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Edmond About et la crise de la Grèce

Edmond AboutLa liberté suivi de la Grèce contemporaine (extrait)
Berg International, juin 2014
Postface de Damien Theillier

Edmond About est un romancier du XIXe siècle, connu pour son livre L’homme à l’oreille cassée qui inspira Hergé. Aujourd’hui tombé dans l’oubli, il est néanmoins revenu sur le devant de la scène avec les déboires de la Grèce en 2010.

En effet, en 1855, dans La Grèce contemporaine, qui est à la fois un récit de voyage et un redoutable pamphlet, il décrivait la Grèce comme un pays qui « vit en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance ». Et il ajoutait : « si la France et l’Angleterre se trouvaient seulement une année dans cette situation, on verrait des catastrophes terribles ».

Ces propos n’ont pas été complètement oubliés. En 2011, c’est un journal Allemand,Die Zeit, qui avait publié un chapitre de La Grèce contemporaine sur les finances, au moment où les instances bruxelloises tentaient de sauver la Grèce. Die Zeit expliquait que les plans de sauvetage et les réformes resteraient vains et inefficaces tant que la Grèce n’aurait pas adopté des institutions moderne et réduit le nombre de ses fonctionnaires.

Aujourd’hui c’est l’éditeur Berg International qui publie en France quelques extraits de ce livre sur la Grèce, accompagné d’un chapitre sur la liberté économique.

Mais qui était Edmond About ?

Écrivain, journaliste et critique d’art français, membre de l’Académie française, Edmond François Valentin About est né le 14 février 1828 en Lorraine, à Dieuze. Il fait ses études à Paris au lycée Charlemagne et remporte le prix d’honneur de philosophie au Concours général.

Il entre à l’école normale supérieure en 1848, où Hippolyte Taine est son camarade de classe, et il est reçu premier à l’agrégation des lettres. Il poursuit sa formation à l’École française d’Athènes pendant deux ans avant de renoncer à l’enseignement pour se lancer dans une carrière littéraire.

En 1855, il publie La Grèce Contemporaine, qui le rend tout de suite célèbre dans la France entière. Il collabore au Figaro sous la signature de Valentin de Quevilly et à diverses revues : La Revue Des Deux-Mondes, Le Moniteur Universel, Le Constitutionnel, L’Opinion Nationale et La Nouvelle Revue de Paris. Il est considéré comme l’un des journalistes les plus brillants et pleins d’esprit de sa génération. Ses analyses économiques et politiques sont très prisées. On le surnomme « le nouveau Voltaire ».

About avait parfaitement compris l’évolution de la société et la montée en puissance de la presse. Il a anticipé l’arrivée de nouvelles catégories de lecteurs, notamment en provenance de la classe ouvrière. Pour lui, le journalisme doit s’adresser au grand public, il a pour mission d’instruire et de convaincre. Il peut également devenir un tremplin pour le pouvoir.

About connaîtra d’autres succès littéraires avec notamment Le roi des montagnes(1857) et Le Nez d’un notaire (1862) ou L’homme à l’Oreille Cassée (1862) et Les Mariages de Province (1868).

En 1868, Edmond About publie un essai sur l’organisation économique et sociale :A.B.C. du Travailleur. Un chapitre de ce livre, intitulé La liberté, est republié dans la petite collection chez Berg International, suivi de l’extrait de La Grèce contemporaine. À l’origine, cet ABC était un petit traité d’économie écrit par Edmond About à la demande d’un groupe de travailleurs. Plus précisément, il s’agissait d’un exposé simplifié du Catéchisme d’économie politique de Jean-Baptiste Say, écrit en 1815 et sous-titré : ou instruction familière qui montre de quelle façon les richesses sont produites, distribuées et consommées dans la société.

Dès l’introduction, Edmond About écrit : « Le seul livre réellement élémentaire est le catéchis­me de Jean-Baptiste Say : un chef-d’œuvre de bon sens et de bonne foi ». Et il pose la question : pourquoi la grande majorité d’un peu­ple comme le nôtre ignore-t-il encore les lois écono­miques, « lois éternelles, immuables, dérivées fatalement de la nature elle-même » ? Autre question : pourquoi les pauvres haïssent-ils généralement les riches ? Il répond : « vous ne savez donc pas que vous seriez cent fois plus pauvres, c’est-à-dire travaillant plus pour gagner moins, s’il n’y avait que des pauvres autour de vous ? »

Trois principes se dégagent de cet exposé :

  • Le caractère sacré du droit de propriété ;
  • la liberté du travail et le libre-échange (c’est l’objet de notre texte) ;
  • l’association, qu’il considère un remède à toutes les difficultés sociales.

About rejette tout antagonisme entre le travail et le capital. D’où sa formule : « C’est le travail qui produit le capital et le capital, à son tour, travaille et nourrit son créateur ».

About commence par faire une petite histoire de la liberté en France, évoquant d’abord l’Ancien Régime et la Révolution française. À la manière d’un Constant ou d’un Tocqueville, il ne manque pas de souligner l’ambiguïté de 1789. En voulant instaurer la liberté politique on a sacrifié toutes les autres libertés, en particulier la liberté économique.

Ses critiques vont ensuite contre deux grandes tendances qui divisent la société française : les conservateurs et les socialistes. Les premiers sont protectionnistes, les seconds sont utopistes mais tous sont des ennemis de la concurrence et de la liberté économique.

L’État doit se charger des services indispensables à la sécurité, dit About. Il doit protéger les citoyens. Mais il ne doit pas se faire l’administrateur du travail et des échanges. « Le gouvernement, écrit-il, est insti­tué pour protéger la sécurité collective et individuelle des citoyens contre les ennemis du dehors et les mal­faiteurs du dedans : voilà son rôle. Mais les princes ont cru longtemps, trop longtemps, qu’ils étaient tenus de descendre aux moindres détails et d’abaisser leur pro­tection sur nos petits intérêts de cuisine et de boutique ».

Quant aux socialistes, selon lui, ce sont des « charlatans de l’économie poli­tique », des « vendeurs de pierre philosophale » qui promet­tent le paradis sur terre. Mais avec moins de clairvoyance, il pense que le socialisme « a livré son dernier combat » en 1848, « non seulement vaincu, mais désarmé par le progrès des lumières et le redressement des esprits ». Contrairement à la Grèce, l’histoire ne lui donnera pas raison sur ce point.

Edmond About, La liberté, suivi de la Grèce contemporaine, disponible sur amazon.fr au prix de 5,70 euros.

Publié sur 24hGold

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