Publicités

Hayek vs Keynes. Par mes élèves de l’Isep

keynes-hayek-the-clash-that-defined-modern-economics3 élèves de l’Isep présentent en classe l’opposition entre Keynes et Hayek sous forme d’un dialogue.

Anne-Louis

Bonjour à tous, je me présente, Anne Louis Pinon.

Aujourd’hui je serais l’arbitre d’une opposition entre deux représentants d’économistes qui ont laissé leurs empreintes sur le XXe siècle : John Maynard Keynes et Friedrich Hayek. A ma droite Romain Desazars qui défendra l’Ecole Autrichienne, et de l’autre côté, Andrew Philippick partisan du Keynésianisme.

Nous allons commencer avec Hayek, né en 1899 et mort en 1992. Docteur en Droit et en Sciences politiques, il obtient un prix Nobel d’économie en 1974. Pouvez-vous nous dire deux mots sur sa vie s’il vous plaît Romain ?

Romain

Hayek, autrichien d’origine, était un grand philosophe et penseur de l’économie moderne. Il a étudié à l’université de Vienne, où il obtiendra son doctorat de droit et de science de politique. Tel que vous l’avais précédemment souligné, Hayek partagera en 1974 avec Gunnar Myrdal (un rival idéologique), le prix Nobel d’Economie pour ses travaux sur la Théorie de la monnaie et des fluctuations. Friedrich Hayek s’est aussi intéressé à de nombreux autres domaines comme : La psychologie, la philosophie, ou encore la science politique, qui considérait comme indispensable dans l’étude de l’économie.

Anne-Louis

Mais vous serez d’accord avec moi pour dire que l’on ne peut parler de Mr. Hayek sans évoquer l’un de ses principaux opposants : John Maynard Keynes. Ce dernier célèbre économiste, né en 1883 pendant l’apogée de l’empire britannique et mort en 1946, était un mathématicien de formation mais qui s’est orienté vers l’étude de l’économie politique. (en regardant Andrew)

Andrew

En effet, étant issu d’une famille de classe moyenne, ses parents l’envoie étudier à Eton puis à Cambridge. Là-bas, il fréquentera un groupe peu conventionnel, The Bloomsbury Group, où il côtoiera peintres, écrivains, et économistes. Cet entourage d’intellectuel, lui procurera des bases puissantes en matière de savoir, et lui permettra de sortir des sentiers battus et de concevoir l’inconcevable. Il a toujours baigné dans le monde de la culture, et collectionnera : œuvres d’arts, livres et ouvrira un théâtre à Cambridge. Ce n’est donc pas un hasard, qu’un homme aux centres d’intérêts si varier finisse par développer une école de penser économique radicalement nouvelle le Keynésianisme, qui prône un contrôle de l’économie par le gouvernement. Il est aujourd’hui considéré comme étant le fondateur de la macroéconomie, et l’un des plus influents théoriciens de l’économie du XXe.

[La macro-économie étant l’étude des phénomènes économiques de grande échelle, comme l’évolution du chômage, du revenu national, du taux de croissance économique, du produit intérieur brut, de l’inflation et du niveau des prix]

Anne-Louis

Vous venez brièvement d’évoquer la philosophie de Keynes en matière d’économie, mais pouvez-vous préciser le fond de sa pensée.

Andrew

Bien sûr. Dans le but de dompter l’économie Keynes, veut comprendre comment elle fonctionne et donc s’intéresse à une branche des mathématiques : Les probabilités. Son but prédire le futur en se basant sur le passé. Lorsqu’il travaillait à Cambridge, le matin, il noircissait des pages de calculs en essayant de déterminer l’évolution du marché. Mais malgré ces multiples estimations il n’a pas vu le Krach de Wall Street arriver.

Anne-Louis

Episode choquant sur lequel nous reviendront un peu plus tard.

Andrew

Oui, et Il en conclut donc que l’économie est imprévisible. Comme vous avez pu le comprendre Keynes voulait que l’économie soit reconnue comme une science moderne même si elle ne peut se réduire à une série d’équation. Le problème : La nature humaine.

L’esprit animal, concept sur lequel Keynes s’appuiera souvent, découle justement de cette problématique. Ce dernier, partant dès lors du le fait que l’on ne peut tout conjecturer, décide de s’en remettre à la masse pour essayer de comprendre comment la demande globale évolue. En effet pour lui c’est elle qui est l’élément fondateur d’un cycle économique. Si cette dernière, la masse, varie dans un certain sens on est en droit de se dire qu’elle a raison. Grossièrement si elle achète, ou si elle vend les particuliers aussi. C’est un réflexe animal, « on suit le troupeau ».

[vidéo Esprit Animal]

 [L’ours est celui qui vend ses actions tandis que le taureau, toujours en action, achète en période de croissance.]

Il s’appuiera donc là-dessus pour fonder sa politique de redressement économique :

En finançant des projets, l’état créera de l’emploi et ainsi réduira le chômage qui est à l’origine d’une perte de cet esprit animal. Des revenus nouveaux seront alors disponibles, offrant à la masse le choix de pouvoir dépenser, et donc de stimuler la demande. (cf. schéma circulaire)

Typiquement le barrage Hoover qui était un projet résolument Keynésien. Le gouvernement avait creusé le déficit pour la construction du barrage. Mais cela à donner à des dizaines de milliers d’ouvriers du travail et donc de l’argent à dépenser. C’est un fait. Ce projet a complètement relancé l’économie : 165 millions de dollars d’investissement qui ont finalement engendré une croissance de plusieurs milliards.

Anne-Louis

Qu’en pensez-vous Romain ?

Romain

Au contraire, Hayek lui pense que fabriquer de l’argent va emmener l’économie du pays dans un cercle vicieux que l’on doit à tout prix éviter.

Anne-Louis

Pouvez-vous développer votre idée ?

Romain

Hayek affirme que les crises économiques sont la conséquence de l’excès de crédit résultant des politiques monétaires trop souvent laxistes. C’est-à-dire que cela permet aux entreprises d’empreinter de manière inconsidérée sans tenir suffisamment compte de la demande réelle. Un décalage se crée donc entre, démesure des investissements et la demande. Ceci engendre une inflation pour tenter de compenser ces placements non rentables et ainsi pour faire en sorte que les prix reviennent à leur état initial, une crise d’ajustement est obligatoire.

[Vidéo Contre Argument Hayek 1]

Comme vous avez pu le voir, Hayek s’oppose fermement aux idées de Keynes, dans le sens où il combat le mal par le mal, d’où cette métaphore : Continuer à boire pour éviter la « gueule de bois »

Anne-Louis

Bien. Grâce à vous on en a donc un peu plus apprit sur ces deux hommes. Pour résumé on sait donc que l’un est pour l’intervention de l’Etat lorsque l’économie est en berne, et que l’autre est pour la préconisation du laisser faire pour que l’économie se redresse d’elle-même.

Le refrain de la vidéo en est une bonne illustration : [vidéo Refrain 1]

Keynes et Hayek ont des philosophies complètement opposées, mais il n’en a pas toujours été ainsi. En effet la Première Guerre Mondiale est un sujet sur lesquels tous deux occupent des positions identiques.

A la fin de cette dernière, à laquelle ils ont d’ailleurs participé, un pacte a été signé afin infliger une sanction à l’Allemagne : Le Traité de Versailles.

Andrew

En effet, après 14-18, comment l’Allemagne aurait pu s’acquitter de la dette qui lui avait été imposé ?

Keynes voyait plus loin qu’un simple remboursement, en ce sens que l’Allemagne n’aura plus assez d’argent pour importer des produits britanniques et donc il sera impossible pour l’Angleterre de redresser sa propre économie. Ce qui lui paraissait insensé.

Romain

Hayek partageait logiquement cette opinion.

Anne-Louis

Avec le temps les idées de Keynes et Hayek ont bifurqué jusqu’à devenir contradictoires. 1929 voit apparaitre le paroxysme de cette bifurcation avec le Krach de Wall-Street le 24 octobre. La plus grande crise économique du XXe siècle.

Romain

Qu’ Hayek, contrairement à Keynes, avait prédit.

Andrew

Oui mais cependant c’est Keynes qui a été écouté.

En effet, rester à ne rien en attendant que la crise s’arrête d’elle-même n’est pas une des méthodes les plus séduisantes possibles

[vidéo Contre-Arguments Keynes]

Anne-Louis

En effet cet épisode important montre toute l’ambiguïté de cette situation: malgré la véracité des dires de Hayek, c’est cependant Keynes qui l’emportera.

Romain

Oui Keynes a bien été écouté puisque la population préfère garder son pouvoir d’achat, et avoir l’impression de sortir de la crise, que de la subir et d’en sortir naturellement.

Andrew

De toute les manières comme il le disait très bien : « Sur le long terme nous sommes tous mort »

Romain

Oui mais c’est seulement l’opinion de Keynes, la majorité ne pense pas ainsi

Dans une optique similaire, Hayek s’exprime dans l’extrait suivant sur le fait que Keynes ne s’intéressait que peu à ce que les ménages attendent, ce sont seulement des paramètres économiques, et donc leur avis ne compte pas dans les décisions de grande envergure.

[vidéo Contre Argument Hayek 2]

Hayek n’a pas fini d’insister là-dessus comme on peut le voir dans la seconde partie de la vidéo

[vidéo Contre Argument Hayek 3]

Anne-Louis

Il n’en demeure pas moins que par la suite, les idées avancées par Keynes resteront en vogue (d’où le fait qu’il soit en couverture du Time) et sa popularité ne cessera de croitre quand il publiera en 1936 son livre Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie considéré comme étant l’ouvrage économique majeur du XXe siècle.

Andrew

Tout à fait. Son livre publié en pleine crise des années 30, offre une analyse détaillée du fonctionnement d’une économie de marché. Keynes se démarque de la théorie néoclassique qui affirme que la situation va d’elle-même reprendre son cours. Dans son œuvre il insiste sur la nécessité de penser l’équilibre sur tous les marchés simultanément et met en avant le rôle de l’anticipation. Cela le conduit à établir la possibilité de création d’un équilibre économique durable, dans une société où seule l’intervention active de l’état permet de s’en sortir.

Anne-Louis

Il me semble qu’Hayek aussi à publier un livre

Romain

Oui, mais avec un titre beaucoup moins formel. Sortie il y a exactement 70 ans ((1944)), La Route de la servitude est un essai dans lequel Hayek soutient que l’interventionnisme de l’état à tendance à empiéter sur les libertés individuelles et peut progressivement conduire au totalitarisme.

/// Traduis en 20 langues et à titre d’exemple sa version paru en 1945 fut distribuer à plus de 600 milles exemplaires///

Anne-Louis

Pour finir comment expliqueriez-vous que les théories de ces deux économistes soient encore d’actualité ?

Andrew 

Il se trouve que depuis le krach de Wall Street, dès que les gouvernements sont confrontés à une urgence, ils se tournent vers le Keynésianisme. La crise de 2008, elle la plus grande urgence à laquelle nous avons dû faire face depuis longtemps. Quand le système financier mondial s’est effondré tout le monde a craint l’arrivé d’une nouvelle grande dépression. Les gouvernements prônaient le libre marché depuis des années, mais face à cette crise économique, ils décidèrent de se tourner vers le keynésianisme : Le but de la manœuvre est de restaurer l’esprit animal, en facilitant l’emprunt et la consommation. En 2009 alors que l’économie mondiale est toujours chancelante les grands dirigeants se réunissent à Londres pour mettre en place un plan de sauvetage Keynésien à l’échelle planétaire.

Romain

Mais ce gigantesque plan de sauvetage n’est pas tout à fait ce qu’il semble être, ce qui d’ailleurs est très bien formulé par David Cameron, qui venait tout juste de succéder à Gordon Brown premier ministre anglais partisan du Keynésianisme.

[vidéo David Cameron]

Aujourd’hui, les idées d’Hayek sont encore valides, mais le seul problème est que cela reste une théorie qui n’a jamais été pratiqué. Après avoir exploité les idées de Keynes pendant près d’un siècle il est temps de donné sa chance à celle d’Hayek.

C’est à dire ne pas faire confiance à l’esprit animal, parce que l’homme est individualiste par nature et préfère penser à lui et laisser les générations futures endosser la responsabilité de remonter l’économie.

Anne-Louis

Les hauts et les bas que notre économie à subits ces deux dernier siècles montrent qu’aucune des deux politiques économiques n’est parfaite, et que choisir est un choix cornélien, qui est souligné dans le refrain de la deuxième vidéo.

[vidéo refrain 2]

Merci beaucoup pour vos interventions qui je suis sûr contribueront à éclaircir les opinions de chacun et merci à vous d’avoir suivi cette opposition idéologique. Dorénavant nous sommes prêts à répondre à vos questions.

Terminer par un rapide sondage :

Des deux théories présentées ici, laquelle choisiriez-vous ?

http://www.poll-maker.com/

Mettre les citations de la fin de la vidéo 1

Publicités

3 Réponses

  1. Je ne comprend même pas pourquoi la théorie de Keynes a fait école,tellement elle est inadéquate à tout bon sens !
    Sur le plan mathématique,c’est impeccable,mais prendre de l’argent dans la poche de l’un pour que l’autre puisse lui acheter de sa production,c’est infantile !

  2. A Bertrand
    D’abord Keynes n’est qu’un mathématicien.Ce qui éloigne du sens psychologique.Réduire l’économie à une « science » lui est aussi instinctif que de concevoir celle-ci comme mathématique.Son idée de la « masse » va de pair, et en plus avec le mépris scientifique pour l’idée d’individu.
    De là,l’attachement à l’idée d’autorité,évidemment scientifique,qui doit aller avec celle de l’Etat dirigeant et seul penseur de l’ensemble total de la société,et à qui il suffit que la bonne idée justificatrice soit fournie par un savant pour que tout aille bien,sans résistance des individus formatés par une propagande subtile et efficace.
    Tout dirigeant politique sera lui-même immédiatement séduit par l’idée que lui seul sait,justifiant son autorité(prévisiblement autoritaire,pour ne pas dire plus !)et donc peut !

    D’autre part,en visant « la masse »,K.est sûr lui même de gagner. La majorité des classes moyennes et moyennement instruites,(en incluant le prolétariat du travail) ayant tendance,autant de par la révérence,voir la foi, envers son Etat(surtout au sens moderne,déjà préparé par les doctrines sociales),que,à partir de cela,de l’idée d’un Etat défenseur des intérêts du peuple,ben voyons!va attendre des mesures social-keynésiennes la satisfaction des intérêts matériels immédiats légitimes et légitimés par la théorie.

    La synthèse,puissamment aidée par une classe intellectuellement démagogique et avide de pouvoir pour elle-même,est que tout le monde,à part quelques râleurs libéraux,sera enthousiasmé par l’intervention autoritaire de l’Etat anti-individualiste,et Mr K.par le succès démagogique de sa théorie,qui diffère si peu du marxisme qu’elle n’en est que l’expression calculable que Marx,tout à son rêve,n’avait pas trouvé,disant qu’ « on ne prévoirait pas les recettes des marmites du futur » !

  3. Une autre idée: c’est en France que les dégâts avait été le plus considérables,ce pays ayant donc réclamé des dommages en proportion.
    Le monde anglo-saxon avait eu peu de dégâts,d’ailleurs aucun sur leurs territoires.Ce qui les intéressait après la guerre,c’était le retour des échanges économiques,plutôt que quelques remboursements allemands.
    Les intérêts de la France n’étaient pas pour eux la question la plus urgente,mais le commerce avec l’Allemagne,bien moins ruinée et peu touchée sur son territoire par les destructions militaires.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :