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Théorie de la propriété : droit naturel contre utilitarisme. Par Murray Rothbard

rothbard éthique libertéThéorie de la propriété : droit naturel contre utilitarisme

Murray Rothbard, L’éthique de la liberté, chapitre 9.  La propriété et l’agression

Résumé : Le droit de propriété n’est pas seulement un principe de liberté, c’est un principe fondamental de justice. Mais aucune propriété privée n’est juste en soi et par soi. Seule la propriété naturelle est légitime. C’est précisément ce que l’utilitarisme est incapable d’établir correctement.

Il n’est tout simplement pas possible de poser que le grand axiome normatif de la société libertarienne est la protection des Droits de propriété, point final. Car le voleur n’a absolument aucun Droit naturel de conserver la propriété qu’il a volée ; l’agresseur n’a aucun Droit de revendiquer la propriété acquise par voie d’agression. Nous devons donc modifier ou, à proprement parler, clarifier la règle fondamentale de la société libertarienne, pour dire : personne n’a le Droit de commettre une agression contre la juste ou légitime propriété d’autrui.

Ainsi, nous ne pouvons nous borner à parler de défense des “Droits de propriété” ou de la “propriété privée” en tant que tels. Car si nous le faisions, nous courrions le risque grave de défendre le “Droit de propriété” d’un agresseur — en vérité, la logique même nous imposerait de le faire. Nous ne devons par conséquent parler que de la propriété juste ou propriété légitime, ou peut-être de “propriété naturelle”. Ce qui signifie que l’on doit examiner dans tous les cas concrets si les actes de violence particuliers ont un caractère agressif ou défensif, déterminer par exemple s’il s’agit d’un agresseur dévalisant sa victime ou d’une victime qui cherche à reprendre son bien.

Cette manière de voir les choses entraîne une autre conséquence majeure en ceci qu’elle disqualifie complètement la manière dont l’utilitarisme conçoit les Droits de propriété et la liberté du marché. En effet, l’utilitariste, qui n’a aucune idée explicite et, a fortiori, aucune théorie de la justice, est obligé de s’en remettre à l’opinion pragmatique et opportuniste, comme quoi on devrait considérer que tous les titres de propriété privée qui existent à un moment et dans un lieu donnés sont valides et doivent être protégés. Et c’est bien en réalité ainsi que l’économiste traite la question des Droits de propriété lorsque ce libéral est utilitariste. Remarquons cependant qu’il réussit à introduire en fraude dans son discours une norme (acceptée sans examen) qui se résume à ceci : tout ce qui, hic et nunc (au moment et au lieu de la discussion), est considéré comme propriété privée doit être accepté et défendu comme telle. En pratique, cela signifie que les titres de propriété établis par n’importe quel Etat en existence (tous les hommes des Etats ayant monopolisé la définition des titres de propriété) doivent invariablement être pris pour argent comptant. C’est une éthique qui est sourde à toute considération de justice, et qui, si on la pousse à la limite de ses principes, devra aussi défendre le Droit de tout délinquant ou criminel à la propriété qu’il aura réussi à confisquer. Nous en concluons que l’utilitariste qui se limite à prôner le marché libre sur la seule base des titres de propriété actuellement existants ne peut pas fonder en raison sa démarche, qui est tout simplement nihiliste au point de vue moral.

Je suis convaincu cependant que la véritable locomotive du changement social et politique à notre époque a été l’indignation morale qu’a inspirée la théorie -fausse- de la plus-value, selon laquelle les capitalistes auraient volé ce qui appartenait de Droit aux travailleurs, en conséquence de quoi la propriété actuelle du capital accumulé serait injuste. Si on accepte cette hypothèse, l’impulsion donnée au marxisme et à l’anarcho-syndicalisme est assez logiquement compréhensible. Ayant cru comprendre ce qui paraît être une injustice monstrueuse, on en a déduit un appel à “exproprier les expropriateurs” et, dans les deux doctrines, à la “restitution” de la propriété et du contrôle aux travailleurs. Les maximes de l’économiste ou du philosophe utilitariste n’ont aucune prise sur ces arguments ; il ne pourrait les contrer efficacement qu’en abordant de front le problème normatif, la question de la justice et de l’injustice des prétentions à la propriété.

Les thèses marxistes ne peuvent pas davantage être réfutées par les péans utilitaristes à la gloire de la “paix sociale”. La paix sociale c’est bien beau, mais il n’y a pas de paix véritable si elle ne consiste pas dans la jouissance régulière et paisible d’une propriété légitime, et lorsqu’un régime social repose sur des titres de propriété monstrueusement injustes, ne pas s’y attaquer n’a rien de pacifique, puisque cela sanctionne et institue l’agression. (…)

La seule réfutation authentique de l’argument marxiste en faveur de la révolution est que la propriété des capitalistes n’est pas injuste mais au contraire juste, et que par conséquent sa confiscation par les travailleurs ou par qui que ce soit est en soi injuste et criminelle. Cela signifie cependant qu’il est absolument nécessaire d’aborder la question de la justice des Droits de propriété, qu’on ne peut pas s’en tirer par le procédé facile qui consiste à repousser les revendications révolutionnaires en couvrant sans discrimination du manteau de la “justice” tous les titres de propriété qui existent actuellement. Cette attitude ne convaincra guère ceux qui croient qu’eux-mêmes, ou d’autres, sont sérieusement opprimés et victimes d’une agression continuelle. Cela signifie aussi que nous devons être disposés à faire face à des situations où l’expropriation violente sera moralement justifiée parce que les Droits de propriété existants sont eux-mêmes injustes et criminels. (…)

A partir de l’axiome fondamental du Droit de propriété naturel de chacun sur sa personne et les ressources non possédées qu’il trouve et transforme pour son usage, la théorie libertarienne déduit le caractère absolument moral et légitime de tous les titres de propriété en existence à l’exception des cas où un titre a des origines illégitimes alors que 1) il est possible de retrouver la victime ou ses héritiers, ou bien 2) la victime est introuvable mais le détenteur actuel du titre est le voleur en cause. Dans ce premier cas, la propriété revient en toute justice à la victime ou à ses héritiers ; dans le deuxième, elle revient au premier utilisateur qui fait de nouveau quitter à la chose son état de bien sans maître.

C’est ainsi que nous avons établi une théorie des Droits de propriété, qui énonce que chaque homme à un Droit absolu de contrôler et de posséder son propre corps ainsi que les ressources naturelles non utilisées qu’il a trouvées et transformées. Il a aussi le Droit de se départir de ces biens tangibles (bien qu’il ne puisse aliéner le contrôle qu’il exerce sur sa personne et sa volonté) et de les échanger contre les objets qui sont parvenus de la même manière en possession d’autrui. Ainsi, tout Droit de propriété légitime est déduit de la propriété de chaque homme sur sa propre personne, de même que du Droit du premier occupant selon lequel un bien sans maître devient légitimement la propriété de son premier utilisateur.

Nous disposons aussi d’une théorie de la délinquance : le délinquant est celui qui commet une agression contre la propriété telle que nous l’avons définie. Tout titre de propriété qui résulte d’une agression doit être invalidé et remis à la victime de l’agression ou à ses héritiers ; si les victimes sont introuvables et que leur agresseur ne soit pas le possesseur actuel de la chose, alors la propriété revient à celui-ci en vertu de notre principe fondamental du “premier occupant”.

« Toute propriété est toujours privée ; la seule question, la question cruciale, est de savoir si elle doit se trouver entre les mains de voleurs ou entre les mains de ses vrais propriétaires légitimes. Les libertariens n’ont en réalité qu’une seule bonne raison pour s’opposer à la constitution d’un “domaine public” ou réclamer son démantèlement : c’est la conscience du fait que les hommes de l’État n’en sont propriétaires qu’à titre illégitime et criminel. » Murray Rothbard, L’Éthique de la liberté, chap. 9
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