, elle justifie déjà largement les deux heures passées à voir l’ensemble.

Tocqueville était un aristocrate instruit et sage qui admirait profondément de nombreux aspects de la culture et de la démocratie américaine. Quand il visite les États-Unis pendant un an, en 1831-32, il observe l’Amérique des Pères fondateurs, un demi-siècle après sa naissance. Et il remarque que c’est une société très entrepreneuriale, dans laquelle les gens comptent sur eux-mêmes et très peu sur le gouvernement. Quand ils ont un projet, ou un problème à résoudre, les américains ne se tournent jamais vers l’État pour lui demander d’agir à leur place. Ils ont le génie de l’association libre, de la coopération et de l’initiative privée :

« L’habitant des États-Unis apprend dès sa naissance qu’il faut s’appuyer sur soi-même pour lutter contre les maux et les embarras de la vie ; il ne jette sur l’autorité sociale qu’un regard défiant et inquiet, et n’en appelle à son pouvoir que quand il ne peut s’en passer. (…) Un embarras survient sur la voie publique, le passage est interrompu, la circulation arrêtée ; les voisins s’établissent aussitôt en corps délibérant ; de cette assemblée improvisée sortira un pouvoir exécutif qui remédiera au mal, avant que l’idée d’une autorité préexistante à celle des intéressés se soit présentée à l’imagination de personne. (…) Aux États-Unis, on s’associe dans des buts de sécurité publique, de commerce et d’industrie, de morale et de religion. Il n’y a rien que la volonté humaine désespère d’atteindre par l’action libre de la puissance collective des individus. (…) Une association politique, industrielle, commerciale ou même scientifique et littéraire, est un citoyen éclairé et puissant qu’on ne saurait plier à volonté ni opprimer dans l’ombre, et qui, en défendant ses droits particuliers contre les exigences du pouvoir, sauve les libertés communes », écrit-il dans La démocratie en Amérique.

Tocqueville 9Ce n’est pas le cas en France. Au contraire, « le goût des fonctions publiques et le désir de vivre de l’impôt n’est point chez nous une maladie particulière à un parti, c’est la grande et permanente infirmité de la nation elle-même. »

Tocqueville a vu également l’Amérique comme une société profondément imprégnée de valeurs chrétiennes. Il considère la religion comme « la première des institutions politiques de l’Amérique », ce qui signifie qu’elle a eu et continue d’avoir un effet profond dans la régulation des mœurs dans toute la société. Il écrit : « La liberté voit dans la religion la compagne de ses luttes et de ses triomphes, le berceau de son enfance, la source divine de ses droits. Elle considère la religion comme la sauvegarde des mœurs ; les mœurs comme la garantie des lois et le gage de sa propre durée ». Selon lui, c’est moins le capitalisme que l’héritage judéo-chrétien, qui informe et soutient l’expérience américaine. La religion, selon Tocqueville, joue un rôle de frein naturel contre les instincts humains puissants de l’égoïsme et de l’ambition en proposant un idéal de charité et de dévotion au bien-être des autres.

Lucide, il constate que la pauvreté du Sud est une conséquence de l’esclavage. En effet, ces derniers n’ont aucune incitation à travailler :

« Vieil ami sincère de l’Amérique, je m’inquiète de voir l’esclavage retarder son progrès, ternir sa gloire, fournir des armes à ses détracteurs, compromettre la carrière à venir de l’Union qui garantit sa sécurité et sa grandeur, et montrer à l’avance à tous ses ennemis où ils doivent frapper. Comme homme aussi, je m’émeus du spectacle de la dégradation de l’homme par l’homme, et j’espère voir le jour où la loi garantira une liberté civile égale à tous les habitants du même empire, comme Dieu accorde le libre arbitre sans distinction à tous ceux qui demeurent sur terre ». (« Correspondance américaine et européenne », dans Œuvres complètes, Alexis de Tocqueville, éd. Gallimard, 1986, t. VII, p. 163-164).

D’un point de vue moral, il rejette toute forme de justification utilitariste de l’esclavage :

« Je ne crois donc pas qu’à aucune époque l’esclavage ait été utile à la vie et au bien-être social. Je le croirais, que je n’irais pas encore jusqu’à en conclure qu’à aucune époque l’institution de l’esclavage a été bonne et légitime. Je n’admettrai point qu’un acte injuste, immoral, attentatoire aux droits les plus sacrés de l’humanité, puisse jamais se justifier par une raison d’utilité. Ce serait admettre la maxime que la fin justifie les moyens, et c’est une maxime que j’ai toujours détestée, et que je détesterai toujours. L’esclavage, eût-il en effet contribué à sauver la vie de quelques hommes et augmenté la richesse de quelque peuple, ce que je nie, n’en reste pas moins à mes yeux un horrible abus de la force, un mépris de toutes les lois divines et humaines, qui nous défendent de priver de la liberté notre semblable et de le faire servir malgré lui à notre bien-être. Ces faits sont odieux de nos jours, ils ne l’étaient pas moins il y a trois mille ans. (« Mélanges », dans Œuvres complètes, Alexis de Tocqueville, éd. Gallimard, 1989, t. XVI, p. 166-167).

conquestPar ailleurs, nous dit D’Souza, Tocqueville savait que l’esclavage et le traitement des Amérindiens n’avait rien de spécifiquement américain, mais reflétait l’universelle « éthique de la conquête ». Tout au long de l’histoire humaine la richesse a été acquise par la guerre et le vol : I win, you lose. Toutes les cultures ont méprisé les entrepreneurs et les commerçants. En Inde il y a le système des castes. Qui est en haut ? Le brahmane ou les prêtres. L’entrepreneur est en bas, comme dans la division en classes dans la République de Platon. L’historien islamique Ibn Khaldoun a écrit que le pillage était moralement préférable à l’entrepreneuriat ou au commerce. Pourquoi ? Parce que le pillage, disait-il, est plus viril.

Mais l’Amérique selon Tocqueville est fondée sur une idée différente – l’idée d’acquérir des richesses non pas en prenant ce qui appartient à un autre, mais par l’innovation, l’esprit d’entreprise et le commerce. Le pillage est un jeu à somme nulle. Ce que l’un gagne, l’autre le perd. Au contraire, l’échange est un jeu à somme positive. S’appuyant sur cette idée, D’Souza prolonge la réflexion en parlant des vertus de l’innovation et du capitalisme.

Manhattan 1La richesse n’est pas volée, elle est créée

L’île de Manhattan a été vendue par les Amérindiens aux Hollandais comme un terrain pratiquement sans valeur et sur lequel il n’existait rien. Aujourd’hui le mètre carré à Manhattan vaut une fortune. Y a-t-il un sens à dire : « Rendez-nous Manhattan » ? Est-il juste encore de dire : « Rendez-nous les Black Hills » ? Aucune tribu indienne n’aurait su quoi faire avec l’uranium et les autres minéraux qui se trouvaient dans ces collines. Elles valent une fortune aujourd’hui parce que certain ont su en exploiter les ressources. Mais encore une fois, aucune richesse n’a été volée, elle a simplement été créée.

Mais les riches n’ont-ils pas volé leur fortune à la classe moyenne ?

bourneSupposons un homme très riche. Cet homme est un acteur. Il s’appelle Matt Damon. Pourquoi gagne-t-il des millions ? Est-ce parce qu’il travaille plus dur que nous ? Est-ce à cause de ses compétences incroyables ? Non. Il y a une seule raison pour laquelle Matt Damon fait autant d’argent : les consommateurs qui veulent voir ses films. En d’autres termes nous. Personne n’a volé personne.

Ceux qui vont voir les films de Matt Damon ne peuvent pas lui reprocher de s’enrichir puisque eux-mêmes, de leur plein gré, ont fait cette fortune. Et ceux qui ne mettent jamais les pieds dans un cinéma ou ne regardent jamais de films ne peuvent rien lui reprocher non plus : ce n’est pas avec leur argent qu’il s’est enrichi.

La richesse a un point commun avec le bonheur, la santé, le talent, les enfants… Je peux en avoir sans en priver personne. Je peux être heureux sans pour cela causer le malheur d’autrui. Et comme le bonheur est souvent communicatif, le riche peut aussi enrichir les autres, en leur donnant du travail, en consommant. C’est ainsi que s’effectue la redistribution naturelle des richesses. Les impôts n’ont pas vocation à répartir les richesses mais à financer des services publics.

jobs obamaEn juillet 2012, lors de sa campagne de réélection, Obama a déclaré dans un discours célèbre : « If you got a business, you didn’t build that ». « Si vous avez une entreprise, vous n’avez pas construit cela ». Sous-entendu, « vous n’êtes pas responsable de votre succès, c’est l’État qui crée les conditions de la réussite individuelle. Sans les routes, les ponts, les écoles, sans l’investissement public, il n’y aurait pas d’emplois privés, ni de millionnaires ».

Les entrepreneurs et les propriétaires d’entreprises utilisent les services publics. Mais il en va ainsi pour tout le monde. Supposons qu’un propriétaire d’une entreprise gagne quatre fois plus que l’employé moyen. Il paie aussi quatre fois plus en impôts.  Ses enfants obtiendront-ils quatre fois plus d’attention à l’école publique ? Aura-t-il le droit de conduire quatre fois plus vite sur l’autoroute ? Les pompiers arriveront-ils quatre fois plus vite chez lui ? Non, certainement pas. Les routes, les écoles, les ponts, sont construits avec l’argent des contribuables, donc grâce au business. Ce n’est pas l’État qui fait la richesse, mais la richesse qui permet l’État.

Bagdish 1Dans le film, D’Souza s’entretient avec Jagdish Bhagwati, un économiste indo-américain, qui enseigne actuellement à l’université Columbia à New York. Né le 26 juillet 1934, il s’est fait connaître par ses travaux sur le commerce international et sur le développement économique. Il est le fondateur du Journal of International Economics, créé en 1971 et aujourd’hui le principal journal académique sur la question. Quelques-uns de ses livres sont traduits en français (voir ici sur amazon).

Selon lui l’Inde et la Chine, deux pays ayant des problèmes de pauvreté gigantesques, ont pu se développer en tirant profit du commerce international et des investissements étrangers, et, ce faisant, ils ont réduit la pauvreté de façon spectaculaire. Ils ont encore un long chemin à parcourir, mais la mondialisation leur a permis d’améliorer les conditions matérielles de centaines de millions de leurs habitants.

Dialogue dans le film :

Bagdish 2D’Souza : Combien de personnes sont sorties de la pauvreté en Inde?
Jagdish Bhagwati : Plus de 200 millions de personnes, en moins de 15 ans, sont sorties de la pauvreté.
D’Souza : Et en Chine le nombre est encore plus grand.
Jagdish Bhagwati : Beaucoup plus. Environ 400 à 500 millions de personnes. Parce qu’ils ont commencé plus tôt. Le capitalisme entrepreneurial a une signification morale importante.

Finalement, se demande l’auteur, qui sont les vrais voleurs  ? Les entrepreneurs qui créent des richesses ? Ou bien les politiciens qui utilisent le pouvoir de l’État pour saisir les biens des personnes qui les ont gagnés ? Au nom du citoyen ordinaire, les progressistes ont déclaré la guerre aux créateurs de richesse. Pourtant, selon D’Souza, ils sont les vrais ennemis du citoyen ordinaire, parce que leurs politiques conduisent à la stagnation, à l’appauvrissement et à l’endettement.

Peut-on encore aimer l’Amérique ?

Tocqueville 5L’Amérique de 1776 est fille de la civilisation occidentale, de l’Europe chrétienne et tout spécialement de l’esprit français. Jefferson et Franklin, Lincoln et Douglass, comme Lafayette et Tocqueville, partageaient les mêmes convictions philosophiques : « Nous tenons pour évidentes en elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par leur Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. »

Alors oui, nous pouvons encore aimer l’Amérique pour ce qu’elle est, pour ses Pères fondateurs et pour les idéaux qu’elle incarne, malgré ce que certains individus s’obstinent parfois à faire d’elle : une machine de guerre arrogante et conquérante, insupportable pour le reste du monde. Tocqueville a été critique des américains de son temps. Mais il a su également les admirer pour certaines de leurs valeurs et de leurs vertus.

musicTrailers :

https://www.youtube.com/watch?v=7r3Emj-uSsE
https://www.youtube.com/watch?v=zenXRliQE4M
https://www.youtube.com/watch?v=v7r3Ef7Ssy8

3 vidéo-clips avec D’Souza à regarder :

bookAmerican Moments, Episode 3: The Land of Opportunity
https://www.youtube.com/watch?v=-9_0tZB2XXc

American Moments, Episode 6: Anticolonialism
https://www.youtube.com/watch?v=uhOUXtgUr58

American Moments, Episode 7: You Didn’t Build That
https://www.youtube.com/watch?v=IZixIsDyFoA

Musique du film :  

Imagine Dragon : America

L’hymne américain revu et corrigé façon metal par The Star Spangled Banner : Madison Rising

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4 Réponses

  1. Comme la plupart de mes condisciples, j’ai été bercé et j’étais admiratif de ce paradis d’Amérique dans mes jeunes années qui devait apporter la paix mondiale, la distribution équitable des richesses de notre terre, de la nourriture pour tous les peuples…
    Oui nous pouvions sûrement encore aimer l’Amérique de 1776.
    Peut on aimer celle de 2015, l’utilisation d’armes de destruction massive, les embargos infinis envers des nations entières, la première puissance par son budget militaire ses ventes d’armes, les invasions avec occupation de territoires décidés unilatéralement, un soutien inconditionnel, indéfectible à tous les agissements d’une communauté bien représentée, la haine affichée, perpétrée envers d’autres religions, le recours à la torture, la détention arbitraire sans procès, l’instauration du patriote-acte illégal, qui enfreint les droits élémentaires de l’Homme, son ingérence perpétuelle sur tous les continents, … Là sont les vrais questions que beaucoup se posent en ce moment ?
    Nous ne vivons certainement pas sur la même planète ou à la même époque, peut être vous masquez vous cette triste réalité que vous ne voulez ou ne pouvez pas voir ?
    Relisez quelques citations de votre site notamment celles de Ayn Rand, de B. Franklin et bien sûr celle d’un visionnaire Martin Luther King « Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants; c’est l’indifférence des bons ».
    Nous aurions besoin d’éclairages objectifs & de dialogues constructifs; Très peu de courageux parmi les intellectuels, heureusement quelques scientifiques reprennent le flambeau d’une recherche difficile et d’une compréhension totale de la vérité; Je vous invite à rejoindre notre époque en vous rendant par exemple sur le site http://www.scientistsfor911truth.org/ , à parcourir les lignes de Susan Lindauer…
    Veuillez m’excuser de ce commentaire, en arrivant sur votre site par hasard suite à la mise à pied de J-F Chazerans, je n’ai pu rester indifférent à votre proposition de vision de cette Amérique.
    Je suis un scientifique pacifiste & un libre-penseur, sans plus de doute aujourd’hui un hors la loi.

  2. Je partage vos questions et sachez que je suis également très critique envers la politique étrangère américaine. Je garde toute mon admiration pour l’esprit de 1776 mais je suis bien conscient des dérives qui sont celles du Big Government, du complexe militaro-industriel et des politiciens américains. J’ai traduit et publié les textes de Ron Paul qui travaille depuis 30 ans (et son fils aujourd’hui) pour le retour à l’esprit de la Déclaration d’indépendance et le respect de la Constitution. Voir ici : http://www.institutcoppet.org/wp-content/uploads/2015/01/La-libert%C3%A9-d%C3%A9finie-Ron-Paul.pdf

  3. « Accuser tout un pays pour des fauteS que certains DE ses membres auraient commises est absolument contraire à la justice. »
    J’ai relevé une faute sur le mot faute. Je trouvais ça drôle de le souligner :p Sinon chouette article, je regrette de ne pas connaître assez bien l’anglais pour voir le film, celui sur Obama a été traduit en tout cas, donc il n’est pas exclu que celui-là le soit aussi.

  4. Merci !! C’est corrigé.

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