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La Grève, un roman philosophique (1)

atlas-shrugged-part-2-movie-poster_250Atlas Shrugged est un roman d’Ayn Rand de 1957, disponible en version française sous le titre La Grève, Édité aux Belles Lettres, traduit par Sophie Bastide-Foltz, C’est aussi un film dont les deux premières parties sont sorties sur les écrans américains en 2011 et 2012. La 3e partie est en tournage.

Résumons l’intrigue de ce roman fleuve de plus de 1000 pages : John Galt tente secrètement de convaincre les principaux créateurs et producteurs,  pressurés par un gouvernement qui veut les spolier, insultés par les médias et haïs par les bien-pensants en tous genres, de se mettre en grève pour démontrer au monde que la civilisation ne peut survivre sans eux. Ceux-ci se réfugient dans un lieu secret où ils ont fondé une société nouvelle, libre. Pendant ce temps, privée de ses créateurs, l’Amérique sombre dans le chaos.

La Grève met donc en scène des « hommes d’esprit » (scientifiques indépendants, entrepreneurs honnêtes, artistes individualistes, travailleurs consciencieux) dont la disparition mystérieuse provoque crises et catastrophes. Celui qui les entraîne dans cette « grève », dans ce retrait, est John Galt, le héros randien, à la fois entrepreneur, philosophe et inventeur de génie.

Le roman décrit ce qui se passe lorsque les hommes d’État traitent les hommes d’esprit comme des esclaves, en les diabolisant, en le culpabilisant et en les spoliant. L’homme qui produit pendant que d’autres disposent du produit de son effort est un esclave. Dans le roman, Ragnar Danneskjöld, l’un des proches de John Galt, explique le dilemme : « Réfléchissez, monsieur Rearden. Il n’y a plus que deux façons de vivre, aujourd’hui. Être un pillard qui vole des victimes désarmées ou être une victime qui travaille pour ceux qui les exploitent. J’ai choisi de n’appartenir à aucune de ces deux catégories ».

Le titre du livre proposé à l’origine par Ayn Rand pour Atlas Shrugged était « The Strike », La grève. C’est le titre qui a été repris par les éditions des Belles Lettres pour leur traduction française sortie en 2011. Il n’existe probablement pas d’analyse plus juste, de compréhension plus aboutie et de dénonciation plus pertinente de l’étatisme que ce roman.

« Nous sommes en grève contre l’auto immolation, dit John Galt. Nous sommes en grève contre le principe des récompenses imméritées et des obligations sans contrepartie. Nous sommes en grève contre la doctrine qui condamne la poursuite du bonheur personnel. Nous sommes en grève contre le dogme selon lequel toute vie est entachée de culpabilité. »

Que faire ? Le véritable message d’Ayn Rand est philosophique

« Tant que nous n’en sommes pas arrivés à la censure des idées » a dit un jour Ayn Rand, « nous n’avons pas à quitter la société comme le font les personnages de La Grève… Mais savez-vous ce qu’il faut faire ? Il vous faut couper les ponts d’avec la culture, en rejeter toutes les idées, l’entière philosophie dominante d’aujourd’hui. »

En fait la corruption des politiciens n’est qu’un symptôme. Le vrai problème réside dans les fausses idées philosophiques et les faux idéaux moraux auxquels nous adhérons sans nous en rendre compte. Faire la grève peut consister pour nous à ne plus accepter l’étatisme et à le combattre avec les armes de la pensée réaliste. Ayn Rand a écrit également : « La racine de la catastrophe du monde moderne est d’ordre philosophique et moral. Les gens n’embrassent pas le collectivisme parce qu’ils ont accepté une fausse théorie économique. Ils se tournent vers une fausse théorie économique parce qu’ils ont embrassé le collectivisme ». Les racines profondes de la crise sont à chercher dans l’idéologie étatiste-collectiviste qui « sacrifie l’estime de soi au déni de soi » comme le dit encore John Galt.

Le capitalisme, incarnation de principes éthiques

À travers John Galt, l’auteure défend au contraire le capitalisme comme l’incarnation de principes éthiques et économiques rationnels :

1° L’esprit est à la racine de la création et de la richesse. Le thème du roman est le rôle de l’esprit humain dans la société. C’est un contresens absolu que de faire d’Ayn Rand une apologiste du matérialisme. Bien sûr, le caractère rationnel et créatif de la personne humaine se reflète dans l’acte de production matérielle. C’est pourquoi l’esprit doit être libre d’inventer et de produire de nouveaux biens et services. Quand les hommes sont libres, ils peuvent utiliser au mieux leur esprit pour atteindre leurs objectifs et poursuivre leurs vies.

2° C’est la production qui initie la demande d’autres produits et services. La Grève illustre à merveille la loi des débouchés de Say (né à Lyon le 5 janvier 1767 et mort à Paris le 14 novembre 1832) qui stipule que l’offre crée sa propre demande. La production est une condition préalable à la consommation. Une personne ne peut exiger des produits et services des autres que s’il a déjà commercialisé avec succès ses propres produits et services.

3° Le livre démontre également que la richesse n’est pas sans cause et que, en supprimant la cause (à savoir, l’esprit), la grève supprime l’effet (la richesse). En effet, l’entrepreneur passionné est le premier moteur et la main visible de la croissance économique. C’est pourquoi Hank Rearden, Dagny Taggart et Ellis Wyatt sont les vrais héros du roman. Ces individus contribuent davantage à la prospérité que tous les autres. Ils sont les véritables acteurs de la prospérité économique par l’innovation et la création de nouvelles entreprises.

4° Rand fournit une description littéraire de ce qu’on peut appeler le « capitalisme de copinage ». James Taggart utilise ses amitiés politiques pour influencer l’Alliance nationale des chemins de fer et faire passer des lois à son avantage. À son tour, le producteur d’acier Boyle Orren utilise l’influence de Taggart à Washington en vue de faire interdire la concurrence et dépouiller Hank Rearden de ses mines d’acier. La Grève illustre ainsi le fait que l’intervention du gouvernement décourage l’innovation, la prise de risque et bloque le processus de création de richesse.

5° Le capitalisme de laissez-faire est le seul système économique moral, car il protège l’esprit de l’homme, son principal moyen de survie et l’épanouissement. Il s’oppose au capitalisme de copinage.

Dans un livre écrit plus tard, Capitalism, the Unknown Ideal (non traduit en français) Ayn Rand oppose le capitalisme de laissez-faire à l’étatisme :

« Le capitalisme de laissez-faire est le seul système social justifié et, par conséquent, le seul système qui proscrive la force dans les relations sociales (…) Si les hommes veulent s’opposer à la guerre, c’est l’étatisme qu’ils doivent combattre. Aussi longtemps qu’ils soutiennent la notion tribale que l’individu est bon à être sacrifié à la collectivité, que certains hommes ont le droit de régner sur les autres par la force et qu’un « bien » (n’importe quel « bien ») peut le justifier – il ne peut y avoir de paix à l’intérieur d’une nation, ni de paix entre les nations ». (The Roots of War)

Lire la suite :

https://nicomaque.com/2014/03/12/la-greve-un-roman-philosophique-2-laristocratie-du-piston/

https://nicomaque.com/2014/03/14/la-greve-un-roman-philosophique-3-la-recherche-du-profit-est-elle-immorale/

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7 Réponses

  1. […] Voir le premier article : La Grève, un roman philosophique (1) […]

  2. […] est l’esprit humain comme moyen de création et de survie. (Voir les 2 articles précédents ici et […]

  3. […] dans ce numéro, le discours de John Galt (le héros d’Ayn Rand dans son roman de 1957 Atlas Shrugged) en version abrégée et dans la traduction  de Sophie Bastide-Foltz (La Grève, les Belles […]

  4. […] romans d’Ayn Rand, dont La Grève (Atlas Shrugged) et La Source Vive (The Fountainhead), mettent en avant l’individualisme, le […]

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