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Pourquoi la propriété est-elle le fondement d’un ordre social juste ?

cousin société idéaleVictor Cousin, La société idéale
Berg International, juin 2014
Postface de Damien Theillier

« La propriété est sacrée parce qu’elle représente le droit de la personne elle-même. »
Victor Cousin, La société idéale

La société idéale, est un petit livre admirable de Victor Cousin, qui vient d’être réédité par l’éditeur Berg International.

Victor Cousin est un philosophe et homme politique français, né à Paris le 28 novembre 1792 et mort à Cannes le 14 janvier 1867. Il est connu pour être le penseur de l’ « éclectisme », sa théorie des quatre systèmes élémentaires qui renferment l’histoire entière de la philosophie : le sensualisme, l’idéalisme, le scepticisme et le mysticisme. Chaque système, selon lui, renferme sa part de vérité.

Il est élu à l’Académie française en 1830, à l’Académie des sciences morales et politiques en 1832, dans la section de philosophie. Président du jury d’agrégation pendant une bonne partie du 19ème siècle, il réforme l’enseignement de la philosophie et l’oriente vers un spiritualisme laïque. Il a souvent été qualifié de « philosophe de la République », craint ou haï. Mais dans ses écrits, il est surtout un transmetteur d’idées, un admirable pédagogue comme le montre ce petit traité.

Ce texte sur La société idéale a été publié initialement en 1848, dans la collection des Petits Traités de l’Académie des sciences morales et politiques sous le titre Justice et charité. La mission de cette collection était de décrire scientifiquement la vie des hommes en société afin de proposer les meilleures formes pour son gouvernement.

Avec ce livre, Cousin rédige un vibrant plaidoyer en faveur de la liberté et de la propriété. Sa grande crainte en 1848, c’est la république rouge, revendiquée par les révolutionnaires. Aussi apporte-t-il volontiers, par l’intermédiaire de son « petit traité », sa contribution à la réfutation du socialisme.

Dans la première partie de son traité, Cousin commence par une critique de la fausse égalité : l’identité. La vraie égalité, c’est l’égale liberté. Puis il fait l’éloge du droit de propriété, compris comme fondement de la justice et donc de la loi.

Dans sa justification de la propriété, Cousin ne s’engage pas dans une démonstration économique sur l’utilité de la propriété. Il se demande si la propriété est conforme à la justice et si elle constitue bien un droit. Après avoir défini la justice, le respect de la liberté ou la garantie de l’inviolabilité du moi humain, il constate que la propriété n’est autre chose que le prolongement du moi, de la personne elle-même. Le droit de propriété est un attribut naturel de l’homme, comme le droit de respirer. Il préexiste à la société, et les gouvernements ont pour mission de le garantir sans avoir le droit d’y toucher. « La propriété est sacrée parce qu’elle représente le droit de la personne elle-même. »

À cette conception qui est la sienne, Victor Cousin oppose la conception adverse : celle qui prétend que la propriété a un caractère essentiellement relatif, variable, humain. Elle ne viendrait pas de la nature mais résulterait d’une convention conclue à l’origine des sociétés. Elle serait née d’un contrat social. La propriété serait donc d’institution humaine, et la société qui l’a instituée serait maîtresse de la modifier, de la restreindre ou de l’élargir à son gré.

« Comprendre ainsi le droit de propriété, le faire repo­ser sur un contrat ou sur une législation arbitraire, c’est le détruire. Le droit de propriété n’est pas, ou il est abso­lu. La loi écrite n’est pas le fondement du droit : sinon, il n’y a de stabilité ni dans le droit ni dans la loi elle-mê­me ; au contraire, la loi écrite a son fondement dans le droit qui lui préexiste, qu’elle traduit et qu’elle consacre », écrit Cousin.

Dans un compte-rendu donné au Journal des Économistes, (tome 22, décembre 1848 à mars 1849, N° 94, 15 janvier 1849, p. 162-77) Gustave de Molinari écrit à propos du petit traité de Victor Cousin :

« Dans l’opuscule cité plus haut, M. Cousin établit clairement la différence des deux systèmes qui se sont jusqu’à présent occupés de la propriété, je veux parler du système des économistes et du système des vieux jurisconsultes, copiés par Rousseau et son école. Selon les économistes, la propriété est un véhicule primordial de la production et de la distribution des richesses, un des organes essentiels de la vie sociale : on ne peut, disent-ils, toucher à cet organe sans nuire à l’organisme, et les gouvernements, institués en vue de l’utilité générale, manquent complètement à leur mission lorsqu’ils portent atteinte à la propriété. A cette règle, aucune exception ! Aux yeux des véritables économistes, comme à ceux des véritables philosophes, Le Droit De Propriété N’est Pas ou Il Est Absolu »

Dans la seconde partie de son petit traité, Victor Cousin ajoute un devoir de charité. Selon lui, en plus de faire régner la justice, ce qui est sa mission principale, l’État doit avoir du cœur et des entrailles. Toutefois, ce devoir de charité n’implique pas, dit-il, un droit à l’assistance ou un droit au travail. « Si vous m’arrachez une obole, vous commettez une injustice. Il y a ici des devoirs qui n’ont pas de droits corrélatifs. »

Il ne peut pas y avoir de droit au travail selon Cousin, car « tout droit vrai emporte l’idée qu’on peut l’assurer par la force ». Or, forcer les uns à payer pour les autres reviendrait à les traiter comme des esclaves, ce qui contredirait le principe de justice posé précédemment. Il y a des devoirs qui n’ont pas de droits corrélatifs, c’est le cas ici de la charité. Personne n’a droit à être traité charitablement. La charité n’est pas un droit, c’est un devoir.

Disponible sur amazon.fr au prix de 5 euros

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Une Réponse

  1. […] l’État est amplement pourvu des pouvoirs nécessaires pour la contraindre à payer. Gustave de Molinari (économiste français du […]

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