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La fable des abeilles. Suivi de Recherches sur l’origine de la vertu morale. Par Bernard Mandeville

mandeville

Je viens de faire rééditer, avec une postface, La Fable des abeilles de Bernard Mandeville, l’un des précurseurs de la « main invisible » d’Adam Smith. Comme son nom l’indique, Mandeville est un Français d’origine. Ses parents, fuyant la persécution contre les protestants, s’étaient installés en Hollande. La Fable des abeilles est écrite sur le modèle des Fables de La Fontaine. Extrait de ma postface :

Une approche de l’ordre spontané
« Le texte présente un certain nombre de thèmes tels que le rôle de l’intérêt et du profit dans la création d’un ordre spontané prospère. Telle est la leçon que retiendront Montesquieu, Adam Smith puis Kant de leur lecture de la Fable de Mandeville.
Ainsi Montesquieu écrit, à propos de la monarchie : « L’honneur (Mandeville dirait : la vanité) fait mouvoir toutes les parties du corps politique ; il les lie par son action même; et il se trouve que chacun va au bien commun, croyant aller à ses intérêts particuliers. » (De l’esprit des lois, 1758).
Mais selon P. Carrive, « c’est l’ouvrage qui ne cite pas le nom de Mandeville, La Richesse des nations, qui lui doit le plus, c’est-à-dire d’abord le thème de la division du travail et de sa formulation, et l’idée que les besoins de tous sont satisfaits non grâce à la bienveillance de chacun, mais par la recherche de l’intérêt propre ». (Bernard Mandeville, Vrin, 1980, p. 31)
En effet, au chapitre 2 du livre I des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith écrit : « L’homme a presque continuellement besoin du secours de ses semblables, et c’est en vain qu’il l’attendrait de leur seule bienveillance. Il sera bien sûr de réussir s’il s’adresse à leur intérêt personnel ou s’il leur persuade que leur propre avantage leur commande de faire ce qu’il souhaite d’eux. […] Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n’est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c’est toujours de leur avantage » (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, l. I, chap. 2, trad Garnier).
Et dans un autre de ses ouvrages, on lit : « L’effort naturel de chaque individu pour améliorer sa condition, quand on laisse à cet effort la faculté de se développer avec liberté et confiance, est un principe si puissant que, seul et sans assistance, non seulement il est capable de conduire la Société à la prospérité et l’opulence, mais qu’il peut encore surmonter mille obstacles absurdes dont la sottise des lois humaines vient souvent entraver sa marche. » (Digression sur le commerce des grains, 1776). Un bon gouvernement doit donc s’efforcer de laisser les intérêts individuels
Dans son Idée d’une Histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique, Kant suppose que les hommes, quand ils se préoccupent de leurs intérêts, travaillent sans le savoir à la réalisation des desseins généreux mais cachés de la Nature concernant notre espèce. Ainsi, dans la quatrième proposition, il se félicite que la nature ait donné à l’homme des passions, un goût pour la domination et la possession. Sans cela, les hommes resteraient apathiques et aucun progrès ne serait possible. »

Disponible sur Amazon.fr au prix de 6,65 euros. Dans la même collection, avec mes postfaces, voir aussi :

Bastiat, Maudit argent. Suivi de la vitre cassée.
Pascal, Discours sur la condition des grands. Suivi de Entretien avec M. de Sacy

Revue de presse : Le Monde du 20 novembre 2013. Par Philippe Arnaud :

La Fable des abeilles (The Fable of the Bees), de Bernard Mandeville (1670-1733), composée de 400 vers – ou 200 distiques –, a été publiée pour la première fois en 1714, d’abord seule, puis enrichie du court texte intitulé Recherches sur l’origine de la vertu morale. Outre la réédition de ce classique de l’économie politique, saluons le choix de cette traduction, certes en prose, mais fidèle à l’originale.

« Les vices privés font les vertus publiques. » Tel est le mantra de Mandeville. L’égoïsme est utile. C’est parce que chaque abeille poursuit son intérêt personnel que la ruche prospère. L’individu est-il rationnel ?  Tout dépend de ce que l’on appelle raison. La société, montre l’auteur, est composée de « chevaliers d’industrie, parasites, courtiers d’amour, joueurs, devins », etc. Chacun a ses raisons. « Il est nécessaire, écrit-il, que la fraude, le luxe et la vanité subsistent, si nous voulons en retirer les doux fruits. » Supprimez les vins fins, les étoffes raffinées, et la ruche périclite.

« À DROITE » OU « À GAUCHE » ?

Voltaire, dans le Dictionnaire philosophique (1764), résume ainsi la pensée de ce Néerlandais et britannique d’adoption : « Nul royaume, nul Etat (…) ne peuvent fleurir sans vices. Ôtez la vanité aux grandes dames, plus de belles manufactures de soie, plus d’ouvriers ni d’ouvrières en mille genres… »

Jean-Jacques Rousseau, dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), l’approuve aussi. « Mandeville a bien senti qu’avec toute leur morale, les hommes n’eussent jamais été que des monstres, si la nature ne leur eût donné la pitié à l’appui de la raison. »

Difficile, donc, de classer Bernard Mandeville « à droite » ou « à gauche » de l’échiquier politique. Friedrich Hayek considérait La Fable des abeilles comme un « ouvrage capital ». John Maynard Keynes appréciait chez lui l’apologie de la consommation, fût-elle ostentatoire.

LE DÉSIR DE S’ENRICHIR EST LE MOTEUR DE L’ÉCONOMIE

Pour Mandeville, il y a dans le coeur de l’homme une insatisfaction fondamentale. « Le désir de s’enrichir » – la cupidité – est le moteur de l’économie. Le contentement, lui, est « la peste de l’industrie ». Quand les hommes « ne recherchent plus la nouveauté, ils n’ambitionnent plus rien », écrit-il.

Le philosophe irlandais Georges Berkeley (1685-1753) a caricaturé Bernard Mandeville en défenseur de l’ivrognerie, sous prétexte que le commerce de boissons fermentées « augmente les principales branches de revenus de Sa Majesté ». Mais c’est peut-être lui qui a le mieux souligné les limites d’une interprétation trop systématique de l’« immoralisme » mis en avant par Mandeville, bien souvent pratiquée par ceux qui s’en réclament.

La Fable des abeilles, suivi de Recherches sur l’origine de la vertu morale, de Bernard Mandeville. Editions Berg International, 54 pages, 7 euros.

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