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Il n’y a que deux philosophies économiques

noel… la philosophie keynésienne et la non-keynésienne.

Petite explication par Pascal-Emmanuel Gobry :

Pour un keynésien, Noël est évidemment une bonne chose. Noël, c’est une poussée très forte de la consommation. Les gens dépensent leur argent. Ces dépenses créent de l’activité économique : tous ces jouets, il faut les fabriquer, les acheminer, les marketer, les distribuer… Tout ça crée de l’activité économique, et donc de la croissance et des emplois. Après tout, à un instant T, l’économie n’est que la somme des décisions individuelles de dépenses. Que du bon !

Ce genre d’idée, en général, fait s’arracher les cheveux aux non-keynésiens. Ils font remarquer plusieurs choses. Premièrement, même si on est optimiste, force est quand même d’admettre que la plupart des cadeaux qu’on reçoit à Noël sont des choses qu’on n’aurait pas acheté, voire qu’on ne veut pas. Il suffit de regarder les pics d’activités des eBay, PriceMinister et Leboncoin après Noël pour s’en convaincre. Pour un non-keynésien, ce genre de chose détruit de la richesse : comptablement, on a peut-être créé des emplois et de la croissance, mais pour créer des choses dont les gens ne veulent pas. Dans un monde à ressources limitées, on a utilisé de ces ressources pour faire de l’inutile au lieu de l’utile.

Frédéric Bastiat expliquait ça avec sa parabole de la fenêtre cassée, répondant à l’idée qu’une catastrophe naturelle peut être bonne pour l’économie parce qu’elle crée les emplois pour tout réparer. Si vous avez une fenêtre cassée chez vous et que vous la remplacez, certes, ça fera de l’activité pour le verrier qui la remplacera, mais l’argent que vous dépenserez pour la faire remplacer sera de l’argent que vous ne pourrez pas dépenser ailleurs – de l’argent qui aurait créé tout autant d’activité, mais pour vous procurer un bien ou un service qui vous satisferait plus que de réparer une fenêtre. Au niveau du foyer, on voit bien qu’une fenêtre cassée nous appauvrit, elle ne nous enrichit pas ; au niveau de la société, c’est pareil. Au final, comptablement, la fenêtre cassée “crée” de l’activité, mais la société est néanmoins appauvrie car les ressources utilisées pour réparer la fenêtre auraient pu être employées à quelque chose de plus productif.

Noël ressemble beaucoup à cette image de la fenêtre cassée : chaque cadeau qu’on offre qui n’est pas désiré par son récipiendaire est une “fenêtre cassée” ; les ressources déployées pour l’acheter (le fabriquer, le vendre, etc.) auraient mieux été déployées ailleurs, et donc nous sommes appauvris. De plus, rajoutera le non-keynésien, rien n’indique que Noël “crée” de la dépense qui n’existerait pas sinon : tout au long de l’année, les gens épargnent pour faire leurs dépenses de Noël. Les dépenses de Noël ne sont donc pas des nouvelles dépenses, mais simplement des dépenses futures ou passées qui ont été “reportées” à la saison de Noël. Chaque emploi créé à cause de Noël n’est en réalité qu’un emploi qui n’est pas été créé pendant le reste de l’année. Encore une fois, on voit que “comptablement” il y a un enrichissement, mais dans la réalité non.

Ces deux visions, diamétralement opposées, sont au cœur de la philosophie économique, car elles posent la question : qu’est-ce que l’activité économique ? Qu’est-ce qui fait fonctionner l’économie, à quoi sert-elle ?

On voit ici deux visions : une vision que j’appellerais “stakhanoviste” (celle de la plupart des keynésiens) et une vision que j’appellerais “créatrice” (celle de la plupart des non-keynésiens).

  • Pour le “stakhanoviste” le but de l’activité économique c’est l’activité elle-même. Au fond, peu importe ce que les gens produisent, tant qu’ils produisent assez pour qu’il y ait des emplois. L’objectif de la consommation, c’est de faire “tourner la machine”. Si la machine ne tourne pas assez, il faut “remettre de l’essence”, faire dépenser les gens, et tant pis si on a des effets “fenêtres cassées” au passage, tant que tout le monde travaille. Noël est une bonne chose.
  • Pour le “créateur” le but de l’activité économique c’est de créer des choses utiles. Les gens collaborent entre eux pour créer des biens et des services qui améliorent la vie des gens. Le marché n’est en réalité qu’un gigantesque système de transmission d’information et de coopération qui permet à la société, collectivement, de satisfaire ses besoins, dans un dialogue entre producteurs et consommateurs. La pire chose à faire est de gripper ce mécanisme – de créer des “fenêtres cassées” – parce qu’à chaque fenêtre cassée on détruit des ressources réelles et limitées qui auraient pu être utilisées pour satisfaire des vrais besoins. Noël est mauvais.

Pendant la Grande dépression, Keynes avait recommandé (sous forme de boutade) que les Etats recrutent tous les chômeurs pour leur faire creuser des trous dans le sol et puis les boucher. On arriverait ainsi au plein emploi. Pour un non-keynésien, autant s’immoler par le feu : il lui semble évident que si on emploie tous ces gens à boucher des trous on les empêche d’avoir des emplois plus productifs et créateurs, et donc on appauvrit la société.

Sur le court terme, les keynésiens ont raison. Effectivement, d’une année sur l’autre, l’économie n’est que la somme de la dépense de tout le monde, et si on crée plus de dépenses, on crée plus d’activité et de prospérité. C’est mathématique. Mais sur le long terme, les keynésiens ont tort : ce qui fait qu’aujourd’hui nous nous déplaçons en voiture et pas à cheval ce n’est pas que les gens se sont mis à consommer plus au début du XXe siècle ; c’est qu’on a inventé la voiture. C’est ce mécanisme créatif qui fait la valeur de l’économie de marché. Ce qui fait la valeur de l’économie de marché ce n’est pas qu’elle peut (peut-être…) vous permettre d’avoir deux chevaux au lieu d’un ; c’est qu’elle va remplacer votre cheval par une voiture.

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6 Réponses

  1. je trouve assez gonflé de faire passer Keynes et sa pensée pour une pensée consumériste, appelant à faire de l’argent pour de l’argent alors que justement Keynes a toujours critiqué cette attitude (et la pensée économiciste calculatrice). Je ferai ainsi deux distinctions : la pensée pseudo-keynésienne (ce que vous décrivez sous le vocable keynésien) et la pensée keynésienne (qu’on eut appeler la pensée de Keynes bien qu’elle irrigue encore les écoles d’économie heureusement). Nous nous trouvons ainsi avec trois plutôt que deux « philosophies » économiques : les keynésiens, les pseudos-keynésiens, les non-keynésiens (c’est assez réducteur, mais pour l’article c’est suffisant). Les keynésiens ont une conceptions non économicistes, non réductrice, non calculatrice de l’économie, les non keynésiens sont tout le contraire (individualisme méthodologique, néoclassicisme, par exemple), les pseudos-keynésiens eux sont plus opportunistes et se fichent des concepts, ils agissent selon leur intérêt et s’approprient une fausse pensée. Ainsi, ils peuvent prôner un jour l’indépendance des banques centrales et le lendemain demander à la banque centrale de mener une politique de détente quantitative. Pour eux, et c’est là qu’ils se trompent, le keynésianisme est équivalent à la création monétaire. Preuve qu’ils n’ont jamais lu Keynes.

  2. Keynes ne propose pas d’abord de faire de l’argent avec l’entreprise,mais d’en donner d’abord aux aspirants- acheteurs pour qu’ils passent à l’acte et aident ainsi les entreprises à fonctionner et donc a créer de l’emploi. Ce qui,selon lui,contribuera à faire tourner le marché et à lutter contre le chômage.
    Ce serait peut-être bien si c’était pour lancer la machine au départ,simplement.
    Mais comme les pauvres dépenseront tout d’un coup,cela devra devenir constant.
    Ce qui ne veut plus rien dire.
    Le libéralisme,avec le capitalisme industriel né au 19°S.est basé au contraire sur la baisse du coût de fabrication,entrainant une baisse des prix de vente,qui,peu à peu,engrène une capacité croissante d’achat de la part des consommateurs,donc de la prospérité des entreprises et de celle des acheteurs,en créant des emplois.

  3. En accord avec Bertrand,le principe de Keynes étant que,pour qu’un affaire marche,et pour qu’un société soit prospère,il faut et il suffit que les clients achètent le plus possible.
    Bien sûr,difficile de dire le contraire,n’importe quel entrepreneur sera d’accord!
    Mais qu’est-ce qui porte les gens à faire des achats ?
    La première réponse sera,évidemment leur désir,leur besoin.
    Encore faut-il qu’ils aient les moyens financiers de les satisfaire, en achetant,puisque tout s’achète et tout se vend.
    La solution du libéralisme économique est de baisser les prix,pour mettre les fabrications à la portée des gens.
    Ce en quoi il a été très aidé par l’industrie,c’est sûr! Mais qui a inventé la production industrielle,c’est-à-dire la production en série par la spécialisation des tâches,celle qui permet,selon une histoire connue,de fabriquer,en un temps donné,un multiple impressionnant de la production artisanale, sinon le libéralisme économique,justement ?
    Ce qui aboutit,en baissant le coût de l’objet à l’unité par journée, de proposer des prix de vente proportionnellement diminués.
    C’est bien à cela que l’ère moderne doit la prospérité que nous connaissons par rapport à nos ancêtres.
    Au lieu de ça,que propose Keynes : de donner(que l’Etat donne,ou des salaires supérieurs,augmentant,artificiellement les prix industriels) aux moins favorisés des finances qui leur permettent d’acheter.C’est très bien,heureuse idée. Seule question: d’où sortir l’argent ?
    Naturellement,de la poche de ceux qui en ont déjà !Sauf qu’on ne voit pas où est l’enrichissement de la société de cette façon !
    Autrement dit,l’entreprise est payée par les acheteurs avec l’argent quelle leur a donné !
    Car qu’est-ce que la richesse,ou plutôt,puisque dans les têtes,on dira que c’est l’argent,qu’est-ce que l’argent ?
    L’argent n’est que le signe de la richesse elle même créée par la production d’objets qui est la seule richesse et qui est la source réelle dont sort l’argent qui n’en est que l’équivalent abstrait.
    Comme dit certain,ça ne coûte rien puisque c’est l’Etat qui paie !
    Et ça ne rapporte rien non plus,au contraire,ça coûte de plus en plus,les besoins augmentant avec la facilité.

  4. Ce pourquoi une seule condition suffit,qui ne tardera pas: que l’Etat devienne propriétaire et gestionnaire de toute l’économie et de toutes les entreprises.
    Ce que certains nomment la propriété collective !
    Est-ce que Marx arrive ? Mais non,il était déjà là !

  5. Il n’y a donc même pas deux théories économiques,il n’ y en a qu’une,qui est fausse,c’est le keynesisme.Ce qu’on appelle Libéralisme économique n’est nullement une théorie d’où se déduirait une certaine pratique par application.Il n’est que l’analyse de ce qui est, depuis toujours,une pratique naturelle,celle de l’économie,c’est-à-dire le marché.
    Non pas « l’économie de marché »,comme s’il y en avait d’autres possibles,parceque, l’économie,c’est le marché même et pas autre chose !
    L’Etat ne crée pas de richesse,sinon,on n’aurait pas inventé l’impôt !(C’est la société qui crée l’économie,le marché!)Et s’il en avait créé,il ne se serait jamais soucié des pauvres. Le seul ennui avec les pauvres,c’est qu’ils ne rapportent pas,puisqu’ils n’achètent rien,donc,pas moyen de les imposer !
    On va les forcer à acheter,en leur donnant des sous,ce qu’ils demandent(Pompidou,des sous(bis)) après,ils paieront la TVA !

    Tout ce qu’on désigne sous le nom de théories économiques,ne sont que des projets politiques,destinés à introduire une forme de morale inefficiente dans la société mais qui consolide l’Etat ! L’ordre social !
    Ce qui,d’ailleurs,est inévitable et même nécessaire.Mais arrêtons de parler de « théorisations de l’économie ». Ce n’est pas alors de l’économie,c’est de la politique,i.e. des projets d’instauration d’un ordre social,qui ne peut,malheureusement pas,se passer d’un Etat.

    Le marché,lui,fonctionne selon les relations de l’ensemble des individus composant la société.C’est un effet de masse,si on veut,sauf à le prendre pour argument de progrès autoritaire de la société,mais comme moyen de culture,c’est-à dire,d’ordre conventionnel
    et d’acceptation générale des mythes sociaux.
    Le marché,à lui seul,n’en a pas besoin pour fonctionner.Même s’il en bénéficie par l’ordre social qu’il aurait su créer seul, et qu’il accepte si raisonnable. Sinon quoi,il ne fonctionne plus ! Comme un âne sur qui il ne sert à rien de continuer à taper jusqu’à ce qu’il en crève.
    Mais la nature humaine est là,qui a créé le marché,et en a fait une Culture !

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