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Fichte selon Isaiah Berlin. Une synthèse

fichte_j_gLa liberté et ses traîtres, lsaiah Berlin, chapitre sur Fichte.

Par Baptiste C. de J., TS5

I)     L’idéalisme   Kantien

1) L’esprit intérieur de Rousseau

La seconde partie du texte est donc consacrée à Kant. Berlin dédie ce chapitre à Fichte et sa conception de la liberté mais il consacre en réalité plus de temps à expliquer la philosophie Kantienne. En effet pour Berlin Fichte se situe dans le sillage de l’idéalisme Kantien.

Pour comprendre sa philosophie il faut se rappeler le contexte de l’époque. L’Allemagne du 18e est une Allemagne marquée par de terribles humiliations que leurs avaient infligés les victoires de Richelieu et de Louis XIV au 17e. Les Allemands souffraient d’impuissance économique, de difficultés matérielles et souffraient d’une dépendance absolue vis-à-vis de la volonté arbitraire du prince. L’Allemagne est à la charnière de deux siècles et portée par les réactions philosophiques inspirées des grands révolutionnaires et philosophes français comme Rousseau notamment. L’idéalisme Kantien est une si ce n’est la première réaction allemande.

Kant est donc influencé par les idées de Rousseau. Tout d’abord pour Rousseau « être esclave c’est être empêché de faire quelque chose ». Pour lui la liberté c’est choisir d’agir, l’homme décide d’être libre. Cela peut paraître contradictoire mais il s’explique.

En réduisant ses désirs on réduit du même coup l’espace dans lequel on risque d’être contrarié. Rousseau prends l’exemple d’un tyran qui m’opprime. li y a deux façons de lui résister: soit en le tuant, soit en devenant insensible à ses coups. Pour Rousseau nous seul décidons quelle partie de nous est atteignable par ce tyran.

En quelque sorte pour Rousseau l’Homme doit réduire son espace vulnérable et se concentrer sur ce qui est hors de sa portée :son esprit intérieur (ou son âme immatérielle et éternelle en opposition au moi extérieur et physique). Si je décide d’être insensible je ne suis plus un esclave car j’ai le contrôle de moi-même. Je suis moi-même l’auteur de ma conduite et c’est cela la liberté.

2) L’impératif catégorique de Kant

Je vais maintenant vous parler de Kant et vous allez comprendre tout de suite pourquoi Berlin dit que ses idées sont inspirées de celles de Rousseau. L’idée profonde de Kant est que ce qui compte, ce au nom de quoi nous faisons ce que nous faisons est de suivre un principe sacré qui régit tous les autres. Il existe une loi universelle qui domine. Ce concept c’est l’impératif catégorique de Kant : « agis de façon telle que tu traites l’Humanité aussi bien dans ta personne que dans toute autre toujours en même temps comme fin et jamais simplement comme moyen ».

A partir de cela pour Kant chaque être doit « personnaliser », modeler à sa manière la loi ultime et obtient sa propre loi. Il en découle une loi personnelle, une loi intérieure qui doit guider nos actes. Chez Rousseau il faut se concentrer sur son esprit intérieur, chez Kant écouter une loi intérieure. Le terme de Kant pour désigner cette loi intérieure est la voix intérieure. C’est notre morale. Pour découvrir ce que je dois faire il faut écouter la voix intérieure.

Cette loi nous indique notre marche à suivre. Elle nous donne des commandements, des ordres et des idéaux que je dois suivre. A partir de cela tout homme qui suit cette loi est pour Kant un être libre.

Citation de Berlin résumant les idées de Kant : « La liberté véritable consiste à me donner à moi-même des ordres auxquels j’obéis parce que je suis libre d’agir comme je le veux. La liberté c’est le fait d’obéir à des injonctions que je me suis moi-même fixées ».

Dans cet extrait l’obéissance aux injonctions désigne évidemment l’obéissance à la voie intérieure. Ainsi donc l’idéal kantien c’est l’obéissance aux lois morales que nous nous imposons à nous-mêmes. C’est la liberté comme autonomie.

Il faut noter qu’avec ce point de vue Kant se détache totalement de la vision européenne de la morale. De Platon jusqu’à nos jours la morale c’est plutôt quelque chose qui est ordonné, et qui ne peut donc être découvert. Elle est inventée plutôt que découverte, créée plutôt que trouvée. Kant veut la trouver grâce à sa voix intérieure. La morale est en nous. Elle ne s’apprend pas mais se découvre en nous. Kant va même jusqu’à dire qu’il est inutile de rechercher les buts moraux dans le monde extérieur.

Ainsi donc sa vision de l’idéal façonne un nouveau personnage et Berlin insiste sur cette conclusion. Jusqu’à présent l’Homme avait pour modèle le sage, le prophète. Avec cet idéal à suivre Kant décrit le héros romantique. Un homme qui n’agit plus sous l’influence de lois externes ou de dogmes comme les le font les sages mais un homme qui écoute son idéal.

Il) Fichte et l’héritage de Kant

1)   Un héritage kantien

Ses idées ont donc été à la base influencées par celles de Kant mais très vite les concepts s’opposent. Car la vision de Fichte se détache totalement de ce qui a pu être défini par ses prédécesseurs notamment par l’introduction d’un nouveau concept : le Moi.

lsaiah Berlin introduit Kant et ses idées car elles sont donc initialement liées. Je vous ai dit que selon Kant être libre c’est suivre ses propres lois guidées par une voie intérieure. De même Fichte déclare que la loi n’est pas tirée du monde extérieur mais de notre propre être.

Voilà un extrait de Berlin expliquant Fichte : « L’Homme n’est libre que s’il fait des choses que personne ne peut l’empêcher de faire, et il les fait uniquement si c’est son être intérieur, son Moi qui agit ».  Lorsque l’homme agit c’est son Moi intérieur qui agit. L’homme suit donc son Moi intérieur. Il s’agit en quelque sorte de sa morale que l’homme suit.

Donc chez Kant la morale prend forme sous l’aspect d’une voie intérieure et chez Fichte il s’agit de son Moi. Il y a un parallèle évident entre ces deux concepts.

2)   L’expression du Moi dans le Gattung

C’est après que viennent les différences. Après avoir introduit ce concept Fichte le complique en y ajoutant ses propres idées. Le Moi n’est selon lui pas un esprit isolé, ce n’est pas un être humain individuel. Il ne faut pas confondre, le Moi n’est pas une voix intérieure que possède un individu et qui est différente pour tous. Il ne présente pas le monde comme un ensemble de pions collés les uns aux autres ayant tous des objectifs différents guidés par des idéaux qui s’opposent. Pour comprendre la philosophie de Fichte il faut rattacher ce Moi à une structure d’ensemble composée de tous ces individus isolés. Le Moi dont parle Fichte n’est rattaché ni à un corps, ni à une année ni à un pays précis. Ce Moi c’est un élément appartenant à tout homme mais qui ne prends forme seulement lorsque les Hommes s’assemblent.

Nous entrons avec cette idée dans le monde de Fichte. Les individus isolés ne peuvent être libres car être isolés cela signifie aussi être faible et impuissant face au tyran. Alors que la communauté, le groupe peut lutter. La solution est de s’unir pour réaliser son idéal intérieur. Et pour Fichte le groupe, le Gattung pour employer son propre terme, ou plutôt chaque individu de ce groupe tend vers un même idéal. Car comme je l’ai dit chaque individu à un idéal intérieur qui lui appartient, mais ce Moi n’appartient pas à un individu uniquement mais à tout le groupe. Les gens d’une même communauté ont le même idéal c’est un idéal commun. Si chacun écoute cette moral et réalise son idéal le groupe est libre.

Pour Fichte se concentrer sur soi et en rester à ses objectifs ne correspond pas à la notion « d’être libre » : pour être libre il faut être libre à travers le groupe. Pour Fichte la seule et unique liberté ne se réalise qu’à travers le groupe. Chez Kant il suffisait d’écouter sa morale intérieure pour être libre. Chez Fichte ce n’est pas sa morale mais une morale commune à tous les membres du groupe

3)   Le Moi face à l’Histoire

On peut accepter ou non cette idée dans le contexte actuel mais il ne faut pas oublier le contexte de l’époque. Le peuple allemand était soumis à la tyrannie des princes et impuissant face aux victoires napoléoniennes 1 En tant que grand orateur Fichte voulait provoquer des réactions et resolidariser le peuple allemand sous un même combat. Sous un même idéal. On dit souvent que l’union fait la force et bien dans une période de crise comme celle de l’époque Fichte veut créer cette force et cette union entre les Hommes. Un homme isole ne pouvait l’emporter face au prince et à Napoléon alors qu’en s’unissant sous un même idéal le groupe pouvait gagner sa liberté.

Lorsque Fichte introduit le Gattung son souhait n’est pas d’en rester au groupe. Ce qu’il souhaite réellement c’est de transposer sa philosophie « à la race, à la nation et à l’humanité» pour reprendre les termes de Berlin. On voit bien en quoi son concept du Moi général (super Moi) est très influencé par l’Histoire allemande de l’époque.

Dans sa conférence orale Berlin consacre une partie non négligeable à la lecture d’un texte de Fichte : Discours à la nation allemande. Je vous ai dit que dans le contexte de crise et de défaite

Fichte souhaitait créer une union entre les Allemands. Et bien ce discours prononcés à Berlin en 1807 au moment où les troupes de Napoléon occupaient la ville, est celui fondateur qui lui a permis d’exposer ses idées au peuple allemand. Je ne vais pas m’attarder sur ce discours car c’est à partir de là que Berlin formule sa critique.

(à suivre…)

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