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Les conceptions de la vie des Anciens

hadotSi les sagesse antiques peuvent nous aider à mieux vivre, c’est parce qu’elles conduisent chacun d’entre nous à inventer son propre chemin. Dans Qu’est-ce que la philosophie antique ?, Pierre Hadot défend la thèse selon laquelle la philosophie serait, avant tout, genre de vie, c’est-à-dire une manière d’être et de se comporter déterminée par le désir de la connaissance, mais d’une connaissance qui transformerait celui qui la possède afin de lui permettre d’accéder à une plus grande perfection de soi. Rien n’illustre mieux d’ailleurs cette idée que l’une des formules placée en exergue d’un ouvrage de Simplicius :  » Quelle place le philosophe tiendra-t-il dans la cité ? Ce sera celle d’un sculpteur d’homme. « 

Dans un autre livre, Hadot écrit : « La philosophie ne consiste pas dans l’enseignement d’une théorie abstraite, encore moins dans une exégèse de textes, mais dans un art de vivre, dans une attitude concrète, dans un style de vie déterminé, qui engage toute l’existence. L’acte philosophique ne se situe pas seulement dans l’ordre de la connaissance, mais dans l’ordre du « soi » et de l’être : c’est un progrès qui nous fait plus être, qui nous rend meilleurs. C’est une conversion qui bouleverse toute la vie, qui change l’être de celui qui l’accomplit. Elle le fait passer d’un état de vie inauthentique, obscurci par l’inconscience, rongé par le souci, à un état de vie authentique, dans lequel l’homme atteint la conscience de soi, la vision exacte du monde, la paix et la liberté intérieures. » (Pierre Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique).

Diogène (413-324 av. J.-C.), principale figure du cynisme, réunissait ses amis Au chien agile, à Athènes.
Epicure (341-270 av. J.-C.), ouvrit en 306 à Athènes son école, le Jardin, qui éclipsa l’Académie de Platon et le Lycée d’Aristote.
Pyrrhon (365-275 av. J.-C.) vivait, en compagnie de sa sœur, des produits de sa ferme. Il accompagna Alexandre le Grand en Asie et, à son retour, fonda l’école sceptique.
Sénèque (v. 4 av. J.-C. – 65) naquit à Cordoue, vint à Rome, connut l’exil, puis la cour impériale, où il écrivit son théâtre et rédigea ses fameuses lettres.
Epictète (50-125), esclave à Rome, affranchi, subit la politique d’expulsion des philosophes pratiquée par l’empereur Domitien et trouva refuge à Nicopolis, en Grèce.
Marc Aurèle (121-180) passa à cheval dix-sept des dix-neuf années de son règne, menant campagne à travers tout l’Empire romain, écrivant à la veillée.

Vivre en stoïcien, c’est :

Vivre conformément à la nature, c’est-à-dire conformer ses désirs à l’ordre rationnel de l’univers.
Distinguer ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous.
Ne pas chercher à lutter contre le destin et faire bon accueil à ce qui nous arrive: c’est ainsi que l’on trouve la tranquillité de l’âme, voie d’accès au bonheur.
Avoir le courage d’être cohérent avec soi-même: «Toujours vouloir la même chose, toujours refuser la même chose» (Sénèque).

A lire :

Marc Aurèle : Pensées pour moi-même.
Epictète : Manuel.
Sénèque : Apprendre à vivre.

Vivre en épicurien, c’est :

Rechercher le bonheur, conçu comme élimination de ce qui nous fait souffrir.
Ne pas craindre la mort.
Vivre au présent et non dans les souvenirs ou l’attente du futur.
Refuser de croire aux mythes, à la providence ou à quelque finalité (rien n’est prémédité, pas même l’ordre et la beauté du monde).
Admettre l’existence d’une infinité de mondes au-delà du nôtre.
Adopter une hygiène de vie qui repose sur l’équilibre naturel: la nature est le seul guide.
Considérer que toute quête, parce qu’elle est sans fin, nous entraîne au-delà de ce qui est, en nous, naturel, et nous écarte ainsi du bonheur.
Philosopher, puisque penser est la seule activité qui peut rassurer l’homme, dissiper les ténèbres de l’âme et lui permettre d’atteindre cette tranquillité qui est la condition du bonheur.

A lire :

Epicure : Lettres, maximes, sentences.
Cicéron : La philosophie d’Epicure.

Vivre en sceptique, c’est :

Refuser tous les dogmes, toutes les croyances établies, qu’elles soient philosophiques ou religieuses.
Ne pas chercher à justifier ses actes, mais agir arbitrairement, selon l’inspiration du moment, en n’écoutant que soi.
Prendre la vie comme elle vient, jour après jour, en se laissant aller à son mouvement naturel.
S’accepter tel qu’on est, sans rien attendre de pire ni rien espérer de meilleur, en acceptant également le monde tel qu’il est.
Etre indifférent aux choses du monde, c’est-à-dire s’abstenir en tout, ne porter aucun jugement de valeur.

A lire :

Sextus Empiricus : Esquisses pyrrhoniennes.
Marcel Conche : Pyrrhon ou l’apparence.

Vivre en cynique, c’est :

Récuser dieux, lois et maîtres: ne reconnaître aucune autorité.
Croire possible la construction de soi et désirer la maîtrise de son existence et de ses forces.
Vivre en autarcie, c’est-à-dire sans dépendance d’aucune sorte à quoi que ce soit.
Vivre à contre-courant des modes et des dogmes, se transportant d’un endroit à l’autre en véritable «citoyen du monde».

A lire :

Léonce Pâquet : Les Cyniques grecs. Fragments et témoignages (Le Livre de poche).
Michel Onfray : Cynismes. Portrait du philosophe en chien (Le Livre de poche).

Nietzsche, « des laboratoires expérimentaux »

« les différentes écoles philosophiques de l’Antiquité doivent être considérées comme des laboratoires expérimentaux dans lesquels différents modes de vie ont été à la fois pensés et pratiqués ». Nietzsche ajoutait que nous pouvions « utiliser les résultats de ces expériences en toute propriété ».

Lucien Jerphagnon, Sénèque

«Les Anciens n’étaient pas aussi sectaires que nous. Ils prenaient dans chaque philosophie ce qu’ils jugeaient bon pour l’élaboration de leur propre pensée. Ainsi, les dix premières lettres à Lucilius, de Sénèque, sont beaucoup plus épicuriennes que stoïciennes. Et pourtant Sénèque est l’un des maîtres du stoïcisme !»

Jean d’Ormesson, les épicuriens

«Ce que j’admire, chez les épicuriens, c’est l’idée qu’il faut se réfugier dans une rigueur. Pour eux, le monde est fait d’atomes. Depuis, nous avons découvert que les atomes d’Epicure n’étaient pas vraiment des atomes, puisqu’on peut les couper; ce sont des quarks, mais cela revient presque au même: cela implique que le monde n’a pas été créé par les dieux et qu’il faut tâcher de tirer le meilleur parti de cette logique des atomes. Il s’agit de procéder à une sorte de calcul pour se créer, au sein du monde, un refuge où l’on choisira les plaisirs qui sont naturels et raisonnables, écartant tout ce qui pourrait être un trouble. Il y a là une sorte de jansénisme du plaisir: prendre peu, et, donc, être très rigoureux dans son choix. Je suis assez séduit par cette recherche de la paix du cœur, lorsqu’il s’agit de profiter des bonheurs tout en s’efforçant de créer un mur entre le monde et soi.»

Marcel Conche*, Pyrrhon

«Le scepticisme, tel que l’entend Pyrrhon, est une sagesse de la limite. L’indifférence pyrrhonienne n’est sans doute plus recevable à présent. Une anecdote: un jour, un disciple de Pyrrhon glissa sur le bord d’une route et tomba dans un marécage, manquant se noyer. Pyrrhon poursuivit son chemin, ne fit rien pour aider le malheureux. Ce dernier dut se tirer d’affaire tout seul. Mais il expliqua que son maître avait eu raison de ne pas se soucier de son sort, de rester impassible et indifférent. Cette apathie, aujourd’hui, n’est plus tenable. Comment le serait-elle après Auschwitz? En revanche, sur le plan personnel, le scepticisme peut nous être d’un grand secours puisqu’il enseigne la relativité de toute chose. Inutile de s’attacher à des biens qui ne dureront pas. Il nous enseigne également à refuser les fausses valeurs que sont les honneurs, les richesses ou le pouvoir, à renoncer à la valorisation qui ne provoquera en nous que troubles et déceptions, et à trouver la plénitude dans ce que la vie nous apporte. En ce sens, le scepticisme me semble bien être l’horizon indépassable de notre temps, pour reprendre une formule célèbre.» * Professeur émérite à l’université de Paris-I.

A lire :

La Sagesse des Anciens, textes choisis par Michaël Lainé et présentés par Alain Golomb (Arléa).
Pierre Hadot Qu’est-ce que la philosophie antique? (Folio).

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