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La forfaiture morale et juridique des Etats (Ch. 2)


Selon Alain Laurent, la responsabilité de tous ces désordres et instabilités dans chaque pays ne doit pas être imputée aux migrants extra-occidentaux. « Il n’y a aucune fatalité à ce que sur le plan individuel un migrant de bonne volonté, fût-il pauvre, demeure sans emploi et devienne un assisté permanent, sombre dans la délinquance, se communautarise ou se mue en ennemi idéologico-culturel de la société ouverte. » Elle doit plutôt être imputée aux responsables politiques de ces pays qui n’ont jamais voulu voir la massification de cette immigration et qui n’ont jamais surtout vraiment tenté de faire connaître et de faire appliquer les principes de la société ouverte, principes auxquels à priori tous les migrants étaient favorables.

Une singulière version étatique du « laissez faire, laissez passer »

A priori en France, il existe un Etat de Droit commun applicable à tous, explicité dans les textes constitutionnels et législatifs. Dans ces textes on trouve l’assurance de la protection des biens et des personnes, la responsabilité de ses actes devant la justice et la libre circulation sur le territoire. On trouve aussi qu’une famille ne peut se composer de plus de deux parents et que pour entrer sur le territoire il faut un visa. Or nous assistons à une véritable forfaiture législative et morale en France.

Le cas de l’immigré clandestin est flagrant à cet égard : arrivé en France avec un visa tourisme, l’immigré clandestin devenu « sans-papier » (la proportion d’étrangers chez les SDF y est 4 fois plus forte que dans la moyenne nationale) obtient une existence administrative facilement. Attribution universelle d’une « aide médicale » sans cotisations en retour et scolarisation automatique des enfants qui reçoivent une aide spécifique. Le clandestin obtient sans difficultés le statut de clandestin « officiel » (terme du rapport de la Cour des Comptes en 2004), il peut manifester en public, obtenir un logement et être naturalisé bien avant le délai des 10 ans pour régularisation automatique. Cette forfaiture juridique et morale (l’Etat « récompense » ceux qui violent la loi) provoque évidemment la massification de l’immigration.

De plus, là où se concentre cette immigration extra-occidentale, se créent peu à peu des zones de « non-droit » ou « quartiers sensibles » où se développent toutes sortes de trafics mafieux et où l’étranger à ces quartiers ne peut absolument pas entrer sous peine de violences à son égard. Ceci vaut en particulier pour la police, les pompiers ou les éboueurs… Cette situation, bien que souvent occultée ou niée par l’Etat, est connue de tout le monde. Mais rien n’est vraiment fait pour circonvenir à ces « territoires perdus », au contraire les membres de ces zones bénéficient d’une très grande tolérance de la part de la justice ( « Une partie des magistrats professent ouvertement une idéologie qui excuse d’avance des délinquants promus en victimes de la « stigmatisation« … »).
L’intégration se trouve compromise avec cette démission étatique et cela donne surtout à la jeunesse un sentiment d’impunité très fort. L’Education Nationale participe aussi de cet état de fait. Certes, à sa décharge, les professeurs de ZEP pâtissent de ces désordres mais il n’empêche que cette Education Nationale qui prône une morale « sans sanction ni obligation » (J.M. Guyau) fait tout pour réduire à néant les chances d’intégration des élèves issus de l’immigration extra-occidentale.

Enfin, le non-respect, par défaut ou par laxisme, de certains points du droit constitutionnel rajoute à cette notion du « laissez faire, laissez passer » : « le regroupement familial repose sur des textes laissant place à une interprétation si laxiste qu’il a pu insidieusement s’étendre à une parentèle éloignée, polygamique ou douteuse… »

Dans tous les cas on constate une démission des pouvoirs publics, même si actuellement de timides réformes judiciaires concernant les mineurs et le regroupement familial voient le jour. Le droit du sol (toute personne née sur le territoire français est de facto naturalisé français), si cher aux principes d’une société ouverte, ajoute à la massification de l’immigration.

Grandes concessions à l’islam et petits arrangements avec l’islamisme.

La France est le pays de la laïcité qui « constitue la table de la loi républicaine ». Cette laïcité réside dans le respect de la liberté de tous les cultes et la non intrusion de ces cultes dans la sphère publique.

En 1989, le voile islamique, jusqu’alors très peu répandu en France va faire l’objet d’une capitulation de l’Etat concernant « l’affaire de Creil ». Comme ce voile n’est nullement prescrit de façon obligatoire dans le culte musulman, il était manifestement de nature idéologico-politique plus que confessionnelle, islamiste plutôt qu’islamique. A la suite de quoi le voile va se répandre discrètement, jusqu’en septembre 2001 où l’on constate sa prolifération ostentatoire. En 2003 est voté une loi destinée à mettre fin « à ces violations du principe de neutralité scolaire ». Mais cette loi vise ridiculement tous les cultes alors que seul l’islamisme était en cause. Même chose avec la loi (fin 2005) destinée à lutter contre les mariages forcés qui relève l’âge légal du mariage de 15 ans à 18 ans.

A l’école, le fameux rapport Obin sur « les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires » écrit en 2004 par des personnalités de gauche mais sorti seulement en 2006 sur initiative privée, montre à quel point les dérives islamistes sont allées loin : refus de parler des croisades ou de la Shoah, Molière, Voltaire, Rousseau Flaubert déclarés impies, comme la théorie de l’évolution ou les cours d’éducation sexuelle, apparition de tapis de prière dans les établissements, etc.

Dans les hôpitaux, les tensions se font sentir aussi avec une islamisation déferlante : refus d’être examiné par un médecin de l’autre sexe au nom de l’islam.

Enfin, dernière affaire en date : la justice qui dans un premier procès reconnaît la virginité comme « qualité essentielle » d’une personne pour un mariage…

Mais surtout « la forfaiture juridique… n’est jamais allée aussi loin que lorsque des islamistes ont pu pendant des manifestations publiques appeler ouvertement au meurtre d' »apostats » ou de juifs, sans que la moindre poursuite judiciaire ne soit engagée. » Cf. « l’affaire Rushdie » en 1989 et les manifestations anti-américaines en 2003.

A quoi il faut ajouter le financement des mosquées par des subventions publiques et le démantèlement insidieux de la laïcité au profit d’une « laïcité positive » dont on comprend bien que sa finalité est d’institutionnaliser un islam « collectif ».

Discrimination positive : l’ingénierie sociale contre la société ouverte

La République française donne depuis longtemps des aides spécifiques à ceux qui ont moins que d’autres. Ceci est conforme aux principes d’une société ouverte qui cherche à promouvoir l’accès à l’emploi, réduire les inégalités des chances sans contrevenir à ses principes juridiques.

Cependant, depuis la massification de l’immigration extra-occidentale « une partie s’est retrouvée de manière durable socialement sur la touche bien que bénéficiant largement de tout le dispositif d’assistance mentionné. » Et l’on a conclut à la causalité « raciste » de façon générale alors que cette causalité n’était que très épisodique ou réduite. On a commencé alors à mettre en oeuvre des dispositifs supplémentaires de « discrimination positive » applicables aux « minorités visibles », ce qui est contraire aux principes d’une société ouverte qui ne considère que les singularités individuelles et non les représentants d’une caractéristique ethnique ou autre. Une discrimination demeure quoiqu’il arrive. Une discrimination, c’est à dire « un opérateur de sélection à inévitable connotation péjorative puisque impliquant nécessairement la mise à l’écart de certains individus au profit d’autres. » Cette procédure ne peut qu’engendrer un nouveau type d’exclus.

Cette « ingénierie sociale » crée de l’injustice.

Rappel historique de la politique américaine d' »Affirmative Action » : cette politique avait pour but dans les années 60 (Johnson, démocrate) de réaffirmer l’égalité des droits sans référence à une appartenance raciale (projet conforme aux principes d’une société ouverte). Mais ce projet de la chasse aux discriminations négatives va « tourner » à la discrimination positive avec un recrutement préférentiel de Noirs « seulement en tant que membres d’un groupe ethnique, sans souci de compétences… » Bien évidemment des effets pervers de cette discrimination positive vont apparaître et ce sont d’ailleurs des intellectuels noirs ou issus de l’immigration non blanche qui les ont dénoncés avec le plus de force : Walter Williams, Dinesh D’Souza…
Ils soulignent tous que « l’émergence d’une classe moyenne noire n’est pas imputable à cette politique de discrimination à l’envers- qui l’aurait plutôt enrayée- mais à un processus social spontané. »
La Cour suprême en 2003 a cessé de cautionner toutes ces dispositions, en particulier en éliminant toute discrimination positive pour l’entrée dans les universités.

En ce qui concerne la France : on a pris en compte exclusivement les « minorités visibles » c’est à dire « un groupe à composition ethno-culturelle, parfois carrément raciale (retour de faciès!), ne reposant pas sur l’adhésion individuelle volontaire. Il faut que toutes ces « communautés » qui privilégient une origine ou une caractéristique d’appartenance soient « visibles » et donc représentées de façon proportionnelle dans tous les « champs sociaux » (scolarité, professions, vie politique, quartiers…). On peut se poser la question de savoir pourquoi il faudrait que tout ou presque dans une société soit soumis au principe de représentation démographique proportionnelle…

Dans une société réellement ouverte, ce sont les processus sociaux spontanés qui prévalent- les seules mesures à adopter consistent à proscrire les exclusions arbitraires d’individus uniquement pour cause d’appartenance à une catégorie déterminée quelle qu’elle soit. En viendra-t-on un jour à vouloir imposer la mixité sexuelle dans les quartiers « gays » (où la représentation hétérosexuelle est faible) ?

L’appareil d’Etat se met alors en branle pour une vaste opération de « restructuration sociologique » avec établissement de « quotas » et classement autoritaire des habitants d’un pays dans chaque catégorie sociale pour une représentativité égale de chacune de ces minorités. C’est la retribalisation des sociétés ouvertes. Ce fichage identitaire des individus dans une appartenance groupale sans leur consentement, appelle le déploiement d’une bureaucratie inquisitoriale et provoque comme conséquence immédiat un clientélisme éhonté ou un victimisme forcené.

Conclusion de Jean-François Revel : « La démocratie consiste à promouvoir l’égalité des chances, non à octroyer un traitement spécial à tel ou tel segment ethnique religieux ou géographique… » (Le Point, 12 décembre 2003).

A suivre…

(Merci à ma chère épouse pour son aide précieuse dans la lecture et la synthèse du texte)

De nouveaux ennemis pour la société ouverte ?

Prologue du livre d’Alain Laurent

L’intégration « citoyenne » est en crise (Ch. 1)

La forfaiture morale et juridique des Etats (Ch. 2)

Nouvelles censures, nouvelles inquisitions (ch.3)

Xénophobie, extrême droite : la mystification (ch.4)

Un nouveau combat pour la société ouverte (ch. 5)

Au-delà du « choc des civilisations » (ch. 6)

Le nouvel ennemi majeur de la société ouverte (Ch. 7)

Le multiculturalisme : une perversion du pluralisme (ch.7 suite)

La société ouverte (Épilogue)

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