Publicités

Helvétius par Isaiah Berlin

berlin la liberté et ses traitresQuelques travaux de mes élèves à partir du livre d’Isaiah Berlin : La liberté et ses traîtres, dont voici d’abord un extrait :

Dans la sphère de la politique, dans la sphère de la morale, on ne trouvait apparemment aucun principe de coordination, aucune autorité du même ordre. Si l’on demandait pourquoi je devais obéir au maître, ou aux maîtres de 1′ État, ou pourquoi un homme devrait jamais obéir à un autre homme, les réponses étaient bien trop nombreuses et bien trop variées. Certains répondaient : Parce que telle est la parole divine, octroyée dans un texte sacré d’origine surnaturelle, ou peut-être par révélation directe à des hommes dont l’autorité en cette matière est reconnue par l’intermédiaire d’une Église. (…)

D’autres encore disaient que je suis obligé d’obéir par quelque chose qui s’appelle la volonté générale, ou par une voix intérieure appelée conscience, ou par quelque chose qui s’appelle le sens moral, auquel la volonté générale s’identifie d’une manière ou d’une autre, ou dont elle est une sorte de version socialisée. Et puis il y avait ceux qui disaient que j’obéis parce qu’en obéissant j’accomplis l’exigence de l’esprit du monde, ou bien la « mission historique » de ma nation ou de mon église, de ma classe ou de ma race, ou encore de ma vocation. (…)

Si la méthode scientifique avait pu instaurer un certain ordre en chimie, en physique, en astrophysique, en astronomie et ainsi de suite, pourquoi fallait-il être plongé dans un tel chaos d’opinions contradictoires, sans le moindre fil directeur? Pourquoi fallait-il que les uns disent telle chose et les autres le contraire, que les uns fussent de fidèles enfants de l’Église et les autres des athées, que certains crussent en la métaphysique et d’autres à une conscience intérieure, que pour certains la vérité se trouvât dans un laboratoire et pour d’autres chez un maître ou un prophète inspiré, de sorte que nul ne pouvait instituer un ordre semblable à celui établi par Newton dans le vaste règne de la nature ?

De façon assez logique, les hommes commencèrent à porter leurs désirs vers la définition d’un principe unique capable de garantir précisément un ordre de ce type, et de fournir des vérités d’une espèce tout aussi objective, générale, transparente et irréfutable que celles qui avaient été si efficacement produites à propos du monde extérieur.

L’un des hommes qui menèrent l’effort le plus déterminé dans cette direction est le premier de mes six penseurs, Helvétius.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :