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Qu’est-ce qu’un libéral américain ?

sormanOn présente souvent en France John Rawls comme un libéral. Attention au piège sémantique. Si Rawls est un libéral, c’est au sens américain du « liberalism ». Très éloigné du libéralisme européen, le « liberalism » US est en réalité un étatisme de gauche. Le libéral américain est keynésien, c’est-à-dire interventionniste sur le plan économique et libertaire sur le plan des moeurs. Quand Leo Strauss, dans son introduction à Droit naturel et histoire, parle des libéraux, c’est au sens américain. Malheureusement, rares sont les traducteurs qui font la nuance.

Conservatisme et libéralisme aux Etats-Unis

Par Guy Sorman

Les politiciens américains s’expriment rarement en termes idéologiques, mais proposent plutôt une collection de réponses pratiques à des questions pratiques. L’idéologie politique est ici pragmatique ou, plus précisément, programmatique, surtout à gauche.

Nous allons donc préciser plus avant ces questions de vocabulaire, sans nous arrêter à l’alternative Républicain-Démocrate qui ne permet ni de résumer ni de comprendre la vie politique et intellectuelle américaine. Plus proche de la réalité, est l’opposition entre familles de pensée conservatrices et libérales ; c’est sans doute la distinction principale, pas facile à traduire non plus.

Un libéral américain n’est pas un libéral français, c’est même le contraire. Par analogie, c’est un social-démocrate sans base arrière idéologique. Un libéral américain est un homme de gauche qui n’aurait jamais entendu parler de Marx, pour qui Lénine est un épouvantail et qui n’aurait nul besoin de se définir par ses complexes envers le communisme.

Un libéral américain est avant tout et paradoxalement un étatiste. Persuadé que le bonheur de l’homme peut être amélioré dans une société en progrès constant, il fait confiance au gouvernement central pour y parvenir.

La philosophie politique libérale est empirique et mécaniste. L’État est perçu comme une somme de techniques économiques et sociales dont l’emprise doit déboucher sur des résultats quantifiables.

Le principal instrument de ce libéralisme est le bon usage de l’inégalité pour rétablir l’égalité. Par exemple, des quotas raciaux obligatoires dans les écoles ou les entreprises, indépendamment de l’aptitude des individus à lutter contre la ségrégation. C’est ce que les libéraux appellent l’ « affirmative action », et que les conservateurs définissent et dénoncent comme une ingénierie sociale (social engineering). Si le terme est devenu péjoratif, il ne le fut pas à l’origine. Au contraire, en s’identifiant à l’ingénieur qui résout les problèmes et triomphe de la nature, les libéraux s’appropriaient un mythe positif. L’ingénieur, héros d’une nation pragmatique, est aussi celui qui s’oppose aux puissances d’argent et vainc les préjugés. C’est un bâtisseur sans idéologie. Cette méthode a d’ailleurs beaucoup inspiré le socialisme français qui, depuis dix ans, s’est éloigné du marxisme pour se rapprocher du réformisme actif des libéraux. Quand Chevènement stigmatise la « gauche américaine » de Michel Rocard, c’est plus qu’un slogan, c’est une analyse pénétrante.

Cette version moderne du « libéralisme » américain a été introduite par Franklin Roosevelt, en 1933, avec la planification économique, une politique de grands travaux, des nationalisations. Le programme de Roosevelt fut d’ailleurs largement repris de Norman Thomas (en), candidat socialiste à la présidence, pour la première fois en 1928.

Le New Deal[1] reste le point de départ et le modèle historique des libéraux. Généralement interprété comme une réussite de ce côté-ci de l’Atlantique, le New Deal, aux États-Unis, est l’objet de violentes controverses. Les conservateurs notent que ses effets économiques, en particulier sur le chômage, furent nuls et que la reprise économique ne commença qu’en 1938, au moment où les usines américaines se lancèrent dans la production d’armements. Ils y dénoncent en outre des relents de fascisme italien qui, il est vrai, dans les années 30, paraissait à beaucoup d’intellectuels de gauche, aux États-Unis comme d’ailleurs en France, une solution intermédiaire et sans risques entre le national-socialisme et le stalinisme.

Le programme libéral, tel qu’il est passé dans les faits depuis quarante ans, est sans équivoque : un État central fort et interventionniste, un contrôle administratif détaillé des activités économiques (la régulation), une justice progressiste, l’égalité raciale, la libération des moeurs, la laïcité de l’enseignement public, la redistribution des richesses par l’impôt progressif et par la Sécurité sociale.[2] C’est-à-dire très exactement un projet social-démocrate. Seul, le mot « socialisme »[3] est évité parce qu’il implique dans le contexte américain une relation avec le système soviétique.

John Kennedy, Lyndon Johnson, Jimmy Carter, démocrates, mais aussi Richard Nixon, républicain, se sont inscrits dans la même tradition rooseveltienne de croissance ininterrompue du pouvoir étatique et de l’ingénierie sociale. Le plus systématique fut Johnson dont le projet de « Grande Société »[4], en 1964, fut une succession serrée de réponses administratives à l’ensemble des difficultés sociales de l’époque, en particulier les inégalités raciales, la pauvreté, la cancérisation des centres urbains.

Ce grand jeu de meccano social fut complété par les jugements de la Cour suprême qui, par une interprétation extensive de la Constitution, engagea les États-Unis, à partir de 1954, dans une véritable révolution légale. Des mesures aussi fondamentales que l’autorisation de l’avortement en 1973, la suppression des prières obligatoires dans les écoles publiques en 1962, et surtout la déségrégation raciale dans l’enseignement et l’emploi, ne furent jamais décidées ni par le gouvernement, ni par le Parlement, mais par les neuf juges inamovibles de la Cour suprême.[5]

La Cour suprême a en fait créé ce que Théodore Lowi (en) appelle la « Deuxième République », en inversant la hiérarchie entre les États et l’Union, en annulant systématiquement les décisions plutôt conservatrices des cinquante États au nom de la Constitution de l’Union, tout en ne remettant jamais en cause les décisions progressistes du gouvernement central. Dès lors, la pyramide fédérale américaine s’est trouvée sens dessus dessous.

A partir de Roosevelt, le chic est à gauche aux États-Unis. Il y reste sans interruption de 1933 à 1980. Pendant plus de quarante ans, c’est la gauche qui a donné le ton, le bon ton des modes, des idées, des solutions politiques et économiques. Ses porte-paroles ont dominé la vie intellectuelle, les médias, l’enseignement, la justice, le débat politique. L’alternance au pouvoir des Républicains conservateurs et des Démocrates progressistes n’y a rien changé : la gauche est restée l’Establishment, même dans l’opposition. Quand Eisenhower ou Nixon occupent la Maison-Blanche, c’est encore à la gauche qu’ils doivent publiquement rendre des comptes. Lors de la chasse aux sorcières du Maccarthysme, sur le Vietnam ou le Watergate, les initiatives des dirigeants de droite sont toujours jugées selon les critères de la gauche. C’est la gauche qui commence la guerre au Vietnam avec John Kennedy, mais c’est encore la gauche qui en exigera et en obtiendra l’interruption par un Président de droite, Nixon.

Depuis 1978, ce modèle est contesté, dépassé. Le discours libéral se répète sans innover. Le personnel politique de gauche – Carter, Kennedy – est déconsidéré. Le radical chic des snobs de la côte Est est démodé. Pour la première fois depuis 1932, la gauche américaine n’a tout simplement plus de programme. Ses réactions à l’agressivité conservatrice se bornent à en dénoncer les effets pervers et à se remémorer l’héritage historique de la Grande Société. Rien dans l’immédiat ne permet d’entrevoir de ce côté-ci une esquisse de reconstruction idéologique ou simplement programmatique.

Bref, la gauche américaine est épuisée. La crise est peut-être l’explication sinon unique, du moins essentielle pour dater ce retournement. Le terme même n’apparaît d’ailleurs aux États-Unis que cinq ans après l’Europe. Mais, à partir de 1978, le mot explose et cristallise le désarroi international (l’Iran), économique et moral du pays, tandis que les libéraux perdent l’imagination puis le pouvoir, en 1980.

Il y a une certaine logique dans cette éviction. Le socialisme régulateur et redistributeur est supportable et supporté tant que la prospérité en absorbe les inconvénients. Il devient insupportable quand la richesse à répartir stagne ou se restreint. Dans un jeu à somme nulle, voire négative, chacun reprend alors ses cartes, persuadé qu’il s’en sortira mieux seul que son voisin. Mais cette interprétation matérialiste n’est pas suffisante. Plus profondément, la gauche, qui s’est identifiée à une approche mécaniste de la société, n’apporte pas de réponse aux préoccupations morales qui hantent la vie politique américaine. Ainsi sur l’avortement, facteur électoral décisif, désormais : les libéraux ont adopté avec la Cour suprême une attitude pragmatique – permis les trois premiers mois, interdit après – qui ne satisfait ni les adversaires ni les partisans de la liberté de choix. La force des conservateurs, au contraire, est d’avoir su intégrer dans un même raisonnement la morale, le social et l’économique.

Enfin, la construction progressiste de la gauche américaine s’est effondrée de l’intérieur. Sa démoralisation vient de ce qu’elle doute désormais de ses méthodes comme de ses objectifs. Sous couvert de servir l’intérêt général, les libéraux découvrent que leur idéologie était au service d’intérêts particuliers d’un groupe social : les élites bureaucratiques, la Nouvelle Classe selon Irving Kristol, l’un des maîtres à penser du nouveau conservatisme.

L’activité commune à tous les membres de cette Nouvelle Classe consiste à gérer les mots, les symboles, les idées. Elle inclut les intellectuels, les enseignants, les chercheurs et les semi-intellectuels que sont les poètes, les journalistes, les fonctionnaires, les juges[6], les travailleurs sociaux, et tous ceux qui traitent de la communication. Ce sont eux qui fixent les enjeux de la société, définissent les normes, évaluent et imposent les solutions politiques. Il s’agit bien d’une classe, car ses membres partagent les mêmes valeurs, les mêmes buts, et vivent de la même manière, essentiellement par la production, l’assemblage, la mise en forme et la diffusion de l’information. Par information, on entend ici aussi bien le Journal télévisé qu’un feuilleton. Les mots sont à la Nouvelle Classe ce que le capital est au capitalisme ou les travailleurs au syndicalisme. Cette classe est nouvelle, parce que sans précédent en influence et en nombre, en raison du développement de l’enseignement, de la communication et de l’étatisation. La philosophie commune à cette Nouvelle Classe est la contre-culture : hostilité au capitalisme, méfiance vis-à-vis de la croissance, mépris des valeurs des classes moyennes que sont le labeur, la discipline, la morale, la discrétion, l’épargne, la propriété, et anticléricalisme (« fanatisme séculaire », dit Gilder).

Cette Nouvelle Classe[7] est parasitaire parce qu’elle profite de la prospérité du capitalisme sans y participer, qu’elle est très favorable à la redistribution de richesses qu’elle n’a pas contribué à créer et dont elle ne comprend même pas comment elles sont produites. Elle est totalement acquise au libéralisme, ou plutôt le libéralisme est l’idéologie par laquelle la Nouvelle Classe perpétue son pouvoir et ses privilèges.

II revient à un libéral de démontrer l’exactitude de l’analyse de George Gilder. Aux antipodes de Cornell, à l’Université Rice de Houston (Texas), le doyen Allen Matusow, historien distingué, fines lunettes, pull en cachemire usé aux coudes juste ce qu’il faut, appartient avec Ted Lowi à la race en expansion des libéraux désabusés. Fils d’une bonne famille juive de Philadelphie, il a naturellement soutenu Kennedy, puis protesté contre la guerre du Vietnam. Mieux encore, il a entrepris à partir de 1975 une étude sur toute la construction sociale – la « Grande Société » – des Démocrates, à partir des archives de la Maison-Blanche aisément accessibles aux chercheurs. Au terme de cette longue aventure (ou plutôt mésaventure) intellectuelle qui devait déboucher sur la publication en 1983 de The Unravelling of America (L’Amérique mise à nue), il démontre, preuves à l’appui, que chaque programme social des libéraux était destiné soit à récompenser un groupe de pression, une clientèle particulière, soit à aboutir involontairement et de toute manière à ce même résultat.

Ainsi le programme scolaire de John Kennedy – aide massive à la construction d’écoles et au recrutement d’enseignants – n’aurait été justifié que par le désir de récompenser et de flatter un groupe social particulièrement influent, alors même que les projections démographiques montraient clairement que le nombre d’élèves allait diminuer. C’est ce que les conservateurs disaient déjà à l’époque et que l’on devait bientôt vérifier : 10 000 classes ont dû être fermées au cours de ces cinq dernières années.

D’autres programmes n’ont pas été conçus et financés spécialement pour satisfaire des groupes d’intérêt, mais ont dû être négociés avec eux. Ainsi, la gratuité des soins destinés aux plus modestes (Medicaid et Medicare, qui couvrent 47 millions de personnes, dont 99 % de celles qui ont plus de 65 ans) n’a-t-elle pu être votée qu’à condition d’inscrire dans la loi que médecins et hôpitaux privés en seraient les gestionnaires, donc les bénéficiaires. Le résultat a été de perpétuer une médecine des pauvres de qualité inférieure à la moyenne, mais rémunératrice pour le corps médical, alors qu’elle était auparavant déjà médiocre, mais gratuite et charitable.

La loi sur l’habitat social qui, en 1966, a créé les aides au logement, a eu des effets comparables en bénéficiant aux promoteurs et aux constructeurs et en perpétuant un habitat très médiocre dans des quartiers déshérités où prospère une sous-culture de la pauvreté. Autre idée apparemment généreuse : le salaire minimum garanti. Les notes de Johnson indiquent clairement que cette mesure fit l’objet d’un débat entre les industries du Sud – dont le Président était originaire -, hostiles à l’instauration de SMIC qui ralentirait l’industrialisation du Texas et de la Californie, et les syndicats qui précisément voulaient freiner celle-ci. Les syndicats sont en effet concentrés dans le Nord-Est et n’ont jamais réussi à s’implanter au Sud. Le salaire minimum protégeait apparemment les ouvriers, mais plus encore l’hégémonie de l’AFL-CIO et l’Union des travailleurs de l’automobile (UAV) de Detroit. Johnson arbitra en faveur des syndicats dont le soutien était alors la clé de voûte du pouvoir politique du parti démocrate.

Plus récemment, la création par Jimmy Carter d’un Ministère fédéral de l’Éducation – qui n’existait pas jusque-là, l’enseignement étant l’affaire des États et n’étant pas unifié – n’aurait pas été justifiée par des préoccupations pédagogiques, mais par sa reconnaissance envers l’Association pour l’Éducation nationale, comité qui avait particulièrement contribué à financer sa campagne présidentielle de 1976. Reagan s’est engagé à supprimer ce ministère pour des raisons tout aussi évidentes.

La politique keynésienne libérale est, selon Allen Matusow, l’illustration la plus globale du clientélisme de la gauche américaine, sous couvert d’efficacité économique et de générosité sociale. Les réductions d’impôts de 1964, le crédit à tout-va, le déficit budgétaire, ne satisfont pas un groupe d’intérêts particulier, mais tous les groupes à la fois. Tous croyaient y trouver un avantage immédiat et en bénéficièrent dans le court terme. Mais cette euphorie artificielle fut rapidement confisquée par l’inflation qui ramena tout le monde à la case départ.

La thèse du libéral Allen Matusow rejoint donc celle des conservateurs : les premiers bénéficiaires des programmes sociaux de la gauche américaine, de l’ingénierie sociale, auront été les bureaucrates (dix millions de fonctionnaires) et la classe politique chargée de gérer la Grande Société. Le seul point qu’il approuve sans réserve est la politique des droits civils en faveur des Noirs. Il faut se souvenir qu’il n’y a pas vingt ans, ceux-ci étaient encore des citoyens de seconde zone, qu’à la Nouvelle-Orléans, dans un tramway nommé Desire (du nom d’un faubourg de la ville), seuls les bancs du fond leur étaient destinés, que les écoles et restaurants blancs de l’Alabama leur étaient interdits et que le lynchage n’avait pas disparu. La gauche américaine a fait des Noirs des citoyens, même si la lutte pour les droits civils a été pour beaucoup l’œuvre des Noirs eux-mêmes. Cette révolution politique, sans doute l’une des plus profondes de l’histoire américaine, s’est accomplie en dix ans et a été pour l’essentiel une révolution légale et tranquille.
Mais voici que les vertus de la gauche au service des plus faibles sont à leur tour contestées. Le libéralisme, sous couvert de protéger les Noirs, n’a-t-il pas institué un esclavage d’État, une dépendance envers les programmes sociaux, une véritable sous-culture de la pauvreté ? Pour Andrew Young, compagnon de route de Martin Luther King, aujourd’hui maire d’Atlanta, mieux valait la dépendance que la famine. Mais cette réponse qui justifie le passé ne rend pas compte du présent.

Pourquoi, se demande Allen Matusow, 40 % des jeunes Noirs sont-ils au chômage alors que, chaque année, un million d’immigrants asiatiques, hispaniques ou caraïbes s’intègrent sans difficulté majeure dans le circuit économique ? La thèse des conservateurs, mais aussi des démocrates comme Griffin Bell, ancien ministre de la Justice sous Carter, est que l’assistance sociale a enfermé les Noirs dans des « réserves indiennes » – l’expression est de Bell – dont ils sont certes libres de sortir, mais que l’apport financier des programmes d’aide sociale incite à ne pas quitter.

En fait, et bien que chacun s’en défende, les Noirs restent au centre du débat politique américain. Non plus en tant que Noirs, mais en tant que pauvres. Les États-Unis sont peuplés de deux cent trente millions d’Américains appartenant à la classe moyenne et de trente millions de pauvres, pas tous noirs, loin s’en faut, mais souvent de couleur.[8]

La politique libérale est pour l’essentiel une aide directe aux pauvres ; celle des conservateurs vise à réduire cette aide, accusée de perpétuer la pauvreté.

Mais le débat entre droite et gauche est en vérité moins technique que moral. Leurs divergences politiques reposent sur deux systèmes de valeurs inconciliables. Les libéraux sont des humanistes laïcs qui privilégient l’égalité et font confiance à l’État pour assurer la régulation sociale. Les conservateurs sont des moralistes judéo-chrétiens qui n’admettent pas que les méthodes d’intégration sociale des libéraux puissent limiter les libertés individuelles, même si ces libertés sont source d’inégalités. Contrairement à Tocqueville qui estimait que les peuples démocratiques aspirent à l’égalité dans la liberté mais la voudraient encore dans l’esclavage, les conservateurs considèrent que l’inégalité est naturelle et voulue par Dieu.

Notes de Guy Sorman

1 La « Nouvelle Donne » est le nom dont Roosevelt baptise son programme politique à partir de 1934. Destiné à sortir les États-Unis de la crise et du chômage, il s’appuie sur les théories économiques de Keynes qui préconise une intervention massive de l’État sur le marché de l’emploi et le déficit budgétaire pour relancer la consommation, deux moyens tabous pour le libéralisme traditionnel américain. Les initiatives les plus « socialistes » de Roosevelt seront en fait annulées par la Cour suprême, qui les jugera inconstitutionnelles.

2 La Sécurité sociale américaine réside pour l’essentiel dans un régime de pensions de retraite.

3 Un syndicaliste qui me faisait visiter les usines Ford à Detroit fut très étonné d’apprendre la différence entre socialistes et communistes en France. Il était persuadé que c’était la même chose.

4 L’expression « Grande Société » (Great Society), lancée par Johnson, regroupe un ensemble de mesures législatives visant à éliminer la pauvreté, l’inégalité et la ségrégation raciale aux États-Unis. C’est en fait la reprise de toutes les idées de John Kennedy, que celui-ci n’avait eu ni le temps ni l’habileté de faire accepter par le Parlement. Ce programme législatif renforçait considérablement les interventions de l’Etat dans la société américaine

5 Créée par la Constitution des États-Unis, la Cour suprême, composée de neuf juges nommés à vie par le Président, est supposée assurer l’équilibre entre le pouvoir exécutif et le législatif (Congrès et Sénat). Elle garantit la protection des citoyens contre le pouvoir politique et la liberté des cinquante États contre les empiétements de Washington. Ses décisions sont sans appel, sauf par amendement à la Constitution. Son rôle a considérablement évolué depuis vingt-cinq ans. En interprétant de manière extensive la Constitution, en particulier au nom des droits de l’individu, elle a acquis un pouvoir législatif de fait, sans aucun contrôle politique. Ses décisions libérales sont vivement critiquées par la droite qui dénonce ce gouvernement des juges.

6 Les conservateurs sont hostiles aux juges fédéraux nommés par le gouvernement central, et non pas aux juges d’États généralement élus par leurs concitoyens et donc plus proches de leurs préoccupations. La magistrature fédérale, dont la carrière remonte aux administrations précédentes, partage dans l’ensemble les orientations libérales, surtout lorsqu’il s’agit de défendre les droits civils contre le pouvoir des États. Un mouvement populaire se développe à droite pour « rappeler » ces juges de gauche.

7 La thèse de Gilder est exactement l’inverse de celle de Kenneth Galbraith, économiste libéral plus populaire en France qu’aux États-Unis et qui, dans Le Nouvel État industriel, estime que l’élite au pouvoir est la technocratie dirigeante des grandes entreprises multinationales. C’est cette technocratie, selon Galbraith, qu’il faut sinon éliminer, du moins équilibrer par les contrepoids des syndicats, des associations de consommateurs, de l’État : trois forces de gauche… Galbraith est aussi un des rares intellectuels libéraux américains à accepter de se déclarer socialiste.

8 Les pauvres sont définis légalement par un seuil de revenus qui ouvre droit aux programmes d’assistance : bons d’alimentation (food stamps), logements sociaux, formation particulière, gratuité des soins médicaux. En 1983, ce seuil est de 9300 $ pour une famille de quatre personnes en ville, 7910 $ à la campagne, 4680 $ pour une personne seule. 30% des familles noires vivent au-dessous de ce niveau, contre 8,8 % des familles blanches.

Source : La Révolution conservatrice américaine. New look conservateur contre radical chic, Fayard, 1983

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4 Réponses

  1. […] est utilisé par Emmanuel Macron et les médias pour le qualifier. « Liberal » est ici entendu au sens américain du terme, puisque le jeune énarque est davantage proche du progressisme social-démocrate que de la […]

  2. […] modéré doit constamment coller au stéréotype du « Musulman libéral [au sens américain] et laïque [secular] qui est tout aussi peu nuancé que le stéréotype du « Musulman […]

  3. […] ne décrivant pas du tout la même philosophie politique des deux côtés de l’Atlantique. Le libéral américain est keynésien, c’est-à-dire interventionniste sur le plan économique et …. L’erreur est d’autant plus dommageable pour Emmanuel Macron qu’il s’est […]

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