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La guerre, prépas scientifiques, concours 2014-2015

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Y a-t-il des guerres justes ? Faut-il toujours condamner la guerre ? La paix n’est-elle qu’absence de guerre ? Faut-il vouloir la paix à tout prix ?

Éléments de problématisation

La guerre peut paraître une bonne chose, à cause des traits nombreux d’héroïsme qu’elle suscite. Un professeur de philosophie, Paul Mabille, écrivait en 1884 que « la guerre améliore les peuples, élimine les faibles et fortifie les caractères. Ainsi donc, la fin de toute guerre serait la fin du monde et désormais régnerait sur l’univers l’immobilité funeste du néant ».

Mais, en définitive, n’est-elle pas simplement l’assassinat en grand d’un peuple par un autre peuple ? En quoi serait-elle moins un crime que n’importe quel assassinat ?

Thèse : la guerre est un crime

Je suggère pour la thèse le texte de Benjamin Constant : De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes, qui souligne que la guerre était dans l’Antiquité une condition essentielle de l’accès aux ressources (et en particulier aux esclaves). A l’époque moderne, la guerre a cédé la place au commerce comme un moyen plus pacifique et plus juste d’en obtenir l’accès. C’est la découverte des vertus de l’échange libre entre les nations, comme entre les particuliers, qui a sorti l’Europe de la misère et de la guerre.

Ce point de vue est renforcé par le fait que la guerre est extrêmement coûteuse. Elle est « antiéconomique en même temps qu’antimorale », déplore Frédéric Passy, 1er prix Nobel de la Paix, dont l’engagement pacifiste a été influencé par la pensée des économistes libéraux et avocats du libre-échange, tels Richard Cobden et Frédéric Bastiat. La guerre « détruit et elle empêche de produire. […] Elle détruit les choses, c’est-à-dire le résultat du travail passé des hommes, ou la matière et les instruments de leur travail à venir ; et par là, non moins effectivement et plus durablement, en réduisant les moyens de vivre et de préparer la vie, elle détruit les hommes . »

Antithèse : la guerre est indispensable à la civilisation

Voir les textes de Joseph de Maistre et de Frédéric Nietzsche ici. On peut ajouter un argument keynésien : la guerre permet la relance de l’économie, elle stimule la relance, l’innovation et l’emploi…

Réflexions complémentaires (qui peuvent constituer une troisième partie d’une dissertation) :

AlainVoir ce texte d’Alain sur l’origine de la société

Pour lui, la société est fille de la peur et non de la faim. Autrement dit, ce n’est pas le besoin économique qui pousse les hommes à vivre en société. Pour cela, ils n’ont pas besoin d’une autorité ou d’une force de contrainte. Par contre c’est la peur de l’agression, notamment pendant le sommeil, qui incite les hommes à se doter d’une protections militaire, de lois et d’une force pour faire appliquer ces lois.

Texte :

« On serait tenté d’expliquer toute l’organisation sociale par le besoin de manger et de se vêtir, l’Economique dominant et expliquant alors tout le reste ; seulement il est probable que le besoin d’organisation est antérieur au besoin de manger. On connaît des peuplades heureuses qui n’ont point besoin de vêtements et cueillent leur nourriture en étendant la main ; or elles ont des rois, des prêtres, des institutions, des lois, une police ; j’en conclus que l’homme est citoyen par nature. J’en conclus autre chose, c’est que l’Economique n’est pas le premier des besoins. Le sommeil est bien plus tyrannique que la faim. On conçoit un état où l’homme se nourrirait sans peine ; mais rien ne le dispensera de dormir, si fort et si audacieux qu’il soit, il sera sans perceptions, et par conséquent sans défense, pendant le tiers de sa vie à peu près, il est donc probable que ses premières inquiétudes lui vinrent de ce besoin-là ; il organisa le sommeil et la veille : les uns montèrent la garde pendant que les autres dormaient ; telle fut la première esquisse de la cité. La cité fut militaire avant d’être économique. Je crois que la Société est fille de la peur, et non pas de la faim. Bien mieux, je dirais que le premier effet de la faim a dû être de disperser les hommes plutôt que de les rassembler, tous allant chercher leur nourriture justement dans les régions les moins explorées. Seulement, tandis que le désir les dispersait, la peur les rassemblait. Le matin, ils sentaient la faim et devenaient anarchistes. Mais le soir ils sentaient la fatigue et la peur, et ils aimaient les lois. » Alain, Propos sur les pouvoirs.

Explication :

La nécessité d’un pouvoir politique (et militaire) ne se fonde pas sur l’ordre économique mais sur le besoin plus fondamental encore qui celui de la sécurité. Au fond c’est le droit à la vie qui est le bien le plus précieux. Et c’est pour conserver ce bien premier, ainsi que les biens secondaires, acquis par le travail, que nous avons besoin des lois et du pouvoir.

Ce texte pourrait trouve un éclairage lumineux dans les propos de Benjamin Constant ou de John Stuart Mill sur la fonction de la loi et du pouvoir :

mill« La seule raison légitime que puisse avoir une communauté pour user de la force contre un de ses membres est de l’empêcher de nuire aux autres. Contraindre quiconque pour son propre bien, physique ou moral, ne constitue pas une justification suffisante. Un homme ne peut pas être légitimement contraint d’agir ou de s’abstenir sous prétexte que ce serait meilleur pour lui, que cela le rendrait plus heureux ou que, dans l’opinion des autres, agir ainsi serait sage ou même juste. Ce sont certes de bonnes raisons pour lui faire des remontrances, le raisonner, le persuader ou le supplier, mais non pour le contraindre ou lui causer du tort s’il agit autrement. La contrainte ne se justifie que lorsque la conduite dont on désire détourner cet homme risque de nuire à quelqu’un d’autre. Le seul aspect de la conduite d’un individu qui soit du ressort de la société est celui qui concerne les autres. Mais pour ce qui ne concerne que lui, son indépendance est, de droit, absolue. Sur lui-même, sur son corps et son esprit, l’individu est souverain. » John Stuart MILL, De la Liberté

A lire également :

– Les analyses de René Girard sur la violence et le rôle de la religion.
Les critères de la guerre juste selon S. Thomas d’Aquin notamment.
– Ce texte de Frédéric Bastiat pour s’en inspirer : http://bastiat.org/fr/guerre.html
– Une citation pour finir :

« La guerre, et même une guerre défensive juste, n’est donc légitime que quand la violence s’exerce exclusivement contre les auteurs mêmes de l’agression. On laissera au lecteur le soin de déterminer combien de guerres ou de conflits dans l’histoire ont satisfait cette condition. »

– Murray N. Rothbard

Source : Des Relations entre Etats, in Ethique de la liberté

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